Elle fait partie de cette race de jeune femme qui ne renonce jamais, malgré les défis les lenteurs, les contraintes quand on évolue dans des filières et des domaines profondément machistes voire masculins. Oui les Sciences, la tech, l’ingénierie, sont des domaines hautement sélectifs, élitistes, avec pas mal d’aprioris et de misogynies, pour peu qu’on ait la chance d’évoluer dans les hautes sphères et que l’on est femme!
Elle est née le 25 juin 1991 à Kairouan, ville millénaire du cœur de la Tunisie. Fille de deux professeurs, Majdouline grandit dans un foyer où la rigueur intellectuelle se mêle à la chaleur familiale. Dès l’enfance, elle développe une double sensibilité : celle du détail précis, héritée de parents pédagogues, et celle de l’expression libre, qu’elle traduit sur des toiles. Car avant d’être ingénieure, Majdouline est peintre. Ses mains apprennent tôt à construire quelque chose à partir de rien.
Après son baccalauréat scientifique obtenu en 2010, elle prend son premier envol — seule, à 19 ans — vers Monastir, à une heure et demie de chez elle. Elle intègre une classe préparatoire aux grandes écoles d’ingénieurs, deux années d’un effort acharné.
Elle décroche le rang qui lui ouvre les portes de l’ENIT — l’École Nationale d’Ingénieurs de Tunis — une institution qu’elle avait ciblée depuis le début. Trois nouvelles années de travail intense à Tunis, entre
projets techniques, clubs associatifs et une vie étudiante qu’elle savoure sans jamais
perdre de vue l’essentiel : ses études, priorité absolue. Le 15 juin 2015, elle soutient son mémoire de fin d’études et reçoit officiellement son Diplôme National d’Ingénieur en Informatique – Génie Logiciel.
Quarante-huit heures plus tard, elle commence sa carrière professionnelle. Pas de
pause.
Pendant deux ans, elle affûte ses compétences en Tunisie avant de traverser la Méditerranée. La France l’attire, non pas comme une destination finale, mais comme un nouveau terrain d’exploration. Elle s’y installe avec la même énergie qu’elle met dans tout : avancer, apprendre, ne pas stagner. Les missions s’enchaînent — Faurecia, Allianz, AXA, la RATP, Primagaz, Roquette, IPSEN, EDITIS — autant de
secteurs, autant de cultures d’entreprise, autant de preuves que son expertise en Quality Engineering et Test Management transcende les industries.
Aujourd’hui, Majdouline est Test Manager de programmes SAP de grande envergure, certifiée ISTQB Advanced Test Manager, SAP et bientôt PMP. Elle supervise des déploiements S/4HANA pour des entreprises du CAC 40, pilote des équipes transverses, valide des centaines d’interfaces critiques. Et comme si cela ne suffisait pas, elle prépare en parallèle un MBA Exécutif en Management, parce
qu’elle vise désormais les cercles où se prennent les décisions stratégiques.
Et pourtant la méritocratie elle a du l’arracher dans la douleur, ses deux dernières années.
Majoudline Sebhi réunit plusieurs “handicaps” ou dirons nous “freins” elle est femme, elle est issue de la diversité, elle fait aussi bien que les hommes et elle évolue dans des structures hautement masculinisées!
Mais elle n’a pas froid aux yeux, elle est brillante, elle a le cœur et la rage au ventre, la méritocratie pour elle ne s’inscrit pas dans un chemin calme et sans défis.

Photo Majdouline Rebhi all rights reserved Agence Lagraphy Paris
Entretien avec UFFP
- L’ingénierie, tu es tombée dedans comment ?
« Tombée dedans » — j’aime cette formulation parce qu’elle dit quelque chose de vrai : on ne
choisit pas toujours l’ingénierie de façon froide et calculée.
Pour moi, ça a commencé par une fascination pour la logique, pour comprendre comment les
choses fonctionnent en dessous — pas juste appuyer sur un bouton, mais savoir pourquoi il
répond. Les mathématiques et les sciences étaient pour moi un terrain de jeu, pas une
contrainte.
Et un jour, j’ai réalisé que cette curiosité avait un nom, un métier, une carrière : l’ingénierie.
