World Tricot, c’est l’histoire d’une femme, un destin, une envie de bien faire. C’est aussi le rêve de voir un jour les petites mains, vivre décemment de leur travail, préserver des patrimoines, former les générations à venir, laisser quelque chose. Redonner aussi du jus et du travail à une zone déshéritée, où l’activité par le textile a été avortée par la désindustrialisation. Carmen Colle n’a jamais oublié ses années de volontariat au sein de son association en tant que bénévole œuvrant pour l’insertion socio-professionnelle des plus démunis et les moments passés à apprendre à de parfaites débutantes les exigences de la haute couture. Pourtant sa vision fut juste, humaine et durable. Encore aujourd’hui, malgré les épreuves et le coups du sort.
WORLD TRICOT a été une des premières sociétés françaises à introduire la maille dans le Prêt à Porter et la Haute Couture.

WORLD TRICOT LE LIEN ENTRE LES CULTURES ET LES SAVOIR FAIRE PLURIEL
Ce rêve, c’est celui de Carmen Colle, elle a aujourd’hui, 78 ans et elle en a vu des choses dans sa vie.
Et malgré tous les coups du sort l’optimisme est toujours là. Car l’ADN de World Tricot est Green humain et conscient, il est authentique et respectueux et ce n’est pas un effet marketing. Elle qui vient de la campagne, papa d’un ouvrier déporté, elle sait la valeur des choses. Elle la ritale, celle que l’on qualifiait ” de macaronis” elle a un cœur grand comme ca.
Flashback sur une succès story
La société luronne World Tricot Créations avait reçu en 2014, le label « Entreprise du patrimoine vivant », décerné par le ministère de l’Économie et de l’Industrie pour son savoir-faire artisanal et industriel d’excellence.

Carmen COLLE WORLD TRICOT photo ALL RIGHTS RESERVED
Développer une économie humaine, mailler les réseaux de femmes et d’hommes, entrelacer les savoir-faire ancestraux, assembler des matières naturelles, et affirmer leurs labels, voila la vision de Carmen.
A l’origine de cette société, une association créée en 1987. Son but à l’époque : réaliser de la maille de haute qualité, échantillonner et confectionner pour les créateurs, vendre aux grandes griffes des modèles uniques.
Elle est encore aujourd’hui, la pionnière de ce formidable élan. Elle a connu la reconnaissance, travaillant avec des grands noms du Luxe en France, elle confectionnait pour les plus grands, ces fameux modèles en maille emblématiques que l’on voyait souvent sur les podiums parisiens ( et point n’est besoin de nommer la marque, on s’est compris). Mais son expérience dans le milieu du luxe n’a pas été heureuse in fine, et elle a alors décidé de plier bagages après avoir voulu faire valoir ses droits à la propriété intellectuelle. Une premiere dans le milieu, s’attaquer aux géants, n’est pas coutume.
Comme pour protéger ce qu’ il lui restait. Sa plus grande douleur? quand elle devait licencier ses artisanes, devenues comme la famille pour elle.
Mais même après la traversée du désert et elle en a connu notre Carmen, l’envie, le rêve restent.
Car il y a ce savoir-faire exceptionnel, qui depuis le début la nourrit et résume son histoire. Et qui ne meure jamais…qu’elle refuse de laisser partir aux oubliettes, qu’importe ces difficultés financières, qui la confine aujourd’hui, à des conditions de vie assez délabrées.

PHOTOS ALL RIGHTS RESERVED UFFP / SHUTTERSTOCK
Du F5 de Lure aux podiums de Paris envie, force et détermination, tout se met en place.
Au départ, World tricot Compagnie, ce fut d’abord une manière de faire le lien entre toutes ces femmes de différents background avec pour seul dénominateur commun : la précarité. La plupart sans emploi et ne parlant pas français. World Tricot, c’était aussi un pied de nez à la conjoncture ambiante : World Tricot Compagnie, c’était des femmes, travailleuses, volontaires, ne connaissant pas les codes du luxe, mais désireuses d’apprendre tout en apportant chacune une spécificité de savoir faire.
Former les femmes et leur redonner leur liberté
En 1990, Carmen “était l’intruse” elle ne connaissait rien à la base au tricot, mais elle avait une idée folle. Soutenue à l’époque dans sa région, à Lure précisément, par l’abbé Pierre. L’objectif était d’aider les femmes à gagner leur vie en valorisant leur savoir-faire. En 2004, World Tricot emploiyait près de 100 personnes et travaillait avec une trentaine de grandes maisons pendant plus de quinze ans. Jusqu’à l’affaire de la contrefaçon qui lui valut procès et discrédit dans le milieu, alors qu’elle avait fait jurisprudence.
Mais ses amis ne l’ont pas abandonnée pour autant.
Avec le soutien indéfectible des Amis de World Tricot, Carmen Colle décide de faire appel au crowdfunding (financement participatif). Une opération à deux temps, d’abord avec des contreparties pour les contributeurs, puis une participation pour entrer au capital. Objectif : récolter 200 000 €.

