Il y a six ans, en quelques heures seulement, Hadjenana Mahamat Abouna, a pris une décision qui a changé le cours de sa vie. Une décision profonde, intime, courageuse. Une décision qui allait changer la trajectoire de son chemin. Elle traversait alors, une douleur profonde, mais elle en a fait une arme, un chemin de résilience et de créativité.
Depuis ce jour, sa vie a pris une autre direction. Un chemin parfois difficile, parfois solitaire, mais un chemin de vérité. Un chemin où à son tour, elle va venir en aide à d’autres femmes de sa région.
Lutter contre la précarité menstruelle des jeunes filles au Tchad, casser les tabous et les stéréotypes culturels qui font de ces jeunes filles, des victimes malgré elles. Voici le magnifique engagement de l’ONG SAWA portée comme un enfant par Hadjenana Mahamat Abouna, elle même maman de quatre, dont trois jeunes filles.

photo ENSEMBLE SAWA all rights reserved
UFFP et elle, une rencontre coup de cœur, deux chemins de vie ( pour UFFP aussi il y a six ans tout s’est écroulé mais aussi debout) deux combats distincts, deux leçons de résilience qui se rencontrent pour un monde meilleur.
Biographie expresse d’Hadjenana Mahamat Abouna
Hadjenana Mahamat Abouna est engagée depuis plusieurs années dans des actions solidaires et de santé publique. Entre l’Europe et l’Afrique et notamment son pays d’origine le Tchad.
A la tête de la solidarité et de l’action sociale entre l’Afrique et l’Europe. Mère de quatre enfants, dont 3 adolescentes et le petit Mahamat , elle incarne un engagement profond en faveur des femmes et des jeunes filles, particulièrement au Tchad.

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Elle est la fondatrice de l’ONG Internationale Ensemble Sawa, une organisation qui lutte contre la précarité menstruelle et la déscolarisation des jeunes filles au Tchad. À travers cette initiative, elle œuvre pour améliorer les conditions d’hygiène et la dignité des adolescentes, notamment par l’installation de services hygiéniques dans les écoles et la distribution de solutions menstruelles durables, comme les serviettes hygiéniques et les culottes menstruelles réutilisables à N’Djamena et dans plusieurs provinces.
Convaincue que l’éducation et la santé des filles sont des piliers du développement, Hadjenana Mahamat Abouna développe également des partenariats avec des institutions publiques, notamment dans le domaine de la santé. Son organisation travaille à renforcer la coopération avec le ministère de la Santé publique du Tchad afin de faciliter l’accès aux soins et aux infrastructures sanitaires dans les établissements scolaires.
UFFP vous fait découvrir cette magnifique femme une UFFPienne dans tous les sens.

