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Dr Khedija Arfaoui » … la lutte pour l’égalité est loin d’être terminée pour les femmes tunisiennes… » !

Ajouté par , Le septembre 2, 2017 , dans Buzz, Ethical People, Evénement, Paroles Ethiques, Société

Dr. Khedija Arfaoui est  chercheur, auteur et activiste féministe, anciennement enseignante en anglais à l’institut des hautes études en langue de Tunis.   On la connait pour son engagement dans le passé et encore actuellement,  en tant qu’activiste leader pour la cause féminine en Tunisie. Engagée et participant de plain pied à divers débats touchant la situation de la femme en Tunisie.
Elle est à l’originer de plusieurs articles  sur ces problématiques touchant les femmes et nous revient cette saison, avec la réédition de son essai écrit conjointement avec le Professeur  Jane D. Tchaicha de l’Université  à  Boston. Un ouvrage qu’elle a écrit avec elle et qui s’intitule  » The Tunisian Women’s Rights movement; from Nascent Activisme to Influential Power- Broking »
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Khedija Arfaoui chercheur auteur et activiste 

UFFP s’est entretenue avec elle :

1 )Comment est né votre féminisme ?

 Mon féminisme est allé en grandissant, au fur et à mesure que je réalisais les discriminations infligées aux femmes. Ma était veuve à 39 ans, avec six enfants et elle se plaignait souvent des « murs » et du peu de secours qu’elle trouvait lorsqu’elle avait des difficultés. Par exemple, elle se faisait soigner après un accident de voiture qui avait laissé des marques, et l’avocat qui était chargé de son dossier a fini par ne plus la recevoir en gardant son dossier. Donc, elle n’a pas pu obtenir le dédommagement qui lui revenait.
Dans mes études, j’ai écrit mon mémoire pour le CAR (Certificat d’Aptitude à la Recherche) sur la double discrimination dont souffrent les femmes Afro-Américaines.
Ensuite, aux Etats-Unis, j’ai suivi un cours sur les femmes (Women’s Studies)
En 1981, j’ai assisté aux réunions des femmes universitaires au Club Tahar Haddad dirigé à l’époque par Jalila Hafsia. Le nouveau mouvement féministe a démarré dans ce club qui a donné la fondation de l’ATFD et l’AFTURD en 1989.
 Qu’est ce cela signifie au quotidien pour vous ?
 Etre féministe c’est se battre contre toutes les formes de discrimination contre les femmes sur le plan social, politique et écoomique, mais cela ne veut pas dire être contre les hommes ou contre la famille. Dans le monde arabe il y a encore des aberrations, des violences inouïes contre les femmes. Certains pays sont en train de suivre le mouvement initié par la Tunisie, en partie grâce à ses hommes éclairés mais en grosse partie grâce au militantisme infatigable de ses femmes. La Tunisie a fait des avancées énormes qui ne plaisent pas à tout le monde, en particulier dans certains pays. Mais je pense que la divulgation de certaines situations insoutenables apportera progressivement des changements. La loi qui a été votée en juin 2017 a été suivie par le Liban et la Jordanie, pays qui sont géographiquement proches des pays « durs » et qui dérange certainement des pays comme l’Arabie Saoudite ou le Qatar.
Le paysage politique et social a changé mais en défaveur pour la femme, qu’en dites vous ?
  Le paysage social et politique a certainement changé depuis le 14 janvier 2011, mais il n’a pas régressé malgré la menace intégriste. Il y a même eu des avancées:
- la loi sur la parité est certainement le résultat du militantisme des femmes tunisiennes;
- le nombre de femmes parlementaires, s’il reste inférieur à celui des hommes est tout de même plus important qu’ailleurs.
- la constitution de 2014 doit beaucoup aux femmes qui se sont opposées aux lois discriminatoires (suppression de la notion de complémentarité. Les femmes ont refusé que la femme soit considérée complémentaire de l’homme et ont obtenu qu’elle soit considérée comme l’égale de l’homme; la femme n’a plus besoin de l’autorisation du père pour emmener ses enfants en voyage, etc.
