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Elisabeth Deldoul « la littérature fait réfléchir sur soi et les autres » !

Ajouté par , Le avril 10, 2013 , dans Buzz, Ethical Planet, Evénement, Paroles Ethiques, Société

Elisabeth Deldoul « la littérature fait réfléchir sur soi et les autres » !

Casser les frontières et poser un regard sur le Monde dans un esprit d’échange et de métissage à la croisée des cultures du monde, c’est bien de cela qu’il s’agit, quand on pense aux éditions Elyzad. Le rêve d’Elisabeth Deldoul est né un beau jour en 2005 : « j’étais asphyxiée par un manque et il fallait que je fasse quelque chose » nous a-t-elle expliqué. Elle décide de se lancer dans l’édition. C’est ainsi qu’Elyzad est née, une belle et périlleuse aventure pour cette française qui vit depuis des années en Tunisie et qui souffrait d’un vide culturel latent dans son pays d’adoption. Car lire, laisser écrire, et faire entendre la voix des autres est une véritable vocation pour cette éditrice confirmée qui est en train de s’implanter durablement dans le paysage littéraire de sa région. UFFP en mission en Tunisie est allée à sa rencontre, pour évoquer ce qui fait encore et toujours vibrer Elisabeth Deldoul. L’édition est un monde compétitif et il a ses codes, mais Elisabeth Deldoul est convaincue plus que jamais que la culture, c’est l’ouverture à l’autre et est la meilleure passerelle vers le Monde.

Par Fériel Berraies Guigny

 Photos Diane Cazelles pour UFFP

EDITIONS ELYZAD

EDITIONS ELYZAD

Entretien avec UFFP :

 

Elisabeth Deldoul

Elisabeth Deldoul

1) Elizad est née il y a huit ans oui les éditions Elyzad sont nées en 2005, cela correspondait à une période bien précise dans le pays. Sous Ben Ali, on étouffait, on vivait avec un couvercle sur la tête et c’était véritablement asphyxiant. Je me disais alors que si je ne faisais rien je devrais partir. Ce vide moral était pesant et c’est en fait la rencontre avec des écrivains dont un particulièrement : Ali Bêcheur, un écrivain tunisien qui cherchait à l’époque un éditeur.

 

2) Cette rencontre a donc permis de lancer le projet ? Absolument cela a permis à bon nombre d’auteurs de retrouver un nouveau souffle dans un contexte complètement sclérosé.

 

3) En Tunisie, on lit de moins en moins, n’est ce pas un défi ? À l’époque on avançait vers une société qui se fermait et qui se repliait de plus en plus sur elle même. Les idées devenaient extrêmes. Le rempart alors pour moi c’était la littérature. Une fenêtre qui libère, qui fait réfléchir sur les autres.

 

4) Elizad publie les auteurs tunisiens et du Maghreb ? Oui mais on s’ouvre également aux auteurs de l’Afrique subsaharienne et voire même des auteurs du Nord. Pour moi la littérature, c’est toutes ces passerelles vers les autres et si aujourd’hui, il y a tant de malentendus et que les clichés demeurent, c’est parce que l’on ne communique pas de la bonne façon. Pour moi, cela devenait un acte militant et il était important aussi de démontrer qu’un éditeur tunisien pouvait publier autre chose que des auteurs tunisiens.

 

5) Comment faites-vous face à l’avancée de l’arabisation dans le pays ? de par ma langue maternelle qui est le français, la question ne se pose même pas. Le français malgré tout reste une langue d’échange, même si l’apprentissage et l’enseignement du français se sont beaucoup réduits. La langue française a aussi été un tremplin pour les auteurs tunisiens car ils ont ainsi pu sortir du territoire. Surtout pour les romanciers tunisiens qui sont relativement méconnus dans l’espace francophone à l’instar des algériens et marocains.

 

6) Quelle lecture de vos éditions en Tunisie ? je suis assez marginalisée quelque part, car la littérature est une ligne éditoriale en marge ; le lecteur tunisien lit essentiellement les essais et peu les romans. Ne publiant pas que les auteurs tunisiens, j’affectionne les regards croisés et il est important de démontrer que depuis la Tunisie on peut aussi poser ce regard vers le Nord et accueillir les auteurs de cette région. C’est une goutte d’eau dans un Océan mais au fil des années cela laissera une trace.

