À la veille du débat à l’Assemblée nationale sur la pétition contre la loi Duplomb et de la manifestation pour des lois qui protègent vraiment les paysans, notre environnement et notre santé, Générations Futures met en lumière les failles importantes de l’évaluation réglementaire sur les aspects santé de l’acétamipride, l’un des néonicotinoïdes au cœur de la proposition de loi Duplomb 2.
Déposée le 30 janvier 2026, cette nouvelle proposition de loi vise à réautoriser entre autres l’acétamipride, un néonicotinoïde désormais célèbre. Alors qu’une mobilisation citoyenne est prévue demain à 12h30 à proximité de l’Assemblée nationale, Générations Futures publie une analyse (en annexe) des carences dans l’évaluation de cette substance, dont des effets sanitaires sont documentés et très probablement sous-estimés. À la lumière de ce travail, notre association s’inquiète de la non-prise en compte d’un grand nombre d’études publiées et appelle la Commission européenne à revoir la classification règlementaire de l’acétamipride.
Répondre aux défenseurs de l’acétamipride
Les partisans de l’acétamipride tentent de minorer les effets sanitaires et documentés de cette molécule. Outre le fait que ces prises de parole visent à décrédibiliser les plus de 2,1 millions de citoyens signataires de la pétition, elles minimisent les dangers réels de l’acétamipride. Cette stratégie permet d’esquiver les véritables questions scientifiques.
Que sait-on de la toxicité de l’acétamipride ?
Plus de 80 études scientifiques ont été publiées ces 15 dernières années. La majorité de ces travaux relate des effets neurotoxiques et reprotoxiques. Parmi elles, 21 mettent en évidence un risque pour le développement du système nerveux du fœtus et du jeune enfant (effet DNT – Developmental NeuroToxicity). Des travaux récents pointent également un potentiel perturbateur endocrinien. Ces multiples données sur les effets sanitaires renforcent l’inquiétude exprimée par notre association depuis plusieurs mois concernant la qualité de son évaluation réglementaire.

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L’acétamipride a-t-elle été correctement évaluée par les agences européennes ?
Les évaluations conduites par l’EFSA (2016, 2022, 2024) demeurent incomplètes. En 2016, seules 8 études académiques avaient été intégrées dans l’avis de l’EFSA ayant servi de base pour la réautorisation de 2018. En 2024, l’EFSA a abaissé la dose journalière admissible d’un facteur 5 en raison d’incertitudes majeures sur le potentiel neurotoxique, mais elle souligne l’absence d’évaluation du potentiel perturbateur endocrinien selon les méthodes actuelles. Cet avis de 2024 se base sur une bibliographie, incomplète, couvrant les années 2016 à 2022. Or, nous constatons que 50 études académiques, dont la majorité a été publiée depuis 2023, n’ont pas encore été évaluées par l’EFSA.
Très inquiétant également, l’ECHA, l’agence en charge de la classification des substances n’a intégré en 2020 que 2 études académiques sur la reprotoxicité, s’appuyant essentiellement sur des données industrielles datant des années 1990 pour classer la molécule en reprotoxique suspecté (catégorie 2). A ce jour, nous dénombrons au moins 38 études sur les effets reprotoxiques et neurodéveloppementaux qui n’ont pas été prises en compte par l’ECHA, conduisant à une classification sous-estimée en catégorie 2 au lieu de la catégorie 1B (reprotoxique avéré). Or, une classification en 1B entraînerait une interdiction automatique au titre du règlement européen sur les pesticides.

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« Les arguments en faveur de la réautorisation de l’acétamipride, poussés par Laurent Duplomb, visent à faire oublier les effets néfastes reprotoxiques de cette molécule. Si les études ont été jugées insuffisantes par l’ECHA pour classer cette substance comme cancérigène, cela ne signifie en rien que cette substance est sans danger. Comme notre travail le montre, au moins 80 études documentant la toxicité de l’acétamipride ont été publiées ces 15 dernières années, dont 21 sur le développement du système nerveux fœtal et infantile. Notre travail vise à rétablir la vérité scientifique face aux manipulations destinées à discréditer les voix citoyennes. » déclare Pauline Cervan, Dr en Pharmacie et toxicologue chez Générations Futures
« Nous appelons les parlementaires à rejeter en bloc la ré-autorisation des néonicotinoïdes en France et à porter cette interdiction au niveau européen pour tous les usages. En outre, nous demandons que la Commission et l’ECHA réévaluent la classification réglementaire en intégrant toute la science indépendante. Il est indispensable de prioriser la santé des enfants plutôt que les intérêts industriels et économiques, intérêts qui guident actuellement les choix de la Commission européenne. » conclut François Veillerette porte-parole de Générations Futures

