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Hind Kabawat « Sauvez les femmes de Syrie » !

Ajouté par , Le mars 18, 2013 , dans Ethical People, Paroles Ethiques

Hind Kabawat « Sauvez les femmes de Syrie » !

 

 

Hind Kabawat 

 

Le statut des femmes du Monde arabe dans les pays en transition post révolution et ceux encore en conflit contre la dictature (Syrie) est sérieusement en question.

Du Maghreb (Tunisie, Lybie, Maroc) au Mashrek (Egypte, Syrie), de nouveaux paradigmes se sont installés, rendant aléatoire la situation de la femme dans le tissu sociétal arabo musulman. Le témoignage de l’avocate syrienne Hind Kabawat, à propos des réfugiées Syriennes en Turquie à la Women Tribune D’Essaouira en automne dernier, et son réquisitoire afin que cessent les combats sanglants qui perdurent dans son pays natal, restent d’une cruelle actualité. Mais le discours va au-delà de l’urgence humanitaire d’une tragédie syrienne qui continue d’être occultée par les grands de ce Monde. Une situation d’impasse terrible, légitimée par la passivité de la communauté internationale, le non interventionnisme des pays arabes, et l’incapacité des Nations Unies d’arriver à un compromis.

Par Fériel Berraies Guigny

Le statut de la femme arabe est aujourd’hui mis en danger par la montée des courants conservateurs et les débordements des derniers mois n’augurent rien de bon. Pourtant Hind Kabawat est persuadée que la cohabitation est possible en Syrie avec l’Islamisme, réfutant ce qu’elle nomme une propagande non fondée. Pour elle, la fin de la dictature Assad est la condition sine qua none du retour d’une certaine stabilité dans la région. Et l’Islamisme en Syrie ne serait pas un danger ni pour les femmes ni pour la cohabitation avec les autres religions.

Nous nous sommes entretenus avec Hind Kabawat à ce propos :

Bio Expresse :

Hind Kabawat, est avocate, elle vit entre Damas et Toronto. Elle détient une maitrise d’économie de l’Université de Damas, une licence en Droit de l’Arab University à Beirut; un certificat en résolution de conflits de l’Université de Toronto, un autre en stratégie du leadership de la même Université. Egalement un Master en Droit et diplomatie de l’Ecole de Droit et de diplomatie Fletcher à l’Université Tufts. Elle est actuellement en poste en tant que conseiller juridique à Janssen and Associates à Toronto. Parallèlement elle œuvre en tant que directeur des Affaires Extérieures pour l’Association Syrienne des relations publiques basée à Toronto, elle est aussi chercheur au Center for World Religions où elle exerce dans le département diplomatie. Hind Kabawat est très investie dans des efforts diplomatiques afin d’instaurer le dialogue et la tolérance entre les religions. Son autre cheval de bataille reste la modernisation et les réformes dans le cadre des situations de résolutions de conflits et dans l’éducation en diplomatie.

Elle a reçu en 2007 le prix Peacemakers in Action Award du Centre Tanenbaum pour le dialogue entre les religions (Interreligious Understanding ) à New York, et également le prix Public Diplomacy Award de l’Université George Mason en 2009. La même année, elle est nommée Ambassadeur pour le processus de résolution de conflit et membre du Conseil Global du Moyen Orient (Global Agenda Council on the future of Middle East), au Forum économique mondial de Davos.

Hind Kabawat siège actuellement au sein du comité directeur de la Banque Mondiale pour les questions relatives au Moyen Orient. Elle est également membre du Global Agenda Concil for War Intervention au Forum économique mondial.

Entretien :

Pour vous une Syrie post Assad, utopie ou réalité à construire ?

C’est une réalité que nous devons construire, il est temps que le monde comprenne enfin que c’est la seule éventualité envisageable pour mon pays, qu’importe les scénarios catastrophes que le monde semble projeter, comme l’éventualité d’une jihadisation de ma terre natale. Nous restons confiants sur le fait que le meilleur sera à venir une fois Assad parti. Nous les femmes, n’avons aucune crainte par rapport à l’islamisation. Je peux même vous raconter une petite anecdote, durant un de mes derniers voyages dans la zone libérée de Syrie une petite fille m’a dit qu’elle se verrait devenir la prochaine présidente de Syrie !

 

Vous travaillez beaucoup avec les femmes réfugiées syriennes, qu’auriez-vous à dire?

Qu’aujourd’hui, les femmes syriennes sont dans une logique de survivance, elles ne se posent pas beaucoup de questions, leur quotidien est si difficile. Elles sont loin de tous ces atermoiements géopolitiques. Elles ont besoin de vivre ou en tout cas de tenter de vivre décemment ce qui est loin d’être le cas. Elles manquent de tout : pain, lait, médicaments. Ce qui les aide à surmonter le manque et à faire face, c’est avant tout l’amour qu’elles portent à leur famille. C’est cela leur résilience. Mais elles ont besoin de savoir qu’on ne les a pas oubliées, il nous faut les soutenir, leur donner de l’aide financière et morale. Pour leur montrer qu’elles ne sont pas seules et qu’elles ne sont pas oubliées.

