En tant que militante et cofondatrice de l’association « Femmes Afghanes » Chela est une femme engagée, résolue à porter haut et fort la parole des femmes de sa région.
Un combat, courageux, âpre bien souvent mais essentiel qu’UFFP a envie de vous faire découvrir.
En ces temps troubles, les femmes, les enfants, restent la catégorie la plus vulnérable sur les terrains de conflits armés, bien souvent « otage et bouc émissaire » des « casualities » de guerres injustes, des guerres impérialistes à visée d’usurpation de souveraineté et de richesses locales.
Des guerres qui anonymisent, volent les voix, bâillonnent les souffrances des civils sur le terrain, au point que “certains”” “finissent par détourner les regards face à tant d’ignominie.
Des guerres d’usure parfois, installant le chaos et la dérégulation des normes internationales, comme si cela devenait la norme.
Sous couvert de libération via l’occident, ces terres deviennent des déserts chaotiques, ayant comme dénominateur commun une souffrance inégalable pour les populations qui doivent tenter de résister au mieux. Entre des régimes mortifères, des leaderships ultraviolentes intronisées de force qui sément la terreur “backed up” par certaines puissances du Nord, difficile de croire que l’on peut s’ en sortir indemne.
Dans un monde qui ne respecte plus rien, ni l’humain, ni les territoires, ni l’éthique, ni le droit international dans le monde, droit censé mettre de l’ordre dans un monde instable, le pire est à craindre.
Entre le taux mortifère de plus en plus inquiétant de ceux qui sont condamnés à vivre sous les bombes ou sous les repressions les plus violentes, et les rares individus qui vont pouvoir s’exiler dans un bout de terre « étranger » qui n’est pas le leur… il ne faut pas se tromper, pour eux l’eldorado peut aussi se transformer en une nouvelle prison. Loin des racines, face à des repères ethnoculturels différents, l’intégration n’est pas garantie.
Commence alors pour ces “damnés de la terre” un exil des plus douloureux.

Les souffrances se manifestent bien des façons, les oripeaux psychiques ne sont pas les mêmes, mais le vêtement de douleur et les traumas par contre si.
On a le tournis quand on voit ce qui se passe, Soudan, Congo, Palestine, Liban, Iran, Afghanistan, Pakistan, les civils payent les pots cassés dans une spirale sans fin.
Alors oui les privilégies que nous sommes observons depuis nos écrans télé, mais sur le terrain, la réalité est souvent bien différente des discours : les femmes restent invisibles, les enfants continuent de souffrir, et la paix semble parfois loin. Mais c’est précisément pour cela, que les femmes du Sud issues de la diaspora, réfugiée ou expatriée, leur rôle est crucial.
L’engagement est indispensable. Chaque action, chaque geste de solidarité compte.
Car la situation des femmes en Afghanistan est aujourd’hui terrible pour les femmes qui ont été effacées de la vie publique : plus d’école, plus de travail, plus de voix.
On se souvient bien de « Malala » et son courage pour continuer à aller à l’école et permettre l’éducation des petites filles, beaucoup lui ont ensuite reproché de s’être vendue à l’Occident car elle avait résisté.
Et pourtant les femmes de la région sont debout, elles continuent de résister, souvent dans l’ombre — en enseignant clandestinement, en écrivant, en témoignant malgré la peur.
Elles sont le poumon le cœur la génération de la liberté au prix du sang parfois.
Des Associations comme celle de Chela et sa famille, nous rappelle donc qu’il est crucial de continuer à se battre pour celles qui sont restées…
En France, notre rôle est de porter leur message, de ne pas laisser le silence s’installer.

Crédit photo Frederic Aline
Entretien UFFP
Parlez-nous de votre parcours ? Je m’appelle Chela Noori. Mon parcours est celui d’une femme engagée, marquée par l’exil, mais aussi par une profonde volonté de transformer les épreuves en force. D’origine afghane, j’ai grandi avec la conscience très tôt que la voix des femmes était trop souvent étouffée. En arrivant en France, j’ai compris que maresponsabilité était de porter cette voix, non seulement pour moi, mais pour toutes celles qui ne peuvent pas parler.
Quand avez-vous décidé de créer votre association ? Parlez- nous de sa mission ?
Nous avons décidé avec ma sœur et mon frère de créer l’association Afghanes de France par nécessité, presque comme une évidence. Face à la détresse de nombreuses femmes afghanes en exil, isolées, déracinées, parfois traumatisées, il fallait un espace d’écoute, de solidarité et d’action. Notre mission est claire : accompagner, soutenir, redonner dignité et autonomie à ces femmes. Mais au-delà, c’est aussi un combat pour la visibilité, pour rappeler que derrière les chiffres et les crises, il y a des vies, des histoires, des combats silencieux.

Les défis au quotidien, le profil type des femmes que vous accompagnez ?
Au quotidien, les défis sont nombreux. Les femmes que nous accompagnons ont souvent vécu des violences, des ruptures brutales avec leur pays, leur famille, leur identité. Elles doivent tout reconstruire : apprendre une langue, comprendre un système, retrouver confiance. Ce sont des femmes courageuses, mais fragilisées, qui ont besoin d’un accompagnement humain, patient, et profondément respectueux.
Quel regard portez-vous sur ce qui se passe aujourd’hui en Iran, Afghanistan, Pakistan, Liban, Gaza ?
Le regard que je porte aujourd’hui sur ce qui se passe en Iran, en Afghanistan, au Pakistan, au Liban ou à Gaza est un regard de douleur, mais aussi de lucidité. Partout, ce sont les civils qui paient le prix fort. Et parmi eux, les femmes et les enfants sont en première ligne. Leur corps devient un champ de bataille, leurs droits une variable d’ajustement. C’est une injustice insupportable.

Les femmes et les enfants en première ligne ?
Les urgences sont multiples : protéger, nourrir, soigner, mais aussi éduquer et défendre les droits fondamentaux. Aider, c’est d’abord ne pas détourner le regard. C’est soutenir les associations de terrain, donner, s’engager, relayer les voix de celles qu’on n’entend pas. Chaque geste compte.
Quelles sont les urgences ? Comment Aider ?
Dans notre association, les femmes en exil portent des douleurs spécifiques. L’exil n’est pas seulement géographique, il est aussi intérieur. Il y a la perte de repères, le sentiment de ne plus appartenir nulle part, les traumatismes invisibles. Aider ces femmes, c’est leur offrir un espace où elles peuvent se reconstruire, se sentir en sécurité, retrouver leur dignité.
Dans votre association, les femmes en exils ont aussi des douleurs spécifiques ?
Aider, enfin, c’est créer du lien. C’est tendre la main, écouter sans juger, accompagner sans imposer. C’est croire en leur force, même quand elles n’y croient plus elles-mêmes.
Parce que derrière chaque femme que nous accompagnons, il y a une histoire de résistance. Et derrière chaque résistance, il y a un espoir.

Que pensez-vous du combat d’UFFP ?
Pour moi, l’UFFP n’est pas seulement un mouvement : c’est un appel à agir avec humanité, courage et persévérance. Je suis fière de soutenir ces combats et de rappeler que la justice et la paix se construisent ensemble.

Retrouvez l’éditorial du 8 mars sur les femmes et la paix !
Un monde sans femmes sera un monde sans PAIX !
Merci Chela !
Les Femmes pour la paix et les droits humains dans un monde en Guerre !
