Share
Suivez nous

Fouzia Oukazi « … dans le coran, la femme a sa place aux côtés de l’homme… »!

Ajouté par , Le septembre 1, 2016 , dans Afrique des Droits des Femmes, Buzz, Evénement, Paroles Ethiques, Prix Ethique

A l’heure où la femme musulmane est la cible de toutes les attentions qu’elles soient politiques, idéologiques ou médiatiques, il était important d’aborder certaines questions relatives à la perception de la femme dans les textes du coran et surtout à sa place réelle dans la société. Beaucoup de non dits, de tabou mais aussi de raccourcis aiment  à la dépeindre comme une victime « subissante » cependant, il n’en est rien, si l’on se réfère en tout cas au dernier essai de Faouzia Oukazi  » Femmes en Islam » que nous vous faisons découvrir, au travers de cet entretien inédit.

Fouzia Oukaza

Fouzia Oukazi

Entretien avec UFFP:

Quelle est la représentation que l’on a de la femme dans les textes saints?

Je ne voudrais parler que du Coran, je ne me sens pas autorisée à le faire pour les autres textes considérés comme saints, à savoir la Bible hébraïque et les quatre Evangiles, dans les traditions monothéistes. Je me permets seulement de rappeler que Paul a considéré dans ses écrits que la femme doit avoir la tête couverte et obéir à son mari, comme l’homme obéit à Dieu.

En ce qui concerne le texte saint des musulmans, beaucoup de versets coraniques sonnent en résonnance aux textes qui l’ont précédé, c’est évoqué dans le texte, à savoir que tout ceci a déjà été rappelé par les prophètes précédant l’arrivée de l’Islam. Dans le Coran, il y a deux aspects de la représentation féminine :

-       D’abord, sur le plan ontologique, il y a une symétrie parfaite et donc une égalité parfaite, entre l’Homme et la Femme. Le verset 33 de la sourate 35, dont je parle dans mon essai, est à ce propos, absolument sans équivoque. C’est le verset le plus emblématique de cette égalité entre les genres et de cette prise en considération de la femme en tant qu’être humain qui prie et est fidèle à Dieu. Ainsi, l’enfer ou le paradis, la miséricorde ou le pardon, sont promis aussi bien aux femmes qu’aux hommes, dans les mêmes mesures.

-       Sur le plan social et donc politique, les préceptes de l’Islam sont venus « corriger » des insuffisances criantes et des inégalités dans la société arabe antéislamique, aussi bien, je pense, poly- que monothéiste. Si la polygamie était largement répandue dans cette région du Moyen Orient, dans toutes les confessions, l’Islam est venu la limiter. Si la femme n’héritait pas, l’Islam est venu lui donner une part et surtout lui laisser sa fortune. On se demande toujours comment la première femme du Prophète Mohammed a hérité sa fortune, de son mari précédent ou de son père en principe décédé ? et surtout comment elle a pu la gérer toute seule. Des écrits de la Tradition évoquent une certaine liberté pour la femme, d’autres ont même parlé d’une liberté sexuelle, la femme pouvant « renvoyer » l’homme avec lequel elle vit. Toujours est-il que dans le Coran, la femme est considérée comme étant « sous la protection » de l’homme, qui se bat et gagne la vie du ménage, et qui pouvait donc avoir plusieurs épouses. Il faut toujours rappeler que le fameux verset concernant la polygamie est situé dans un contexte de veuvage et surtout d’enfants orphelins. Rappelons que les femmes, 9 dit-on, qu’a épousées le Prophète étaient, pour beaucoup d’entres elles, des veuves de guerre. On l’oublie souvent. Ceci dit, ce genre de prescriptions ne devrait plus avoir cours dans les droits modernes actuels des pays à majorité musulmane.

 

Beaucoup disent que la femme a sa place aux côtés de l’homme, dans quels textes est ce précisé?

