La Journée mondiale des intelligences animales nous a permis d’aller à la rencontre d’éminents scientifiques. Derrière les conférences, les ateliers débats, les signatures, nous avons pu découvrir une nouvelle lecture des multiples intelligences animales. Ces chercheurs, remarquables orateurs nous ont permis aussi de découvrir les travaux, recherches, réflexions de spécialistes. Ils ont partagé avec nous leur amour, leur passion, et pour certains sur le terrain, leurs aventures.
Car le monde animal, recèle des secrets, des découvertes, des aventures, contribuant souvent à casser les mythes, et croyances sur leurs capacités et intelligence.
Pour nous humains, manger et boire sont des gestes anodins, car on ne devine pas la complexité de l’action quand on est en face d’une histoire et d’une géographie évolutives.
Vincent Bels est chercheur en biologie animale et professeur émérite, il mène des recherches à la station de biologie marine de Dinard en Bretagne. Face à une biodiversité en grand danger, du fait de l’activité humaine abusive, il est essentiel de prendre en considération les stratégies ou mécanismes que les vertébrés ont développés, au cours de leur histoire, pour se nourrir et survivre. Vincent Bels a voulu montrer le comportement alimentaire chez les vertébrés en milieux aquatiques et terrestres, faisant ressortir une multitude de comportements, dans le but de « faire découvrir la magnificence de la diversité de ces organismes qu’il faut a tout prix preserver!
Car tout est connecte, tout est relies, le vivant au pluriel c’est plusieurs maillon d’une chaine.

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Manger et boire sont des gestes que tous les organismes animaux, humains inclus, accomplissent chaque jour. Ces comportements habituels racontent une histoire évolutive très profonde : celle de la vie elle-même. Derrière ces actes, à priori ordinaires, se cache une extraordinaire diversité de solutions sélectionnées au cours de l’évolution par le vivant pour se
nourrir et s’adapter à son environnement. Depuis les premiers vertébrés aquatiques, souvent
réunis sous le vocable de « poissons », jusqu’aux mammifères comme les primates, dont font
partie les humains, les espèces ont trouvé une manière de s’acclimater face aux aléas entre activités invasives humaines et modification de leur environnement.

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Retrouvez notre entretien avec Vincent Bels
Parlez-nous de votre dernier livre à manger et boire ? J’ai essayé d’aborder la complexité de la stratégie et les mécanismes qu’utilisent le vivant en particulier les animaux vertébrés, l’homme y compris (mammifères)) Dans cet ouvrage je tente de démontrer la complexité qui existe et que l’on peut observer. A savoir, la forme des animaux, leur crâne, leur langue, leur main puisque pour pas mal d’entre eux (les pattes notamment) vont servir pour s’alimenter. J’ai observé leur comportement, pour savoir comment ils vont manger et boire. Et finalement, les principes physiques essentiellement qui les caractérise. J’ai observé les poissons, en passant par les tortues jusqu’aux mammifères, les cétacés y compris, ces derniers ont un certain nombre de contraintes, du fait de vivre dans le milieu aquatique ou marin. Par ex, quand il s’agit de « filtrer » cela implique un certain nombre de structures et de comportements aussi bien chez des poissons ou chez les mammifères.

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Dans vos recherches vous expliquez comment les invertébrés s’organisent pour se nourrir ? leur résilience aussi avec les aléas climatiques, leurs habitudes ont-elles été repensées ? on peut peut-être dire que finalement cela dépend du niveau auquel on s’intéresse. Certains organismes vont se nourrir en groupe par ex les cétacés. Toutes ces stratégies ont commencé à être étudiées depuis une vingtaine d’années. Ces espèces ont développé des techniques bien particulières. Ce sont des animaux qui sont porteurs de caméras et ils vivent en toute liberté dans la nature. Et comme ils vont se nourrir de manière isolée, ils vont développer leurs propres stratégies.

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Un peu comme les tortues ? oui, ces animaux vont se nourrir seuls dès leur naissance et pour certaines espèces, elles vont développer des stratégies de recherche de l’aliment bien à elles.

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De manière directe et avec un comportement locomoteur plus ou moins marqué. Par ex, en contraste, d’autres cétacés vont adopter un comportement plus passif du genre « sit and wait » ils resteront cachés en retrait, par ex sous les végétaux pour attendre qu’une proie passe à proximité pour la capturer.

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Finalement, du point de vue organisationnel, on peut dire que ces vertébrés vont soit développer des stratégies « seules » ou en « groupe » (cétacés, requins, etc.)

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Ce qui est important, c’est de noter qu’il doit y avoir une forme de communication assez importante entre les différentes espèces entre les oiseaux, les dauphins et les requins et même d’autres cétacés lorsqu’ils cherchent chassent un banc de poisson. Chaque espèce, va réagir selon la manière de chasser de l’autre car cela va modifier la taille et la forme du ban de poisson.
Comment se caractérise la résilience aux aléas climatiques ? Oui la résilience au changement global qui inclut les modifications environnementales, je dirai qu’en effet, les organismes des animaux vont y répondre pour pouvoir se nourrir eux et leur progéniture à certaines périodes. 1 ex peut être donné à ce titre, l’impact de la pêche industrielle sur les requins et bien ces derniers vont voir leur morphologie changer pour faire face, et ils vont devoir être plus performants, en vitesse etc. tout cela pour assurer leur survie et même leur reproduction.

