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Leila Khayat :la tunisienne n’est pas une citoyenne de seconde zone !


Elle a été Vice-Présidente de l’UTICA, et nommée en 1998 comme Présidente des femmes Chef d’Entreprise au niveau mondial et a accompli quatre mandats de suite. Ce qui est une exception en soi. Leila Khayat est une entrepreneuse dans l’âme et elle se bat au quotidien pour que la femme arabe et tunisienne continue d’influer dans le milieu corporate hautement masculin et compétitif. Elle est aujourd’hui Présidente de l’ONG AFRIMALIFE. Depuis la révolution en Tunisie, le marasme socio économique qui en découle et les atermoiements politiques de son pays, elle craint pour les acquis de la femme. Des acquis qui sont en suspend tant que la Constitution n’est pas écrite et qui doivent faire face à la volonté politique d’éradiquer le Code du Statut Personnel de Bourguiba qui consacrait la parité dans la société tunisienne. Récit d’un entretien coup de cœur.

 

Entretien avec UFFP:

La Révolution a libéré la parole mais pas les Femmes ? Oui très bonne question et c’est le fil droit de tous nos combats. Pour l’instant, la liberté est en question « cause toujours » c’est plutôt l’impression que l’on tire de tous ces atermoiements politiques dont nous sommes victimes. Nous ne sommes pas rassurées et aucun indice ne prouve qu’il y aura changement dans le bon sens pour les femmes. Les droits de la femme sont au cœur de tous les discours politiques et religieux, mais on n’avance pas pour autant. Nos acquis risquent une sérieuse remise en question, mais nous ne baissons pas les bras pour autant !

Les démons sont aussi libérés par la même ? Parfaitement, quand on voit que les revendications légitimes du peuple n’ont pas trouvé de réponses et que cela est en standby alors que l’on fait des débats sur la femme, sur son corps, ses droits. Comment la cagouler, la mettre à la cuisine, n’en faire qu’un être subalterne… devrais-je le rappeler, c’est tout à fait contraire à l’Islam. L’islam est une des religions les plus favorables à la femme. La première femme Chef d’Entreprise est Khadjia l’épouse du prophète. Et le prophète Mohamed était l’employé de Khadija, c’est elle qui le salariait. Je me souviens avoir dit cela au Maroc et le premier Ministre de l’époque m’avait dit « mais comment Madame vous dites, cela » il m’a répondu alors qu’au lieu de dire « employé » il fallait plutôt dire son « fondé de pouvoir » !

Le bilan aujourd’hui de la femme chef d’Entreprise? Bien entendu on a fait de très belles moissons on a positionné la femme chef d’entreprise dans le Monde. Une place de leader, nous avons été la locomotive pour nos sœurs du Monde arabe. Personnellement, quand j’ai été élue Présidente Mondiale des femmes Chef d’entreprise, mon premier souci fut d’intégrer mes sœurs du monde arabe dans le giron de ce réseau qui était formidable et qui permettait de créer des synergies inter femme chef d’entreprise. Et c’est comme ça que l’Algérie, le Maroc, la Mauritanie, le Koweït, l’Egypte, le Liban sont rentrés dans le réseau Femmes Chef d’Entreprise mondial. Aujourd’hui malheureusement pour nous, nous travaillons dur pour donner de la visibilité à l’entrepreneuriat féminin et en même temps pour revendiquer nos droits les plus fondamentaux. C’est un double objectif à l’heure actuelle, mais qui est à la fois essentiel et indispensable.

Tant que la Constitution n’est pas rédigée peut on redresser la barre ? Oui tant qu’elle n’est pas instituée, il y a énormément de craintes car il y a des velléités de réduire la femme tunisienne au second plan. Là on a réussi à déjouer le piège de la « complémentarité » c’est absolument ridicule. Mais le problème reste posé par rapport au statut de la femme, le devenir du CSP que le gouvernement en place veut éradiquer. Le combat se poursuit et nous sommes debout.

La femme a un rôle social, économique fondamental pour la Tunisie ?! Évidemment que oui, la femme crée des richesses qu’elle redistribue par l’emploi. Donc l’idée de dire que les femmes dans les entreprises prennent la place des hommes, c’est tout à fait faux. Les femmes sont génératrices d’emploi.

Elles contribuent également à l’économie informelle ? En ce moment une étude presque achevée a balayé l’espace tunisien pour voir l’impact du secteur formel et informel dans l’économie. Cette étude paraitra bientôt et elle est très révélatrice. Le secteur informel est vraiment plus important qu’on ne l’imaginait et les femmes y jouent un rôle très important.