Dans le Coran, c’est ce fameux verset 35 de la sourate 35  35 qui en parle d’une manière si parfaite, au sens de l’écoute et de la psalmodie. Quand vous dites « beaucoup », je suppose que vous pensez aux islamologues et aux exégètes. Non seulement, la femme a sa place aux côtés de l’homme, mais les exégètes lui donnent une place éminente, au sens où le mot « rahmane » qu’on accole le plus souvent à Dieu, signifie en fonction de sa racine sémitique et polysémique, « matrice ». Si on veut bien comprendre ce mot et lui donner toute sa mesure, il y a une espèce de rappel que l’amour qu’a Dieu pour ses créatures est absolument le même que celui qu’a la mère pour son enfant. Cela ne veut pas dire, et c’est mon interprétation qui vaut ce qu’elle vaut, que Dieu nous considère comme des enfants ou des mineurs, mais simplement que son amour nous protège et nous nourrit. La femme a une fonction divine de donner la vie. Le texte coranique parle plus souvent de « zawj » au sens de couple : cela signifie que cela peut aussi bien désigner l’homme que la femme. Ainsi, la fin du très beau verset 21 de la sourate 30 : « Dieu a créé de vous-mêmes un « couple » pour vivre ensemble en paix et a prescrit entre vous amour et miséricorde (rahma) » Traduction libre. Cependant, certains versets restent absolument incompréhensibles, dans la mesure où l’on ne connaît pas le contexte dans lequel ils ont été « descendus ». Ainsi, lorsque Dieu raconte que le peuple du prophète Loth a été sauvé, alors que les autres ont été châtiés en raison de leur comportement, le verset 171 de la sourate 26 précise qu’une « vieille femme est restée avec ceux qui sont restés derrière » et donc a aussi été châtiée. Un verset totalement incompréhensible qui semble avoir été ajouté par la suite ( ?). Ceci dit, sur le plan sociologique, la place de la femme dans le Coran, une fois dépassé cette égalité ontologique, reste à l’image de celle dans la Bible. La femme est d’abord une épouse et une femme.

 

Pourtant la lecture d’hier à aujourd’hui, ne donne pas une  place de choix à la femme

Je suppose que vous voulez parler de la lecture du Coran. Il est évident que si le Coran a donné une place quelque peu éminente à la femme, compte tenu de cette antiquité tardive, le fait que la chari’a est appliquée aujourd’hui dans de nombreux pays musulmans, n’a plus sa raison d’être. 1400 ans après la naissance de l’Islam, les conditions sociales et politiques ne sont plus les mêmes, c’est un truisme de le dire. Malheureusement, les pays musulmans ont favorisé la mise en place d’un courant religieux de plus en plus rigoriste. Et le développement d’une lecture dogmatique de l’Islam est d’abord, à mon avis, le résultat de la faillite des pouvoirs politiques. Il est de notoriété publique que les régimes arabo-musulmans, pour la plupart des dictatures militaires qui ont suivi les indépendances, ont réprimé les traditions soufies et ont laissé libre cours à un islam simpliste basé sur le licite et l’illicite. L’éducation à l’’école ayant été plutôt pauvre, à mon avis, l’appropriation du texte sacré n’a été ni possible ni envisagée. Le Coran reste donc jusqu’à nos jours un livre sacré qu’on ne peut toucher, dont on ne peut même pas aborder l’historicité. Même le décompte des sourates, leur compilation et leur place dans le texte n’est pas interrogé.

 

La théologie en général, a –t-elle quelque chose  contre le féminisme?

Cela dépend ce qu’on entend par « féminisme » et par « théologie ». Mohamed Arkoun a très bien parlé de ce corpus clos au 13ème siècle, qu’on ne peut plus toucher, ni a fortiori modifier. On reste donc avec un dogme qui date de longtemps et qui ne correspond plus aux évolutions sociologiques actuelles, bonnes ou mauvaises. Certains théologiens, surtout actuels, comme Tarek Oubrou ou le syrien Mohamed Chahrour, pour ne citer qu’eux, sont évidemment absolument pour une égalité juridique entre les femmes et les hommes et pour un droit juridique qui ne soit pas basé sur la chari’a. Mais il faut noter que dans la mosquée de Tarek Oubrou à Bordeaux, les femmes sont toujours placées derrière les hommes. Ceci dit, déjà en 1908, l’égyptien Qasim Amin avait publié un livre intitulé « la libération de la femme », tout un programme. Beaucoup pensent que l’accès des femmes à l’éducation est absolument fondamental pour faire évoluer les mentalités, mais encore faut-il savoir ce que l’on met dans cette éducation. Tout le monde sait que les femmes saoudiennes ont accès aux universités et aux plus hauts diplômes, mais que l’Etat leur interdit de conduire une voiture. A mon avis, ce n’est pas tout à fait une question d’accès à l’éducation, mais d’évolution moderne des mentalités, et surtout d’évolution démocratique des régimes politiques des pays à majorité musulmane.

 

Le wahabisme est il le plus grand ennemi de la femme?

