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Nadia Alaoui « le Maroc sera sauvé par ses femmes ! »

Ajouté par , Le janvier 25, 2013 , dans Buzz, Ethical People, Evénement, Femmes et Hommes d’Ethique, Société

 

 

Par Fériel Berraies Guigny

 

Nous avons rencontré cette grande militante des droits des femmes, après Africités. Nadia Alaoui est une Avocate et surtout une femme engagée qui se bat depuis des années pour la juste reconnaissance des droits de ses sœurs au Maroc. Très jeune, elle s’intéresse au milieu associatif et les années passant, elle constate que les femmes de son pays ne sont pas toujours écoutées et valorisées. UFFP vous la raconte.

 

Entretien avec UFFP :

Maitre Nadia Alaoui

La cause des femmes votre grande bataille depuis toujours ?

Dès l’adolescence, j’ai pris conscience que la femme n’était pas payée en retour de ses efforts. La femme était là juste pour servir et se taire en se contentant du sort qu’on voulait bien lui réserver dans notre société et je me suis indignée ! Alors j’ai tendu la main à toutes celles que je rencontrais sur mon chemin. Oui j’ai pu faire cela car mon défunt père croyait en nos capacités, il aimait tellement le pays qu’il disait déjà dans les années 80 « le Maroc sera sauvé par ses femmes ! ». Mes sœurs et moi étions libres de nos choix et responsables de nos actes. Mais le travail à mains nues n’était pas suffisant, il fallait s’armer et le droit m’a paru être l’arme idoine pour conduire le combat.

Vous avez pris le droit pour le faire, un cheminement naturel ?

 

Oui, dans un premier temps c’est le métier d’avocat qui m’a fait prendre conscience que toutes les bonnes volontés et les discours étaient bloqués par des dispositions de lois archaïques d’une part et d’autre part par la non application des droits existants.

Donc c’est tout naturellement que je me suis engagée à travers le droit en fondant avec d’autres juristes l’association « Action femmes juristes » pour sensibiliser les populations féminines et masculines en leur faisant prendre conscience de l’intérêt de connaitre ses droits et d’en connaitre les limites.

Alors nous avons sillonné le Maroc à travers les associations de proximité en disant : connaissez-vous les textes de loi qui vous régissent et régissent votre vie quotidienne ?

Aujourd’hui les choses de ce côté-là ont beaucoup évolué au Maroc, dans un premier temps avec la mise en place d’un code de la famille « la Moudawana » très avant-gardiste pour l’époque et le couronnement est arrivé avec la nouvelle Constitution de 2011 qui a instauré l’égalité homme/femme.

 

Vous revenez d’Africités Dakar, il y avait une forte délégation de femmes marocaines ? Votre bilan de la représentativité des africaines dans les communes locales ?

Oui effectivement, il y avait une très forte délégation de femmes élues marocaines à qui je n’ai pas manqué de présenter mes félicitations pour leur courage. Car se mettre sous les feux des projecteurs sociaux et recevoir toutes les critiques en exposant leur vie, il faut du courage et de l’abnégation.

Les femmes ne sont pas encore suffisamment représentées dans les communes locales malgré l’instauration du système de quota dans beaucoup de pays. Pourtant dans la gestion « micro » des affaires courantes, en l’occurrence la famille ce sont les femmes qui endossent toute la responsabilité. Elles éduquent les enfants, gèrent les budgets, s’occupe de tout et de tout le monde et l’on prétend qu’elles ne peuvent pas gérer le budget d’une commune selon l’adage juridique « en bon père de famille » : qui est donc le mieux placé naturellement pour conduire les choses de la gouvernance locale ?

Depuis le printemps arabe beaucoup de choses ont changé pour les femmes ? Que pensez- vous de ce qui se passe en Tunisie, Syrie, Egypte ? et le Maroc.