 

7) Le lectorat en Tunisie ? Globalement, il s’agit plutôt de personnes issues d’une classe privilégiée, plutôt des femmes, pas féministe pour autant.

 

8) Qu’est ce qui vous émeut dans la lecture d’un manuscrit ? Cela peut être différentes choses, les écritures très maitrisées, un voyage vers des pays limitrophes et quand on lit le livre, cela peut être la Tunisie.

Par exemple, si je me réfère au livre la compagnie des tripolitaines, mon objectif, c’est que les barrières tombent. Après les événements en Lybie beaucoup de libyens sont venus se faire soigner en Tunisie et donc dans une des chambres d’une clinique il y avait une amie à moi qui lisait la compagnie des tripolitaines et une patiente libyenne l’a abordée car elle s’est rendue compte au travers du récit du livre, qu’elle vivait les mêmes réalités. Et c’est justement mon combat, faire le lien et rapprocher. C’est la justification de ce métier. Au moment où j’ai commencé la maison d’édition on commençait justement à se fermer des autres. Je sentais un rétrécissement des mentalités qui m’était douloureux.

 

9) La révolution a permis une éclosion de textes ? Oui pour les éditeurs et les libraires cela a été un souffle d ‘oxygène. Pour Elyzad c’est différent car je suis moins dans l’événement et je n’ai pas encore développé les essais. Mais il y a réellement la liberté de penser et d’écrire. Mais pour l’instant les romanciers et les poètes considèrent aussi qu’ils n’ont pas de recul par rapport à ce qui est arrivé depuis la révolution. Ce qui se passe c’est énorme, il y a encore beaucoup à digérer.

 

10) Quelle est votre vision s’agissant de la situation des femmes depuis la révolution ? Clairement je sens qu’il y a des dangers et que la violence elle est là.

Les femmes sont des cibles potentielles, et on le voit bien avec Amina et les Femen. Les choses peuvent très vite se dégrader aujourd’hui. C’est aussi une façon extrémiste de prouver les choses, montrer ses seins c’est aussi radical que le port du voile. Elles réagissent en fonction de ce qu’on leur montre et donne. Je pense à Amina particulièrement. Une journaliste de Marianne qui vient de faire un reportage sur elle l’a bien expliqué elle est sous camisole chimique, elle est séquestrée par sa famille et on ne sait pas où elle est. La société civile et les femmes sont en alerte et elles sont très actives. Dès qu’il ya quelque chose, les femmes réagissent et elles joueront un rôle très important, j’en suis convaincue !

 

11) L’écriture peut faire passer des valeurs ? oui bien sur ! Moi, ce qui me touche beaucoup c’est lorsqu’on crée des passerelles. Elyzad est très présent sur le marché francophone, on fait des salons et on est présent dans beaucoup de librairies. On a même eu le prix Senghor avec une auteure algérienne Wahiba Khiari « nos silences » retraçant l’histoire de la décennie noire en Algérie avec les femmes enlevées et violées et tuées dans les montagnes par les islamistes.

 

12) Quelle Actualité littéraire à venir ? L’ouverture du catalogue à un auteur togolais Théo Ananisso, c’est un recueil autour de sept auteurs qui ont quitté leur pays natal il y a très longtemps et donc qu’est ce qui reste du pays natal et la mémoire dans l’exil. On reconstruit le pays natal. Dans le cadre de Marseille 2013: programmation et publication de sept pièces de théâtre autour des nouvelles dramaturgies arabes en bilingue (arabe et français)

 

 

Flash-Back sur une maison d’édition qui aime les belles lettres et les voyages croisés

Les éditions Elyzad sont nées en 2005 à Tunis. Une maison d’édition qui propose la diversité et la transversalité dans ses sujets. Des romans et nouvelles qui font entendre, au Sud comme au Nord des voix singulières, d’ici et d’ailleurs, des regards métissés qui se posent sur le Monde et ses peuples.

Avec une ligne éditoriale, qui se veut exigeante, tissant les rencontres avec des auteurs confirmés et d’autres nouvellement découverts.

 


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