Oui, indéniablement un Islam de plus en plus conservateur fait parler de lui dans le monde arabe. Il a éclaboussé la Tunisie, oui, preuve en est le nombre de plus en plus grand de femmes voilées et l’apparition de nikabs et de »scaphandriers », ces femmes qui se baignent couvertes de la tête aux pieds, les agressions contre celles qui se baignent en maillot/bikini, mais les tunisiennes qui refusent cet Islam conservateur ne démordent pas, et je pense qu’elles finiront par triompher de ce mal.
 La Tunisie reste un modèle encore ou pas ?
Elle a jusque là toujours triomphé et elle triomphera grâce à sa résistance acharnée. Les mouvements de protestation, la présence de démocrates au Parlement, la société civile qui a fait un travail magnifique, tout cela a permis à la tunisienne de préserver ses acquis et d’en obtenir d’autres. Elle ne démordra pas. Mais il est vrai que dans la pratique, ces acquis sont fragilisés. Ce que nous avons vécu et vu le confirme: des femmes qui portent le nikab, qui sont favorables à la polygamie, qui s’adonnent au « jihad el nikah », etc, tout cela représente un régression sérieuse. Nous avons des étapes à franchir: il y a le retour de ces devenus terroristes et assassins, il va falloir le gérer; il faudra déterrer ceux qui sont terrés dans les montagnes; il y a les frontières poreuses; il y a le chômage et la crise économique…
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La Femme dans l’Islam, au cœur de vos préoccupations ?
  Bien sûr, j’ai beaucoup écrit sur la femme et l’Islam. Il est clair que le peuple tunisien dans sa majorité est croyant. C’est un fait contre lequel les féministes ne s’insurgent pas, elles demandent seulement qu’il y ait effectivement une séparation entre le politique et le religieux, et on devrait pouvoir y arriver. Nous devons y arriver pour retrouver une société sereine, respectueuse des différences entre les individus.
 Liberté fondamentales oui mais en réalité ?
 Les libertés fondamentales sont bien inscrite dans notre constitution. Une fois qu’il y aura une harmonisation des lois (Code du travail et code du travail en particulier), nous aurons vaincu ce qui crée ce climat d’incertitude et d’insécurité. Les dangers? Ce climat flou, la peur du retour des terroristes, je ne peux pas les appeler autrement. Nous avons besoin d’un gouvernement fort, il ne doit plus y avoir de privilèges. Les postes doivent être donnés aux compétences et non aux proches des gens au pouvoir car le tunisien ne l’admet plus. Mettre fin à la corruption, cela peut être long et difficile, mais on devrait pouvoir y arriver.
Un legs Bourguibien en péril?
Lorsque Bourguiba a promulgué le CSP, on lui a dit que ce n’était pas le moment. Il savait que c’était « now or never »  et effectivement,  s’il ne l’avait pas fait alors, il n’aurait jamais vu le jour. Quand il a voulu s’attaquer à la question de l’héritage, il a eu droit à des menaces et il y a eu des « fatwas » contre lui. Il a préféré s’abstenir, mais c’était resté son dada.  Aujourd’hui, Beji Caied Essebsi pense que c’est le moment de répondre aux femmes pour des droits à l’égalité dans l’héritage et dans le mariage. C’est le moment. Cela finira par être admis. C’est un courant irréversible et ce serait faire preuve d’hypocrisie de ne pas le reconnaître car depuis très longtemps des femmes musulmanes tunisiennes et autres se marient avec des non-musulmans.
Les années à venir?
Nous avons encore du pain sur la planche. La lutte pour l’égalité est loin d’être terminée mais les femmes tunisiennes ainsi que les hommes démocrates veilleront à ce qu’il n’y ait pas de retour en arrière. Je reste optimiste. J’ai confiance en ce peuple auquel j’appartiens et je suis fière d’être tunisienne. La Tunisie continuera ses avancées vers l’égalité et à servir d’exemple dans le monde.
merci Khedija Arfaoui !


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