La Délégation aux droits des femmes du Sénat a publié un rapport d’information sur la situation des femmes sans abri. Ce rapport révèle que sur 330 000 personnes sans domicile dénombrées en 2024, 40 % sont des femmes. Parmi elles, environ 3 000 femmes et autant d’enfants dorment chaque soir dans la rue. La rue est devenue une sorte de passage obligé dans le parcours des femmes sans domicile : celles qui arrivent en France après un parcours migratoire comme celles qui perdent leur logement, en raison d’accidents de vie, doivent souvent passer plusieurs nuits, parfois des mois, dans la rue avant de se voir proposer un hébergement. En outre, certains hébergements d’urgence ne sont octroyés que pour quelques nuits et chaque mois, chaque semaine, chaque matin parfois il faut quitter un hébergement, repasser par la rue, parfois pendant plusieurs jours, avant de retrouver un nouvel abri.

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Les femmes à la rue subissent des violences multiformes
Tout d’abord, il est plus fréquent que les femmes sans domicile fixe aient vécu des violences dans leur enfance.
- 36% de femmes sans domicile déclarent avoir été victimes de violences durant leur enfance (19% d’hommes).
- Parmi elles, beaucoup viennent d’un pays étranger duquel elles sont parties pour fuir un mariage forcé ou des mutilations génitales.
- D’autres se retrouvent à la rue après avoir fuit les violences de leur conjoint ou de leur famille.

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Les violences subies par les femmes à cause de leur genre sont un facteur d’entrée à la rue.
Et tristement il semblerait que toutes les femmes sans domicile fixe subissent des violences pendant leur expérience à la rue.
On parle souvent de proies, terme utilisé par exemple par Myriam du Comité De La Rue Rennais. Elle nous explique qu’une femme à la rue est sans cesse à risque de se faire agresser. Il est courant que des hommes leur proposent un toit pour la nuit mais qu’elles se rendent compte une fois chez eux que ce n’est pas gratuit et que leur corps sert de monnaie.

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Le genre femme est alors un facteur de vulnérabilité pour les personnes qui sont à la rue.
Femmes SDF : proie vulnérable
La hiérarchie des genres rend donc les femmes à la rue plus vulnérables que les hommes. Leur protection institutionnelle et personnelle les rend invisibles.

- Elles se protègent en cachant leur corps dans des vêtements trop larges et en couvrant leur visage.
- Les femmes sans domicile sont beaucoup plus en errance, c’est-à-dire qu’au lieu de rester toujours au même endroit, comme le font beaucoup d’hommes de la rue, elles changent de quartiers mais aussi de villes afin de ne pas être repérées.
- Les institutions les protègent en faisant d’elles les prioritaires dans certains centres d’hébergement. La prise en charge des femmes est aussi plus efficace parce que ce sont elles qui sont en charge des enfants.
- 52% des femmes sans domicile fixe ont des enfants
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Le Genre et la Rue change la donne en terme de précarité
L’expérience du “genre” dans la rue est particulière à bien des niveaux, une fois source de vulnérabilité mais aussi de protection, enfin ce que l’on croit.

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Si elles semblent moins nombreuses parmi les personnes sans domicile fixe et surtout les personnes sans-abri, elles forment toutefois le groupe de population le plus précaire.

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UFFP a rencontré Anne Lorient une ancienne SDF qui a vécu dix sept ans dans la rue et qui a été agressée sexuellement plus d’une centaine de fois durant son parcours, et par des gens aussi “politiquement” corrects du genre costard cravates. Aujourd’hui, elle est la présidente de L’Association Anne Lorient qui vient en aide à 200 femmes précarisées. Elle a transformé son parcours personnel en combat pour les autres femmes. Participez à la cagnotte et donnez ce que vous pouvez pour aider Anne et son action.

