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Véronique Saubot «…. si côté genre les choses bougent, côté senior rien ne bouge » !


 

 

Véronique Saubot  est  une  femme de   terrain et d’industrie. Après avoir travaillé plus de 15 ans dans l’industrie automobile, dans des fonctions opérationnelles et fonctionnelles, elle décide de voler de ses propres ailes et de créer son activité de conseil et ainsi, s’investir  aussi dans des problématiques plus sociales et féminines. C’est qui d’ailleurs l’a amenée à s’engager auprès de l’Association  Force Femmes.

Diplômée de l’Ecole ESCP Europe, Véronique Saubot commence sa carrière dans l’audit en 1989 chez Arthur ANDERSEN pendant 5 ans. Elle rejoint ensuite Le Groupe VALEO ou elle occupera différents postes pendant plus de 13 ans. C’est au sein de ce groupe qu’elle se prendra de passion pour l’industrie. Elle commence au Siège de la Branche Eclairage par manager une équipe en contrôle de gestion. Elle prend ensuite des postes de management  opérationnel dans des divisions de la Branche éclairage. A partir de 1999, elle prendra des responsabilités Corporate au sein du Groupe. D’abord, la gestion du projet SAP Groupe. Elle poursuit son parcours en manageant le projet de transformation industriel et logistique pour le Groupe présent dans 22 pays avec 120 usines.  VALEO la nomme ensuite en 2003 directrice du plan stratégique du Groupe, en charge de l’animation du comité stratégique du Groupe. En 2007, elle quitte VALEO pour développer CORONELLI International qu’elle crée. Le cabinet effectue des missions de conseil en stratégie. Avec des partenaires présents dans 8 pays, CORONELLI accompagne des groupes du CAC 40 et des PME dans leur réflexion de stratégie de croissance et d’innovation. Véronique Saubot a notamment développé un concept d’optimisation pour les services de Recherche et  Développement. En 2006, elle est nommée au poste d’administratrice trésorière d’Ateliers Sans frontières, ainsi que Vice-présidente non executive et membre du conseil d’administration de MICHEL THIERRY (CA de 400 M€), un équipementier automobile présents sur 3 continents. En 2012 elle est nommée administrateur indépendant au sein du Groupe La POSTE chez Sofispost (CA de 1 500 M€), présidente du comité d’audit et membre du comité stratégique ainsi que du comité des rémunérations. En 2014, elle est nommée administrateur indépendant de la Branche courrier colis services à domicile du groupe LA Poste. Cette branche du Groupe a un chiffre d’affaires de 12 Milliards d’euros et emploie plus de 160 000 personnes. Mère de 4 enfants, elle est aussi engagée dans les activités de parents d’élève; elle aime le sport, la montagne et la lecture.

Par Fériel Berraies Guigny

UFFP vous fait découvrir cette femme entrepreneuse  et passionnée au travers de cet entretien in aparté.  Nous publions cet entretien le premier mai et c’est hautement symbolique pour nous. Dans cet échange « coeur à coeur » entre femmes,  nous avons parlé  des nouveaux modes de travail, des femmes et de leur réinsertion professionnelle, du plafond de verre  et des questions relatives au genre. In fine sur les actions de Force Femmes.

Zoon sur Force Femmes

Depuis 2005, l’association Force Femmes soutient la réinsertion professionnelle des femmes de plus de 45 ans. Et sa nouvelle présidente n’est autre que  Véronique Saubot. Cette structure aide toute femme de plus de 45 ans et au chômage depuis moins de deux ans. Avec un réseau de 800 bénévoles très qualifiés, en activité, l’Association essaye de trouver des réponses à ce fléau grandissant qu’est la précarité professionnelle pour les femmes de plus de 40 ans. ..

 

 

Véronique Saubot Présidente Force Femme

Véronique Saubot
Présidente Force Femmes et Femme Corporate

Entretien avec  Véronique SAUBOT

1)      Les relations dans le  travail sont en train de changer, aujourd’hui, c ‘est trés impersonnel et aseptisé, mais autrefois, les modes de gouvernance étaient différents non ? oui il y avait une sorte de paternalisme dans les grands groupes auparavant, teintés de bienveillance. Il y avait un lien réel entre les patrons et les collaborateurs. Aujourd’hui, il est vrai, les choses ont changé.

