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Dominique Loubao  » la culture n’a jamais fait vivre, la passion oui »!

Ajouté par , Le novembre 1, 2013 , dans Buzz, Ethical Planet, Evénement, In Libris, Prix Ethique

 

 

Comme chaque année depuis 18 ans, La Plume Noire invite le public à découvrir la richesse de l’activité contemporaine littéraire et artistique des pays francophones. Pour sa 18ème édition en 2012, le Salon de « La Plume noire » a rendu hommage à l’Arménie autre pays de la francophonie pour l’édition 2013. UFFP est partenaire média pour la seconde année consécutive.

prix senghor 2013 musee de la Poste

Entretien avec la Fondatrice du Salon Dominique Loubao :

Parlez nous de cette édition ? Pourquoi l’Arménie?

L’association Plume Noire, est une association loi 1901, à but non lucratif, fondée en février 1995, et qui a pour vocation depuis 2006 de promouvoir  les littératures du monde francophone et francophile.

Née de la volonté de diffuser et d’œuvrer à une meilleure connaissance des littératures étrangères en France et plus largement en Europe, le Salon du Livre de la Plume Noire est devenu depuis une vingtaine d’années, un des rendez-vous culturel apprécié du grand public et du milieu littéraire.

En 2006, le Québec était à l’honneur, en 2007 ce fut la Belgique, en 2008 la Suisse Romande, en 2009 le Liban, et en 2010, le thème retenu fut  les « littératures du Sud ».

En 2012, le salon a retenu le thème qui suit : « Variations poétiques : la poésie francophone et francophile dans tous ses états » le 19 octobre 2012 à « l’ADRESSE-Musée de la Poste, avec une matinée d’animations littéraires consacrées à l’œuvre poétique du poète guyanais, Léon Gontran Damas, en présence d’universitaires venus des 4 coins du monde (Europe, Asie, Amérique, Afrique, Océan Indien, Caraïbes..) et une soirée consacrée aux poètes francophones et francophiles (Chine, Israël, Liban, Maghreb, Amériques, Afrique, Caraïbes.)

Pour l’année 2013, Nous voulions faire découvrir à notre public francophone : l’Arménie, son histoire, sa culture, son peuple, sa diaspora et sa littérature francophile. Depuis peu (un an) l’Arménie a intégré l’OIF( organisation internationale francophone qui compte plus de 77 états membres actuellement). Ce petit pays se retrouve de facto dans une situation de désenclavement géopolitique, qui lui permet de s’exprimer et de prendre part aux décisions francophones internationales. Compte tenu de cette nouvelle situation, nous avons souhaité recevoir ce nouveau pays francophone et francophile comme nous l’avons fait pour la Belgique, la Suisse romande, le Liban etc..

Vous avez eu plusieurs tables rondes dont la thématique du journalisme et de l’engagement, pourquoi ce choix ?

Ecrire quand on est écrivain c’est offrir indirectement une vision de la société dans laquelle on évolue. Cela peut se réaliser par le biais d’une histoire personnelle (famille, vie sociale, etc ) ou sociétale (société , faits divers, etc..),

Le métier de journaliste, est d’autant plus exigeant qu’il  ne consiste pas uniquement à recueillir des informations et à le retranscrire au public, il doit  apporter une valeur ajoutée à l’information qu’il retranscrit via son journal aux lecteurs. Et s’il s’avère que cette information est tronquée à  la source, le journaliste doit le dénoncer. Un journaliste n’est pas un suiveur de scoop, le journaliste doit créer le scoop, il doit dénicher l’information cachée, il doit informer le lectorat, de faits avérés. Il doit prendre le risque d’être en « délicatesse » avec le pouvoir en place, mettre le doigt sur ce qui ne va pas. Evitez de frayer avec les puissants de ce monde,  pouvoir pour garder une indépendance de pensée et d’actes.. Ce n’est pas toujours facile.

