C’est une merveilleuse histoire de rencontre UFFP et Anna , une histoire humaine, d’amitié, de réciprocité et d’étranges coïncidences dans nos chemins respectifs. Elle est sénégalaise, fille de diplomate, citoyenne du Monde, je suis fille de diplomate, ex diplomate et j’ai grandi au Sénégal Citoyenne du Monde aussi.
J’ai côtoyé les filles de Bara Diouf alors directeur du journal le Soleil, j’ai grandi en même temps que les filles d’Abdou Diouf dont j’ai été amie, j’ai connu et côtoyé “Abdou” le fils d’Habib Thiam; j’étais l’amie de la Fille du Général Seck nous côtoyons alors les enfants de l’Ambassadeur de Grande Bretagne, d’Autriche, du Mexique, de Norvège, du Liban, d’Algérie et d’Arabie Saoudite. Les annees 80 la Cote d’Ivoire le Sénégal étaient les perles de l’Afrique de l’Ouest.
Nous adorions cette Afrique de l’Ouest des années 1980.
Nous étions une clique, j’ai grandi encore aujourd’hui avec cet amour indicible pour l’Afrique Subsaharienne, j’avais dix ans et j’ai fait tout mon secondaire au lycée Français Jean Mermoz de Dakar.
Cette Afrique en moi ne meurt pas elle est vivante plus que jamais, malgré les coups du sort, le destin, mon chemin.
Ma Terminale ce sera au Canada au lycée Français Claudel, aussi la mission française et je vais alors passer le bac avec les enfants Mulroney à l’époque premier Ministre du Canada.
Oui j’écris ce beau sujet le cœur plein de nostalgie et d’amour. Je suis retournée à mon Sénégal trente ans plus tard, pour le Festival Mondial des Arts Negres, c’était Noel, j’avais laissé feu mon époux Gilles Guigny avec mes petits jumeaux ( je culpabilise encore) mais quelle expérience qui me valut d’interviewer Youssou Ndour, Manu Dibango rip, et l’acteur afroaméricain Danny Glover très engagé, car il a grandi dans les jupons d’une maman activiste et militante de la première heure!
Alors tous mes combats en France sur le racisme, les identités, les violences, le mieux vivre ensemble, la défense des diversités, tout cela découle de mon passif.
J’avais expliqué à Anna que c’était mon ADN et pourquoi sans la connaitre vraiment, je suis venue à elle.
Quand IC publications concurrent de Jeune Afrique m’a incorporée comme rédactrice en chef en co de NEW AFRICAN pour ensuite lancer NEW AFRICAN WOMAN / Femme Africaine pour le Maghreb et
l’Afrique francophone, je savais quel serait mon chemin… et mes combats pour les femmes.
Puis survint le printemps arabe qui tua beaucoup de projets de missions, le covid, les guerres actuelles, mais mon AMOUR MON ENGAGEMENT pour cette Afrique là bas, mais aussi ici, celle de la Diaspora, n’a jamais cesse. UFFP en est le fier flambeau !!
Alors laissez nous à présent, vous raconter ANNA DJIGO KOFFI
Anna est née à New York et est diplômée en communication et relations publiques de la New York University (NYU, Cum Laude), depuis toujours elle navigue entre New York Paris, Abidjan et Dakar.
Elle a une vision metissée du monde, de l’art et de la culture, humaniste, son parcours pluriel nourrit sa vision ouverte et exigeante de l’art et de la culture.
Issue à la base des métiers du luxe et de la com, elle a travaillé pendant plus de vingt ans avecdes marques internationales — Kenzo Parfums, LVMH, CHANEL, L’Oréal, Groupe Alain Ducasse, Max Mara Paris… — avant de se tourner résolument vers l’édition et la médiation culturelle, avec un accent sur le jeune public.
En 2021, elle fonde Les Éditions HYBRID, pour offrir aux enfants des livres et magazines valorisant la richesse des patrimoines africains et mondiaux. La collection inaugurale, « Arts & Découverte de Soi », propose un éveil culturel à travers les créations contemporaines et classiques, mêlant imagination et apprentissage.
UFFP est tombée sur elle par hasard à l’occasion d’une expo faite sur les femmes qui font bouger les lignes en Cote D’Ivoire.