Vous étiez au 4e Congrès de l’OFA ? Ce congrès de la femme arabe qui s’est déroulé dernièrement à Alger m’a permis d’aller à l’encontre de mes consœurs marocaines et égyptiennes. Et bien, nous sommes pratiquement dans la même situation. Les femmes sont en alerte, il est vrai qu’au Maroc le Roi lui-même est un puissant défenseur des droits de la femme avec la Moudawana, et c’est leur voie de salut. J’ai tout de même perçu beaucoup d’inquiétudes chez elles, car les mouvements islamistes dans ces pays-là sont présents et font entendre leur voix. Ces partis sont forts au niveau politique, au Maroc actuellement, ils n’ont qu’une femme Ministre et c’est révélateur. Au niveau du leadership féminin le Maroc fait un pas en arrière.

La solidarité intermaghrébine au féminin est importante ? Oui il faut la constituer c’est important pour notre survie ! à travers d’une part le Conseil des Femmes Chef d’entreprise arabe dont la Présidente est la Koweitienne Cheikha Hissa Abdallah Sabeh et dont je suis la première Vice Présidente. J’ai aussi l’avantage d’avoir mis sur pied une ONG car la société civile a un rôle très important à jouer.

AFRIMALIFE votre nouveau bébé ? oui c’est une ONG et c’est Afrique Monde arabe pour créer des synergies entre nous et aussi cela sonne comme « I free my life »; à l’heure actuelle, la symbolique est d’importance. La prochaine conférence maghrébine sera tenue ce mois de mai et il y aura deux sujets fondamentaux : le premier sujet est le potentiel entrepreneurial féminin dans notre région. On fera l’état des lieux, on verra s’il y a une harmonie entre la législation et l’application des lois pour les femmes chefs d’entreprise. Il y aura des ateliers pour voir quels sont les secteurs privilégiés par les femmes : artisanat, industrie, économie virtuelle etc… Une belle opportunité pour échanger sur nos expériences, consolider nos acquis et offrir une belle visibilité sur le rôle des femmes maghrébines dans l’économie de leur pays.

Pourtant au-delà de l’impact économique des femmes, notre spécificité culturelle est en perdition ? Oui ce que nous voyons aujourd’hui malheureusement, et en Tunisie particulièrement, via l’importation de pratiques culturelles étrangères à nos coutumes. Le wahhabisme, le salafisme est totalement étranger à notre culture et à notre histoire. L’identité, le patrimoine culturel il faut les garder !

Les forums sur les femmes dans le Nord sont légion et on parle beaucoup des femmes du Sud, pensez-vous que cela aide ? Sincèrement j’émets quelques réserves. Je me rends compte que pour certaines, il s’agit plus de réseautage et cela n’a pas d’impact direct sur nous. C’est la société civile qui doit s’activer sur place, créer des synergies entre nous d’abord ! les échanges entre nous dans le Maghreb sont quasiment nuls

 

Pourquoi depuis toujours la frilosité pour investir dans la femme arabe ? On se cache derrière la religion pour en faire une interprétation erronée. Je reste profondément attachée à la vision bourguibiste de la politique et de la relation avec le social. Bourguiba disait et il s’inspirait de l’Islam « il n’y a rien à changer si ce n’est les mentalités » ! Nous n’évoluerons que si la mentalité change et le travail sera ardu. C’est le rôle de l’enseignement, l’éducation qui a été négligée. Nous avons une jeunesse en complète déperdition et qui n’a pas de valeurs ! on occupait les jeunes par des matchs de foots et des concerts de stars libanaises. La formation et l’éducation basique leur échappe. On a ignoré l’histoire de la Tunisie de 56 à 87 ! Tout cela fut effacé du programme et tout est à refaire pour notre jeunesse !

Comment faire face au féminin à l’hiver arabe ? On est dans un tunnel dont nous ne voyons pas le bout, à ce jour pas de gouvernement, une Constitution qui traine, nos investisseurs étrangers enfin les quelques rares qui sont restés veulent partir. Actuellement dans notre région, il faut avoir un code d’investissement stimulant et encourageant, on ne peut taxer les entreprises chez nous quand on sait qu’au Maroc ou en Turquie il y a la compétitivité. Pour les femmes, il faut plus que jamais être vigilant. C’est difficile de répondre à la question, on ne sait rien des dates : quand le gouvernement sera-t-il élu, quand la Constitution sera-t-elle adoptée, quand les élections présidentielles et législatives auront-elles lieu ? On n’en sait rien, on annonce des dates puis on reporte.

C’est une période de turbulence où les femmes ne seront pas au top niveau ? oui je le crains mais je me dis que c’est un passage nécessaire, la mentalité du tunisien et de la tunisienne on a tellement eu d’acquis et on est tellement habitués à œuvrer sur le plan politique, économique et social que la femme ne s’accommodera pas d’un statut de second plan.

 

 envoye-special-tunisie


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