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Christina Gallach  » la meilleure politique éthique à proposer, est une politique qui place les êtres humains au centre de l’action »!

Ajouté par , Le mars 24, 2012 , dans Paroles Ethiques

Par Fériel Berraies Guigny

C’est à Essaouira à la Women’s Tribune dans sa 3e édition que la Présidente de UFFP avait rencontré l’année derniére Cristina Gallach, ancienne porte de Javier Solana.  Elle est aujourd’hui fonctionnaire internationale et officie en tant que Directrice de la Communication et de l’information au Conseil de l’Union Européenne. Le  contact avait été gardé depuis lors.

 

Récit d’un entretien tambour battant sur ces problématiques qui touchent UFFP :

 

1/ les révolutions du monde arabe ont démontré que la voix des peuples est la plus forte, quand le gouvernant va t il prendre conscience de l’éthique?

C’est absolument nécessaire que les nouveaux dirigeants prennent conscience rapidement de l’éthique pour gagner le respect et la légitimité auprès des citoyens. Les révolutions du monde arabe sont avant tout des expressions de dignité. Les gens, modestes ou des classes moyennes, de toute la région, ont vécu des abus indignes de la part de ses dirigeants.

Cette envie d’être considérés et respectés comme des êtres humains de la part des acteurs sociaux a été et continue à être un des messages les plus forts à entendre de la part de milliers de manifestants dans les rues arabes. Il faut y répondre avec des processus politiques transparents, par rapport à l’établissement des institutions de l’état, l’organisation des élections, la construction d’un système politique ouvert à la participation de la société civile. Les citoyens doivent pouvoir participer à la vie publique à partir de différents endroits: la politique, bien sur, mais aussi, le tissu associatif, les médias, la vie économique… En court, il faut ouvrir ces sociétés trop fermés et exclusives.

2/ Politique et développement durable et solidarité un ménage possible, quels ingrédients pour?

Le principaux ingrédients sont une gestion transparente, efficace, avec des priorités bien établies par rapport aux valeurs et intérêts de l’Europe. On n’est pas totalement là, mais je crois qu’on fait des efforts. L’Union européenne est le plus large donateur d’aide humanitaire et d ‘aide au développement. On dépense beaucoup d’argent des contribuables pour aider les gens des autres pays. Dans les conditions actuelles de crise économique et de grandes difficultés financières, il est plus important que jamais de dépenser bien. Là où il faut, où il est plus nécessaire, et où l’impact sera le plus fort.

Au sien de l’UE, il y a actuellement un grand débat à ce sujet. Ce débat se reproduit aussi dans toutes les instances internationales dédiées au grand défi de faire sortir des gens de la pauvreté, tel que cela a été établi par les Nations Unies dans les Objectifs du Millénaire pour le Développement (OMD). Si nous continuons au rythme actuel on n’ arrivera pas à les atteindre. Il reste moins de cinq ans. Pour cette raison il faut incorporer de nouvelles idées et pratiques pour arriver a un développement politique durable et solidaire.

Je suis tout à fait convaincue qu’ un des facteurs décisifs serait d’investir dans les femmes et utiliser les femmes comme « agent de changement » partout dans le monde, mais notamment dans les sociétés mois développées. Les femmes sont les grandes catalyseuses des transformations, dans la domaine de la santé, l’éducation, du social…On dit souvent que si on éduque un garçon, c’est très bien pour lui, mais si on éduque une femme, c’est toute la société qu’avance.

3/ Les rapports Nord Sud doivent changer pour changer quels sont les arguments nécessaires pour vous?

Les rapports Nord-Sud doivent se construire d’égal à égal. L’Europe ne pourra avoir une vraie influence qu’ à travers des relations plus équitables, ouvertes et transparentes. En même temps, il est nécessaire de demander à tous les gouvernements du Sud des politiques respectueuses des droits de l’homme, l’établissement des pratiques de bonne gouvernance et des stratégies de croissance économique. Pour cela, le Nord devra enlever les entraves commerciales qui empêchent le flux des produits librement. L’ ouverture des marchés et un des mécanismes les plus efficaces pour favoriser le développement économique et social.

Dans ce cadre d’exigence mutuelle, les pays du Nord doivent remplir les engagements pris. Et ceux du Sud doivent savoir que sans condition il sera difficile d’établir des liens de travail forts. Cette condition doit se bâtir autour de la bonne gouvernance, le respect des droits individuels et la mise en place de politiques avec un vrai impact de transformation des sociétés. C’est seulement avec une croissance économique équilibrée qu’on verra du progrès dans la bonne direction.