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Nous appelons tous les citoyens soucieux de leur santé et de l’environnement à nous rejoindre demain dès 12h30 au métro Invalides pour manifester contre la proposition de loi Duplomb 2 et pour une agriculture libérée des pesticides toxiques.
Revue bibliographique
Bibliographie acétamipride des 50 études jamais évaluées Bibliographie acétamipride 38 études reprotox pas évaluées par l’ECHA
Analyse détaillée
1/ Que sait-on de la toxicité de l’acétamipride?
Plus de 80 études scientifiques ont été publiées ces 15 dernières années. La majorité de ces travaux relate d’effets neurotoxiques et reprotoxiques. En particulier, 21 études pointent vers un potentiel toxique pour le développement du système nerveux du fœtus et du jeune enfant (appelé effet DNT). Les études les plus récentes pointent également un effet perturbateur endocrinien
Quelques exemples, pour comprendre concrètement ce que cela signifie: Sur les effets DNTIn vitro, des cellules neuronales humaines sont fonctionnellement affectées par de faibles concentrations d’’acétamipride https://doi.org/10.1007/s00204-021-03031-1 Chez des rats exposés in utéro, l’acétamipride entraîne la perte de cellules neuronales en développement au niveau du cervelet et entraîne des anomalies des cellules microgliales (cellules du système immunitaire présentes dans le cerveau) https://doi.org/10.1016/j.taap.2024.117215https://doi.org/10.1248/bpb.b25-00213 L’acétamipride ou son principal métabolite ont été retrouvés dans le liquide céphalo-rachidien de 13 enfants (sur 14) https://doi.org/10.1186/s12940-021-00821-z ainsi que dans 264 sur 314 (85.4%) donneurs volontaires chinois https://pmc.ncbi.nlm.nih.gov/articles/PMC9746793/ , indiquant que le cerveau ou la moelle épinière sont directement exposés Une exposition au principal métabolite de l’acétamipride a été associée à un risque plus élevé de développer des difficultés émotionnelles ou de l’hyperactivité chez des enfants chinois âgés entre 3 et 6 ans https://doi.org/10.3390/toxics13100872 .
Sur les effets reprotoxiques (sans lien avec le développement du système nerveux)L’acétamipride perturbe l’homéostasie du microbiote intestinal et le métabolisme des acides gras chez des souris exposées in utéro https://doi.org/10.1016/j.ijbiomac.2025.145839
Une exposition à l’acétamipride a été associée à un risque accru de retard de croissance intra-utérin dans une cohorte chinoise https://doi.org/10.1016/j.chemosphere.2023.139217
Sur les effets neurotoxiques (sans lien avec une exposition prénatale) Chez la souris, l’acétamipride modifie la composition et la diversité de la flore intestinale et induit une réponse immunitaire systémique au niveau de l’axe intestin-cerveau. https://doi.org/10.1016/j.jhazmat.2025.139287 Cette liste pourrait encore être poursuivie longtemps…
2/ l’acétamipride a-t-elle été correctement évaluée par les agences réglementaires?
L’acétamipride a fait l’objet de plusieurs évaluations par l’EFSA ces dernières années, en 2016, 2022 et 2024. En 2016, la “peer review” de l’EFSA servant de base à la réautorisation de l’acétamipride en Europe en 2018, a inclus 8 études de toxicologie issues de la littérature académique. Les avis de 2022 et 2024 font suite à des signalements de nouvelles publications scientifiques par la France, les Pays Bas et l’association PAN Europe. Dans son dernier avis publié en 2024, l’EFSA a abaissé d’un facteur 5 la dose journalière admissible de l’acétamipride, des “incertitudes” sur son potentiel neurotoxique pour le développement persistant.
De plus, L’EFSA note que le potentiel perturbateur endocrinien de l’acétamipride n’a pas encore été évalué selon le guide méthodologique en vigueur. Cet avis de 2024 se base sur une bibliographie, incomplète, couvrant les années 2016 à 2022.
Ainsi, nous constatons que 50 études académiques, dont la majorité a été publiée depuis 2023, n’ont pas encore été évaluées par l’EFSA.
Mais le plus inquiétant est la totale absence de considération de la littérature académique par l’autre agence réglementaire en Europe, l’ECHA, qui est chargée de la classification des substances chimiques (à noter que les évaluations de l’EFSA de 2022 et 2024 n’ont pas traiter de la classification règlementaire de la substance). L’ECHA a évalué le dossier de l’acétamipride en 2020 et a conclu à une classification en tant que toxique pour la reproduction de catégorie 2.

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Cette classification se base sur des études fournies par l’industriel et datant de la fin des années 1990. Dans son rapport, l’ECHA cite seulement 2 études académiques en lien avec la reprotoxicité!
Autrement dit, au moins 38 études portant sur des effets reprotoxiques ou toxiques pour le neurodéveloppement et publiées ces 15 dernières années et dont certaines étaient déjà publiées en 2020, n’ont jamais été considérées par l’ECHA pour la classification de l’acétamipride.
Il s’agit d’une défaillance majeure conduisant à une sous-classification en reprotoxique de catégorie 2 alors qu’une classification en catégorie 1B serait plus appropriée au regard de ces nombreux travaux. La conséquence de cette non prise en compte de la science est énorme: selon le règlement européen sur les pesticides, une substance classée en reprotoxique de catégorie 2 peut être autorisée alors qu’une substance classée en catégorie 1B doit être interdite.

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C’est pourquoi, Générations Futures demande à la Commission européenne et à l’ECHA de ré-évaluer la classification harmonisée de l’acétamipride A.