On dit effectivement que ce mouvement religieux né au 18ème siècle en Arabie est à la source de toutes les dérives intégristes de l’Islam et on sait que l’intégrisme fait de la femme un objet de consommation. On le croit sans peine lorsque l’on voit comment fonctionne le régime saoudien, ou du moins, le peu qu’on en sait. On dit que cet Etat a détruit tous les vestiges qui dataient de plus de mille ans et que les fouilles archéologiques sont pratiquement interdites. On pense aussi que cet Etat ayant eu des relations extrêmement privilégiées avec les Etats-Unis depuis le pacte du Quincy en février 1945, il a eu l’opportunité de diffuser son idéologie à la planète entière grâce à ses pétrodollars et aux satellites. Il y a eu le fait aussi que de nombreux professeurs de théologie ont été formés à la Mecque ou à Médine, et c’est encore le cas aujourd’hui pour certains étudiants. On laisse passer l’idée qu’un bon théologien ou bon islamologue est toujours formé à Médine.

 

D’un exégète  à un autre la représentation change-t-elle?

Cette question reprend un peu celle concernant la théologie. Un théologien formé à Médine n’aura effectivement pas, à mon avis, les mêmes pensées qu’un autre formé aux Etats-Unis ou en Europe. On espérait une évolution avec les conversions de certains occidentaux à l’Islam, mais certains convertis sont plus royalistes que le roi et on le voit avec les groupes « terroristes » qui font parler d’eux. A mon avis, les théologiens du moyen-âge comme Ibn Rosh et surtout Ibn Arabi, on parle de l’âge d’or de l’Islam, étaient beaucoup plus libéraux que certains exégètes de notre époque. J’aime à parler de Khaled Bentounès, qui est actuellement le maitre spirituel de la confrérie soufie alawiya : il a une pensée extrêmement moderne sur le statut de la femme sur le plan politique et social, il a raison de dire que c’est à la femme de prendre sa place, il ne faut surtout pas attendre que l’homme la lui laisse, on le voit sur le plan politique même en Occident. Sur le plan religieux, j’ai une pensée très affectueuse pour Amina Dawud aux Etats-Unis. Il faut bien rappeler que les mentalités des femmes évoluent très lentement. Beaucoup de sujets restent tabous, notamment sur le plan sexuel.

 

Que faire pour faire changer les mentalités?

On dit toujours que les mentalités évoluent très et trop lentement. A titre d’exemple, la sécularisation a mis plus d’un siècle et demi à se mettre en place en France. Et malheureusement, certains aspects sociologiques sont transmis par les femmes elles-mêmes, c’est connu. Il est évident que l’accès à l’école est fondamental, encore faut-il enseigner non pas des dogmes inscrits dans le marbre, mais une manière libre de penser et de se poser des questions. Avec l’évolution des thèmes « licite ou pas illicite », on arrive à penser que le musulman et la musulmane lambda n’aiment pas prendre leur responsabilité et interpréter un dogme en fonction de leur libre-arbitre. Ils ont besoin qu’une personne et donc un imam leur dise ce qui est licite et ce qui ne l’est pas. Leur pratique religieuse se limite à cette binarité. Quant à s’approprier le texte coranique et en tirer les perles, cela semble une tâche un peu lourde et fastidieuse, ce qui est vrai. Et les gens sont pris dans la tourmente du quotidien. Par ailleurs, et à mon avis, c’est plus important, les régimes politiques des pays à majorité musulmane doivent absolument devenir effectivement démocratiques et baser le droit civil sur la notion de citoyenneté et non plus sur la chari’a. Cela aidera, peut-être, surtout si la justice fonctionne convenablement.

 

Depuis le  printemps arabe les mouvances conservatrices reprennent le dessus est-ce un danger pour la femme?

C’est logique, un mouvement qui se sent attaqué, attaque plus fort. Et les demandes d’émancipation mettent en danger la prédominance de l’homme musulman dans les sociétés. Dans toutes les sociétés, la femme est d’abord le sexe dit faible. Les viols ne sont considérés comme des crimes que dans les pays occidentaux et depuis peu de temps. Il faut penser aussi à ces Français de la libération qui ont jugé utile de raser la tête des femmes (quel symbole !) qui avaient eu des relations sexuelles avec des Nazis, comme si la sexualité de la femme appartenait forcément à l’homme. Les mouvements conservateurs se durcissent effectivement, mais il faut aussi rappeler que la mondialisation et la libéralisation à outrance bousculent toutes les traditions, même les plus séculières. La réaction est donc parfois violente. Il faut aussi rappeler que l’histoire humaine est faite de violence et de fureur. Et la violence de certains groupes a toujours répondu à la violence dite légitime que possèdent les Etats. Pour ce qui concerne les mouvances conservatrices pour ne pas dire islamistes, ce n’est pas seulement un danger pour la femme, c’est un danger pour l’humanisme et le vivre-ensemble. certaines femmes musulmanes ont trouvé le moyen de collaborer avec ces mouvements, pour avoir une certaine « liberté » et pour participer à la prise de décision. On a parlé depuis la révolution de 1979 en Iran de « féminisme islamique », mais personnellement, je crois fondamentalement à la liberté de conscience et à la citoyenneté sur le plan social et politique. Le féminisme islamique ne me parle pas.