A niveau global, il faut suivre les grandes lignes marqués par les OMD. Faire tout le possible pour les remplir, avec des programmes efficaces. La naissance avec force du group de pays BRIC (Brésil, Russie, l’Inde et la Chine) offre beaucoup d’opportunités pour bâtir une relation plus équitable entre le Nord et le Sud.

L’Europe salue l’irruption de ces pays dans le « leadership mondial » et leur demande d’adopter un rôle actif. Ils doivent s’engager de plus en plus dans la « gouvernance mondiale ». Il serait aussi bien qu’ils prennent avec force la défense des valeurs de la démocratie et le respect des droits les plus basics.

4/ la laïcité, l identité ; la religion sont des faux problèmes quand il s’agit de l intégration de la diversité en Europe, pourtant on continue cette politique de boucs émissaires, vous en pensez quoi?

L’Europe, maintenant plus unie que jamais, s’est construite dans la diversité, le pluralisme, le multilinguisme, les différentes religions… Je ne saurai pas reconnaitre l’espace européen sans l’existence de ces caractéristiques. Les Européens trop souvent se sont fait des guerres et même les ont exporté au delà des frontières du continent. Mais, depuis plus de 50 ans on s’est dit qu’il ne serai jamais plus le cas.

Pour cette raison je n’arrive pas a concevoir un espace européen où la religion, et pas la liberté de religion, et les signes d’identité, et pas d’ouverture d’esprit, deviennent des barrières à notre vie en commun. J’y vois trop d’opportunisme politique à tous ces messages d’exclusion.
Certes, les pays européens soufrent d’ une crise économique très dure. Mais la sortie de la crise ne se trouve pas en fermant les portes, ni en créant des faux problèmes. Il faut que nos hommes et femmes politiques abordent avec détermination les difficultés économiques, sociales, le manque d’emplois. Il faut le faire avec des processus de coordination entre les États et les Institutions européennes.

5/ les jeunes démocraties telles que celles de la Tunisie sont encore en cours, la Tunisie a accueilli des milliers de réfugiés de la région pourtant on barre les portes aux tunisiens qui se sont échoues sur les cotes européennes vous en pensez quoi?

Les autorités tunisiennes et toute la société ont agi avec une grande générosité en accueillant des milliers de refugiés de la région, notamment de la Lybie. Il y a des familles tunisiennes qui abritent des gens chez eux, des villes que facilitent des espaces publiques pour le bien être des refugies.

En Europe, quelques dirigeants ont essayé de faire de l’arrivée de quelques milliers de gens du sud un problème de sécurité. Il y a eu un élément clairement populiste. Il faut admettre que quand les arrivées se concentrent trop dans un espace réduit, la gestion de ces déplacés est difficile. Mais la réponse, à mon avis et à titre personnel, a été d’essayer de durcir le processus d’entrée dans le territoire européen, en utilisant des propos et des moyens qui auraient pu être évités.

Maintenant il y a un débat interne en Europe pour décider la formule plus équilibrée. C’est-à-dire, de soutenir les pays qui supportent d’avantage des émigrés et de le faire avec des formules solidaires. Les Chefs d’État et de Gouvernement discuteront des idées le 24 et 25 Juin.

Il serait triste et à la fois contradictoire avec les valeurs européennes, que l’UE réponde aux nouvelles démocraties avec un durcissement de sa politique migratoire. Il faut bien expliquer aux populations que la meilleure façon de faire face à l’émigration c’ est avec du développement économique et social.

6 A long terme que faire? quelle politique éthique pourriez vous proposer ?

à long terme, la meilleure politique étique à proposer, est une politique que place les êtres humains au centre de l’action. Le développent intégral touche aux individus: accès à la sante, à l éducation, au logement. Mais aussi aux collectivités: les acteurs politiques, comme les partis politiques, les medias, les institutions doivent placer l’éthique au centre de ces programmes et actions.

 

Bio Expresse Cristina Gallach :

Journaliste de profession et experte en questions de communication et politique internationale, Cristina Gallach, de nationalité espagnole, travaille depuis 1999 au Conseil de l’Union Européenne, à Bruxelles. Elle a été pendant 15 ans conseillère de Javier Solana, l’ancien Haut Représentant de l’UE pour la Politique Extérieure Commune, de qui était aussi porte-parole et directrice de communication. Elle a développé cette responsabilité à l’OTAN et a l’UE.