Hadjenana Mahamat Abouna fondatrice de l’ONG Ensemble SAWA
Entretien
A un moment de votre vie, vous avez décidé d’agir et de ne plus subir? oui absolument, et je peux le dire avec émotion : je me sens renaître. Je retrouve la femme qui a toujours existé en moi. Une femme forte, libre, debout.
Même si au fond de moi, il y a toujours cette petite fille. Cette petite voix douce et courageuse qui ne m’a jamais quittée. Elle me parle souvent. Elle me félicite. Elle me rappelle que, malgré les tempêtes, j’ai toujours été une femme forte et inspirante.
Des moments de doutes?
Il y a eu des moments de doute, des moments où tout semblait lourd. Mais cette voix intérieure a toujours été là pour me rappeler qui je suis vraiment.
Depuis cette libération intérieure, quelque chose de profond s’est produit en moi. Comme si une porte s’était ouverte. Comme si une lumière nouvelle éclairait mon chemin.
Je ne peux pas toujours expliquer ce que je ressens, car certaines transformations se vivent plus qu’elles ne se racontent. Mais je sais aujourd’hui que chaque épreuve, chaque décision, chaque pas m’a menée vers cette femme que je suis devenue.
Une femme qui n’a plus peur d’être elle-même.
Une femme qui marche avec dignité, avec foi et avec espoir.
Et si mon histoire peut inspirer ne serait-ce qu’une seule personne à croire en sa propre force, alors tout ce chemin aura eu un sens.
Votre action en plus d’être de santé publique, s’intéresse aussi aux leviers culturels?
Mon engagement humanitaire s’appuie aussi sur la mobilisation culturelle et artistique. Elle a initié une action solidaire réunissant 34 artistes peintres, dont les œuvres sont mises au service d’événements caritatifs destinés à financer les projets de l’ONG Ensemble Sawa.
Parlez nous de ce que fait concrètement l’ONG
Ensemble Sawa œuvre pour améliorer les conditions de vie, la santé et l’éducation des jeunes filles et des femmes, en particulier dans les milieux scolaires et les communautés vulnérables.
Nos Missions principales
• Lutter contre la précarité menstruelle en facilitant l’accès aux protections hygiéniques durables, notamment les serviettes hygiéniques et culottes menstruelles.
• Promouvoir la santé et l’hygiène menstruelle à travers des sensibilisations, des formations et des échanges avec les jeunes filles.
• Favoriser la scolarisation des filles en réduisant l’absentéisme scolaire lié aux menstruations.
• Améliorer les infrastructures sanitaires dans les écoles en installant des latrines et des dispositifs d’hygiène adaptés.
• Sensibiliser les communautés aux questions de santé féminine et de dignité menstruelle.
Redonner de la dignité, de la santé mais aussi émanciper ?
Oui nous voulons créer un environnement où chaque fille peut vivre ses menstruations dans la dignité, la santé et sans interruption de sa scolarité.
Et concrètement quels ont été vos actions en ce sens ?
• Installation de services hygiéniques dans les écoles à N’Djamena et dans certaines provinces.
• Distribution et formation à l’utilisation de protections menstruelles durables.
• Organisation de campagnes de sensibilisation sur la santé des femmes et des adolescentes.
• Mobilisation d’artistes et de partenaires pour financer des projets solidaires.
A long terme, vous cherchez aussi à changer les mentalités en profondeur ?
Pour Ensemble Sawa notre objectif reste claire : continuer à lever les tabous. Depuis le début, notre combat est celui de la dignité des femmes et des jeunes filles. Nous continuerons ce travail, mais aujourd’hui nous voulons aussi ouvrir deux grands volets essentiels.
Oui au delà de l’hygiène, il y a également certaines maladies féminines que l’on doit aborder ?
Le premier concerne les maladies qui touchent les femmes et dont on parle trop peu. Trop souvent, les femmes souffrent dans le silence, parfois même sans savoir ce qu’elles ont. Prenons l’exemple de l’endométriose. C’est une maladie dont on parle encore très peu, en Afrique comme ailleurs. Beaucoup de femmes vivent avec des douleurs intenses pendant des années avant d’obtenir un diagnostic. Elles vivent dans la souffrance, incomprises, parfois même ignorées.
Il y a aussi les fibromes. Combien de femmes se font opérer, puis voient la maladie revenir ? Combien vivent dans un cercle de traitements et de récidives sans qu’on en parle ouvertement ? Ces réalités existent et elles doivent être mises en lumière.

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L’Afrique doit enfin se concentrer sur les maladies au féminin et ne plus les nier?
Nous pensons qu’il est urgent que le continent africain ouvre des discussions sérieuses sur ces maladies. Il faut informer, sensibiliser, soutenir les femmes et les jeunes filles qui vivent avec ces douleurs. Même si aujourd’hui il n’existe pas toujours de traitement définitif, il existe des solutions pour accompagner, soulager et surtout reconnaître ces souffrances. Lever le tabou est déjà une première forme de guérison.
Oui la souffrance physique quand elle est tue, génère également encore une autre, plus invisible, la souffrance psychologique?
Le deuxième grand volet concerne la santé mentale des femmes. Là aussi, le silence est trop lourd. Au Tchad et dans beaucoup de pays africains, on parle très peu de la santé mentale. Pourtant, les femmes portent énormément de responsabilités, de pressions et parfois de traumatismes.
Il est temps de créer des espaces de parole. Des espaces où les femmes peuvent parler librement, être écoutées et soutenues. La santé mentale n’est pas un sujet honteux. C’est une question essentielle pour l’équilibre et la dignité de chaque femme.
À travers Ensemble Sawa, nous voulons ouvrir ces discussions, créer ces espaces et faire comprendre que parler est une force.
Bien sûr, nous continuerons aussi notre travail sur le terrain. Nous continuerons les sensibilisations, nous continuerons à fabriquer des serviettes hygiéniques et des culottes menstruelles. Nous continuerons à les distribuer gratuitement dans les écoles, les maisons de quartier, dans les provinces, les villages, les prisons, les centres de prise en charge des fistules et les maternités.
Notre combat ne s’arrête pas. Il s’élargit.
Parce que pour moi, la femme est une force. Elle est une pionnière. Elle est la racine de la vie et de la société. Et avec Ensemble Sawa, nous voulons aller à la racine des problèmes pour construire des solutions durables.
C’est ensemble que nous ferons tomber les tabous et que nous redonnerons aux femmes la place, la dignité et la voix qu’elles méritent.
bravooo UFFP est avec vous et donnera la visibilité nécessaire à ce combat des plus noble qui devrait entrer par les ODD depuis BEIJING !!!!