 

Si vous aviez un bilan à faire, depuis le printemps arabe qu’en est-il de la place de la femme musulmane en Tunisie, Algérie, Maroc, Egypte et Lybie?

Je ne me permettrais pas de parler de la Lybie qui est en guerre depuis l’intervention militaire décidée par le Président Sarkozy et continuée par François Hollande (sur les bons conseils de Bernard Henry Levy). Le pays est divisé en 3 ou 4 territoires, chacun contrôlé par des groupes soutenus par des pays étrangers selon l’idéologie (pensons à la libre circulation des armes de guerre…). En Algérie qui est mon pays de naissance, on a dit que le « printemps arabe » n’a pas eu lieu car le pays a bien trop souffert de l’insurrection d’octobre 1988 et surtout des années noires à partir de 1992 et la « reprise en main » par les militaires. Beaucoup de femmes que je connais préfèrent les militaires aux Islamistes. Or, on sait bien que ce sont les militaires et donc l’Etat qui a favorisé la montée des islamistes violents. Il ya beaucoup de contradictions dans ce pays. Il existe une vraie liberté de la presse, beaucoup d’articles sont parus pour fustiger ces mouvements issus des GIA et autres groupes violents. Les femmes ont manifesté pour modifier le statut personnel de la femme inscrit dans le droit civil et basé sur la chari’a. En Algérie, la femme peut être pilote d’avion ou ministre, mais elle n’a pas le droit de se marier sans tuteur. Les femmes sont voilées ou pas, surtout dans les villes et des bikinis côtoient des robes bouffantes sur les plages d’Alger. J’ai vu des femmes attablées à des cafés, mais je n’ai jamais vu de femme fumer dans la rue. J’ai constaté que le taux d’alphabétisation a diminué par rapport à la période de Boumediene, les Islamistes ont « explosé » dans les sondages (et dans la vie sociale) après 1988 et ils se sentent actuellement brimés depuis cette fameuse « réconciliation » mise en place par le président Bouteflika. Il n’y a pas de véritable solution car les mentalités restent très, trop conservatrices et le fait de permettre à certains de s’enrichir ne résoudra pas le problème. Beaucoup de femmes ne rêvent que d’un prince charmant et j’ai souvent vu des filles, pourtant diplômées des universités, accepter de se marier seulement sur le plan religieux, car l’homme était déjà marié. La législation algérienne a limité la polygamie, si l’on dire, à l’accord de la première épouse. Mais les mariages religieux ne nécessitent qu’un imam et qu’un tuteur pour la femme, faciles à trouver. On oublie toujours que la femme ne dispose dans ce cas-là d’aucune protection juridique. J’ai lu beaucoup d’articles sur la situation en Tunisie et au Maroc. On dit que le Maroc a aussi échappé aux révoltes grâce à la « moudawana », mais certaines femmes marocaines modernes estiment que ce n’est pas assez, tout comme en Tunisie, pourtant considéré comme le pays musulman le plus « évolué » sur le plan de la liberté de conscience et de l’égalité citoyenne. A mon avis, tant que les régimes politiques gardent la notion de « l’Islam religion d’Etat », on n’avancera pas beaucoup. Cette notion réfute la liberté de conscience, et marginalisent ceux qui ne sentent pas musulmans, qui ne pratiquent pas ou qui professent une autre religion.

 

Aujourd’hui, le salafisme, le terrorisme tentent aussi de récupérer la femme dans des discours idéologiques qui n’ont pas lieu d être, qu’en pensez vous?