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La recherche alimentaire change le comportement ? absolument, dans le cadre du comportement alimentaire, chez certaines espèces on peut noter un aspect flexibilité et acclimatation. En ville, les pigeons par ex ils vont s’acclimater et se positionner de manière différente. Chaque individu va se positionner de manière différente par rapport au jet d’eau par ex.
Acclimatation comportementale alors ? oui il ne s’agit pas d’adaptation, mais d’acclimata tion comportementale qui va varier d’un individu à l’autre.
Quel message vouliez-vous faire passer au public ?
Quand on regarde un ensemble d’individu on peut observer un champ des possibles. Dans ce champ des possibles, tous les aspects cognitifs, au niveau du fonctionnement (tous les aspects en lien avec le système nerveux en lien avec la mémoire vont jouer un rôle essentiel) en résumé on peut dire que les mécanismes cognitifs sont fixés par l’évolution.

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Faut-il également repenser notre façon de penser et d’agir avec le vivant ? bien entendu la description et la compréhension de toutes les stratégies comportementales plus ou moins complexes sont des éléments à prendre en compte lorsqu’on s’intéresse au vivant et à son évolution et à toute la problématique de la conservation. Car on doit bien entendu, se dire que tous les comportements (notamment pour les poissons) vont être impactés par les activités humaines. Il n’est plus possible de supprimer cet impact mais il faut le penser et cela est encore plus vrai. Notamment lorsqu’on regarde nos relations entre l’humain et la faune sauvage. Et cela est aussi vrai, lorsqu’on regarde le lien entre les animaux qui sont utilisés par l’homme (productions animales) il y a une littérature considérable sur le sujet lorsqu’on s’y intéresse. Certaines modifications pourraient être envisagées pour améliorer toutes les relations entre l’espèce animale et l’espèce humaine.
Merci professeur !
Dr Vincent Bels
Professeur Emérite Biographie

Travaux scientifiques:
Rind, F. C., & Bels, V. (2024). Editors. Prey-predator interactions. Frontiers in Behavioral
Neuroscience, 18, 1367484.
Vincent Bels est Professeur émérite au Muséum national d’histoire naturelle à Paris, après
avoir exercé comme professeur pendant plus de vingt ans, à la suite d’un parcours académique
mené dans différentes institutions en Belgique. Spécialiste de la morphologie fonctionnelle et
de l’éthologie des vertébrés, ses recherches portent sur l’évolution des relations entre forme,
fonction et comportement, en particulier dans les mécanismes de prise alimentaire, de
locomotion et d’interaction avec l’environnement. Il développe des approches expérimentales
et comparatives pour comprendre comment les structures anatomiques et les comportements
se transforment au cours du temps. Ses travaux ont contribué à mieux éclairer le rôle des
contraintes biomécaniques et comportementales dans la diversification des espèces et leurs
stratégies écologiques. Ils s’inscrivent au croisement de la biologie, de l’écologie
fonctionnelle, de la biomécanique et de l’éthologie. En parallèle, il participe à la diffusion des
connaissances scientifiques à travers des synthèses accessibles à un public élargi. Il est
notamment l’auteur de l’ouvrage « Manger et boire. Des innovations évolutives
extraordinaires » publié en 2025 aux Éditions Odile Jacob, qui illustre la diversité des
solutions liées à l’alimentation. Par l’ensemble de ses travaux, il contribue à une meilleure
compréhension des mécanismes d’innovation, du comportement animal et de la diversité du
vivant.
Bels, V., Le Floch, G., Kirchhoff, F., Gastebois, G., Davenport, J., & Baguette, M. (2023). Food
transport in Reptilia: a comparative viewpoint. Philosophical Transactions of the Royal Society B,
378(1891).
Bels, V. L., & Russell, A. P. (2023). The concept of convergent evolution and its relationship to the
understanding of form and function. In Convergent evolution: animal form and function (pp. 1-20).
Springer.
Pallandre, J. P., Lavenne, F., Pellé, E., Ortiz, K., & Bels, V. L. (2023). The sacro-iliac joint of the
Felidae and Canidae and their large ungulate prey: An example of divergence and convergence. In
Convergent Evolution: Animal Form and Function (pp. 79-114). Springer.
Davenport, J., & Bels, V. (2023). Quadrupedal terrestrial locomotion in emperor penguins
(Aptenodytes forsteri). Journal of Natural History, 57(41-44), 1972-1983.
Livre :
Bels, V. L., & Russell, A. P. (2023). Editors. Convergent Evolution. Springer.
Une actu? Bels, V., Gorb, S. N., & Gurka, R. (Eds.). (2026). Biomimicry: A Functional
Approach. Cham: Springer Nature Switzerland.
Série Biologically-Inspired Systems, vol. 20.
ISBN 978-3-032-11948-3 : Un livre scientifique édité chez Springer sur le biomimétisme:
https://link.springer.com/book/9783032119483 Nous avons travaillé dans un chapitre sur la
question : Pourquoi une tête aux robots ?
