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Afrique, djihadisme, enjeux sécuritaires et développement

Ajouté par , Le avril 20, 2013 , dans Afrique des Droits des Femmes, Buzz, Ethical Planet, Evénement, Société

Quelles stratégies et coopérations face à la menace djihadiste?

Le  Forum « Afrique, djihadisme, enjeux sécuritaires et développement », organisé par l’IREA-Maison de l’Afrique,  s’est tenue le 23 mars 2013.  Il a regroupé plus d’une centaine de participants dont des universitaires, des représentants des mouvements associatifs, des organisations internationales ainsi que des politiques.

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Le djihadisme : une préoccupation majeure

AQMI (Al-Qaïda au Maghreb Islamique), Ansar Dine, Mujao, Boko Haram, Ansaru, Al Schabaab, Ansar al-Charia… Du Mali à la Somalie, le djihadisme est aujourd’hui une réalité concrète et transnationale qui touche un certain nombre de pays africains compromettant ainsi leur stabilité. Enjeu majeur pour la sécurité, la paix et le développement du continent et du monde, ce phénomène doit être appréhendé dans toute sa complexité et traité dans le cadre d’une approche globale, intégrant les questions de gouvernance, de sécurité et de développement.

Comprendre pour mieux agir

Le djihadisme : un phénomène complexe et multidimensionnel

Au-delà des réactions émotionnelles légitimes, comment mieux saisir la nature, la rationalité et l’ampleur du phénomène djihadiste? Quelles sont ses sources politiques, économiques, sociales, culturelles, ses caractéristiques et fondements idéologiques, ses formes d’organisation et modalités d’action ? Et quelle est la part des facteurs endogènes et exogènes dans son apparition et son développement sur le continent? Quels liens et interactions entre mouvements djihadistes et sociétés environnantes ? Et quelles réponses conjoncturelles et structurelles adaptées, réfléchies, pertinentes aux défis posés par ces mouvements?

Enjeux régionaux, internationaux et préoccupations locales et nationales

Il n’existe pas, certes, de mouvement djihadiste abstrait : chaque organisation djihadiste ayant sa propre histoire et évoluant dans un contexte local singulier. Néanmoins ces différents mouvements partagent un certain nombre de traits communs à la croisée des enjeux régionaux et internationaux et des préoccupations locales et nationales.

Première similitude : Un même discours légitimant et une même volonté d’imposer par les moyens de la violence une vision du monde figée, basée sur un rejet radical de la modernité occidentale et l’affirmation doctrinale d’un Islam rigoriste comme seule et unique voie de salut global. C’est dans la soumission totale aux commandements de Dieu que résiderait le salut de l’homme ; l’application stricte de la loi islamique – dans l’organisation de la vie publique et privée- devant constituer le fondement de la restauration de l’ordre moral du monde.

Boko Haram, mouvement apparu dans le Nord-Est du Nigéria en 2002, est l’illustration de ce rejet radical de l’évolution du monde. Boko Haram signifiant : « L’éducation occidentale est un pêché. » (Traduction littérale : Boko – book livre et Haram, interdiction en arabe).

Deuxième trait commun : Un même socle identitaire : L’affirmation de l’Oumma comme légitimation du djihad et l’allégeance à l’Islam tel que pratiqué à ses origines sont les deux principes structurants partagés par tous ces mouvements.

Troisième caractéristique commune : Le recours délibéré à la violence extrême (attentats à la voiture piégée, attentats avec des engins explosifs et/ou attentats suicides spectaculaires, médiatiques et prémédités, etc.). La violence et le chaos sont banalisés, exaltés, normalisés aussi bien dans le discours que dans les actes posés avec comme objectif d’occuper tous les écrans du monde. Il s’agit ici, manifestement, d’intimider, de semer la terreur afin d’ébranler et déstabiliser les sociétés visées.

Une question demeure néanmoins : cette violence extrême et aveugle mobilisant des jeunes fanatisés, embigadés et fascinés par le martyr individuel fortement médiatisé, est-elle spécifique au djihadisme ou plutôt le reflet d’une certaine mystique de la violence secrétée par les sociétés locales et la mondialisation? D’où provient par exemple la cruauté des militants de l’Armée de résistance du Seigneur en Ouganda ?

Quatrième convergence : La pratique de la prise d’otages avec une recherche constante d’une visibilité médiatique maximale. Les enlèvements des ressortissants de pays du Nord, libérés en échange de fortes rançons, constituent une source importante de revenues pour ces organisations. Et derrière les discours religieux exaltés des ravisseurs, en réalité aucune considération politique et religieuse véritable: les prises d’otages étant tout simplement des opérations mafieuses relevant du gangstérisme et de la criminalité vénale.