Dire que les choses ont beaucoup changé pour les femmes depuis le printemps arabe, je ne peux le confirmer car à mon sens encore une fois les femmes n’ont pas été récompensées pour leurs efforts !

Elles étaient dans les rues tout comme les hommes. A Rabat j’ai gardé une belle image dans ma mémoire : j’ai vu une jeune femme en porter une autre sur ses épaules qui tenait un hautparleur en haranguant les foules. Elles étaient en premières lignes et quand les coups pleuvaient on ne se souciait pas de leur sexe. Une fois le mouvement calmé qu’ont-elles récolté ?

Aussi bien en Tunisie, Syrie, Egypte où au Maroc que sont-elles devenues celles qui ont porté les mouvements : ce sont encore des hommes qui ont pris le devant de la scène pour régler leur compte avec d’autres hommes qui étaient avant eux : où sont les réponses aux revendications des peuples ? Liberté, dignité, égalité…

 

La Moudawana est une grande avancée ? Et pourtant les défis sont là ?

Oui la Moudawana au Maroc est une grande avancée, c’est la réponse à des années de travail et de militantisme de marocaines et de marocains qui ont osé parler quand tout le monde se taisait et je rends hommage à Fatima MERNISSI et toutes les autres grandes dames comme Aicha CHENNA qui ont levé les tabous.

Effectivement beaucoup de défis sont encore là, mais le propre du défi n’est ce pas de le relever ? Quand il existe un défi, il y a toujours quelqu’un qui est prêt à le relever alors nos jeunes du printemps des libertés ont du travail sur la planche. Nos jeunes femmes devraient être vigilantes et veiller à ce que personne n’usurpent leur droits et leurs efforts !

Vous êtes investie dans l’associatif, parlez-nous de vos combats 

J’ai un seul combat à travers l’associatif, c’est de permettre aux populations de faire valoir leur droit à la dignité.

Comment ? Par le droit à la parole, le droit au respect, le droit à l’écoute et ce sont les femmes qui sont lésées dans ces droits basiques de tout être humain vivant en société. On ne les écoute pas, on ne leur donne pas la parole et donc on ne les respecte pas. Et nous voulons que nos populations évoluent et sortent de l’obscurantisme alors que celles qui sont chargées de leur éducation restent dans l’ombre ?

Mon combat peut se résumer en une phrase : veiller à l’éducation des femmes. Non pas à travers des programmes de cuisine, de couture et de ménage ça elles savent déjà le faire mais à travers des programmes de prise de conscience de soi, d’estime de soi et de prise de conscience d’entière et pleine citoyenneté !

Les femmes doivent connaitre leurs droits de citoyennes, elles doivent acquérir leur autonomie économique et financière pour pouvoir agir pleinement et ne pas rester sous une quelconque tutelle. Car si on dit que « le payeur est décideur » comment voudrait-on qu’elles puissent décider et par conséquent être responsables de leurs actes.

Nous ne pourrons jamais atteindre les OMD (objectifs du millénaire) et atteindre un développement durable si la moitié de la population n’est pas engagée totalement. Peut-on atteindre le sommet d’un toit si l’échelle que nous utilisons est bancale ?

Ce combat est engagé à travers la création d’AGR (activités génératrices de revenus) dans une approche d’économie sociale et solidaire, c’est à travers les principes et les valeurs véhiculés par ce mode de production et de commercialisation, à coté de l’économie marchande, que nous pourrons insérer les femmes dans le processus de développement.

La femme rurale marocaine est celle qui est la moins entendue ? Que faire pour changer les mentalités quand on n’applique pas toujours les droits ?

C’est tout à fait vrai que la femme rurale marocaine est la moins entendue, elle est prise dans un quotidien difficile du à l’éloignement des centres urbains mais également à des traditions et des mentalités qui sont d’un autre temps. Un temps où les hommes pourvoyaient aux besoins de leur foyer avant les crises économiques, où les femmes n’avaient d’autres soucis à se faire que d’être belles !