En tant que correspondante internationale pour différents medias et, plus tard, à coté de Javier Solana, elle a voyagé par tout le monde. Très souvent dans des régions en crise, même en guerre, en particulier des endroits où la diplomatie Européenne est active: aux Balkans, les pays du Moyen Orient, l’Afghanistan, l’Iran… Sa responsabilité était de rendre l’action Européenne plus connue à travers les médias.

En tant que femme et féministe, elle a promu toujours des politiques de soutien des femmes, soit dans des régions en conflit où dans le monde développé. Convaincue du rôle fondamental que les femmes jouent dans la société sans être reconnu, elle travaille pour que les futures générations trouvent un monde plus équitable, où les femmes participent pleinement dans la vie politique et social, avec tous les droits garantis. Elle a été reconnue, en 2010, par l’Institut Européen pour l’Egalité de Genre comme une des « Femmes qu’inspirent l’Europe ».

Maintenant, Cristina Gallach s’occupe de communiquer les activités et les valeurs de l’Europe, promouvoir le rôle de l’UE comme acteur pour la paix et expliquer le besoin des Institutions Européennes fortes et solidaires pour sortir de la crise actuelle. Elle le fait devant des audiences diverses: les ONG, les Universités, les entrepreneurs, et la société civile en général, en Europe où a l’extérieur.

Elle est mariée et a deux enfants.

 


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    Bonjour Eddir,Merci de votre commentaire. Je suis d’accord avec vous en ce qui cnecnroe la ge9ne9ralisation et le fait que tous les cas de figure sont diffe9rents.Ce sur quoi je m’interroge ici est la cohe9rence de relations e9conomiques truque9es sur lesquelles l’ensemble des partenaires semble eatre d’accord d’une part, et d’autre part la condamnation de certains trucages de temps e0 autre, cense9e reposer sur des regles le9gales et de morale.Et e9galement sur les conse9quences d’un tel fonctionnement au niveau humain, qui sont de9sastreuses, non seulement pour les perdants, mais e9galement pour les gagnants,car dans un jeu base9 sur la loi du plus fort, comme on finit toujours par trouver un plus fort que soi, le gagnant d’aujourd’hui risque fort d’eatre le perdant de demain.Il y a e9galement le fait que dans une relation base9e sur le parasitisme, le parasite de9pend de l’hf4te qu’il infeste, et qu’il scie la branche sur laquelle il est assise : le jour of9 il n’a plus personne e0 parasiter, il disparait, e9tant incapable d’une vie autonome.La diffe9rence entre un virus et un eatre humain qui me semble ici fondamentale est le fait que nous sommes dote9s de capacite9s de reflexion et de de9cision, alors que le virus ne peut pas de9cider de ne pas agir en virus.Je ne parle pas ici en termes de morale, mais d’interets communs : prenons le cas d’un pays qui en envahit un autre et le de9truit, en justifiant bien entendu son comportement derriere des pre9textes moralistes au niveau des mots. Dans les faits, non seulement il de9truit une grande partie des richesses qu’il s’approprie, mais il se ruine en de9penses militaires, et finit par se discre9diter aux yeux de sa population, et par se retirer. Au bout du compte, il n’y a pas un gagnant et un perdant, mais deux perdants.Imaginons maintenant qu’au lieu d’investir tout cet argent et cette e9nergie dans ce conflit et la destruction qui en de9coule, ce pays ait propose9 e0 l’autre de lui donner cet argent, et de recevoir ensuite en e9change un pourcentage des richesses qu’il lui aura permis de se procurer. Bilan de l’ope9ration : non seulement il aura enrichi l’autre pays, mais ce dernier deviendra ensuite pour lui une source d’enrichissement. Au bout du compte, il y a deux gagnants.Quel est, selon vous, le meilleur deal ?Quel est alors le comportement le plus payant ? Ce dont il est question ici est un simple changement de relations. Il se revele payant pour tout le monde, que ce soit en politique, ou en economie, ou dans n’importe quel domaine d’activite9s humaines, alors que celui qui a cours actuellement se revele destructeur pour tout le monde.Je ne parle pas encore une fois ici en termes de morale, mais d’inte9reats et de cohe9rence, de sagesse e9goiste comme disait Korzybski.Isabelle

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