Comprendre le mécanisme de la relation abuseur- abusé ou cette relation fusionnelle et toxique à la fois qui fait que la victime devient complétement dépendante de sa victimisation, n’est pas une mince affaire. Oui simple et complexe à la fois, la relation avec le PN le pervers narcissique. On en parle beaucoup, on y fait référence souvent, on les met dans toutes les sauces parfois, contribuant parfois à brouiller les pistes de la souffrance mentale.
Par Fériel Berraies Guigny thérapeute et Experte Genre
Comment comprendre, comment s’ en sortir, le mécanisme est bien complexe. Entretenu par la peur, les non dits, l’incompréhension, voire la sidération. Et si on y ajoute le syndrome de Stockholm, c’est un vrai cocktail molotov. La femme, l’enfant, l’étudiante, la collaboratrice que je fus, a connu ces mécanismes, dans des sphères bien distinctes, et avant même de parler de l’ouvrage de Sophie Canaguier : je peux vous dire ceci: s’en sortir demande du courage, de la témérité et une rage de survie!
La Résilience après fera tout le boulot mais avant d’y parvenir, encore faut il comprendre que l’on est “sous emprise” et qu’il ne faut pas avoir peur du regard des autres, des jugements, des tabous sociétaux ou autre. Car les femmes sont bien souvent doublement victimes: le partenaire, la société, les cultures et ou coutumes et les règles sociétales, autant de “prisons” qui nous poussent à tenter de rester, de subir,
faire en sorte de donner encore et encore une énième chance.
Sauf que pour certaines, cela se solde aussi dans des cas extrêmes par une issue fatale : la mort. Et au mieux, des traumas que l’on trainera toute sa vie.

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Il est difficile souvent de casser le silence et d’oser avouer sa souffrance quand on est sous l’emprise d’un homme qu’on aime et qu’on redoute. Car la relation est malsaine et tabou, la personne est totalement sous contrôle de l’autre comme si elle était ensorcelée, envoutée, figée mentalement par son bourreau ou tortionnaire.
Ceci est le second entretien avec notre amie et estimée collègue Sophie Canaguier. Elle nous revient avec un livre qui sera surement un Best Seller, tant la thématique est endémique.
Le livre de Sophie Canaguier nous éclaire sur le phénomène de l’emprise ou le rapport avec le pervers narcissique. Comment le reconnaitre, agir et s’en sortir une fois dans une situation d’emprise des conseils, clairs, lucides et clairvoyants. Au fil des pages, elle accompagne en même temps propose des solutions et des moyens de sortie. UFFP s’est entretenue avec elle un mois avant la sortie de son opus.

Sophie Canaguier thérapeute et auteur de ” Tu ne m’auras plus” “aux éditions Eyrolles
Entretien avec UFFP :
Pourquoi ce livre ?
J’ai écrit Tu ne m’auras plus sans savoir que ça allait être un livre. Je pensais faire un ebook offert pour mes clientes pour rassembler les notions de bases sur les pervers narcissiques puis comme j’ai un côté un peu perfectionniste, je n’arrêtais pas de l’étoffer et à 300 pages, j’ai fini par me dire que c’était un livre (rires).
Puis, j’ai eu à cœur de mettre l’accent sur les victimes car à force de chercher à comprendre les pervers narcissiques les victimes en oublient de se concentrer sur elles.
On parle peu de ce que vit la victime dans son corps : la sidération, l’addiction au lien, l’espoir qui revient malgré tout, la confusion mentale.
Ce livre est surtout un guide de reconstruction.
J’y explique les mécanismes d’emprise, bien sûr. Mais surtout, j’aide mes lectrices à comprendre pourquoi elles restent, pourquoi elles espèrent, pourquoi elles doutent d’elles-mêmes. Et comment reprendre leur pouvoir, sans culpabilité.
À quel moment sait-on qu’on est sous emprise ? Que faire si on vit aussi un syndrome de Stockholm ?
On ne “sait” pas tout de suite.
L’emprise s’installe progressivement.
Au début, c’est intense, fusionnel, passionnel. C’est le shoot d’amour. Puis peu à peu apparaissent la confusion mentale, la culpabilité, l’isolement et l’impression de ne plus être soi-même.
L’indicateur clé, c’est quand votre réalité est remise en question: quand vous commencez à vous demander “Est-ce que je suis folle ?” alors que quelque chose en vous sait que ce n’est pas vous le problème.
Le syndrome de Stockholm est un mécanisme neurobiologique de survie, se soumettre pour survivre.
Quand on alterne peur et soulagement, le cerveau devient dépendant. C’est un cycle d’addiction émotionnelle par frustration/récompense.
La première étape, ce n’est pas “partir”.
C’est comprendre ce mécanisme et sortir de la honte. Car la société juge souvent les victimes qui “y retournent” sans comprendre l’emprise.
Pour en sortir il faut reconstruire un sentiment de sécurité dans le corps qui a enregistré l’intensité comme normale et faire une mise à jour du radar intérieur.