Anna Djigo Koffi photo all rights reserved
ENTRETIEN UFFP
Parlez-nous de votre parcours ?
Communicante de formation, mais également éditrice et auteure, je travaille aujourd’hui dans le domaine de la médiation culturelle et de l’édition, avec un accent particulier sur la célébration des arts et cultures du continent africain – pour moi, l’engagement de toute une vie.
Mon parcours, multiculturel et pluriel dans son essence, à l’image de ma vie, est lié à des lieux et des cultures qui ont chacun façonné la personne que je suis.
Diplômée en Communication et Relations Publiques de New York University, passionnée d’art, je me suis naturellement tournée vers les sphères créatives, et vers l’univers du « beau », que j’ai eu l’opportunité de découvrir au sein de grandes maisons de luxe et entreprises spécialisées dans l’art de
vivre, à l’international.
Au fil des ans, j’ai développé une fine connaissance des notions d’esthétique, telles qu’elles se traduisent dans la communication et les stratégies d’identité de marque, mais aussi en lien aux lieux et cultures de leurs différents publics.
La diversité de ces expériences m’a conféré une véritable polyvalence-métier et intellectuelle, tout en nourrissant cette quête de savoirs et de compréhension de l’humain, qui m’a toujours habitée.
Du Luxe à l’Art, quelle transition ?
En réalité, il n’y a pas vraiment eu de transition, car l’art a toujours fait partie de mon quotidien, et cela, depuis l’enfance. J’ai en effet toujours été attirée par le processus de création de beaux objets, fussent-ils des objets du quotidien à leur forme plus exceptionnelle, celle d’œuvres d’art.
Cet intérêt m’a conduite, jeune adulte, à explorer, sous le prisme de mon métier en relations publiques, des maisons de référence comme CHANEL, LVMH/Kenzo Parfums, ou encore l’univers de la haute gastronomie chez Alain Ducasse. Avec le temps, cette curiosité s’est transformée en une quête de sens plus profonde autour de la notion du beau, dans sa forme la plus pure : l’art, qui jusque-là demeurait un centre d’intérêt, une passion omniprésente.
C’est à New York, il y a tout juste 20 ans, que vient le déclic. Je passais alors le clair de mes samedis après-midi dans le quartier de Chelsea, fabuleux lieu de galeries d’art, où je réalise l’absence totale d’artistes africains. On parle tout de même d’un quartier qui abrite plus de 300 galeries d’art ! En explorant davantage, je découvre la présence d’importantes collections d’art africain, mais essentiellement classiques. Nous étions à cette époque, à l’orée de l’exploration du Web. Poussant la recherche, c’est avec émerveillement que je découvre une floraison de blogs et sites Web personnels d’artistes contemporains d’origine africaine – des artistes au talent et aux œuvres absolument magnifiques, riches de leurs identités, de leurs voix, de leur créativité et de l’Afrique ! Je suis subjuguée, puis perplexe, par ce manque de visibilité tant en galeries, que dans les médias.
C’est de là que tout est parti.
Je décide alors de créer un webzine, Conscience Africaine, où je présentais chaque mois quatre artistes. Très vite, les retours sont forts : amateurs d’art, personnes en quête identitaire, artistes eux-mêmes – de belles rencontres, des liens, des amitiés qui perdurent à ce jour.
C’est également à cette période que je découvre la pleine pensée de Léopold Sédar Senghor et sa « Civilisation de l’Universel ». Une révélation et une grande émotion… De là, telle une « validation », naît un engagement profond : celui de contribuer, à mon niveau, à mettre en lumière la diversité des talents du
continent africain, à travers ma plume et mes idées, par le biais de diverses initiatives et plateformes au fil des ans (magazines, radio et Web).
Vous êtes aujourd’hui établie en Afrique, le retour aux racines, quel est votre regard sur l’Art africain la façon dont il est transmis et perçu dans le Nord ?
Le retour en Afrique s’est toujours érigé comme une évidence pour moi. J’adore New York, c’est certain, mais la ville d’Abidjan a toujours eu une place spéciale dans mon cœur. Être ici, sur le continent, proche de mon pays, le Sénégal, nourrit profondément mon âme et ma créativité. J’ai toujours été habitée par la conviction qu’un champ infini des possibles s’offrait ici à moi, à nous – ma génération – avec bien sûr, une lucidité quant aux défis que nous aurions à relever, chacun à notre niveau.