L’appât du gain, l’ambition et le gout du pouvoir incitent certains journalistes à la complicité et la complaisance avec les tous puissants privés ou publics. En ce moment Elise Lucet fait du journalisme engagé à la télé, avec son émission « Cash investigation », qui passe sur France 2 au risque de mettre en péril son poste.. Elle égratigne tout le monde: elle s’intéresse au détournement d’argent publics, à l’influence des lobbies auprès de nos politiques, à l’évasion fiscale etc. .. C’est fascinant.

Je me demande si cette émission que je regarde de temps en temps n’est pas à l’origine de ce débat que j’ai organisé au sein du 18ème salon Plume Noire. Un bon journalisme d’investigation, c’est pour moi, l‘expression même de  l’Engagement dans le journalisme.  Je me suis toujours délectée des billets d’humeur, des chroniques et même des dessins de presse, qui prennent à rebrousse poil les puissants ou les idées reçues.

Avec l’arrivée d’internet,  des blogs et des webzines, un vent de liberté d’expression souffle à nouveau sur la presse. On voit réapparaître un journalisme critique, curieux, investi, spontané, dérangeant..

Mais attention à éviter les dérapages. Pour moi, même engagé, un journaliste doit vérifier ses sources pour éviter de diffuser  de fausses informations. Cela peut provoquer des dégâts aux conséquences désastreuses, qui  loin de valoriser la presse, ne peuvent que desservir la profession toute entière.

Ce débat sur l’engagement dans le journalisme s’applique tout autant aux journaux communautaristes (comme Nouvelles d’Arménie magazine, France Arménie, qu’aux journaux classiques et nationaux, même si les publics et les objectifs à atteindre ne sont pas identiques.  Internet a changé la donne.  Le lectorat s’est démultiplié, en seul clic vous pouvez envoyer une information  à des milliards d’individus ; Etrange sensation de pouvoir.. C’est effrayant.

Si vous aviez à faire un bilan de vos salons, les avancées et les défis?

Un bilan, c’est un peu tôt. Nous venons de boucler la 18ème édition Plume noire. Je vais prendre du recul avant de faire un bilan. Si je fais un bilan à chaud, j’ai bien peur d’être trop critique  envers mon travail.  Il faut prendre le temps d’examiner les retombées réels d’un événement qui vient de se terminer. On peut être très agréablement surprise. Le salon est de plus en plus tourné vers le prix littéraire Senghor. Toutes les animations littéraires se font autour de ce jeune prix de 8 ans qui , qui peu à peu acquiert une petite renommée.

Quelles sont les difficultés au quotidien d’un entrepreneur culture!? Budget, audimat, quelle pronostic?

 La réponse se trouve dans votre question : manque de budget, programme allégé, difficulté à embaucher une aide ou une agence de communication pour vous aider dans la réalisation de votre événement. Il me semble que l’Etat a abandonné des associations comme les nôtres qui depuis bientôt 20 ans, travaille d’arrache pied pour défendre les valeurs culturelles et artistiques de notre beau pays. On sent une volonté des pouvoirs publics de concentrer les manifestations culturelles aux mains de grosses associations « élues » et très bien subventionnées. La richesse de la culture en France provenait de toutes ces associations qui font un travail de terrain et qui méritent un soutien moral et financier. Cette richesse et cette pluralité d’offres culturelles disséminées sur le tout territoire hexagonal fait désormais partie du passé, et je le déplore.

Pour les femmes, les initiatives culturelles sont de plus en plus «  »douloureuses’ » on a l’impression que la culture ne fait plus vivre?