2)      Que pensez-vous de la révolution numérique qui coupe l’emploi, ex avec le télétravail etc. ?
On ne peut pas lutter contre cette vague de fond qui va effectivement transformer très significativement les jobs des uns et des autres. En 2030, 30 % des fonctions seront totalement renouvelées compte tenu de cette vague de fond. Le télétravail donne il est vrai, de la liberté au collaborateur mais ça coupe l’intuitif personæ.  Cela  coupe la relation humaine et du coup, malgré les avantages. Bien sur,  cela n’est pas généralisable partout !

3)      Il faut s’y préparer ? oui absolument et d’ailleurs nous, dans l’Association Force Femmes on est en  train de coacher nos femmes à avoir aussi une posture aussi très tournée vers le travail numérique et les réseaux sociaux.Elles doivent tenir compte de    l’évolution des métiers. Ce n’est pas facile, car il faut beaucoup de discernement et ce n’est donné à tout le monde. Il faut rester très précis sur les évolutions du marché de l’emploi.

4)      Quelles sont vos attentes par rapport aux femmes de + de 45 ans que vous accueillez ? il y a des préalables, pour peu que ces femmes soient restées plus de 20 ans dans la même entreprise, cela restera difficile au départ.Car  elles ne se sont pas réellement  à jour sur les nouveaux modes de recherche d’emploi.

5)      Il faut qu’elles se mettent au numérique en fait ? oui c’est une nécessité, elles doivent avoir la bonne posture sur les réseaux sociaux, se mettre sur linkedin, apprendre la communication. Elles doivent apprendre à préparer leur CV. Ce sont des outils importants et incontournables.

6)      Comment accompagnez-vous ? outre le coaching, l’accompagnement, la formation de ces femmes, on fait aussi des enquêtes auprès des entreprises, des DRH, des cabinets de recrutement, pour bien les orienter et les  préparer.

7)      Pour la création d’entreprise aussi ? oui il y a tout un volet d’accompagnement avec nos professionnels bénévoles qui les accompagnent à toutes les étapes de leur projet d’emploi, et c’est important qu’elles ne soient pas livrées à elles-mêmes .

8)      Vous parlent-elles de souffrance au travail ? en fait on ne s’y est pas encore attelés, car c’est plus des perceptions et moins des chiffres. Mais il est vrai aussi, que l’on a beaucoup de femmes qui sortent de l’entreprise avec des conflits avec l’employeur pour des raisons de harcèlement. Pour l’instant, on n’est pas en posture de communiquer de façon rigoureuse sur cette problématique. Mais on le sent et il suffit de voir le nombre de femmes qui en parlent.Cela deviendra forcément une priorité.

9)      C’est tabou ? oui  en quelque sorte, mais il faut aussi surtout bien le qualifier   » cet harcèlement » ou conflit et mesurer la violence que cela implique . Il faut rester nuancée. C’est sans doute un de nos prochains sujets en termes d’enquête sur lequel on va peut-être travailler pour plus approfondir.

10)   Depuis 2016 vous présidez l’Association Force Femmes, si vous aviez à faire un bilan sur la femme française et le marché de l’emploi ? et bien ça se dégrade de plus en plus, voire c’est devenu catastrophique. En France, on recense plus de 650 000 femmes de plus de 50 ans au chômage (catégories A, B et C) !

11)   Même si le taux d’emploi  homme femme est à peu près équivalent ? oui, la précarité professionnelle est omniprésente chez les femmes. CDD, missions en intérim, temps partiels : elles sont très nombreuses à occuper des emplois précaires. Il en ressort une construction professionnelle plus fragile qui les handicape quand elles se retrouvent au chômage ou qu’elles cherchent à se réorienter. À partir de 45 ans, en plus elle est mère et a à sa charge des enfants, ce qui fait qu’elle a aussi beaucoup de contraintes.

