Racismes d’État, xénophobie institutionnelle ou de même nature, discriminations systémiques engendrées par des politiques publiques ou favorisées par l’absence de prise en compte de leur gravité, ce sont là le lit de toutes les discriminations que subissent une certaine catégorie. En marge du Colloque tenu le 12 février au Sénat et lancé par l’IEAC, UFFP s’est entretenu avec le philosophe historien Olivier Le Cour Grandmaison.

Photo UFFP all rights reserved Olivier Le Cour Grandmaison Philosophe et Historien
Aujourd’hui en France quel est le baromètre du racisme ? islamophobie, l’arabophobie, des catégories qui alimentent encore et toujours le débat politique, pourquoi selon vous, cette catégorie est mise « à toutes les sauces » ?
« Contrairement à ce que beaucoup affirment du côté des extrêmes-droites, des droites de gouvernement radicalisées et parfois même d’une certaine gauche, les discriminations subies par les personnes racisées et les musulman-e-s réels ou supposés sont parfaitement documentées et ce depuis longtemps par de nombreuses enquêtes menées par des chercheur-e-s et des universitaires, souvent reprises par le Défenseur des droits. Celui-là même qui a publié en 2020 un rapport particulièrement exhaustif, précis et circonstancié intitulé : Discriminations et origines. L’urgence d’agir.
Discriminations qui sont également documentées par la Commission nationale consultative des droits de l’homme (la CNCDH) dans plusieurs publications.
L’ensemble atteste l’existence de nombreuses discriminations systémiques qui affectent l’existence de ces personnes de l’école à l’université, leur parcours professionnel, leurs rémunérations, leur accès aux services publics et bien sûr aussi ce qu’il est convenu d’appeler leurs « rapports avec la police » caractérisés par de très nombreux contrôles au faciès pour lesquels l’Etat français a été condamné à trois reprises : en 2016 par la Cour de Cassation, en 2021 par la Cour d’appel de Paris et en 2025 par la Coureuropéennes des droits de l’homme (CEDH) ».
Peut-on parler d’un racisme d’Etat, pourquoi est-il plus criant, plus visible ce siècle ? racisme d’Etat et Etats racistes, quelle différence ?
« N’en déplaise à ceux qui défendent avec acharnement la mythologie nationale-républicaine et qui estiment qu’en France le racisme ne saurait être ni systémique, ni institutionnel, ni d’Etat, les contrôles au faciès précités, qui sont la résultante d’une politique publique décidée par le gouvernement avec l’aval du chef de l’Etat, et ce depuis fort longtemps, prouvent que nous sommes bien confrontés à un racisme d’Etat. Les décisions de justice que l’on sait en attestent puisqu’elles ont toutes condamne l’Etat français pour « faute lourde » en raison de la gravité des violations commises par ces mêmes contrôles. Ajoutons, et c’est très inquiétant, qu’en dépit de ces trois condamnations définitives, rien n’a changé car la
politique en cette matière n’a pas été infléchie. Cela signifie donc que les autorités de ce pays traitent en chien crevé ces décisions de justice et persévèrent ainsi dans la violation de dispositions fondamentales nationales et européennes.
Parlez nous justement de votre ouvrage sur le racisme d’Etat
J’ai analysé, entre autres, cette situation dans un ouvrage intitulé : Racismes d’Etat, Etats racistes. Une brève histoire publié par les éditions Amsterdam en 2024. »
Bouc émissaire, déni de l’histoire, voire déresponsabilisation ? la France ne veut pas assumer son histoire coloniale et reproduit pourtant au sein de sa société des relents coloniaux d’un autre temps ?
« Sur ce sujet, les plus hautes autorités françaises, de gauche comme de droite, se sont toujours refusées et refusent encore de reconnaître les crimes de guerre et les crimes contre l’humanité commis au cours de la colonisation à la différence d’Etats comme la Grande-Bretagne, l’Allemagne, les Etats-Unis et le Canada, notamment, qui ont reconnu les crimes commis à l’encontre des populations autochtones et souvent accordé des réparations financières substantielles aux victimes et/ou à leurs descendants.
Sinistre situation française qui se caractérise par la pusillanimité, le mensonge et pire encore par la réhabilitation éhontée du passé colonial comme le prouvent les déclarations multiples de nombreux responsables des extrêmes-droites et des Républicains sans oublier Edouard Philippe. »
Que pensez-vous d’une initiative comme L’IEAC ? Pensez- vous que le travail peut se faire à ce niveau, alors que les politiques continuent de faire la sourde oreille par rapport aux communautés issues de l’immigration non européenne ?
« Excellente initiative qui a consisté, entre autres, à interpeller les responsables politiques afin que les effets psychologiques individuels et collectifs des racismes et des discriminations soient enfin pris en compte.
Si une telle démarche est assurément nécessaire, il me semble qu’elle doit se prolonger par des initiatives de terrain, comme on dit, à destinations des premier-e-s concernés pour mettre au jour leurs souffrances, les documentées et être ainsi en mesure de mieux les connaître pour mieux les combattre et répondre aux mensonges des forces réactionnaires, notamment. »
Bio expresse :
Olivier Le Cour Grandmaison est un politologue français né le 19 septembre 1960 à Paris (France).
Spécialisé dans les questions de citoyenneté sous la Révolution française et dans les questions qui ont trait à l’histoire coloniale, il est maître de conférences en science politique à l’université d’Evry-Val d’Essonne et enseigne au Collège international de philosophie.
Université Paris-Saclay-Evry-Val-d’Essonne
UFR Droit-Sciences politiques
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