Pour ce qui est de l’art africain, il est, dans ses formes et expressions plurielles, d’une richesse et d’une diversité inouïes. Le talent de nos artistes n’est plus à démontrer.
J’ai eu la belle opportunité d’effectuer mes premiers pas dans le monde de l’art en Côte d’Ivoire à la Fondation Donwahi, en tant que secrétaire générale, travaillant aux côtés de l’équipe fondatrice de l’institution. Cette expérience a apporté une véritable légitimité à ma pensée, tout en affinant ma
compréhension de la scène artistique locale et de ses enjeux.
Je prône aujourd’hui pour la notion d’équilibre et d’appropriation de nos histoires, de nos créations, de nos mémoires, indépendamment de toute forme de validation extérieure. Il ne s’agit pas de se fermer, bien au contraire, mais d’entrer dans un dialogue, dans une dynamique d’échange et de partage à double sens.

La question qui me paraît essentielle aujourd’hui est celle de notre devoir envers nous-mêmes : choisir la façon dont nous souhaitons nous raconter, nous présenter à nous-mêmes, et au monde.
Nous constatons un intérêt croissant pour les arts du continent africain, ce qui est une très bonne chose. L’art, dans son essence, est fait pour circuler, voyager à la rencontre de ses publics. Ceci étant, les notions de géographies et de mobilité, avec la présence des plus grands marchés de l’art en Occident, exige une approche particulière au sujet. Cette dynamique appelle donc également à une certaine vigilance et à une volonté de transmission locale.
Depuis une dizaine d’années, un regard nouveau émerge également de la part des Africains eux-mêmes. Face aux initiatives locales à portée internationale menées par des fondations et galeries basées sur le continent africain, une communauté de collectionneurs se développe, une forme de démocratisation de l’accès à l’art prend forme. Une véritable dynamique est à l’œuvre, favorisant une ouverture des publics et une circulation plus équilibrée des œuvres. La côte montante de nos artistes en atteste pleinement !
Parlez nous de la fondation Donwahi
A Abidjan, la Fondation Donwahi pour l’art contemporain a été précurseur d’une démarche d’ouverture à l’endroit de différents publics, loin du cercl fermé des élites et des collectionneurs. Son approche ancrée dans la notion de dialogue culturel favorise des initiatives fortes où l’international vient chez
nous, sur le continent !
De même, Louis Simone Guirandou Gallery, à travers son exposition annuelle « Découvertes », offre à de jeunes artistes une première opportunité de présenter leur travail en galerie, tout en maintenant une présence sur la scène internationale, notamment à travers des foires comme 1-54 Art Fair, crée par la marocaine Touria El Glaoui.
La OH Gallery de Dakar a participé, en 2022, à Art Basel, présentant le travail d’Aliou Diack. La Galerie Cécile Fakhoury, aujourd’hui présente en Côte d’Ivoire, au Sénégal et en France, offre quant à elle une visibilité remarquable aux artistes, tout en maintenant un lien fort avec le continent.
Des institutions comme celles-ci, qui structurent l’accès à l’art au niveau local, participent activement à une dynamique d’ouverture et à une représentation juste et affirmée sur les scènes internationales.
Et puis, il y a bien sûr ce travail essentiel mené par ces critiques d’art et commissaires d’exposition, véritables ambassadeurs de nos arts à travers le monde, tels que le Professeur Yacouba Konaté, Simon Njami, ou encore Koyo Kouoh (qui nous a quittés il y a quelques mois) — dont la vision sans
compromis sera présentée cette année à la Biennale de Venise.

Parlez-nous de votre engagement dans la préservation des patrimoines africains, des Arts vivants ? L’école n’enseigne pas assez l’art africain en Afrique, c’est votre déclic ?
Oui, c’est un véritable engagement, celui de toute une vie.
J’ai tellement de respect pour nos artistes, tellement d’amour pour l’Afrique, pour nos cultures… Pour moi, la préservation de nos patrimoines est avant tout un devoir de mémoire, mais aussi un acte de transmission essentiel, à l’endroit de nos enfants.
