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Monya Ammar Magistrate  » … il nous faut acquérir la culture des Droits de l’Homme »!

Ajouté par , Le mars 26, 2012 , dans Paroles Ethiques

Par Elyssa Souissi
Chargée de Mission auprès du Ministre de la justice et des droits de l’homme. Présidente de la Commission de la femme arabe du Droit Humanitaire international. Ancienne Présidente auprès de la Commission des Experts arabes indépendants des droits de l’Homme au sein de la ligue des États arabes.



Accréditée auprès du Ministère de la justice et des droits de l’Homme, les terrains de prédilection de Monya Ammar sont les Droits de l’Homme et le Droit humanitaire international en particulier. Une expérience au sein de la magistrature qui a duré près de quatorze ans et qui lui a valu de traiter les sujets les plus épineux dont celui des droits de l’Homme  » … car il y a une corrélation très forte existant entre ces deux domaines, on finit par y acquérir une véritable expertise » nous explique t elle.

Flash Back :
Une fibre pour l’humanitaire acquise aux bancs de la fac
« … étudiante déjà je me sentais prédestinée à cette vocation, je voulais militer très tôt… il y a des choses qui ont été faites, d’autres auxquelles on aspire et que l’on voudrait voir un jour se réaliser » tout citoyen a le droit d’y aspirer en tout cas. En tant que magistrate et étant tunisienne, Monya Ammar mesure l’étendue de sa chance, car la Tunisie est l’un des rares pays où il y a des magistrates femmes.
32% de magistrates tunisiennes composent aujourd’hui le paysage juridique du pays depuis 1968. Elles œuvrent dans plusieurs domaines: civil, criminel, commercial, code du statut personnel. La magistrate est libre d’exercer en Tunisie sans aucune restriction de domaine  » à l’instar de nos sœurs arabes, on n’est pas limitées à faire des affaires portant sur l’enfance et la famille » explique t-elle.
Le Code du Statut personnel un acquis qui n’est pas encore bien ancré dans les mœurs et qui risque aujourd’hui une remise en question !
Selon Monya Ammar, les droits dont jouissent les femmes en Tunisie en rapport avec le Code du statut personnel, restent un peu du ressort de l’abstrait et du flou populaire «   et pour cause ce sont durant les instances de réconciliations, quand on essaye de réunir un couple qui veut se séparer que l’on mesure l’écart » ajoute la magistrate. En Tunisie la loi était toujours au devant de la scène sociale. C’est un choix promu depuis 1956 avec la promulgation du CSP  » Si notre feu leader Habib Bourguiba avait demandé l’avis du peuple et bien personne n’aurait tout simplement été prêt »!
Le droit un vecteur de développement en Tunisie : une orientation qui continue encore aujourd’hui de façonner le paysage social du pays. La loi est allée au devant des mentalités en Tunisie, créant un réel écart.
C’est la méconnaissance des droits de la part des femmes et une certaine non assimilation d’un legs pourtant historique de la part des hommes, qui engendrent une forme de déni des croyances populaires. Par exemple, la violence exercée sur une femme au sein de la famille est un facteur d’aggravation pénale  » ce que peu d’hommes tunisiens savent encore aujourd’hui » explique la magistrate.
L’agression qu’elle soit physique ou mentale si elle persiste aujourd’hui dans la société tunisienne, c’est aussi parce que les mentalités n’ont toujours pas assimilé les changements du statut des femmes. Le travail doit se faire au sein des couples, même chez les jeunes générations!
La Culture des droits de l’homme seulement pour l’élite sociale ?
Un questionnement légitime et pourtant le droit s’applique à tous et toutes les catégories sociales doivent en bénéficier, tel fut le souhait de son géniteur en tout cas, feu Habib Bourguiba. Les Ongs, les campagnes de sensibilisation sont là pour prendre le relai pour vulgariser le propre de la législation tunisienne dans ce domaine en se basant toujours sur une culture humaniste.
« Comprendre les droits humains c’est important il faut arrêter d’expliquer les choses par rapport à la religion, les coutumes, le développement ou encore l’économie, on doit aujourd’hui définir les droits par rapport à la qualité humaine » avance Monya Ammar.