Aujourd’hui la femme rurale travail en lieu et place des hommes qui ont du, pour la plupart d’entre eux, immigrer vers d’autres contrées laissant parfois des villages entiers où l’on ne trouve plus que des femmes et des enfants.

La femme rurale travaille la terre sans avoir accès à la propriété foncière bien que la loi islamique la désigne comme héritière, l’accès aux ressources forestières et minières est soumis à des procédures de taxation de la part de l’Etat et elles n’ont pas les moyens financiers d’acquérir des concessions même lorsqu’elles sont organisées en coopératives.

Comment faire pour changer les mentalités quand on n’applique pas le droit ?

-          Tout simplement par le droit ; à coté des formations et de la sensibilisation, il faut instaurer des sanctions.

Toute règle de droit qui n’est pas garantie par une sanction pour veiller à son application reste une simple recommandation pour qui veut bien la suivre. Pensez-vous que nous nous arrêterions aux feux rouges lorsque nous sommes pressés si nous n’avions pas peur de voir notre permis de conduire retiré ?

 

Le changement se fera-t-il par les politiques où le droit ou par la société civile et les femmes ?

Tout changement ne peut se faire que par les politiques et le droit c’est pour cela que la société civile œuvre à travers son action à intégrer les femmes dans le processus de développement en leur faisant prendre conscience de leur droits et en leur donnant les moyens d’investir le champ de la gouvernance!

 

            Les tunisiennes ont été un modèle ; aujourd’hui l’islamisme tente de les faire taire, quel conseil leur donner ?

Le conseil à donner aux tunisiennes qui ont fait rêver les femmes maghrébines et bien d’autres est de contrecarrer l’action de ceux qui veulent utiliser l’Islam (« les islamistes ») en investissant le champ de la connaissance des préceptes de notre religion. Il ne faut pas oublier qu’il y a quatorze siècles lorsque la femme était une marchandise que l’on vendait et achetait, cette religion est intervenue pour la libérer et lui donner le droit d’exister en tant qu’humain à part entière. Pourquoi doit-on aujourd’hui permettre à une poignée d’analphabètes de s’approprier l’interprétation du Livre ?

Musulmanes nous sommes, musulmanes nous défendront nos droits par l’appropriation de la connaissance des textes et des différentes interprétations en occupant les postes qui doivent nous revenir dans la gestion des affaires de nos pays. Nos sœurs tunisiennes ont l’habitude du combat et pour cette cause nous devons nous serrer les coudes, nous les maghrébines, avec nos sœurs de l’Afrique subsaharienne : notre intérêt est le même : DIGNITE !

 

            Le numérique est le futur, les média informels et les économies informelles ? que pensez-vous d’United Fashion For Peace et de son action ?

C’est grâce au numérique que les frontières ont disparues et que les femmes peuvent échanger entre elles à moindre coût. L’argent et les distances ne sont plus un obstacle et cela n’a plus besoin d’être démontré : nous sommes là et nous communiquons.

L’action menée par UFFP est aussi belle que le milieu d’où elle est née. La mode a toujours été une façon de communiquer et de militer par les signes, les symboles, les couleurs et les formes. C’est la plus noble façon d’être solidaire et de partager ; ceux qui savent, ceux qui voient, ceux qui sont introduit se mettent au service des femmes qui ne savent pas, qui ne voient pas et qui n’ont pas d’accès pour faire entendre leur parole et exprimer leurs besoins.

 

             Que voudriez-vous dire aux femmes du Monde qui souffrent et qui sont victimes ?

 

Je répondrai par une phrase d’Alfred de Musset « L’homme est un apprenti, la douleur est son maître. Et, nul ne se connait tant qu’il n’a pas souffert. » (La nuit d’Octobre)

Que chaque femme qui connait la souffrance et la douleur prenne conscience de son être et de son existence et au lieu d’être victime que chacune de nous se transforme en héroïne !

 

Continuons le combat et passons le témoin !


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