Carmen COLLE WORLD TRICOT photo ALL RIGHTS RESERVED ( avec le soutien indéfectible des amis de World Tricot)
World Tricot, était une pépite pour la Franche-Comté, qui a fait partie au début des années 2000 des cinquante entreprises les plus performantes de la région. »
Ces femmes qu’elle a sorti de destins broyés, sont toutes uniques, petites mains, brodeuses perleuses, apprenties, elles se sont réappropriées le travail de la maille tombé en désuétude toutes ces années.
Car la mode est inconstante, frivole, et les grands noms aussi. Mais pour Carmen, là ou tout est chiffre d’affaires, pour elle ” ce sont des vies, des gens, des destins que l’on brise” ajoute elle.
Les ouvrières de World Tricot savaient jongler avec le plus improbable des matériaux, métamorphosant de vulgaires câbles électriques en une collection pour Christian Lacroix. Ces artisanes réinventaient tout rendant le banal et anodin en précieux merveilleux. La maille de gants de boucherie ou de gilets pare-balles pour créer des robes griffées Dior, Givenchy, Gucci, Balenciaga et bien d’autres encore… Autant de noms prestigieux qui ont eu recours aux crocheteuses de Lure, ville modeste de 9000 habitants, voisine de Belfort.
UN REVE POUR LE BEAU DURABLE VERSION TRICOT
Ce petit bout de femme est téméraire, Carmen est entière, forte, elle ne mâche pas ses mots quand elle dénonce, les dysfonctionnements d’un monde du luxe qui n’hésite pas à sacrifier des vies, des emplois, pour passer à autre chose. Procédures et compagnie et surtout volonté de préserver comme on peut un copyright face à des géants déshumanisés qui finissent par broyer les plus petits.
Carmen porte en elle cette passion pour le beau, le bel ouvrage, elle la troublionne et baroudeuse tout terrain. Elle a traversé des frontières en mode rock and roll, et elle n’a pas froid aux yeux. Elle a monté des usines un peu partout, en France, en Biélorussie et quand elle nous raconte la Sibérie et ses artisans ses yeux sont plein d’étoiles. Elle se rappelle un peuple digne, travailleur, un jour un de ses artisans “Gregor” lui dit “nous en Sibérie on est pauvres mais on est pas misérables, on sait tout faire”…
Pendant plus de vingt ans, WORLD TRICOT a été l’Ambassadeur du savoir-faire, et le garant de la culture de la maille de grand luxe.
DONNER DE LA DIGNITE AUX ARTISANS VIA LA MAILLE
World Tricot tricote la vie et l’humanité, la laine et le pont entre les petites mains et les merveilles et c’est tout un Art. Mais plus que cela, c’est une forme de partage et de bienveillance entre soi et avec les autres. C’est comme si par le tricot, on tissait des histoires et des liens sans frontières ” oui le tricot c’est la fusion de toute cette humanité en nous ” dit elle entre les savoirs faire les cultures et les héritages au féminin; il y a de formidables rencontres.
Carmen a travaillé avec des femmes artisanes, kosovars, turques, laotiennes tunisiennes, sa premiere amie tunisienen s’ appelait Saida. Toutes ces femmes sont une histoire d’amour et de fraternité.
Toutes ont déposé leur histoire, et leurs racines, elles ont amené leur savoir faire dans un patchwork merveilleux de compétences. Ces valeurs d’humanisme, Carmen Colle les porte dans son ADN quand elle crée en 1987 L’ association dansl ‘ objectif de venir en aide aux femmes en difficulté/
La création c’est faire valoir l’excellence, préserver les héritages et rendre la dignité des peuples du nord au sud, pas de différence face au créatif.
En leur redonnant une dignité par le travail, elle sait qu’elle s’aventure dans des sables mouvants. Mais c’est grâce à ces valeurs et au fort développement de l’activité que l’association est devenue la SARL WORLD TRICOT en 1990.
WORLD TRICOT des lors avait acquis un savoir-faire reconnu autant par les filateurs que par les professionnels du Luxe, ce qui lui a permis de travailler avec toutes les grandes marques de Prêt à Porter et de la Haute Couture en France et à l’étranger.
En 2003, WORLD TRICOT construit un atelier d’environ 1500 m2 dans la Zone d’activité La Saline à Lure, dans lequel elle a continué à créer pour ses clients des modèles très élaborés, réalisés à la main, sur machines semi-industrielles ou industrielles.
2003 a aussi été l’année du lancement sa marque de Prêt à Porter Angèle Batist.
Quand on se parle de son amour pour la laine et le tricot et son envie de valoriser les femmes, elle depuis sa région montagneuse et moi dans ma brousse en Seine et Marne, sa voix devient enjouée, légère, comme celle d’une petite jeune fille. Et on en passe des heures à se parler de ces femmes de l’ombre, de leur humilité, leurs richesses incroyables, mêlant rires et larmes ( les larmes surtout de ma part) et j’imagine bien, toutes ces petites mains silencieuses et habilles qui ont habillé les plus grands podiums. De ce savoir faire unique, celui de nos grands mères, bien souvent snobé car plus tendance ou dans l’ère du temps.
