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Brisez le tabou s’agissant des sévices sexuels sur mineurs !


Le Père Stéphane Joulain, père blanc, psychothérapeute est  spécialisé dans le traitement des abus sexuels. Il a suivi en thérapie près de 200 pédophiles et donne dans différents pays de nombreuses formations en matière d’éducation et de prévention. À ses yeux, l’Église doit se doter d’instances de contrôle et collaborer étroitement avec les victimes, si elle veut véritablement instaurer une culture de lutte contre la pédophilie.

Au delà du tabou, de la peur d’entacher l’image de l’église, il y aurai aussi parfois, une méconnaissance des conséquences de l’abus sexuel. Certains n’y voient qu’une affaire de sexe.

Par le déni, la « complicité », l’église,  réduit les abus sur mineurs à une question de moralité, un péché contre le sixième commandement, cependant les dommages sont considérables sur les victimes.

UFFP s’est entretenue avec le Père Joulain, à l’occasion de la sortie de son dernier livre « Combattre l’abus sexuel des enfants  » aux éditions Desclée de Brouwer ce mois de mars 2018.

Stéphane Joulain 2017 (Copier)

 

Entretien avec UFFP :

1. Quels sont les chiffres à l’heure actuelle s’agissant des enfants victimes d’abus sexuels ?

« Répondre à cette question n’est pas simple, car il n’est pas facile de savoir le nombre exact des enfants victimes d’abus sexuels, car c’est un crime qui n’est pas encore rapporté systématiquement aux autorités compétentes. Il est estimé que 60% des cas d’abus sexuels d’enfants ne seront jamais connus des autorités. De plus, cela varie d’un pays à l’autre. L’Organisation Mondiale pour la Santé estime que plus de 223 millions d’enfants à travers le monde sont victimes de violences sexuelles (150 millions de filles et 73 millions de garçons). Dans certains pays il est estimé que 1 fille sur 4 connaîtra une forme ou l’autre de violence sexuelle avant l’âge de 18 ans, et 1 garçon sur 8. Par contre, il faut aussi savoir que selon l’OMS en 2018 ce sont 1 milliard de mineurs à travers le monde qui sont victimes de violence, pas seulement sexuelle, mais victimes de violence. Cela doit nous interroger sur la protection que nos sociétés apportent aux plus vulnérables parmi nous. »

 2. Comment se sont déliées les langues ?

« Lorsque l’enfant perçoit que l’adulte va le croire, alors il va se confier. Si l’enfant voit que sa parole est crue, et qu’une action est prise, alors il peut dire tout ce qu’il a dire. Malheureusement, cela n’est pas facile, car les adultes ont fait taire la voix des victimes. Tout d’abord, les auteurs des abus eux-mêmes ont imposé le silence aux enfants, ensuite bien souvent des parents incrédules n’ont pas su entendre la souffrance de leur enfant. Par contre lorsque ceux-ci ont cru l’enfant, alors la Parole se libère. La médiatisation des affaires d’abus, les programmes de sensibilisation à ces questions sont autant d’occasions pour des victimes de parler. Les services qui aident les victimes le savent très bien, après une émission de télévision sur la pédophilie dans laquelle des victimes témoignent, bien souvent de nouvelles révélations sont signalées. En fait, ce sont les victimes qui parlent qui permettent aux autres victimes de parler. Mais voilà pour que les victimes puissent parler, elles doivent savoir qu’elles seront écoutées et crues. »

 

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 3. Aujourd’hui le tabou est brisé pourtant ce n’est pas suffisant, qu’en pensez-vous ?

 » ‘Le tabou est brisé’, est une espérance plus qu’une réalité. Parler de l’abus sexuel que l’on a subi reste une chose difficile. La victime porte souvent en elle la honte que lui a imposée celui ou celle qui a abusé de son corps, de son esprit, de son âme. Même si l’on en parle plus, n’oublions pas que 60% des cas ne sont pas encore signalés aux autorités. »

 4. À cheval entre religion et thérapie comment prendre en charge un enfant qui ne croit plus au système ?

« Dans mon livre, je parle de la prise en charge des délinquants sexuels. Concernant la prise en charge des enfants qui ont été victime d’abus sexuel, il faut les prendre en charge primordialement d’un point de vue thérapeutique. Toutefois, si la foi est importante pour eux alors il ne faut pas s’interdire de leur trouver de l’aide, cependant, lorsque ce sont des enfants, cela doit être fait avec l’accord des tuteurs légaux de l’enfant. Ici, le « tandem care » peut s’avérer très utile, un thérapeute et un accompagnateur spirituel travaillent alors ensemble. »

 5. Comment rétablir la confiance brisée ?

Cela prend du temps, beaucoup de temps, car il faut marcher au rythme de la victime, sans presser la pas. Il faut accepter des retours en arrière, des passages régressifs. Il faut accepter d’attendre que l’autre soit prêt ou prête à avancer. Il faut aussi montrer une empathie visible pour la victime. Il faut aussi démontrer une condamnation sans compromissions pour les actes commis. Il faut être porteur de multiples possibles. Une victime va souvent s’interdire de penser au-delà de l’abus, il faut donc sans cesse proposer une vie après l’abus. La victime va souvent fermer les portes que le thérapeute lui ouvre, mais ce qui se joue-là c’est la reprise en main de sa vie et de sa capacité à vivre par la victime, en disant « non » elle reprend confiance en elle-même, en sa capacité à avancer, jusqu’au jour ou une porte qui aura été ouverte, restera ouverte, alors tout peut changer. »

 6. Et d’un point de vue thérapeutique, les séquelles sont lourdes, car il y un traumatisme, du coup il faut en parler et après ?

« Les conséquences sont très lourdes c’est vrai. Les traumatismes sont profonds et souvent à plusieurs niveaux: biologique, émotionnel, psychologique et spirituel. En parler est important, mais apprendre à ce qu’une mémoire traumatique devienne une mémoire biographique demande du temps. Ce qui peut aussi aider c’est l’intervention de la justice. Lorsque celui ou celle qui a abusé, est jugé et condamné cela est bien souvent une grande aide pour la ou les victimes. Ce que nous savons aujourd’hui c’est qu’il n’existe pas de cycle de la répétition de l’abus, qu’il existe des solutions, mais qu’elles demandent une forte mobilisation des états et des acteurs du soin dans la société. Il y a une vie au-delà de l’abus, nous pouvons tous contribuer à la faire émerger, et cela en croyant ceux et celles qui osent la parole. »

merci à vous mon père Joulain !


Mots clés:
  • Pascale Excoffon

    Bravo pour ton travail et ton engagement Père Stéphane !!!

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