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A. Meddeb « l’Islamisme est la maladie de l’Islam » !


Abdelwahab Meddeb : «  L’Islamisme est la maladie de l’islam, mais les germes sont dans le texte. A partir de là, ce n’est pas à l’Europe de s’adapter à l’islam; c’est à l’islam de s’adapter à l’Europe. A l’islam d’apprendre à subir la critique, même la plus offensante, sans en venir au crime de sang pour se défendre. A l’islam d’admettre que les critiques les plus virulentes qui lui sont adressées peuvent se justifier au vu de la contradiction qui s’exacerbe entre l’évolution du monde et la fixité de ses mœurs. » les propos d’Abdelwahab Meddeb, avaient provoqué un tollé général il y a quelques années, mais cela reste encore et toujours d’actualité en France, avec l’affaire Merah, les caricatures de Charlie Hebdo. L’Islam n’a jamais été aussi malmené, mais  un certain Islam est également en train de malmener les femmes  et les peuples nouvellement libérés de notre région. Même s’il s’agit toujours de rester nuancé, car le texte et les écrits ne sont au fond que tributaires d’une certaine interprétation de l’Homme. Il convient de ni caricaturer ni amalgamer la religion !

photo J.Foley. OPALE

Terreau  désormais fertile à toute sorte de stigmates, raccourcis politiques et discrimination en tout genre, l’Islam en Occident subit une véritable crise identitaire. Mais c’est en Europe et notamment en  France que le mal d’Islam est le plus flagrant.

L’amalgame entre islamisme radical et Islam devenu coutume,  l’intégration de toute une  communauté, est en question. et les nombreuses politiques assimilationnistes de bon nombre de pays européens, ne présagent rien de bon.

UFFP vous invite cependant à étudier l’éclairage de Abdelwahab Meddeb, nous l’avions rencontré il y a quelques temps.

Ecrivain et poète, professeur de littérature comparée à l’université Paris X-Nanterre, Abdelwahab Meddeb est également animateur de l’émission Cultures d’Islam sur France Culture. Défenseur de la République et de la Laïcité, l’écrivain s’essaye à un  difficile exercice : celui de combattre l’intolérance. Se définissant comme « errant et polygraphe », l’auteur nous offre avant tout une  formidable aventure humaine empreinte de poésie, passion   et d’érudition. Il a publié une vingtaine de livres dont les plus marquants sont entre autres   «  la maladie de l’Islam » (Point, 01/2005) et « l’exil occidental » (Albin Michel, 03/2005). Pour Meddeb, l’Islam militant serait la manifestation du problème endémique de la religion. Il le compare au fanatisme du catholicisme et à l’extrémisme du  nazisme allemand. Des effets de «la maladie de l’Islam», il regrette surtout le manque de créativité scientifique, d’aisance culturelle et de sensualité. Personnage  controversé pour certains, il n’en est pas moins extrêmement cultivé et profondément empreint de tradition française. Stoïque et se sachant « en marge »,   il continue de  livrer une guerre intellectuelle ouverte à  un Islam qu’il juge rétrograde car refusant de sortir de son carcan théologique.

 

