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Véronique Janzyk « …je ne conçois d’ailleurs la lecture et l’écriture qu’au milieu des autres… » !

Ajouté par , Le décembre 1, 2015 , dans Déco Eco, Evasion, In Libris, LifeStyle

Nous avons rencontré Véronique Janzyk au Festival du livre des Arts et des Cultures du Sud, dans le cadre du panel sur les auteurs francophones invités pour l’édition 2015.

Une jolie rencontre avec un auteur belge qui nous parle de son dernier roman  » Vampire » paru aux éditions ONLIT, où la relation ambiguë entre un Vampire et la personne qui est sous son emprise. Un roman qui s’inspire toujours d’un certain « vécu » comme nous l’a expliqué l’auteur.

Récit de notre entretien :

V janzyk par  sandro faiella (Copier)

photo : benoît gilson

 

Quel est votre parcours ?

Mon parcours, j’aime le lier à celui de l’enfant que je fus, persuadée que l’entrée à l’école se faisait pour « lire et écrire »… des livres. Dans mon imaginaire, lecture et écriture sont donc liées. C’est une grande affaire collective toujours en train de se faire. Je ne conçois d’ailleurs la lecture et l’écriture qu’au milieu des autres. Mon parcours vers l’écriture est spécifiquement un trajet, puisque c’est à la faveur de déplacements en voiture – qui m’apparaissaient comme des fugues très discrètes dont j’étais la seule à percevoir les enjeux – que mon premier livre s’est écrit. « Auto » a été publié par « La Chambre d’Echos », une maison d’édition fondée par deux professionnels du cinéma, Jean-Michel Humeau et Jean-Louis Ughetto. Ils s’étaient montrés sensibles au montage des textes, aux raccords, aux contrepoints. Un agencement qui faisait encore partie de la rédaction. De ce texte, je me souviens de post-its rédigés en voiture et d’un incessant couper-coller dans le manuscrit, de bandes de papier longtemps manipulées. Beaucoup de papiers et beaucoup de colle, jusqu’à trouver quelque chose qui rende le bonheur que j’ai connu à filer en douce pendant un an. Pendant des mois, j’ai vu la route comme jamais, ses automobilistes, ses voitures, ses ponts, ses stations, ses lumières…J’espère que j’ai pu rendre un peu de sa beauté à un univers tellement mouvant, que je rejoins toujours avec plaisir, parce que,… oui, j’aime rouler, que quelque chose se déroule et que par la force des choses je sois dedans. Puis, il y a eu « La Maison » chez un éditeur belge, Le Fram, une maison d’édition créée par des auteurs belges, Karel Logist, Serge Delaive et Marc Lejeune. « La Maison », c’est le contraire d’  »Auto  ». C’est un texte sur l’ancrage. Sur la verticalité. Sur le refuge trompeur, car, au final, la maison ne vaut que par le dehors, les voisins, la rue, le quartier. Je me suis ensuite essayée au poème en prose, avec « Cardiofight », dans « Trois poètes belges », avec Serge Delaive et Antoine Wauters, publié aux éditions du Murmure. Puis c’est l’aventure ONLIT. Trois livres s’y enchaînent : « On est encore aujourd’hui », « Les Fées penchées » et « Le Vampire de Clichy ». « On est encore aujourd’hui » est un roman où il est question d’une amitié née et nourrie par les livres et les films, les films surtout d’ailleurs. Une amitié homme-femme dont j’ai été étonnée de m’entendre dire que cette amitié est impossible. Je bute là-dessus. Comme si la séduction ou le sexe devaient être des incontournables entre deux êtres humains ! « Les Fées penchées », ce sont des portraits de fées qui ont perdu leur baguette mais restent néanmoins des fées, pour reprendre les mots de Franz Bartelt dans son livre « La Fée Benninkova » paru au Dilettante. Comprenez des femmes qui trébuchent sans tomber, des femmes que ça emmène bien loin de la pierre d’achoppement. J’ai pris beaucoup de plaisir à écrire ces femmes, inspirées chacune par une rencontre parfois très brève, parfois plus longue. Il y a là une militante, une fana de musculation, une touriste des visages, une fan de Mylène Farmer, une maîtresse sado-maso, une ado tout simplement avec tous ses rêves et toutes ses peurs…Il y a moi aussi… glissée au milieu.

Ce qui m’a poussée à écrire « Le Vampire de Clichy » ?