Les notions de construction identitaire, de l’effet miroir, sont si importants.
À quoi associe-t-on le beau ? Quelle en est sa plus belle expression ? L’art,
bien sûr.
Il est essentiel que nous, et nos enfants, puissions nous reconnaître dans cette sphère, à équivalence avec les grandes références internationales.
Aujourd’hui, j’ai deux filles, Noa et Stella. C’est à la naissance de mon aînée que s’est produit mon « second déclic » sur ces questions liées aux notions de représentation, de visibilité et de transmission. Ne trouvant pas de livres pour enfants mettant en lumière des artistes africains contemporains, j’ai
décidé de créer ma propre maison d’édition. C’est ainsi que sont nées Les Éditions HYBRID, avec un premier titre : Noa découvre l’ART – un beau- livre dédié à l’éveil culturel des enfants, sous le prisme du patrimoine culturel africain – contemporain et classique !
Au-delà du livre, c’est une vision plus large qui s’est imposée à moi : celle de proposer aux enfants des outils de compréhension, de sensibilité, de connexion à nos cultures, à la notion du beau, à travers nos artistes !
Sur la question de l’enseignement de l’art en milieu scolaire, le sujet reste encore timide, même si je constate avec joie un intérêt croissant pour les initiatives de médiation culturelle destinées aux plus jeunes. J’ai d’ailleurs eu l’opportunité d’en mener plusieurs à Abidjan ces dernières années, pour mon
plus grand plaisir.
Parlez-nous de votre série « NOA » qu’avez-vous envie d’enseigner ànos enfants ? Comment protéger la mémoire culturelle du Continent ?
À travers la collection NOA, ma volonté est d’offrir aux enfants une initiation à l’art à travers les richesses du patrimoine culturel africain – contemporain et classique, pour le développement de références
culturelles résolument plurielles !
Le personnage de Noa, en dialogue avec sa maman, crée à la fois un lien d’identification pour nos enfants originaires du continent, tout en instruisant la notion de diversité pour tous. Ce projet vise à permettre aux enfants de comprendre, naturellement, et très tôt, que le beau existe partout, et notamment, chez nous, en Afrique.
Pour cette collection – réalisée avec la précieuse collaboration de LouiSimone Guirandou Gallery, de la Galerie Didier Claes et de OH Gallery – je présente un panorama d’œuvres d’artistes africains contemporains tels que Joana Choumali, Ernest Dükü, Paul Sika, Obou Gbais, Dominique Zinkpè, Sess
Essoh, Aliou Diack, Issa Diabaté, Souleymane Konaté et Hako Hankson, aux côtés de pièces d’arts africains classiques. La collection a été officiellement présentée en 2021, avec le soutien de la Fondation Donwahi pour l’art contemporain, qui nous a fait l’honneur de nous recevoir en ses murs, pour l’occasion.
Dans la juste continuité de cette collection, j’ai également développé une démarche de médiation culturelle basée sur les techniques d’enseignement à l’art aux enfants du MOMA : Les Ateliers NOA, et une revue d’éveil artistique et culturel, paru ce mois de janvier 2026 – NOA DECOUVRE L’ART, Le
Magazine. Imaginée comme un véritable outil pédagogique, la revue sera disponible sous forme d’abonnement en milieu scolaire, dès la rentrée de septembre prochain.
Et donc oui, le projet NOA s’inscrit pleinement dans une démarche de transmission et de préservation de nos mémoires culturelles.
Je rêve d’une génération d’enfants aux références culturelles plurielles, qui pourront allègrement citer, tout à la fois, Ousmane Sow et Auguste Rodin, Omar Victor Diop et David LaChappelle, Aïda Muluneh et Ayana Jackson, Malick Sidibé et Andy Warhol, Philip Starck et Bibi Seck, Ouattara Watts et Jean-Michel Basquiat, ! C’est si important de pouvoir se reconnaître dans le beau !
Et comme j’aime à le dire aux enfants, il est si important de « se connaître, pour mieux partager ».
merci ANNA DJIGO KOFFI BIG UP from UFFP!!!