Il y a beaucoup d’Islamistes qui pensent que l’Islam a libéré la femme, ce qui est vrai. Mais ils en restent là et oublient que 1400 ans ont passé. Aujourd’hui, les femmes musulmanes, je vous l’ai dit, pensent que le « féminisme islamique » a du bien du moment qu’on les laisse exercer un métier, manifester dans la rue ou bien simplement déambuler et faire les magasins. Rappelons que les femmes ne peuvent occuper la rue durant la nuit que pendant le mois de jeûne, ce qui n’est pas normal. Je considère que ce n’est pas à l’homme de me dire où est ma place, c’est à moi de la choisir en fonction de ma liberté. Mais beaucoup de femmes sont conditionnées par l’idée que l’homme décide. Je crois que les traditions du voilement des femmes sont anciennes (l’élite féminine grecque et romaine se voilait) et que certaines femmes n’osent pas les dépasser ou y reviennent surtout, en raison de la faillite des idéologies, dont celle de l’Occident qui n’enseigne pas du tout le « sens » de la vie. Beaucoup estiment que le voilement des femmes est inscrit dans le Coran, ce que je récuse. Le mot « tête » n’est pas stipulé et je crois toujours qu’il faut revenir au contexte et à l’époque. Je crois sincèrement que l’habit était d’abord bien enveloppant à la naissance de l’Islam, comme dans toute la région, et surtout qu’à notre époque, le fait qu’une femme puisse « exciter » un homme me déplait fortement, car cela induit encore et toujours cet aspect sexuel entre l’homme et la femme. Si j’étais un homme, j’aurais honte de penser qu’on me considère comme un excité sexuel perpétuel. D’un autre côté, c’est un manque d’humilité de la part de la femme de considérer qu’elle est si belle qu’elle peut exciter tous les hommes. L’attirance sexuelle est un fait normal de la nature et de la création. Il faut laisser les gens décider par eux-mêmes, chacun et chacune doit être libre de fixer ses limites sur ce plan. Enfin, il faut rappeler que les Françaises converties qui s’habillent avec des burqa sont souvent des Françaises de souche. Cela pose la question des influences qu’elles ont subies ou acceptées par amour ou peut-être par naïveté. Alors, bien sûr, le salafisme récupère des femmes qui acceptent la simplification de la croyance. Il faut seulement rappeler que de nombreux salafistes ne sont pas du tout violents et ne cherchent qu’à vivre leur islamité comme ils l’entendent. On a l’exemple des communautés amish aux Etats-Unis.

 

Que conseillez aux femmes pour sortir du carcan conservateur tout en gardant leur identité arabo-musulmane?

De se plonger dans l’étude du Coran, d’accepter de prendre ses responsabilités de conscience et de maintenir constant le lien avec le divin, et surtout de se rappeler que Dieu n’est pas un homme qui nous attend après la mort pour nous punir parce qu’on n’a pas mis son foulard ou qu’on a une barbe trop courte. Ce serait faire offense au divin. Le lien divin, à mon avis, n’a rien à voir avec des habits, des barbes ou des babouches. Il a à voir avec la conscience et surtout le respect de soi-même et des autres. Dieu nous demande de faire le bien, de devenir meilleur, pas de s’habiller d’une certaine manière, il est bien au-dessus de ça. Ceci dit, la liberté de choix ne signifie pas la mise au placard de la décence vestimentaire ou autre, qui est une donnée largement partagée par le commun des mortels, croyants ou pas.

 

La laicite en Europe et dans le monde arabe pas la même lecture, et les dangers sont encore là, qu’en pensez vous?

La laïcité n’a déjà pas la même lecture en France même, elle fait couler beaucoup d’encre. Le mot a pris une connotation particulière en France depuis quelques années, en fait depuis la visibilité du fait musulman, mais il n’a pas le même sens dans les autres pays occidentaux. Je l’ai dit : aucun pays à majorité musulmane n’est fondamentalement laïc, on dit que la Syrie et la Turquie sont ou étaient laïcs, mais on voit bien que l’influence des mouvements fondamentalistes est importante. On en revient à l’influence des mouvements wahhabites. L’an dernier, j’ai visité cinq ou six pays de l’Europe du sud-est et j’ai perçu une nette influence de l’islamisme turc, celui d’Erdogan, dans ces pays, notamment au Kosovo. On dit que les mouvements « terroristes » recrutent beaucoup dans ces pays, il faut rappeler que les armes voyagent beaucoup et que la guerre d’après-guerre froide est toujours perceptible. Si on met sur tout ça des mouvements nationalistes, donc plutôt racistes, on a un cocktail pas très bon. Ceci dit, la notion de laïcité en France reste, surtout sur le plan politique, plutôt exclusive, alors qu’elle semble inclusive aux Etats-Unis, en Grande Bretagne ou en Allemagne. Londres vient d’élire un maire musulman, Paris n’est évidemment pas prête à cette révolution. Il faut reconnaître que l’Islam a dans la France actuelle le même statut que celui des Juifs dans les années trente et il n’y a pas que moi qui le dis. Il faut reconnaître que les attentats depuis maintenant 2005 n’ont pas arrangé les choses, ce qui m’amène à dire que les mouvements salafistes violents ont les mêmes intérêts objectifs que les mouvements nationalistes et exclusifs. Ils ont besoin de désordre et de haine pour proliférer.