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Y a-t-il des profils plus vulnérables que d’autres ?
Certains profils sont plus exposés car à la fois ils attirent et sont attirés par les manipulateurs:
Les empathiques
Celles et ceux qui ont appris à s’adapter très tôt pour être accepté.e.s
Celles et ceux qui ont connu des attachements insécures ou des carences affectives.
Celles et ceux qui aiment l’amour et sont prêt.e.s à tout pour être aimé.e.s.
Et tous ceux et celles qui ont une prédisposition à tolérer l’intolérable.
Paradoxalement, leurs qualités deviennent des portes d’entrée pour la manipulation.

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Le concept d’emprise est utilisé partout. Comment savoir si on est réellement dans cette situation ?
C’est une question essentielle.
Toutes les relations conflictuelles et toxiques ne sont pas des relations d’emprise.
La différence tient en 2 points essentiels:
1.L’intention de domination
2. La perte progressive d’autonomie psychique
Dans une relation toxique “classique”, il y a du conflit, les blessures de l’un font échos à celles de l’autre, sans intention de domination.
Dans l’emprise, il y a une stratégie : isolement, inversion des rôles, culpabilisation, dévalorisation subtile puis évidente.
Si vous avez l’impression de vous effacer constamment au profit de l’autre dans la relation, de vous trahir régulièrement, de ne plus reconnaître vos valeurs… il faut s’interroger. Pareil si vous avez l’impression de ne plus savoir penser par vous-même et pour vous-même. Si vous ne savez plus ce qui est vrai ou non. Ce brouillard est significatif.

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Le livre donne des repères concrets pour éviter les généralisations et avoir une lecture relationnelle éclairée.
Les violences ne diminuent pas. Beaucoup de femmes meurent car elles ne peuvent quitter l’emprise. Quels conseils ?
Le moment le plus dangereux est celui de la séparation.
Dire à une femme “il faut partir” est parfois irresponsable si elle n’est pas sécurisée.
Dans les relations d’emprise, on n’est pas sur une séparation classique c’est un vrai projet d’évasion :
Recréer du lien extérieur en douceur
Accumuler les preuves
Se faire conseiller juridiquement
Ne pas annoncer son départ sans plan
Commencer un suivi pour être accompagné.e
Sortir de l’emprise n’est pas qu’un choix psychologique.
C’est une stratégie de survie.

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Et ne pas avoir peur de demander de l’aide aux proches même si on s’est éloigné.e.s d’eux au cours de la relation.
Merci Sophie !
bio expresse :
Sophie Canaguier est orthophoniste, coach certifiée et thérapeute spécialisée dans la régulation du système nerveux, les traumas et les relations toxiques. Formée notamment à l’hypnose, à l’EFT, à la théorie polyvagale et aux approches somatiques, elle accompagne les personnes sorties de relations destructrices à restaurer leur sécurité intérieure et leur capacité à créer des liens sains et aide les personnes que j’accompagne à restaurer un espace de sécurité dans le corps pour libérer du trauma.
Elle est l’auteur du livre Tu ne m’auras plus ( qui sortira le 26 mars prochain chez Eyrolles)
Elle vit et exerce à Nîmes dans le sud de la France
Retrouvez et lisez ce livre qui sortira fin mars aux éditions Eyrolles

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