 La culture n’a jamais fait vivre, la passion oui. Ceci dit en France la culture fait partie de l’économie du pays, et la réduire à une portion congrue, contribuera à étouffer la création artistique et surtout à appauvrir la France sur ce secteur. La culture est aussi douloureuse, pour les hommes que pour les femmes. Sur ce point nous ne sommes pas à égalité pour une fois. Mais, à la différence des hommes, les femmes font de la culture avec passion, elles murissent et « accouchent » dans la douleur de leurs projets culturels. Avec ou sans argent, les femmes créent et  bâtissent leurs projets culturels. L’argent intervient en second plan. Elles mettent la « charrue avant les bœufs », car elles restent persuadées que ce qu’elles créent est nécessaire et vitale  à la société. L’homme pensent différemment (la majorité) ils envisagent la culture comme un projet économique qui doit s’avérer rentable. Et si cette rentabilité n’est pas évidente, ils passent à autre chose. C’est sur ce sujet épineux que nos points de vues divergent.

Le journalisme, l’édition sont en crise, pourtant vous persévérez? L’édition est en crise, parce que le monde entier et tous les secteurs économiques sont dans le rouge depuis 2008, mais, on aura toujours besoin de journalistes, donc d’information, surtout à l’heure de la globalisation tant décriée, de notre société, idem pour le secteur de l’édition. Disons plutôt que la manière de communiquer change avec les évolutions technologiques. Un magazine de qualité comme le votre (UFPP) n’aurait pas atteint une telle audience, si le support web, et le numérique, ne s’étaient démocratisés ; Mais, je continue de penser que le « Papier » n’est pas mort, il est juste relayé par une version numérique (les webzines, les blogs etc.) un mix de journalisme papier, matinée de technologies permettraient aux métiers d’édition et d’information de croître. Il faut peut être accepter de repenser notre manière de communiquer et cibler intelligemment, sa cible et ses lecteurs ;

Parlez nous de ce qui vous motive au quotidien pour continuer? La culture est le pont, le dialogue mais aussi parfois le point de confrontations ?

On va commencer par un peu définir ce qu’e l’on entend par « Culture » Que signifie le mot culture ?  Ci joints des définitions tirées de Wikipédia : vive internet !!!

« En philosophie, le mot culture désigne ce qui est différent de la nature, c’est-à-dire ce qui est de l’ordre de l’acquis et non de l’inné. La culture a longtemps été considérée comme un trait caractéristique de l’humanité, qui la distinguait des animaux.

En sociologie, la culture est définie comme « ce qui est commun à un groupe d’individus » et comme « ce qui le soude ». Ainsi, pour une institution internationale comme l’UNESCO : « Dans son sens le plus large, la culture peut aujourd’hui être considérée comme l’ensemble des traits distinctifs, spirituels et matériels, intellectuels et affectifs, qui caractérisent une société ou un groupe social. Elle englobe, outre les arts et les lettres, les modes de vie, les droits fondamentaux de l’être humain, les systèmes de valeurs, les traditions et les croyances. »1 Ce « réservoir commun » évolue dans le temps par et dans les formes des échanges. Il se constitue en manières distinctes d’être, de penser, d’agir et de communiquer.

Par abus de langage, on utilise souvent le mot « culture » pour désigner presque exclusivement l’offre de pratiques et de services culturels dans les sociétés modernes, et en particulier dans le domaine des arts et des lettres ».

Selon moi, c’est la vision que j’ai de l’Autre qui est culturelle. L’autre est un reflet de moi, différent de par sa culture, mais riche de sa différence, et il m’intéresse, parce qu’il, peut m’apporter ce qui me manque pour devenir meilleur. L’autre ne peut pas, ne doit pas être synonyme de différence et de trouble.

Le rôle de la culture, c’est d’apprendre à mieux se connaitre pour apprendre à mieux vivre ensemble. Les frontières ont volé en éclats depuis des siècles (croisades, conquêtes, colonisations, traite de esclavage, expatriations, commerce internationaux. Tous ces déplacements de populations volontaires ou forcés, ont provoqués la rencontre de peuples différents, des métissages raciaux et culturels en ont résulté. De nos jours,  le repli identitaire, ne peut donc  plus être pas l’unique solution pour évoluer ensemble. Le respect mutuel et le dialogue culturel devraient pouvoir apaiser les tensions. En tous les cas, c’’est mon point de vue, utopique surement.