 

L’exemple féminin tunisien, vous en pensez quoi?

Je n’étais pas trop d’accord avec le fameux geste de Bourguiba dévoilant une femme, car je pense que l’émancipation doit être un fait personnellement pensé et assumé. Ceci dit, malgré cette « avancée » tunisienne depuis le « printemps », il semble que les femmes voilées ou en niqab se sont multipliées dans le pays, comme en Algérie, d’ailleurs. Cela veut dire que la classe politique doit rester dans cet ancrage de liberté de conscience, mais que le chemin est encore long. Je crois que le développement économique et donc la possibilité pour tout un chacun d’accéder à un niveau de vie correct aide à changer les mentalités, mais les pauvres sont encore très nombreux en Afrique ou ailleurs et forment un terreau assez intéressant pour les mouvements violents, qu’ils soient confessionnels ou pas.

Je suis très sensible au mouvement intellectuel de renouveau religieux né en Tunisie, avec notamment Youssef Seddik et bien d’autres. J’ai une admiration particulière pour Olfa Youssef ou bien Hela Ouardi qui écrivent des livres extrêmement intéressants et innovants sur la pensée islamique. Je crois fermement que c’est aux intellectuels arabes, musulmans,  à développer ces études, comme l’a tellement demandé Mohamed Arkoun. On ne doit pas laisser les intellectuels occidentaux nous imposer certaines lectures, parce que c’est en se basant sur ces lectures occidentales que les Islamistes dénoncent ce qu’ils appellent des « dérives » : si les Occidentaux  disent certaines « choses », c’est pour attaquer l’Islam, pensent certains musulmans (Le libanais Georges Tarabichi décédé récemment avait parlé à ce sujet d’une « névrose » arabo-musulmane). Il faut bien reconnaître que si les travaux occidentaux s’imposent d’eux-mêmes c’est bien parce que la recherche universitaire est encore très pauvre dans les pays à majorité musulmane. Or, il faut absolument s’approprier cette immense richesse qu’est le Coran. Pour que cette notion de recherche universitaire et de questionnement incessant soient bien compris par tous, il faut que les intellectuels ne soient pas menacés et surtout il faut qu’ils soient protégés par l’Etat et qu’une fatwa incriminante ne soit pas possible. Ce n’est que dans ces conditions que les régimes à majorité musulmane peuvent garder leurs intellectuels et leurs penseurs, mais me direz-vous, veulent-ils les garder ?

 

FEMMES EN ISLAM

Essai

Fouzia Oukazi

Si le Coran fait de la femme un « allié » de l’homme, si homme et femme sont pareillement tenus pour responsables de leurs actes devant Dieu, il est honnête de redire que les pays musulmans n’offrent
pas une place à part entière à la femme dans leur société et que leurs législations ne font pas de la femme un être égal de l’homme.

Les spécialistes et universitaires musulmans, sommés de se prononcer et de se positionner, se sentent obligés de rappeler que l’Islam, après avoir été une immense civilisation au Moyen Âge, est d’abord et avant tout une spiritualité. Mais les méfaits des groupuscules  violents qui veulent faire de l’Islam une idéologie politique viennent mettre à mal une réflexion plurielle et utile aux sociétés.

Cet ouvrage se veut un rappel des données qui ont mené à la visibilité du fait religieux musulman, notamment dans la société  française, et propose une interprétation très personnelle des pratiques musulmanes en cours. Sur le long terme, la sécularisation est bien en place.

Broché
EAN : 9782343094656 • 94 pages
Prix éditeur : 12 €
Voir la fiche de ce livre

 

 

 

 


Mots clés: , , , , , , ,

Suivez-Nous

Ne manquez plus nos astuces, buzz, bons plans et dernières tendances en les recevant par mail.

ok
Please: don't use the images and text of UFFP WEBZINE on websites, blogs or other media without my explicit permission_ 2010 ©UNITED FASHION FOR PEACE_ All Rights Reserved
United Fashion For Peace 2013 :: Powered by PiVO