Rencontre avec Abdelwahab MEDDEB

       1) Qui êtes-vous M. Abdelwahab MEDDEB ? Un écrivain tunisien d’expression française ou un écrivain français d’origine tunisienne ? Vous êtes né dans le cœur historique, culturel et religieux de la ville de Tunis. Votre grand père et votre père ont été respectivement ulémas en sciences religieuses  et mudarris à l’Université de la Zitouna. Comment expliquez-vous votre cheminement qui est antithétique aux leurs ?
AM.
Il me plaît de dire ce que je suis, tel que je me suis constitué, de double généalogie, la part tunisienne héritée, entretenue par la fréquentation des textes de l’époque classique de l’islam, et la part française assurée par l’amour de la langue et l’adhésion aux acquis européens de la modernité, sinon de la post- modernité. Mais il est sûr que c’est la première scène tunisoise qui compte le plus dans cette formation, ce temps de l’enfance, je reste  fasciné par les jours et les heures passées entre la grande mosquée de la Zitouna où avaient en effet enseigné mon grand père et mon père et les grandes maisons de Tunis, comme Dar Lasram où hantait l’ombre de ma grand-mère et Dar Ben ‘Achour où habitait une de mes tantes et toute sa famille. Il est sûr que l’amour du beau m’est venu de la fréquentation précoce de ces splendides espaces. Je conserve une fidélité infidèle à cette origine, à cette enfance; je n’entretiens pas avec elle un lien qui en sacralise les conventions, les rites, les reconductions, avec ce que cela comporte comme manquements à la liberté du sujet qui est pour moi non négociable ; je respecte plus l’esprit que la lettre de cette origine. Et tout homme qui s’éloigne de la tribu, en optant pour l’errance, doit s’écarter forcément de la norme; toute personne qui choisit la poésie se fait quelque peu mystique spirituellement, anarchiste politiquement, c’est à dire socialement irrécupérable. Vous devez savoir que l’aventure de la modernité a un goût de traîtrise.
2) Vous dites que l’Islam est malade et vous attribuez le déclin des pays musulmans au refus de « l’Autorité théologique » d’admettre le principe d’innovation. Entendez-vous par là l’innovation dans l’interprétation du texte sacré ou encore autre chose ?
AM.
Je fais référence précisément à la notion théologique de  bid’a, laquelle a été invoquée par les docteurs pour refuser l’apport du siècle : elle a constitué une terrible clôture qui a dressé un obstacle contre l’évolution de l’islam, tant dans l’adoption de nouveaux principes de pensée pour lire autrement les textes fondateurs et les interpréter avec un oeil neuf que dans le choix de modes d’être en cohérence avec les révolutions techniques et le confort matériel qu’elles apportent. Ce qui fait que la nouvelle façon de vivre à l’européenne adoptée par le plus grand nombre a été plus subie que choisie. Et il n’est plus aliénante occidentalisation que celle qui s’est faite passivement, d’une manière quasi inconsciente. Il faut prôner à propos de cette adaptation au siècle une politique pragmatique qui devrait répudier toute forme d’a priori dogmatique.

3) Pour vous la question de la violence dans l’Islam est une réalité. Vous corroborez les propos tenus par le Pape Benoît XVI  et attribués à un empereur byzantin. Ne craignez-vous pas de provoquer   à votre tour une véritable levée de bouclier ? Pensez-vous par ailleurs que la violence soit absente dans les autres religions ?
AM.
Si vous écoutez mon émission « Cultures d’islam » qui passera demain dimanche  5 novembre sur France Culture et que je consacre à la conférence  prononcée par le pape à Ratisbonne, vous saurez comment nous approchons les propos de  Benoît XVI avec mes deux invités l’helléniste Jean Bollack et le philosophe Christian Jambet; il s’agit d’une conférence très technique, très sophistiquée, qui parle à partir des traditions allemandes de la philologie et de l’universitas, impliquant la précision des concepts; en vérité les sous-entendus et les tenants et aboutissants de ce discours procèdent de l’implicite; on découvrira que les potentialités que recèle cette conférence  nous amène à affirmer que le pape conviait l’Islam à retrouver son temps philosophique pour contribuer à la mise en place  d’un logos élargi, redevable aux Grecs et dont la réinstauration constitue un  préalable pour le dialogue entre les cultures. Un tel dialogue ne peut être entretenu  dans le culte de la violence et la négation de l’autre; il ne peut se concrétiser que dans le cadre de l’universelle raison dont l’instrument est la rhétorique de  persuasion. Or, ce qui gagne en ce moment dans le monde islamique, c’est l’interprétation identitaire qui insiste sur l’exclusivisme, sur l’appel à se préserver dans son cocon par peur de se dissoudre dans  ce que la mondialisation offre comme bain uniformisateur; et cet appel protecteur est réactif, il prône le refus de l’altérité : c’est l’arme du faible. En somme, nous en venons à la conclusion que le message de Ratisbonne consiste  à demander à l’islam de retrouver le logos perdu (celui d’Averroès par exemple). Ainsi par les retrouvailles avec ce passé pertinent le sujet d’islam gagnerait la propédeutique qui l’aiderait à vivre la mutation de l’intellect qui éclaire notre siècle et qui s’épanouit à travers  la sortie de soi, l’acceptation de la confrontation de soi avec l’autre dans la mêlée des signes, des idiomes et des credo.  Et tous ceux qui s’enferment dans la violence pour la défense de soi ou pour l’exercice de quelque hégémonie se trouvent dès lors en déphasage avec cette mutation de l’intellect. Le discours du pape à Ratisbonne, lu dans cette perspective, condamnerait non seulement l’islam (lorsqu’il se fonde sur l’épée, sur le jihad)  mais aussi le judaïsme exclusiviste ainsi que le christianisme historique qui, avec les Croisades, l’Inquisition et l’aval donné aux Conquêtes et au Colonialisme, aura trahi Jésus dont la lettre procède de la logique du Dieu purifié de toute violence tel qu’il a pu être pensé par les présocratiques, Empédocle comme Le Parménide.