Mais le bel ouvrage, la culture ne passent jamais de mode pour les puristes comme nous.
Et au fil de nos souvenirs et de nos accomplissements, racontés, on redécouvre encore et toujours l’incroyable résilience de ces destins au féminin. On passe de longues heures au téléphone à s’écouter et à nous raconter. Moi je fais le lien par le verbe, elle par le crochet et toutes deux, nous nous retrouvons dans nos différences mais aussi nos ressemblances.
Et pendant des instants volés merveilleux, je voyage avec elle du Laos à l’Inde, au Maroc à la Tunisie et la Russie. Tout est cohérent et se rencontre pour mieux fusionner “j’ai travaillé avec des femmes qui ne savaient pas parler Français” nous raconte. Telle et l’histoire est pourtant la et rien ne DOIT ARRETER L’histoire !
A CONTRECOURANT DES SYSTEMES
Mais on finit toujours par déranger et être confrontés à la machine du capital. Après les coups durs liés au procès, à la liquidation de la société. Carmen Colle, continue et va explorer de nouveaux horizons mais dans un monde de plus en plus hermétique aux savoirs faire ancestraux, là ou l’ultra fast fashion continue de marquer sa présence, mettant en péril des générations de savoir faire. Rien que dans les souks qu’ elle visite en Tunisie, l’omniprésence des produits chinois, dénotent cruellement avec le savoir faire local. En France, comme en Tunisie comme ailleurs, le cheap bon marché inonde les marchés, faute de moyens .
SOUS TRAITANCE DE PLUS EN PLUS CHAOTIQUE LES MARCHES CHANGENT
Et les commandes se font rares. Délocalisation des fabrications, la fermeture de la maison de couture Yves Saint-Laurent, principal commanditaire du sous-traitant de Lure, l’entreprise connait de grandes difficultés. Les effectifs fondent de moitié. L’activité périclite. Un procès contre un grand nom qui bien que gagné signe la fin des commandes dans le milieu. Pour ne plus subir le calendrier de la mode et ses saisons, Carmen Colle lance sa griffe, Angèle Batist ( le prénom de ses parents) et sa boutique, pour maintenir savoir faire et activité. Mais liquidation judiciaire en 2010.
En 2012. Une autre renaissance des cendres de World Tricot Compagnie émerge World Tricot Créations.
Alors oui il y a eu des pistes explorées, certaines n’ont pas abouties, mais il y a comme une sélection karmique des choix que l’on fait dans une vie. Un échec, une rupture, un perte, sont autant de signaux dans la trajectoire d’une vie pour nous mener vers le chemin “je sais que je n’ai pas fini, je sais que des projets et des histoires nouvelles vont venir, j’attends de voir, que les choses prennent formes” nous raconte-telle ” ce matin j’ai donné la laine de Tunisie à ma maman, elle était lavée, filée, j’ai observé le regard embuée de ma maman, elle a 98 ans” elle a compris la qualité incroyable de cette laine d’Agneau que les artisans tunisiens m’ont vendue. La Tunisie, un pays qu’elle adore et qu’elle veut revoir une fois qu’ ‘elle aura plus de moyens. Le travail artisanal y est sublime, elle le sait ” et moi j’ai envie de laisser quelque chose, de proposer un savoir faire que j’ai acquis ici en France à ses artisans qui ont des doigt en or” mais en les rémunérant dignement, dit elle.
Oui le feu intérieur est encore là , les pistes à explorer aussi pour trouver les Capitaux qui permettront à Carmen Colle de relancer sa ligne, créer des histoires humaines uniques, version tricot, continuer à être l’ardente défenderesse des savoir faire et patrimoines du Monde version maille” mais sans la politique de la terre brulée, comme lorsque les entreprises étrangères partent et laissent les artisans désœuvrés et les usines désaffectées” je veux donner, je veux transmettre, je veux re ndre la dignité” !
EN 2O26 de nouvelles envies un nouveau départ
Oui elle n’a pas finit de nous surprendre. Tricoter, créer, raconter de belles histoires, mais cette fois en mode capsule inédite.
Une pièce, puis deux et on verra au fur et à mesure de la fièvre créatrice. Les vendre aux enchères, se constituer petit à petit une nouvelle clientèle amoureuse de la maille du luxe…
La laine elle en a et de la bien belle lavée achetée chez les artisans de Tunisie, tissée, et y a plus qu’à.
Nous la suivrons, nous l’encouragerons, car nous aimons son tempérament, de lionne, son respect de l’humain, de son travail, son savoir faire. Elle a connu la lumière, comme moi elle s’est brulée, mais elle a toujours sur rebondir, son cœur est jeune, son âme aussi !
Elle a roulé sa bosse, de la neige au soleil, elle est la dernière de sa génération, des puristes comme elle on en fait plus, elle nous a conquis par le cœur, par l’intégrité, par sa vision de la justice et du monde de la mode éthique.
ELLE est une UFFP woman et pas qu’un peu.
