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Fatima Abidallah « … notre système éducatif en France, n ‘est pas favorable à la culture entrepreneuriale au féminin » !


 

 

UFFP a rencontré Fatima Abidallah, aux Paicem Days durant la journée consacrée à la Femme Chef d’entreprise des deux rives de la Méditerranée, à Marseille à l’occasion de la « Semaine économique de la Méditerranée ». Une rencontre coup de cœur avec une entrepreneuse lauréate du programme PAICEM 2013 qui récompense et propose un accompagnement aux porteurs de projets innovants en Méditerranée.

L’occasion pour Fatima Abidallah de partager son expérience entrepreneuriale et pour nous UFFP, de réaliser avec un réel plaisir que son propre projet, véhicule les valeurs de notre plateforme : mode consciente et durable !

Entretien avec Fatima Abidallah

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Par Fériel Berraies-Guigny

 

Avec Podomar, Fatima Abidallah propose de concilier santé et confort avec esthétique, une grande première, sachant que tout ce qui touche à la chaussure orthopédique ne privilégie pas toujours l’esthétique. Nous avons également pu deviser avec elle, sur la mixité, la bi-culturalité mais aussi les défis et les obstacles qui jonchent le parcours entrepreneurial au féminin, surtout quand on est issue de la pluralité culturelle.

 

Entretien avec Fatima Abidallah

 

 Parlez-nous de votre participation aux Paiement Days à Marseille?

J’ai été invitée à participer au Paceim Days pour partager mon expérience entrepreneuriale à la table ronde « entreprendre au féminin en Méditerranée ».

En effet, je suis créatrice d’une entreprise, Podomar, basée dans le Val d’Oise, et avec mon associée  je suis en projet de lancement d’une nouvelle activité en Méditerranée.

Ce projet est lauréat du concours PACEIM 2013 qui récompense et propose un accompagnement aux porteurs de projet innovant en Méditerranée.

J’ai été ravie de participer au Paceim Day et de partager mon expérience entrepreneuriale avec le Paceim. Ma présence a aussi été motivée par l’envie partagée avec les organisateurs de promouvoir l’entrepreneuriat au féminin en général, et en méditerranée en particulier. C’était un moment de partage riche humainement, avec la découverte d’initiatives et de projets prometteurs mais aussi de femmes ayant réussi dans l’entreprenariat. C’est très encourageant !

 

Si vous aviez à faire un bilan de l’entrepreneuriat au féminin au France, quelles sont les défis et les lenteurs? Les acquis peut-être?

En France, il existe un écart important entre les hommes et les femmes face à l’entrepreneuriat. D’abord les femmes sont moins nombreuses à tenter l’aventure entrepreneuriale que les hommes. Ensuite, elles sont majoritairement à la tête de plus petites entreprises. Enfin, l’entrepreneuriat féminin se cantonne à certains secteurs d’activités (Services, professions libérales …) et les femmes entrepreneures ne sont que peu ou pas représentées dans certains domaines encore majoritairement masculins et notamment dans l’innovation et l’industrie.

Fort de ce constat, de nombreuses mesures ont enfin été prises par différents acteurs, publics et privées, afin de dynamiser l’entrepreneuriat féminin. Je pense au plan lancé par le gouvernement en faveur d’entrepreneuriat Féminin, aux conventions et chartes signées par certaines grandes écoles pour favoriser la parité …

Tout ceci est favorable à une mise en marche d’un paysage entrepreneurial vers plus de parité mais ce n’est pas suffisant. A mon sens il y a deux défis/freins majeurs. Le premier se situe au niveau des représentations (sociale, culturelle et religieuse) que chacun, hommes et femmes, a encore de la femme et de la féminité. Ce qui a pour conséquence de cantonner encore la femme à certains rôles dans la société et à privilégier certains secteurs au détriment d’autres.

Le second concerne le système éducatif actuel qui, à mon sens, n’est pas en faveur d’une culture entrepreneuriale au sens large, et encore moins chez les femmes.

