La 8e édition de la journée mondiale des intelligences animales 2026 est l’occasion pour les amoureux de GAIA et des espèces qui la peuplent, de découvrir encore une fois leur intelligence, leur résilience face à un habitat de plus en plus complexe et surtout notre lien à eux.
Sont aussi mis en lumière, les travaux, recherches, réflexions de spécialistes sur l’intelligence des animaux, leur comportement, leurs talents, leur empathie et même leur sagesse.
Parce que les découvertes récentes changent le regard que nous portions sur les animaux et révolutionnent notre rapport avec eux, désormais, à qui sait entendre et comprendre…
En quoi sommes-nous arrivés à penser notre animalité par opposition à notre humanité ? L’Homme est-il si différent des animaux, le seul à aimer, pleurer, rire, comment ils évoluent face à nous ?
Pour Éric Baratay, les animaux, et les chats en particulier, n’ont pas une nature immuable avec des comportements identiques. Ils s’adaptent aux environnements dans l’espace et le temps. Ils évoluent dans leurs attitudes comportementales. Donc une histoire des manières d’être.
Depuis sa thèse sur l’église et l’animal, Éric Baratay s’est spécialisé dans l’histoire des animaux, vue de leur côté, pour comprendre ce qu’ils vivent et mieux analyser leur relation avec les humains. Auteur de nombreux ouvrages dont le plus récent est « Cultures félines, XVIII°-XXI° siècle, les chats créent leur histoire » (Seuil).
Éric Baratay,est membre senior de l’Institut universitaire de France (2017-), professeur
d’histoire contemporaine à l’université de Lyon, est spécialiste de l’histoire des animaux. Il
a d’abord étudié le versant humain de cette histoire, c’est-à-dire les manières humaines de
penser et traiter les animaux. Il a ainsi publié par exemple L’Église et l’animal (1996) ou Et
l’homme créa l’animal, (2003), Depuis, il travaille sur le versant animal, pour saisir
comment les animaux ont vécu l’histoire. Il a publié : Le point de vue animal (2012), Bêtes
des tranchées (2013), Biographies animales (2017), Cultures félines (2021) et dirigé une
série d’ouvrages collectifs, dont le dernier : Une histoire animale du monde (2025).

ENTRETIEN:
Parlez nous de votre participation à la journée mondiale des intelligences animales ? pourquoi des et non une ?
On dit des intelligences car l’animal en tant qu’unité n’existe pas, ce sont des espèces animales qui ont chacune une intelligence spécifique. ET pour répondre à la première question, je suis intervenu pour montrer qu’il fallait penser les animaux dans le temps. Les comportements des animaux changent dans le temps, les éthologues ne le voient pas car ils n’ont pas le recul historique.

Penser le comportement animal dans le temps, cela permet le déploiement de l’intelligence animale dans le temps, un ex : les chevaux de mine, qui n’existent plus. Tout est mécanisé aujourd’hui, et il y a moins de mines certes. Mais pour les mines heureusement, pas pour les chevaux.
A l’époque, ils apprenaient leur parcours, savaient revenir, anticiper, prendredes initiatives. Ils étaient dans un environnement qui leur fait apprendre des solutions et prendre des initiatives, « ils savaient ouvrir les portes coupe feux qui étaient dans les galeries, normalement il faudrait qu’ils attendent mais beaucoup savaient ouvrir d’eux même pour ne pas avoir à s’arrêter.

Vous êtes professeur d’éthologie mais appliquée aux animaux, cela signifie ? J’étudie la science du comportement on l’utilise beaucoup pour les animaux, on étudie comment les animaux se comportent d’une espèce à l’autre, comment ils prennent des décisions, leur tempérament et la personnalité.
Quels sont les capacités cognitives chez les animaux ?
Ce qu’il y a chez les animaux, c’est la cognition, la manière de résoudre des problèmes de
S’adapter à un environnement, la cognition est démontrée chez la plupart des animaux,
Ont-ils une émotion ? le poisson a des émotions, cela a été démontré, la sensibilité, la culpabilité, tout dépend selon ce que l’on met derrière le terme et la culpabilité aussi, cela ne s’exprime pas de la même façon chez un chien ou un autre animal.
La douleur chez le mollusque existe ? la douleur est dans tout le monde animal, comme la douleur préventive, la souffrance, aussi existe, et il y aura un atelier prochainement en ce sens. On est en train de réaliser qu’il y a du deuil aussi, notamment chez les éléphants, les bonobos, les orques. Oui chaque espèce a sa forme de deuil, mais il ne faut surtout pas faire d’humanisation. Ex la joie le plaisir, oui cela existe mais cela s’exprime différemment selon l’espèce.

La vie des félins a fait l’objet d’un de vos ouvrages, en dehors de la ronronthérapie et ses bienfaits qu’y apprend ton ? Les chiens les chevaux, les chats depuis quinze ans, on a constaté que le comportement est en constante évolution. Les chats au cours de l’histoire, ont aussi vu leur comportement évoluer. Les chats s’adaptent à tout, le chat domestique ne se comporte pas de la même façon que le chat qui est libre. Le chat sauvage ne miaule pas, mais celui qui est domestiqué va adapter son langage et va miauler pour interagir.

Au 19E siècle, les chiens errants ne savaient pas lécher les humains. A l’intérieur de cadres précis, les animaux évoluent dans leur comportement.
S’agissant du chat domestique, l’humain attend beaucoup de lui au niveau du contact émotionnel et cela les amène à évoluer. Alors qu’il y a quelques siècles en arrière, c’était avant tout des chats d’apparats, on ne cherchait pas d’affect.

L’histoire des bêtes avec les humains cad leur lien, par ex on les voit aussi avec le bestiaire des fables de la fontaine à aujourd’hui ? l’humanisation des animaux est très ancienne, déjà le roman de renard au moyen âge, si on humanise ces animaux c’est parque les mammifères avaient des comportements assez proches de nous, si on a humanisé, les chiens ; le renard, c’est parque évidemment on voyait une proximité de comportement et on a joué là-dessus.

On ne leur rend pas service en faisant cela non ?! le paradoxe est qu’on est à la fois proche des animaux et en même temps on les utilise comme des repoussoirs
L’histoire de l’humain in fine c’est aussi son histoire et ses interactions avec le règne animal ? C’est quelque chose que l’on découvre depuis trente et quarante ans à l’échelle historique, c’est important, mais cela reste récent, l’histoire de l’humanité il faut le rappeler, n’est pas un vase clos, elle se fait avec les animaux, les plantes et les virus.
Découvrez le magnifique travail du professeur Baratay
Voici le lien de son site : https://sites.google.com/site/ericbaratay/
Merci MR BARATAY !