Anne Lorient Présidente de son Association photo all rights reserved
Entretien avec UFFP:
Pourquoi avez-vous quitté la Maison à 18 ans?
Toute mon enfance j’ai subi des violences dans ma famille et dans mon entourage. Je ne parlais plus à personne et pour ma survie je devais fuir. A 18 ans j’ai fait ma valise et j’ai quitté le nord de la France en prenant le premier train. Arrivée à Paris, dans l’anonymat, enfin, j’ai cru avoir trouvé la liberté. Mais violée le premier soir j’ai largement déchanté.
Parlez-nous de la rue, qu’est ce que cela fait à une jeune fille?
Une jeune fille de 18 ans dans la Rue, c’est une proie facile. De nombreux proxénètes trainent dans les gares à la recherche du regard perdu des jeunes, femmes ou hommes, ils se présentent comme « sauveur » et très vite l’enfer de la prostitution s’installe. Pour fuir ces sous-hommes, il faut courir dans les rues de paris et vite, on se révèle SDF, avec la faim et la recherche vaine de refuges pour la nuit.
Souvent les jeunes se retrouvent en groupe pour se protéger mais rapidement cela se transforme en esclavage sexuel avec les leaders des groupes. Moi j’avais choisi d’être seule.
Que fait l’Etat pour les personnes vulnérables, mineurs, femmes, familles avec enfants?
Quelles sont les aides?
L’Etat a ouvert des centres refuges pour les femmes. Pour quelques jours ou pour quelques mois, avec une mise au point administrative et sociale. Pour les migrants, il y a des associations mais pas souvent d’hébergement. Pour les femmes européennes avec ou sans enfants, la moyenne est de trois nuits à l’abri. Ensuite c’est le retour à la Rue avec une tonne de rendez-vous médicaux, à la mairie ou à la PMI pour les mamans. Peu de femmes honorent ces rendez-vous. Beaucoup redisparaissent à ce moment-là.
La caf peut donner des aides exceptionnelles mais aussi recense les sdf, ce qui pose problème en cas de personnes qui sont recherchées et qui ne veulent pas être retrouvées. Pareil pour celles qui ont des casiers judiciaires à rallonge et qui préfèrent rester discrètes.
Accepter de l’aide c’est renoncer à la liberté de la Rue.
La violence est sur plusieurs formes? parlez nous deS VIOLENCES subies?
J’ai subi plus d’une centaine de viols dans la Rue. Par des SDF et des hommes en costume cravate à leur pause déjeuner …J’ai perdu mes dents, ai eu une fracture de mâchoire, des jambes, et une éventration. Bref un corps qui a subi cette vie de Rue, reconstruit un peu comme Robocop mais fonctionnel on va dire…
Le viol, et apres comment avez vous pu faire face à l’apres?
Il n’y a pas d’après le viol, ils sont toujours dans ma tête, dans mon corps, des mes traumatismes, dans mes peurs… Des séances de psy on essaie mais le chemin est long…
Aujourd’hui vous avez une famille, comment gérez-vous le quotidien?
Oui pour finir j’ai de la chance, j’ai deux fils adorables qui me réparent beaucoup. Gentils mais conscients de la dureté de la vie. On n’a pas toujours de quoi diner… On fait au mieux.
Parlez-nous de votre Association?
Mon association, créée il y a 10 ans, est consacrée au meilleur-être de 200 familles sdf et logées en hôtel social. On collecte des produits d’hygiène et de la nourriture essentiellement. On a aussi, une cagnotte sur le site Hellasso, site qui a vérifié nos comptes bancaires qui garantir aux donateurs un don sécurisé. L’équipe dirigeante est complètement bénévole et nous travaillons toutes en parallèle. Il n’y a aucune subvention, l’Etat ayant bloqué toutes les aides aux associations.
qu’est ce qui vous indigne? qu’est ce qui vous donne de l’espoir?
Ce qui m’indigne c’est la somme de nos actions sur le terrain et nos réussites qui ne sont pas mises en valeur car cela donnerait de l’espoir aux femmes SDF. Leur montrer que sortir de la Rue c’est possible. Que c’est courageux mais qu’il y a une lumière au bout. Dès qu’on témoigne sur les réseaux ou dans la presse, on se fait critiquer, c’est décourageant et cela nous donne beaucoup de colère.
Mon espoir, c’est de réussir ma famille, loin des prédateurs de la Rue. Mon enfance a été brisée, ma vie de jeune femme aussi il ne me reste que mes prochaines trente années à vivre, et j’aimerais les vivre en paix sans me vendre, juste avoir le frigo plein et l’amour de mes fils.
Comment faire pour inverser la donne?
Changer les choses doit se passer au sein du gouvernement. Des SDF il y en a toujours eu, même en temps de la préhistoire. L’éducation, le respect, la main tendue etc… cela doit s’apprendre à l’école. Mettre des gens de la Rue dans le ministère de la Solidarité ou au Sénat serait déjà un grand pas …
Qu’avez vous envie de dire aux femmes victimes?
Ne rien lâcher. Ne pas abandonner.
Ne pas rêver mais croire qu’un jour le soleil se lèvera.
S’adresser aux associations, ce n’est pas être faible, c’est juste risquer de trouver quelqu’un de bien à qui se confier. Mais toujours rester sur ses gardes.
Participez à la Cagnotte pour venir en aide à la Famille d’Anne et à l’Association