 

Vous êtes originaire du Maghreb, est ce plus compliqué pour vous ou pas? le Paicem met un focus sur les diasporas de France, pensez-vous que cela soit opportun si oui ou non comment ?

Je suis arrivée en France à l’âge de 3 ans mais je suis restée en lien avec mon pays d’origine, le Maroc. A mon sens, parce qu’il compose naturellement avec deux cultures différentes, le métissage culturel assumé est une richesse combinée qui supprime le risque de cloisonnement culturel et crée des ponts. Cela apporte une compréhension multiculturelle, un regard croisé et une capacité d’ouverture sur le monde. Cela nécessite aussi (et facilite) un regard autocritique constructeur sur les apports culturels et nous confronte parfois à  des choix. De part et d’autre, ce n’est pas toujours facile de faire accepter la combinaison résultante ou de se faire accepter tel qu’on est. Mais c’est aussi cela qui enrichit et participe à forger une personnalité forte. Quelque part c’est aussi grâce à cela et pour cela que j’ai envisagé l’entreprenariat, pour être libre de composer et créer de la richesse, différemment. L’innovation vient parfois d’une combinaison originale de l’existant. Le business modèle de mon projet s’en est inspiré : c’est l’alliance et la synergie de la mode et de la santé. Deux mondes apparemment différents … et pourtant ! Et justement, le focus de PACEIM sur la diaspora est non seulement opportun mais stratégique pour dynamiser l’économie tant au nord qu’au sud. Encore plus dans un contexte de crise.

D’abord, parce que la diaspora, riche des deux cultures, peut être un pont entre les deux rives et une source d’entrepreneuriat innovant des deux côtés de la Méditerranée.

A ma connaissance, il n’existe pas d’autre structure qui finance et accompagne des projets à l’étranger.

De plus, cela répond à un besoin réel d’un double accompagnement y compris sur l’autre rive. Ayant déjà tenté de créer une entreprise au Maroc avant PACEIM, je mesure pleinement la différence et l’apport considérable de ce type de programme, en tout cas pour la partie France. J’attends des partenaires de l’autre rive, que je vais commencer à solliciter dans les prochains mois, autant d’implication et de collaboration. Je n’ai pas encore assez de recul pour juger cette partie du programme.

 

Parlez-nous de PODOMAR ? Entrepreneuriat solidaire et social n’a pas toujours bonne presse en France, pourquoi ce choix personnel ?

A l’origine Podomar est une entreprise qui conçoit, fabrique et commercialise des chaussures orthopédiques. Au départ c’était donc des produits de santé sur prescription médicale (Podomar est conventionné et agréé par la sécurité Sociale). Nos produits se sont positionnés à l’intersection entre la mode et la santé, permettent aux pieds « malades » de porter des chaussures qui soient esthétiques tout en répondant aux conditions adéquates à leurs situation pathologique (et ceci sans dépasser le tarif conventionné). Aujourd’hui’ notre équipe développe aussi une gamme de chaussures « tout public » préventives, destinées aux personnes qui veulent rester tendance tout en préservant leur capital santé.

Les tendances de la mode et les matériaux utilisés ne respectent pas toujours la morphologie et la santé du pied, surtout lorsqu’il y a une prédisposition ou une sensibilité.

C’est d’autant plus nécessaire pour les personnes dont les conditions de travail ou le mode de vie sollicitent beaucoup les pieds. Qui n’a jamais eu mal et envie d’enlever ses chaussures après une dure journée ?

A long terme, on ne le sait pas toujours mais le choix de nos chaussures est un facteur de risque pour certaines pathologies ou tout au moins d’aggravation de l’état de nos pieds. Notre équipe de professionnels de la mode et de la santé développe cette collection de chaussures alliant mode & santé, ce qui est un concept innovant.