Pour chaque texte écrit, je peux donner un point de départ précis. Une image. Là, si vous me posez la question, je ne peux que vous situer ce 31 décembre où, près de la place de Clichy, j’ai rencontré une personne qui m’a raconté avoir mille ans. Quand j’ai levé les yeux vers elle, après le récit, je n’ai plus vu la même personne. Mes repères ont vacillé. Dans les mois qui ont suivi, ma vie a été émaillée du sceau du vampire, c’est très exactement le terme qui me vient. Comme une bille heurtant un obstacle, un mur, ou une autre bille, ma trajectoire m’a conduite vers d’autres rencontres. Que se passait-il donc ? J’avais rejoint une autre dimension. Tout était possible. Alors que le vampire tenait le discours du « Rien n’est plus possible, tout est advenu, tout n’est que répétition », moi je vivais, grâce à lui, le contraire de ce qu’il annonçait. Un jour, un homme me racontait organiser la répétition de son enterrement. Un autre, un guide dans un musée, me confiait son besoin d’inventer l’écrivain à la mémoire duquel on lui demandait d’être fidèle. Ailleurs, un homme tombait amoureux de la main d’un acteur porno. Ce sont des histoires étranges, mais plus ou moins plausibles selon la tolérance que l’on a – ou la propension -  à la fantaisie. Puis il y a cette femme qui fait l’achat d’un portable qui lui empoisonne la vie. Cette autre qui ramène de menus objets de ses rêves. Ou cette troisième qui trouve l’intégralité de sa bibliothèque dans une bouquinerie. Elle en déduit qu’elle est morte mais qu’elle peut revivre en rachetant tous les volumes. Je garde le souvenir ému de cette femme revenue d’entre les morts, vraiment convaincue de ce passage et de la forme littéraire qu’il avait pris. Là, soit on pense que ce sont des fous, soit on les croit. C’est une pente que je suis bien volontiers. Moi-même à la suite des personnages, je me suis perdue dans un tunnel, dont je suis sortie d’une étrange façon, pour peu que j’en sois sortie. Une partie de ce « Vampire » n’est pas faite d’étrange, ni de fantastique, mais bien de merveilleux. La raison n’a plus cours. La logique non plus. On est dans un autre monde. Il y a donc la rencontre initiale avec le vampire et puis ses séquelles qui prennent la forme d’autant de rencontres. C’est encore et toujours lui. Revisité, avec plus ou moins de lumière. L’art étant assez présent dans ce livre, on pourra en conclure que les artistes sont des vampires. Moi-même, j’ai vampirisé, mais si peu,  mon vampire pour en faire un livre. Le vampire, c’est avant tout quelqu’un qui est revenu de tout, qui ne croit plus en rien, qui tient l’humain pour un crétin et un meurtrier fini. C’est une personnalité qui piétine l’art. Rien ni personne ne trouve grâce à ses yeux, apparemment. Je peux comprendre ce dégoût, cette déception, cet ennui total. Mais le vampire a une pensée totalitaire. Il voudrait vous rallier à son point de vue. Ce qui est impossible. L’échelle de l’humain et du vampire ne sont pas du même ordre. Le vampire a une vue plongeante sur l’histoire, sur les passions, les émotions dans lesquelles nous nous débattons. J’ai consenti à vivre le plus longtemps possible ce qui m’avait été donné de rencontrer le dernier jour de 2014. Mais consent-on ? Où est-on contraint ? Je ne parviens pas à trancher. J’ai donc vécu et écrit quelques mois sous le choc de cette impulsion. Je l’ai effilochée jusqu’à l’innocuité. Je l’ai filée. C’est une écriture intervenue comme en songe. D’ailleurs, le vampire m’a exprimé sa conviction d’avoir écrit ce livre. Je n’y serais pour rien. Peut-être a-t-il raison. Avec sa morsure, ce n’est pas du sang qu’on perd. Sa morsure permet que s’infiltre en vous une autre réalité.

Le vampire serait-il le bourreau par excellence et l’humain son inévitable victime ?

