Le travail de Sara Jomaa est un hommage vibrant aux maitres artisans du passé, c’est une sublima-
tion des techniques, formes et matériaux du passé. La créatrice tunisienne est parmi les trois finalistes internationaux du UNIDO Global Call 2025 for the Creative Orange Economy, dans la catégorie Cultural Heritage.

Sara Jomaa artiste, artisane designer contemporaine. Fondatrice des Ateliers Sara Jomaa bijoux photo all rights reserved
Sara Jomaa bijoux, c’est avant tout, une relecture et réécriture des objets les plus précieux de l’artisanat tunisien, costume, tissage, dinanderie, bijou, …

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Ces collections mettent en valeur ces éléments, le fil d’argent est son outil principal, le zigzag, l’infini, le filigrane ou la simple structure du bijou deviennent alors part entière et essentielle d’une collection.
Elle recompose ces éléments avec une sensibilité contemporaine, les repensant pour imaginer des possibilités nouvelles.
Entretien avec UFFP
Vous faites partie des trois finalistes du programme UNIDO Global Call dans la catégorie
Cultural Heritage. Que représente cette reconnaissance pour vous ?
C’est une émotion très forte. Quand on travaille dans un atelier, loin des projecteurs, pendant des
années, on doute souvent. Cette reconnaissance arrive comme un moment de respiration, presque de
confirmation intime.
Elle ne distingue pas seulement mon travail, mais tout ce qu’il y a autour : le temps passé à apprendre,
à me tromper, à recommencer, la transmission, l’engagement quotidien de l’atelier. Être parmi les trois
finalistes me donne surtout le sentiment que ce chemin, parfois fragile, a du sens.

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Vous travaillez le filigrane, une technique traditionnelle aujourd’hui menacée. Comment faites-
vous dialoguer cet héritage avec votre vision contemporaine ?
Le filigrane, je l’ai appris auprès des derniers maîtres de la médina de Tunis. Ce sont des gestes très
précis, presque silencieux, que l’on transmet rarement par des mots.
Je ne cherche pas à reproduire le bijou ancien tel qu’il était. Ce qui m’intéresse, c’est le détail, la
logique interne du motif. Je l’observe, je l’isole, je le répète, jusqu’à ce qu’il devienne autre chose.
Pour moi, créer, c’est prolonger un geste, pas le figer.

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La principale contrainte, c’est le temps. Le filigrane demande une concentration extrême, des heures
de travail pour une seule pièce.
À cela s’ajoute la hausse du prix de l’argent et le coût permanent de la recherche. Ce sont des réalités
très concrètes, parfois lourdes. Mais je refuse de céder sur la qualité. C’est pour cela que je cherche
aujourd’hui des circuits de diffusion plus justes, capables de respecter le temps du geste.
Qu’est-ce qui continue à vous inspirer au quotidien ?
Souvent, ce sont de toutes petites choses. Un motif oublié, un bijou ancien vu différemment, une
discussion dans l’atelier.

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Votre travail est souvent décrit comme une fusion entre artisanat et design. Comment définiriez-
vous l’identité de Sara Jomaa Bijoux ?
Je viens du design, mais j’ai toujours eu besoin de la main. Le dessin me permet de structurer une
idée, mais c’est l’atelier qui lui donne une âme.
Chaque pièce commence par un dessin très construit, puis elle se transforme au fil de la fabrication. Il
y a toujours un moment où le bijou m’échappe un peu, et c’est souvent là qu’il devient juste. Cette
tension entre contrôle et lâcher-prise définit mon travail.
Après quinze ans de pratique, quelles sont aujourd’hui les principales contraintes de votre
métier ?
Mais ce qui m’inspire le plus, c’est la transmission. Voir un geste appris il y a des années se prolonger
dans d’autres mains, évoluer, s’affirmer. C’est très fort, presque émouvant. L’atelier n’est jamais figé,
il vit avec les personnes qui y travaillent.
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Votre travail dépasse aujourd’hui les frontières, de Paris à Bahreïn. Quels sont vos objectifs
pour la suite ?
Après quinze ans, j’ai le sentiment que l’atelier est arrivé à maturité. Mon objectif n’est plus
seulement de créer, mais de structurer ce travail pour qu’il puisse durer.
Je souhaite développer la marque sur des marchés internationaux exigeants, mais aussi transmettre
davantage, à travers des projets d’exposition, de design, de formation, et de collaboration. J’aimerais
que ce modèle puisse inspirer d’autres pratiques artisanales.
Que vous a apporté l’expérience à Bahreïn et votre participation au World Entrepreneurs
Investment Forum ?
Pas encore eu lieu c’est le 10 et 11 février
Où peut-on aujourd’hui découvrir et acquérir vos créations ?
Mes bijoux sont disponibles directement auprès de l’atelier, via mon site internet, et lors de rencontres
professionnelles ou culturelles.
Je tiens à une diffusion mesurée. Chaque pièce demande du temps, et je souhaite que cette relation au
temps soit respectée, aussi bien dans la fabrication que dans la manière de porter le bijou.
Pour conclure, comment aimeriez-vous que l’on parle de votre travail ?
J’aimerais que l’on parle d’un travail sincère, ancré dans une histoire, mais profondément
contemporain.
Un travail qui montre que l’artisanat n’est pas un héritage fragile à préserver sous vitrine, mais une
matière vivante, capable de se transformer, de créer de la valeur et du sens aujourd’hui.
Lisez l’édito sur la marque
Merci Sara !