Alors j’ai suivi ce fil. Onze ans plus tard, je pilote des projets SAP sur des systèmes
d’information parmi les plus complexes du marché, avec des clients de premier rang.
Je ne suis pas tombée dedans par accident — j’y suis entrée par conviction, même si je ne le
savais pas encore tout à fait à l’époque. »
2) Les filières scientifiques — beaucoup de jeunes filles ont peur, se dévalorisent, n’osent pas. Que leur dire pour les encourager ?
Je leur dirais d’abord : le doute que vous ressentez n’est pas la preuve que vous n’êtes pas
faites pour ça — c’est la preuve que vous êtes lucides dans un environnement qui ne vous a
pas encore fait de place. Ce n’est pas la même chose.
La dévalorisation que beaucoup de jeunes filles ressentent dans les filières scientifiques n’est
pas innée, elle est construite — par les regards, les remarques, les absences de modèles qui
leur ressemblent.
Alors je leur dis : vos notes ne mentent pas. Votre raisonnement ne ment pas. Ce que vous
ressentez comme une limite est souvent un plafond extérieur, pas intérieur.
Et les plafonds, on les traverse !
3) L’UNESCO et son programme sur le gender equality dans les sciences : la
tech et le numérique manquent cruellement de femmes. Qu’en pensez-vous ? »
« C’est une initiative nécessaire, mais je veux aller plus loin que le discours institutionnel. Les
chiffres sont implacables : les femmes représentent moins de 30 % des professionnels de la tech dans le monde. Dans certains sous-secteurs comme les systèmes d’information d’entreprise — mon domaine —, c’est encore moins.
Donc oui, l’UNESCO a raison de pousser. Mais l’égalité de genre dans les sciences ne se
décrète pas : elle se construit dans les salles de classe, dans les familles, dans les entreprises qui recrutent, dans les médias qui montrent des modèles.
Ce qui me tient à cœur, c’est que l’on passe de la visibilité à la représentation réelle — pas
des femmes vitrines, mais des femmes qui décident, qui conçoivent, qui dirigent des projets
critiques.
C’est là que j’en suis aujourd’hui, et c’est là que je veux que les prochaines générations
arrivent, plus vite que moi. »
4) Parlez-nous de votre trajectoire : les défis, les acquis
« Onze ans dans les systèmes d’information, c’est onze ans à naviguer dans des
environnements où la complexité est la norme — des projets SAP sur des infrastructures TIC
critiques, des clients exigeants, des délais serrés, des équipes pluridisciplinaires à
coordonner.
Mes acquis ? Une capacité à lire un système dans sa globalité, à anticiper les risques, à faire
le lien entre la technique et le métier.
Mais je ne vais pas vous peindre un parcours sans aspérités. Les défis ont été réels : être
souvent la seule femme autour de la table lors de décisions stratégiques, devoir prouver
deux fois ce qu’un homologue masculin n’avait à prouver qu’une. Apprendre à ne pas réduire
ma voix pour qu’elle dérange moins. Apprendre, au contraire, à occuper l’espace auquel mes
compétences me donnaient droit.
Ce sont ces défis-là qui m’ont le plus formée — pas les certifications, pas les méthodologies.
La capacité à tenir, à s’affirmer, et à continuer à livrer de l’excellence malgré tout. »
5) Que dire, in fine, aux jeunes filles qui veulent emprunter votre chemin ? »
« Ne demandez pas la permission d’être ambitieuses. L’ingénierie, la tech, le numérique —
ce sont des espaces qui ont été construits en grande partie sans vous, et qui ont besoin de
vous pour être meilleurs.
Votre regard différent n’est pas un handicap, c’est une valeur ajoutée que beaucoup
d’organisations mettent du temps à reconnaître, mais qui finit toujours par s’imposer.
Choisissez des mentors qui vous tirent vers le haut. Entourez-vous de pairs qui vous
respectent. Et quand vous aurez réussi — et vous réussirez — retournez-vous et tendez la
main à celle qui vient derrière vous.
C’est comme ça que le changement devient structurel, pas anecdotique.
Merci Majdouline and BIG UP from UFFP !!!