L’essence de l’homme, c’est avoir l’accès à la parole, la pensée, la dignité tout comme l’accès au travail, ce sont des valeurs qui interagissent ensemble. C’est un droit essentiel pour nous en tant qu’être humains. La Culture des droits humains, implique en tout cas tout un travail d’apprentissage nécessaire et cela dérange légitimement les hommes, mais les femmes tunisiennes doivent s’approprier ce legs. Il faut arrêter la culture du « aib » le tabou. Les coutumes ont la peau dure « on a l’habitude de vivre comme cela avec nos maris », auraient tendance à dire nos mères mais cela doit absolument changer car il n’y a pas de fatalité pour le genre féminin. Quand on a la chance d’avoir le CSP il faut savoir se l’approprier!
Il y a un certain courant conservateur qui persiste en Tunisie et ce sont les femmes qui font rempart en fait au changement  » c’est l’absence de la culture des droits de l’Homme qui persiste et on oublie l’humain sa qualité et sa dignité. Il faut inculquer cela dès le plus jeune âge, chez nos enfants pour qu’ils apprennent à se protéger et à préserver leur dignité, affirme Monya Ammar.
La Tunisienne role model dans le Monde arabe avant oui mais aujourd’hui?
Plein de choses nous unit à nos sœurs arabes, et en tout cas bien plus qu’on ne pourrait le penser même si la tunisienne a longtemps été un role model dans la région.  » L’appartenance arabo-musulmane nous rapproche mais il est vrai que nos acquis socio juridiques nous ont donné une grande longueur d’avance par rapport au reste du monde arabe » la tunisienne est très en avance et les disparités sociales entre pays voisins du Maghreb, Mashrek et le Golfe sont importantes mais rien n’est acquis »!
Les défis sont toujours des plus grands pour la femme tunisienne d’aujourd’hui qui est menacée par une certaine forme d’intégrisme intellectuel. La tunisienne a changé, le port du voile fait sa marque dans une société de tradition laïque. De nouveaux comportements font surface, la scène internationale véhicule des messages, le fossé entre l’Occident et la MENA eu égard à certains conflits de la région s’est creusé, cela se traduit par tous ces nouveaux comportements. La Tunisie s’est alors sentie solidaire du Grand orient, d’habitude très ouverte à l’Occident car le Monde arabe s’est senti réduit, dénigré, victimisé. Il y a eu un dérapage avec la Tunisie qu’on a assimilé avec tous les autres pays de la région.
Repli identitaire ?
Absence de culture religieuse, crise du monde arabe, discours fondamentalistes, chaines satellitaires tout cela a abreuvé le citoyen tunisien face à un discours religieux contre lequel on n’a aucune critique. Des discours qui ont créé des mouvances bien ancrées en Tunisie. Le port du voile de plus en plus présent, fait que la Tunisie encore aujourd’hui tente de se repositionner. Comment récupérer la masse populaire dans la mouvance moderniste? Grosse question, accompagnée d’une grande prise de conscience nécessaire chez les intellectuels, du gouvernement, auprès des jeunes et des familles. Il y a beaucoup de discussion aujourd’hui, pour ajuster cela il y a un premier pas de fait: la prise de conscience d’un certain malaise social et intellectuel qu’il faut solutionner. On essaye à travers la loi et le discours répressif ou ouvert, par le dialogue. Pour l’heure on cherche encore la solution pour récupérer cette masse  » au sein de ma propre famille il y a un combat d’idée qui est lancé, ce n’est pas une mince affaire, car on est face à la religion à quelque chose de sacré et on nous déni même le droit d’en parler »! La religion n’est pas une propriété tout le monde doit la lire et la comprendre mais également peut avoir une pensée critique à son égard. Il faut prendre garde à certaines interprétations  » nous avons de grands penseurs dans la région mais qui ne sont pas malheureusement bien médiatisés, Mohamed Akroun qui est décédé et Naceur Abou zid , ils ont été bannis et menacés !Cela nous fait revenir à des siècles d’obscurantisme! » … je suis contre le nikab, qui est réducteur de l’existence de la femme « ! Catégoriquement contre le tout en respectant son port pour les autres, mais  » à chaque fois que je vois une femme voilée j ai mal. Pourquoi se réduire à un seul détail physiologique »! Pour la magistrate le voile est avant tout culturel, idéologique, environnemental, il date bien avant l’islam, certes aujourd’hui récupéré.
Son message aux sœurs arabes et africaines: la femme doit vivre pleinement ses droits tels que prédits par toutes les conventions internationales, il faut s’approprier la culture des droits de l’Homme avec un grand H, il faut arrêter de se réduire et se donner tous les outils pour réussir. Commencer cela dès le plus jeune âge la culture des droits de l’homme et des droits humanistes de la femme. C’est la solution pour une société saine.


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