4) En somme de quel Islam vous prévalez-vous ?
AM.
De l’islam intérieur, celui des soufis lorsqu’ils sont de la trempe d’un Tirmidhî, cet extraordinaire créateur d’une éthique de la subtilité, homme du Xe siècle, ayant vécu en Bactriane, au coeur du pays alexandrin, en Asie Centrale, entre Afghanistan et Turkmenistan. Dans son Livre des Nuances (Kitâb al-Furûq wa man’ at-Tarâduf), il cherche à établir la moindre nuance de sens que comportent des mots proches, il va même jusqu’à refuser la notion de synonymie pour conserver au sens toutes ses nuances, il procède ainsi pour avoir à analyser le moindre de ses actes, cherchant à en déterminer le rapport entre l’intention déclarée et les motivations cachées sinon l’intentionnalité inconsciente. C’est après une telle introspection qu’il osera juger des actes produits par les autres : le soi ainsi prospecté devient le miroir en lequel se réfléchit l’autre. Ainsi la relation intersubjective se dégage  du jugement accusateur et de la censure que veut exercer l’humain sur ses congénères. Dans cette exigence du travail sur soi se dissout la police des moeurs qui corrompt les sociétés islamiques et les enferme dans le carcan du conservatisme. Cette éthique de la nuance peut nous délivrer du moralisme bête qui est en train de rendre les sociétés islamiques irrespirables, infréquentables. Vous voyez que les ressources du renouveau peuvent être fécondées au sein de la textualité héritée de notre classicisme.

5) Vous dites que c’est à l’Islam de s’adapter à l’Europe en épousant sa modernité. Ne pensez-vous pas que de son côté l’Europe a des pas à faire, en commençant par reconnaître sa responsabilité dans une relecture du passé colonial et en admettant et en corrigeant ses fautes vis-à-vis des peuples arabes et musulmans ?
AM.
Avec de telles revendications et recherche de culpabilisation qui accablent l’autre, le sujet d’islam attribue tout le mal qui le corrompt à la malfaisance des autres. Cette victimisation est insupportable. Je préfère user de la critique adressée avant tout à soi-même. J’appelle à agir à l’échelle des communautés comme l’exige Tirmidhi à la hauteur des individus. Je rappelle aux musulmans qu’ils furent eux aussi conquérants, bourreaux : que dire de la violence qu’ils apportèrent à un pays comme l’Inde en instaurant la fête annuelle du sacrifice, du sang de la bête versée dans la culture qui vénère les animaux, qui voient en eux des humains réincarnés?

      6) On vous surnomme le « Voltaire arabe » voire le   « Camus de Tunisie » : qu’en pensez-vous ? Vous plaidez pour l’introduction des «Lumières » en terre d’Islam ?
AM. Je ne suis pas responsable de ce que disent les autres sur moi. Tout ce que je sais c’est que je ne suis pas voltairien par nature ; je perçois immédiatement la réduction qui est la sienne sur la part à accorder à l’irrationnel, à ce qui déborde, à la polarité dionysiaque qui m’est chère en raison de ses capacités esthétiques qui puisent dans le continent noir de l’âme humaine. Sans elle, la poésie ne serait pas. Mais lorsque les superstitions et la violence fanatique se déversent sur nous comme la pire des régressions, alors, oui, vivement Voltaire. Il constitue en effet le recours le plus efficient face à de tels fléaux. Il a su en  diagnostiquer la maladie  contagieuse d’abord chez ses coreligionnaires catholiques. Quant à Camus, je suis aussi bien conscient de ses lucidités que de ses points aveugles. Mais il est vrai qu’il avait la vertu de ne s’être pas aliéné par les valeurs déclarées positives par l’intelligentsia de son époque ; s’il avait vécu plus longtemps, il n’aurait pas eu à déchanter car il n’avait jamais cru en des lendemains qui chantent.

 

 


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