Bien sûr que non, parce que, tout désabusé qu’il est, le vampire a besoin d’un peu de diversion que seuls des humains peuvent lui apporter épisodiquement. Le temps, qui est la plaie du vampire, lui apporte aussi un peu d’oubli. Je crois que le vampire a des accès d’espoirs, brefs. Le vampire s’amuse de vous déstabiliser. Mais c’est de courte durée.  Je crois même qu’il savoure de transformer ceux qu’il rencontre, puisqu’il faut bien admettre l’inouï. Mais sa logique est assez simple, c’est celle du désespoir. Son discours est répétitif. Les mots pour détester sont comptés par rapport à tous ceux qui existent pour communiquer et dire combien on aime et pourquoi.  En cela, les humains sont forts. Ce n’est pas être victime que de croiser la route d’un vampire. C’est apprendre la compassion pour lui, c’est réaliser que soi-même, on pourrait connaître une telle forme de déréliction ; c’est être mis face à des faiblesses qu’on pourrait connaître. C’est être confronté(e) à ses propres peurs. C’est une expérience, une espèce d’initiation dont le vampire n’est que l’instrument. Quant  à savoir pourquoi on croise un jour un vampire …Quand j’y pense, je trouve consolatoire que le vampire me survive. C’est une entité qu’on ne perdra pas, qu’il suffit d’avoir rencontrée une fois. C’est une drôle de pensée.  Le vampire vous renvoie à vos semblables, tous dans le même sac, alors qu’il est l’unique pour vous, l’exception. C’est très dissymétrique comme relation. Je me demande si ce livre n’est pas un peu un livre sur les minorités. Minoritaire, extrêmement même, c’est au vampire qu’il revient d’être le témoin ultime, le veilleur universel, le gardien de la mémoire. C’est un beau rôle en définitive.

A quel moment la fiction dépasse-t-elle la réalité ?

Dès que vous vous mettez en tête d’écrire, vous êtes dans la fiction. Toute réalité couchée sur papier ou verticalisée sur écran fait son entrée dans un autre ordre, celui de la fiction. Je dois reconnaître que j’attends toujours ce moment où ce que vous vivez se transforme. Cela advient ou pas. L’inspiration n’y est pas pour grand-chose. Quand cela se produit, je me dis que quelque chose m’arrive, non pas « arrive », mais m’arrive. C’est ce dont mes livres sont faits.

La fiction, plus que la réalité ?

La fiction me paraît souvent plus réelle que la réalité. C’est une réalité augmentée que des gens partagent, qu’ils écrivent ou filment. Il y a un supplément d’âme, et cela aide à vivre la réalité qu’on a à vivre au quotidien. Je ne pourrais pas vivre sans livres et sans films. Mais sans les gens et le quotidien non plus, encore moins.

La condition de l’auteur belge ?

Je crois qu’il y a autant de conditions que de gens qui approchent l’écriture. Il m’arrive d’être publiée. Je ne me pense pas en tant qu’auteur. J’ai assez de mal avec ma condition d’être humain. Je n’ai pas besoin d’une autre condition. Mais les auteurs belges, il y a en beaucoup, de fort talentueux, pour un lectorat assez réduit. J’évoque les Belges édités en Belgique bien sûr.

S’ouvrir à d’autres francophonies ? Le Flac’s ?

Nous ne faisons que ça, nous lecteurs francophones, nous ouvrir à d’autres francophonies. Alors qu’il y ait désormais un lieu et une manifestation dédiés à cette ambition, bravo !

Construisons des ponts entre nous. Ils sont d’ailleurs déjà construits par la langue et les livres. Il nous reste à les emprunter plus souvent. Le Flac’s apparaît comme une bien belle initiative, qui permet à la fois de rencontrer des auteurs d’ailleurs mais aussi des auteurs belges !

Fiche Technique :

Description

Depuis qu’elle s’est fait mordre par un vampire la nuit de la Saint-Sylvestre, la narratrice collectionne les rencontres, créant une galerie de personnages étranges. Certains sont morts ou croient l’être, d’autres se posent beaucoup trop de questions. Tous ont quelque chose à nous dire. Après On est encore aujourd’hui et Les Fées penchées, Véronique Janzyk est de retour avecun recueil de nouvelles teinté de fantastique.

« À travers un style épuré composé quasi exclusivement de phrases juxtaposées, Véronique Janzyk nous plonge dans l’intimité de personnes à l’existence bégayante, en proie à des doutes, confrontés au manque, à l’inachèvement, à l’absurdité de la vie. Elle a l’intelligence de ne pas tomber dans le piège de certains textes existentialistes parfois trop cérébraux, un brin moralisateurs. L’efficacité de son texte réside dans la simplicité réaliste avec laquelle elle présente ses personnages perdus, blessés, auxquels nous ne pouvons que nous attacher. »

Le Carnet et les Instants

 

Numérique | 5,99 euros | 978-2-87560-065-3
Papier | 12 euros | 978-2-87560-069-1 | 136 pp.

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