Rencontres entre artistes danois et l’Afrique du Nord, c’est l’Exposition inédite qui s’est tenue à Alger et où nous avons pu découvrir le travail et l’engagement passionné de la Commissaire Beya Benamane.
Une magnifique exposition qui explore la rencontre entre des artistes danois et l’Afrique du Nord,
parcourue lors de leurs voyages entre la fin du XIXᵉ siècle et le milieu du XXᵉ siècle.
Au-delà de l’histoire d’artistes sensibles à la lumière et aux paysages d’Algérie, de Tunisie et
du Maroc, elle interroge également le regard européen porté sur des territoires alors placés sous domination coloniale. Entre expérience esthétique et contexte historique, ces œuvres révèlent autant les réalités observées que les imaginaires et sensibilités de leurs auteurs.

L’exposition réunit les grandes visions du modernisme danois en Afrique du Nord. J.F. Willumsen y déploie une puissance compositionnelle exceptionnelle, transformant les
silhouettes et les scènes de rue en structures visuelles d’une remarquable richesse
chromatique. Theodor Philipsen capte la lumière tunisienne avec une rare sensibilité, tandis
que Olivia Holm-Møller propose des visions intérieures profondément expressives et d’une
force monumentale. Enfin, Ernst V. Brandt privilégie des portraits d’une sobriété intense,
centrés sur la présence magnétique du modèle et la force du regard.
Mais cette exposition invite aujourd’hui à une lecture consciente de son contexte historique.
Derrière la beauté des œuvres apparaît aussi la construction d’un imaginaire orientaliste. Les
artistes danois arrivent dans une Afrique du Nord déjà racontée et fantasmée par la
littérature de voyage, les récits coloniaux et l’industrie touristique. Ils abordent ainsi la région
à travers des représentations préexistantes : celles d’un Orient intemporel, mystérieux,
pittoresque et exotique.

Photo de la Commissaire de l’Expo Beya Benamane all rights reserved
Entretien avec UFFP
1-Parlez-nous de votre parcours
Mon parcours est avant tout celui d’une passionnée de culture et de patrimoine. Après plusieurs
années dans le domaine de l’édition , où j’ai travaillé sur la valorisation de l’histoire, de la mémoire et
du patrimoine algérien, tout en organisant de nombreux événements littéraires et artistiques, j’ai
choisi de me consacrer au commissariat d’exposition.
J’ai fondé Djazair Culture avec la volonté de créer des passerelles entre les artistes, les institutions et
les publics, mais aussi de rendre l’art accessible au plus grand nombre. Aujourd’hui, j’accompagne
des artistes et des institutions dans la conception de projets culturels et d’expositions où la
transmission de la mémoire et le dialogue entre les cultures occupent une place essentielle.

83 x 100,5 cm
2- Vous êtes commissaire de cette exposition. Parlez-nous de sa genèse.
La genèse de cette exposition est avant tout une histoire de découverte et de partage. Tout a
commencé lorsque Son Excellence Mme Katrine From Høyer, Ambassadrice du Royaume du
Danemark en Algérie, a visité le musée Willumsens, au Danemark. Elle y a découvert que plusieurs
artistes danois avaient voyagé en Afrique du Nord, notamment en Algérie, entre la fin du XIXᵉ siècle
et le début du XXᵉ siècle. Elle a alors souhaité partager ce patrimoine artistique avec le public
algérien.
En tant que commissaire, mon rôle a été de construire un récit autour de cette collection. J’ai voulu
proposer une exposition qui ne se limite pas à montrer de belles œuvres, mais qui permette aussi de
comprendre le contexte dans lequel elles ont été créées. L’exposition met en lumière la fascination
qu’exerçait l’Afrique du Nord sur ces artistes, tout en invitant le public à porter un regard
contemporain sur ces représentations. Au-delà de leur qualité esthétique, ces œuvres sont replacées
dans leur contexte historique afin de questionner les imaginaires qu’elles véhiculent et d’ouvrir une
réflexion sur les échanges artistiques, la mémoire et le regard porté sur l’Afrique du Nord durant la
période coloniale.
Retrouvez notre billet sur l’exposition
3- Qu’est-ce qui a amené les Scandinaves en Afrique du Nord ?
Comme de nombreux artistes européens de leur époque, les artistes danois étaient en quête de
nouveaux horizons. Ils venaient chercher une lumière différente, des paysages inédits et une palette
de couleurs qu’ils ne trouvaient pas dans les pays nordiques.
L’Algérie, la Tunisie et le Maroc représentaient pour eux une véritable source d’inspiration. Ils étaient
attirés par l’architecture, les scènes de la vie quotidienne, les costumes, les us et coutumes et la
diversité des paysages. Le voyage devenait un moyen de renouveler leur langage artistique et
d’explorer d’autres manières de peindre la lumière.
4-En quoi leur regard est-il différent de l’orientalisme que l’on connaît ?
Leur regard s’inscrit dans l’histoire de l’orientalisme, mais il présente des spécificités. Les artistes
danois appartiennent à une génération marquée par le modernisme. Leur intérêt porte souvent
davantage sur les recherches plastiques : la lumière, la couleur, la composition que sur la mise en
scène spectaculaire d’un Orient fantasmé.
Pour autant, ils ne sont pas totalement extérieurs aux représentations orientalistes de leur époque.
Ils arrivent en Afrique du Nord avec un imaginaire déjà nourri par les récits de voyage et le contexte
colonial. C’est pourquoi l’exposition propose une double lecture : admirer la qualité artistique de ces
œuvres tout en s’interrogeant sur le regard qu’elles portent et sur les récits qu’elles contribuent à
construire.
3-Comment avez-vous sélectionné les artistes ?
La sélection s’est naturellement portée sur les artistes danois ayant effectué des séjours en Afrique
du Nord et dont les œuvres témoignent de cette expérience
Les artistes choisis ont des écritures plastiques très différentes, offrant ainsi une vision plurielle de
cette rencontre avec l’Afrique du Nord. J. F. Willumsen révèle une extraordinaire liberté de
composition et une recherche constante sur la couleur. Theodor Philipsen s’attache aux effets de
lumière, notamment en Tunisie. Olivia Holm-Møller développe une approche plus expressive, où la
réalité se transforme en émotion picturale. Enfin, Ernst V. Brandt privilégie une grande sobriété dans
ses portraits, en mettant l’accent sur la présence humaine.
À travers cette diversité d’approches, l’exposition montre qu’il n’existe pas un seul regard danois sur
l’Afrique du Nord, mais plusieurs sensibilités artistiques qui dialoguent entre elles.

une autres scène de vie en Tunisie
4-La culture comme dialogue interculturel et vecteur de paix, cela vous parle ?
Oui. Je suis convaincue que la culture est l’un des moyens les plus puissants pour créer des ponts
entre les peuples. Une exposition n’est pas seulement un lieu où l’on contemple des œuvres ; c’est
un espace où l’on partage des histoires, où l’on confronte des points de vue et où l’on apprend à
mieux connaître l’autre.
Cette exposition en est une illustration. Plus d’un siècle après leur création, ces œuvres reviennent
en Algérie et sont regardées par un public qui peut, à son tour, les interroger, les contextualiser et
dialoguer avec elles. Ce dialogue entre le Danemark et l’Algérie dépasse le cadre artistique : il
rappelle que l’écoute et la reconnaissance des histoires partagées sont essentielles pour construire
des relations fondées sur le respect mutuel. C’est cette conviction qui guide mon travail de
commissaire d’exposition.
Merci Beya and big up FROM UFFP !