UFFP en a fait son cheval de Troie pour amener la paix et le mieux vivre ensemble et vous en pensez quoi?

Je pense que c’est une excellente initiative, que je salue. Je souhaite à cet excellent magazine de réussir là ou d’autres ont pu échouer. L’esthétique de vos pages et de vos photos, l’éthique, le refus du misérabilisme, le bien-vivre, le partage des talents, le respect de l’artisan,  du créateur, la traçabilité évidente consommateur-producteur, la générosité de votre travail,  le refus du politiquement correct, vrai dialogue Nord-Sud, et Sud-Sud, que vous prônez tout au long de votre webzine, sont  d’heureuses pistes pour créer un dialogue meilleur entre les hommes et les femmes d’aujourd’hui.

Parlez nous de votre dernier prix Senghor?

Il s’agit d’un prix littéraire qui grandit grâce aux soutiens de tous : jurés, acteurs des métiers du livre (Libraires, critiques littéraires, bibliothécaires, journalistes culturels, écrivains, politiques et. Tous nous œuvrons ensemble pour que ce prix croisse en toute sérénité. Nous parlions de dialogue un peu plus haut. Voilà un exemple concret d’outils de dialogue, ce prix porte le nom  le nom d’un illustre français, membre de l’académie française, poète et écrivain,  d’origine sénégalaise, Léopold Sédar Senghor, qui vouait un culte à la langue française, et qui pensait que le partage d’une langue commune, et aimé, ne pouvait être qu’un gage de dialogue entre peuples issus de cultures différentes

Léopold Sédar Senghor a en effet toujours soutenu la création artistique et pensé que les Arts et les Lettres avaient vocation particulière à exprimer l’humaine condition. C’est de cet humanisme, soucieux du respect des différences mais pétri d’universalité et de convergence dans la fraternité, que se réclame ce prix. Le dialogue entre les cultures, au travers du partage volontaire d’une langue commune, tels sont les valeurs que souhaite véhiculer le prix Senghor du 1er roman francophone et francophile.

Quel message pour les femmes jeunes auteurs qui ont eu du mal malgré le talent? :

Je vais être très honnête : le talent ne triche pas, quand on est doué il faut se battre pour se faire connaitre, il faut travailler dur, ne pas hésiter à se remettre en question, accepter les critiques et avancer. Le travail paye. Je tiens ce mot de mon père et j’y crois, quelque soit les difficultés, talent +opiniâtreté +patience +création+actions sont selon moi les gages de la réussite. Si une écrivaine est douée, il n y a aucune raison qu’elle ne soit pas publiée. Le milieu de l’édition en France est un milieu fermé, il faut du temps pour être reconnu, et il faut se battre pour y rester.

La francophonie en déclin, quelle est votre vision de la chose? Le français c est plus vendeur, comment expliquer cela?

La francophonie, n’est pas en déclin, le français a toujours fasciné, autrefois langue pratiquée par « l’intelligentsia » internationale, elle a cédé peu a peu sa place contrainte ou consentante à une  langue anglaise plus offensive et plus pratiqué au sien des organismes internationaux ; Il ne tient qu’à la francophonie de regagner ou d’équilibrer la pratique de cette belle langue en soutenant toutes les initiatives de par le monde qui existent et qui mènent des combats sur le terrain, loin des ors et des fastes institutionnels. 

Un dernier mot aux femmes ? : Plusieurs mots et un petit message d’encouragement : Solidarité, réseautage, soutiens mutuels et courage, nous sommes sur la bonne voie. Mais n’oublions pas que ne sommes pas des hommes, il faut ajouter à l’ambition qui pourrait nous dévorer, cette fameuse sensibilité féminine qui nous permet de gouverner autrement.


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