Artiste jusqu’au bout des ongles, elle ne cesse de nous troubler avec ce va et vient incessant entre vécu, réel, et virtuel pixelisé, entre le clair et parfois l’opacité numérique eu égard à toutes les techniques artistiques qu’elle utilise pour sublimer son univers quelque peu onirique.
Son regard est celui d’une femme qui aime et qui décortique le quotidien de son pays. Elle n’hésite pas à aborder les sujets difficiles, migrations, crise économique, mal être d’une société qui traverse des étapes complexes de son histoire.
Actuellement, elle prépare une exposition personnelle autour de la Tunisie, abordant des thématiques telles que la pénurie, la fuite et l’immigration. Ce projet s’inscrit dans une réflexion plus large sur les réalités sociales et humaines contemporaines.
En parallèle,elle participera prochainement à deux résidences artistiques :
- Une résidence du 22 au 28 mars à Monte Castello di Vibio (Italie), avec un groupe d’artistes tunisiens, à l’initiative de l’artiste Hela Lamine.
- Une résidence à l’espace Sadika à Gammarth, réunissant des artistes internationaux (roumains, égyptiens, autrichiens et tunisiens) à l’initiative de l’artiste Najet Dhahbi.
Par ailleurs, son travail sera également présenté à l’international dans les mois à venir :
- En octobre, dans un musée à Bucarest, avec une exposition de dessins contemporains intitulés : « Comme une réminiscence »
- En novembre, en Finlande, dans le cadre d’une exposition dédiée à l’art vidéo avec une vidéo performance intitulée : « La fuite »

Entretien avec UFFP
CREDIT PHOTOS Hamza SIALA
Vous évoquez souvent dans votre travail le lien entre réalité et virtuel, quelles frontières ?*
Lorsque je parle d’une fusion entre réalité et virtuel, je fais référence à la manière dont je transforme le réel à travers des procédés visuels qui évoquent l’altération, comme le pixel, le glitch ou la fragmentation. Ce qui m’intéresse, c’est cette instabilité du réel aujourd’hui, toujours filtré, reconstruit, parfois brouillé.
Votre Art est indissociable de votre vécu, on le sent vraiment oui mon art est une fusion avec ma vie, cela signifie que je ne crée pas à distance. Mon vécu, mon environnement, mes émotions nourrissent directement mon travail. Il n’y a pas de frontière nette entre ce que je vis et ce que je produis.

Mais l’interprétation d’un tableau engage aussi une dissociation, quand on regarde ce que vous faites ? absolument, il le faut, il y a en effet une forme de dissociation qui existe à travers le processus de création lui-même. En transformant ces éléments en langage plastique — par l’abstraction, la répétition ou le symbole — je crée une distance qui permet à l’œuvre d’exister de manière autonome et d’ouvrir à différentes lectures.

On a l’impression que vous avez un regard de sociologue voire d’anthropologue quand vous racontez votre société, le vécu du quotidien ? oui mon travail porte en lui une dimension à la fois politique et humaniste, sans être dans une approche illustrative. J’aborde des réalités comme la division, la migration, les pénuries ou les tensions sociales à partir de leurs impacts humains, sensibles et parfois invisibles.
Vous voyagez souvent et faites des résidences artistiques à l’international, cela vous permet d’avoir aussi une distanciation et un regard comparatif nord sud ?

Concernant les dynamiques Nord-Sud, je perçois un monde traversé par des déséquilibres profonds et des incompréhensions. Mon travail ne cherche pas à expliquer ces rapports, mais plutôt à en révéler les traces, les fractures et les effets sur les individus.
Quelles sont les thématiques que vous abordez au travers du prisme nord sud ?
Les thématiques que j’aborde sont entre autres — migration, crises, défis humanitaires — et je les transpose de manière indirecte. Je privilégie les métaphores visuelles, l’usage de matériaux du quotidien, la répétition ou l’accumulation, pour évoquer le manque, l’absence ou le déplacement.

En tant que femme votre expression artistique est-elle totalement libérée ?
En tant qu’artiste femme, notamment dans des contextes plus conservateurs, les défis existent : attentes sociales, formes d’invisibilisation ou de limites implicites. Mais ces contraintes deviennent aussi des espaces de résistance et de positionnement dans ma pratique.

Les résidences artistiques justement permettent de repousser certains murs ?
Des résidences artistiques, j’attends avant tout du temps, de l’espace et du dialogue. Elles me permettent de sortir de mon contexte habituel, d’expérimenter et de confronter mon travail à d’autres regards.

UFFP c’est aussi l’Art pour la Paix et vous ?
Enfin, l’idée d’un art pour la paix ou comme langage diplomatique me parle, dans le sens où l’art peut créer des espaces de rencontre et de sensibilité partagée. Il ne résout pas les conflits, mais il peut ouvrir des possibilités de réflexion et de rapprochement
merci MOUNA !!