12)   Et si on parlait plafond de verre ? les femmes sont peu présentes, dans certains domaines, chez les ingénieurs pas de femmes à la tête, en  Industrie assez peu de femmes qui rentrent et moi ça m’a beaucoup servi et j’ai eu la chance de rencontrer quelqu’un qui savait s’entourer de femmes. J’étais disponible et ça m’a propulsée. Chez les ingénieurs il y a  seulement 10 à 15 % de femmes et c’est terrible. Mais en revanche dans les métiers du droit, de la médecine on a énormément de femmes.  Ce qui ne veut pas dire d’ailleurs que ces femmes ne sont pas victimes du plafond de verre ou autre.

13)  le Barreau est assez féminisé et les métiers de la magistrature ?

Elles sont prises à 80 % dans ces métiers, mais à l’inverse en médecine, même s’il y a beaucoup de femmes docteurs,  dans les hôpitaux vous n’aurez pas de chef de service femmes. En revanche dans la magistrature, il y a beaucoup de femmes y compris à des postes de haut niveau.  Dans les écoles de commerce, on a à peu près 50 % de femmes. Dans les filières marketing, commerce il y a quand même beaucoup de femmes. Mais après, le plafond de verre persiste au niveau des directions générales.

13)   Faut-il légiférer pour les COMEX ? c’est la question à se poser, si cela peut aider à plus de diversité pour faire rentrer des femmes, oui. J’assume le quota et je suis pour. On a vu les résultats splendides que ça a donné sur les conseils d’administration et donc aujourd’hui dans les Conseils d’administration du CAC 40, on a 40% de femmes. Dans les SBS 120 on n’est pas très loin. Il y a un vrai pas.

14)   C’est  donc ausi une question de masse critique pour faire bouger les choses ? oui le regard critique change quand on n’est pas toute seule et que l’on est un minimum trois  cad 30 % (en dessous de 30 % cela reste compliqué) il y a une force qui se construit quand on est à plusieurs. S’il faut légiférer la dessus, je suis fondamentalement assez pour.

15)   Quels sont les endroits déserts pour les femmes ? dans la technologie, dans le numérique il n y a pas de femmes et c’est une catastrophe. Les femmes s’autocensurent  bêtement, elles se disent que ce n’est pas pour elles. Le 2e phénomène et il rejoint cette idée, c’est qu’il faut absolument libérer les femmes en amont et ça se fait à l’école, et au collège.  Il faut travailler sur les mentalités et ça se fait dés l’école !

16)   Réconcilier les femmes avec les nouveaux profils d’emploi ? oui absolument, il faut faire un travail de fond à ce sujet, leur faire prendre conscience qu’elles peuvent faire ces métiers pour lesquels elles s’autocensurent. Il faut les libérer.

17)   Il y a un rapport de 1 à 3 entre ce que demandent un homme et une femme pour un même projet. Des chiffres l’attestent quand il s’agit de financement, la femme est plus raisonnable moins dépensière, mais elle sera moins ambitieuse. Elle se limite encore une fois.

18)   Pas de sexisme alors ? oui et non, mais les femmes sont leur pire ennemi aussi. Elles se mettent trop de frein.

19)    Concrètement une femme de plus de 45 ans qui vient à vous qu’est-ce que vous lui proposez ? Nous prenons connaissance de la situation professionnelle mais aussi personnelle de la candidate. Ensuite, nous travaillons ensemble sur un plan d’action très précis du projet entrepreneurial, son positionnement sur le marché, ou son modèle économique… Nous accompagnons la candidate jusqu’à ce qu’elle n’ait plus besoin de nous.

20)   Mais vous restez dans la réalité objective ? oui nous avons un devoir de vigilance et de réalité, pas mal de femmes qui viennent nous voir « planent » et ou ont tendance à procrastiner. Et c’est un vrai gros sujet, car sur le marché du travail français et  il faut le savoir, les recruteurs quand on est restée au chômage trop longtemps, ne vous regardent pas. Votre dossier passe à la poubelle.

C’est un équilibre précaire, mais heureusement nous avons une équipe de bénévoles, des salariés qui sont tous absolument remarquables à ce niveaux-là. Ils savent bien jauger, sans brutaliser et ils connaissent les réalités du marché de l’emploi.