Mais pour l’heure le pays est dans une impasse ?

Nous sommes victimes d’intérêts géostratégiques. On règle ses comptes dans la région à travers la Syrie. Une guerre au fond qui lie l’Iran et la Russie contre le Nord. Notre plus grand désespoir, c’est ce que cela dure depuis si longtemps et le peuple syrien a été décimé mais on continue de laisser faire avec une indifférence totale ou en tout cas un manque de réactivité qui laisse présager que cela ne se réglera pas de sitôt.

Et pourtant l’espoir continue ? Absolument, nous croyons à cette issue, la fin de la dictature. Nous voulons simplement suivre les pas de nos frères de Tunisie et d’Egypte !

Un espoir pour un résultat mitigé somme toute en Tunisie et en Egypte ? Nous sommes prêts à continuer le combat, nous avons sacrifié nos vies et nous continuerons à le faire !

Et s’agissant de la Tunisie, pour nous cela reste un pays de référence. La Tunisie est une grande Nation et même si à l’heure actuelle, le pays se cherche encore, je pense sincèrement que c’est un passage obligatoire qui augurera de meilleurs lendemains. Car après tout l’histoire est en cours et les révolutions ne sont jamais tranquilles. Elles ouvrent le pas au changement mais également à de nombreux dangers. Il suffit de le comprendre, d’avoir le cœur et la conviction, d’être vigilant. La Tunisie a la base pour le meilleur. Qu’importe les dérapages et les errements, la révolution française fut sanglante, elle a pris du temps elle a ouvert le pas à l’anarchie et au chaos. C’est un passage douloureux mais nécessaire. Il ne faut pas bruler les étapes, l’islamisation du pays n’est pas une fatalité, à terme les changements nécessaires se feront.

Il faut donner la place et la voix aux libéraux et aux démocrates qui seront les racines de la nouvelle démocratie. Il faut traiter les problèmes à la source, être à la source, travailler avec les catégories vulnérables, comprendre leurs attentes. Et surtout ne jamais oublier que le désir de changement est bien venu de cela !

Rester à l’écoute du peuple, donner de l’emploi aux jeunes, garantir l’autonomie des femmes. Arrêter les longs discours et passer à l’acte.

Une menace islamiste en Syrie scénario envisageable ? Absolument pas ! la Syrie est un peuple mosaïque riche de ses différentes religions et coutumes. Même nos islamistes sont modérés. J’ai voyagé de bout en bout avec ma croix car je suis chrétienne et on ne m’a nullement importunée au contraire, on m’a dit de rester fidèle à ma foi et de ne pas avoir peur de la montrer. J’ai été accueillie par des imams sans avoir aucun souci. Il faut arrêter cette propagande des Etats sacrifiés ou en échec à cause de l’islamisme.

Alors les vraies batailles pour vous elles sont où ?

Il nous faut nous battre pour nos droits dans la dignité, le respect et la tolérance. Bien que les politiques aient un rôle majeur à jouer, je reste persuadée que le changement se fera par le biais de la société civile. A cet effet, s’il faut investir ou s’investir, il faudra le faire sur l’éducation, l’autonomisation des jeunes et des femmes. Il faudra accepter la différence de l’autre, apprendre à dialoguer et à partager. Garder la foi en soi, et se dire que la résistance civile sera toujours la plus forte, elle peut abattre tout, même les plus grandes dictatures de ce Monde. Nous aurions voulu nous battre pacifiquement comme la Tunisie, mais Assad ne nous a pas laissé le choix. Nous en sommes venus aux armes.

 

En conclusion…

 Aujourd’hui ce que l’on doit retenir en tout cas, c’est que la politique ne donnera pas ou plus la solution aux profondes crises que traversent les sociétés arabes nouvellement libérées. Au contraire, il a été prouvé pour la Tunisie et l’Égypte et d’autres pays voisins, que la démocratie a aussi laissé entrer en scène les courants religieux les plus rétrogrades. Mettant en péril l’espoir de toute une génération et les acquis des femmes arabes modernes. Aujourd’hui, s’il y a changement, il ne pourra se faire que par la société civile et pour la société civile. La voix du peuple, celle des indignés est la plus forte. Elle fut l’instigatrice des mouvements de libération dans la région. Aujourd’hui, le pouvoir sera dans le redressement économique, l’emploi pour reconstruire les pays arabes. Egalement dans l’éducation, l’information, la formation, le réseautage et le Networking. A terme, cela finira par faire plier les courants politiques et religieux les plus rétrogrades.

Le vrai pouvoir sera dans la connaissance, le partage, la solidarité, l’échange des connaissances et l’Expertise. A cela, les institutions régionales, apolitiques, capables de suivre et d’accompagner les revendications des sociétés civiles. Les fondations, les Ongs, les institutions financières solidaires capables de nous fournir des mini plan marshall aussi.


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