Cela commence par respecter les personnes qui participent à la création de valeurs. Nous aimerions favoriser l’insertion de certaines catégories de personnes par exemple les personnes à mobilité réduite, mais aussi favoriser et valoriser la diversité culturelle et sociale.

En cela, chez Podomar la vision entrepreneuriale et la culture d’entreprise a un côté solidaire et social mais je la définirais plutôt comme une vision éthique de l’entrepreneuriat et de l’économie.

 

Vous accompagnez également d’autres Entreprises qui ont choisi cette voie?

Oui, dans le cadre associatif, j’accompagne et coach quelques porteuses de projets (entrepreneuriat féminin), je fais quelques formations solidaires (tous public) en management et je participe aussi bénévolement à des projets qui visent à promouvoir une culture entrepreneuriale notamment chez les jeunes et les femmes.

 

Vous vivez en France mais quel est le regard que vous portez sur le milieu entrepreneurial de l’autre côté de la méditerranée surtout pour nos sœurs?

Je vis en France mais j’ai une petite expérience entrepreneuriale au Maroc. J’ai donc un pied sur l’autre rive mais il est vrai que j’aurais beaucoup plus de recul dans quelques mois avec le démarrage de ma nouvelle activité au Maroc.

Pour l’instant mon sentiment est mitigé. Il y a beaucoup d’opportunités et de mesures au Maroc en faveur de l’entrepreneuriat notamment pour les femmes. Le Maroc propose des analyses économique par genre ce qui permet de mesurer et suivre l’évolution de entrepreneuriat féminin au Maroc.

Toutefois, les chiffres mesurent surtout le nombre de chefs d’entreprises par rapport aux hommes. A mon sens, il faut distinguer les femmes chef d’entreprise des femmes entrepreneures. La majorité des femmes chefs d’entreprises sont talentueuses et ont été nommées à juste titre chef d’entreprise ou ont repris l’entreprise familiale, mais ce ne sont pas des entrepreneures. Entrepreneuriat au féminin c’est quand l’initiative vient de la femme, que chaque étape de la création d’entreprise et les décisions stratégiques sont entièrement portés par une femme. Ce qui ne l’empêche pas de se faire aider bien sûre.

Toutefois pour celles qui se lancent vraiment dans l’entrepreneuriat, il me semble que sur le terrain, l’accès à l’information et aux aides n’est pas toujours évident. De plus, la dynamique entrepreneuriale au féminin reste très concentrée sur certaines villes et réservé à une classe privilégiée. Pourtant, de l’autre côté de la rive les femmes compétentes et motivées ne manquent pas .

 

L’après réveil arabe a été source de beaucoup de désenchantements notamment pour les femmes, qu’avez-vous envie de leur dire cependant?

Les femmes sont souvent les premières victimes des dictatures machistes et donc aussi les premières à en prendre conscience et à vouloir se mobiliser. L’après réveil arabe ne doit pas nous faire perdre espoir.

Toute l’humanité a été portée, choyée, éduquée par une femme. Je pense donc que la femme porte en elle l’espoir et les clefs d’un renouveau pour une humanité plus juste, plus éthique et plus libre.

Mais pour cela les femmes doivent continuer à occuper tous les chantiers, à être actrices tout comme les hommes qui sont nos alliés.

J’ai donc envie de dire « Gardons espoir et surtout Agissons ensemble, femmes et hommes, de tous horizons, pour faire évoluer les choses »

 

Pour 2014 Fatima quels seraient vos souhaits pour les UFFPiennes, les altermondialistes du Monde ?

Pour la nouvelle année 2014 et celles à venir, je souhaite Santé , Bonheur, et Paix pour chacune et chacun, que tous vos projets éthiques et solidaires se réalisent

Et que le rêve d’une planète éthique devienne une réalité !

Inchallah

Merci Fatima Abidallah !


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  • ismail chaaouf

    Extraordinaire chère entrepreneure sociale fatima Bravo

  • ania

    Chapeau bas ma douce Fatima!!! Que tes projets s’envolent encore et encore!!!

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