21)   Qu’en est-il de l’inégalité salariale ? et bien il y a une prise de conscience sur la question et de ce point de vue-là  surtout dans la perception. Ce n’est pas complètement transformé ceci dit, mais dans le regard des hommes ça commence à changer. C’est très encourageant en tout cas.

22)   Qu’en est-il quand on est femme et senior à la fois ? c’est une question cruciale, peu abordée et dans laquelle rien ne bouge ici en France.  C’est même une double peine pour les femmes françaises. Il va falloir vraiment aborder la problématique et les médias comme vous doivent s’emparer du sujet, pour faire bouger la réflexion à ce sujet.

23)   Il faut communiquer sur le chômage des femmes de plus de 50 ans alors ? oui il faut le faire, car c’est en train d’augmenter mois après mois et ce, depuis quatre ans. Cette question d’ailleurs touche aussi les hommes pour les seniors ! en termes de communication sur les réseaux sociaux et auprès des pouvoirs publics, il faut davantage travailler sur le sujet. Si côté genre les choses bougent, côté genre rien en bouge. Nous on fait beaucoup d’enquêtes on partage avec le Ministère du travail, le Ministère du droit des femmes et nos recruteurs et nos partenaires. C’est très important dans notre mission. Etre femme et senior en France c’est la double peine !

24)   L’emploi des femmes, c’est compliqué au fond ? il faut regarder bien sur les choses avec plus de recul, car si on regarde nos voisins européens, la femme française n’est pas si mal lotie. Il faut reconnaitre les avancées et donner un peu d’espoir. Le négativisme ne nous ferait pas avancer.

25)   Ce Plafond de verre en résumé il a la « peau dure » ? la perception de la société sur nous, des hommes sur les femmes mais surtout des femmes sur elles-mêmes ? oui surtout et j’insiste encore, sur le regard des femmes envers elles-mêmes, qu ‘il faudra recadrer. Mais je pense aussi qu’il faudra  encourager certaines réglementations en ce sens, il faut que les COMEX soient diversifiés maintenant avec plus de femmes, on l’a bien fait sur les conseils d’administration. Qu’est ce qui nous empêche de le faire sur les Comités exécutifs ?

26)   Mais ces freins ces blocages justement sont bien huilés ? évidemment les patrons ne veulent pas que l’on vienne s’immiscer dans leur gestion au quotidien. Ils veulent surtout pas en entendre parler, mais quand on voit qu’Isabelle Kocher dans une groupe qui pèse 150 milliards de Chiffre d’affaires  avec 250 000 personnes, elle a fait cette inversion en très peu de temps, on ne voit pas pourquoi ce ne serait pas possible ailleurs. C’est possible donc !

27)   Les femmes sont sur un registre d’efficacité plus que sur le réseautage ? oui absolument, mais il faut savoir réseauter dans cet univers. Ca fait quinze ans que je coupe la parole aux hommes, car c’est comme ça qu’ils procédaient avec moi et donc je fais pareille avec eux.

28)   C’est viril et agressif non ? il le faut tout en gardant sa féminité, c’est pas incompatible. Les femmes doivent apprendre à réseauter, on organise souvent des meetings réseautage mais elles ne viennent jamais. Il y a la charge mentale de la famille, et la vie domestique n’aide pas. Les femmes sont rattrapées par leur quotidien aussi.

29)   Mais les hommes changent ? oui la nouvelle génération qui travaille autour de moi est complètement prédisposée à partager les tâches ménagères. Il y a de l’évolution dans l’air, il faut continuer…

30)   Le congé paternité  comme dans les pays scandinaves, riche idée non  ? absolument et si on y arrive cela révolutionnerait les mentalités.

31)   Déjà f il faut casser l’image de l’enfant « mâle roi » ? c’est pas que dans le Sud ici aussi  ? j’ai que des garçons et donc je ne connais pas l’égalité à table et quand je me désespère qu’ils rangent leur assiette dans le lave-vaisselle, je me dis que leur future « conjointe » veillera au grain  ( sourires)

Merci Véronique Saubot !


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