Cinquième ressemblance : Le lien avec l’économie de la contrebande. Tous ces mouvements naviguent entre djihadisme radical et trafics en tout genre (narcotrafic, trafics de carburant ou cigarettes, etc.) AQMI a par exemple développé au Nord du Mali une véritable économie de la drogue et établit de solides réseaux informels locaux. D’où le surnom « Mister Marlboro » affublé à Abdelkader Mokhtar Belmokhtar, leader d’AQMI et grand contrebandier de cigarettes. A signaler également qu’aujourd’hui plus de 40% de la drogue consommée en Europe transite par cet espace saharo-sahélien.

Sixième caractéristique: La sanctuarisation dans des espaces hors-Etat : c’est dans des espaces géographiques périphériques de non-droit, délaissés par les Etats que prospèrent ces mouvements. L’exemple du Mali est assez éloquent : suite aux accords d’Alger, l’Etat allège considérablement sa présence militaire dans certaines villes du Nord. Résultat ? Des éléments salafistes du GSPC (dont des anciens d’Afghanistan) venus d’Algérie se sanctuarisent dans le septentrion malien et s’y installent de manière pérenne en nouant des liens étroits – y compris matrimoniaux – avec les sociétés locales. De ces noyaux du GSPC naîtra AQMI.

Septième caractéristique commune : La transnalisation du djihad : la régionalisation du djihadconstitue un objectif commun revendiqué aussi bien dans le recrutement que dans la définition des territoires d’action. Exemple : le Mujao (Mouvement pour l’unicité et le djihad en Afrique de l’Ouest). Créé par des élements d’AQMI insatisfaits de la répartition des rentes du narcotrafic et des rançons perçues, le Mujao – comme son nom l’indique – est essentiellement composé de ressortissants des pays d’Afrique de l’Ouest. L’organisation traduit également par cette dénomination – une volonté stratégique des djihadistes d’élargir leur théâtre d’action à toute l’Afrique occidentale.

Volonté d’ailleurs déjà annoncée par l’idéologue salafiste algérien, Abdullah Azam, véritable père spirituel de Ben Laden dans son livre Défendre la terre des musulmans : Le djihad, affirmait-il, est la première obligation du croyant après la foi et « ce devoir ne prendra pas fin avec la victoire de l’Afghanistan; le djihad restera une obligation individuelle jusqu’à ce que toutes les autres terres musulmanes soient libérées de l’occupation : nous attendent ainsi la Palestine, les Philippines, le Cachemire, le Liban, le Tchad, l’Érythrée, la Birmanie, le Mali et le Niger.» Cette transnalisation du djihad, facilitée par la porosité des frontières, induit de facto une régionalisation de l’insécurité.

Huitième trait commun : L’hybridation : Ces différents mouvements sont composés à titre divers à la fois de combattants endogènes et exogènes. Combattants essentiellement endogènes en ce qui concerne par exemple Ansar-Dine ; présence essentiellement de combattants exogènes dans le cas d’AQMI. Cette hybridation reflète les deux logiques au cœur de la dynamique djihadiste : l’autochtonisation d’une part, et la globalisation, d’autre part.

Neuvième trait transversal : La global-local-isation : Nés dans des contextes locaux spécifiques, ces différentes organisations se sont rapprochées progressivement d’Al Qaida. Ce ralliement n’impliquant pas nécessairement – au-delà de l’idéologie et des objectifs stratégiques partagés – l’existence d’un commandement opérationnel unifié. L’intérêt de l’opération étant pour ces mouvements locaux de tirer profit du label Al Qaida pour élargir leur recrutement et leurs sources de financement et, pour Al Qaida l’ambition étant d’internationaliser son djihad.

Dixième similitude : L’ancrage social dans les milieux populaires: Les jeunes pauvres, marginalisés, desorientés et désespérés constituent la base sociale de ces mouvements. Boko Haram recrute par exemple essentiellement parmi les jeunes sans emploi. Même ancrage social pour les Schebaabs. A signaler néanmoins la présence dans ces différentes organisations de notables locaux : le fondateur de Boko Haram a étudié la théologie à l’Université de Médine en Arabie Saoudite et Anser Dine est dirigé par lyad ag Ghali, un ancien notable du gouvernement malien.

Contextes et conditions d’émergence

La globalisation du djihadisme est un phénomène complexe et pluriel. Elle est le résultat de mouvements diversifiés mobilisant le local et le global et animés par une même volonté missionnaire d’expansion agressive sans frontières. Mais quelle est la part des facteurs endogènes et exogènes et dans l’évolution de ce phénomène en Afrique? Sommes-nous en présence d’un phénomène lié à l’excroissance du terrorisme internationale porté par des filiales régionales d’un réseau djihadiste à vocation planétaire ou plutôt en face de dynamiques locales auto-labelisés Al Qaida ?

De la déliquescence des Etats

Premier constat : L’émergence des mouvements djihadistes actuels intervient dans un contextede déliquescence généralisé des Etats, résultat notamment des politiques d’ajustement structurel. En effet, au cours des années 80, l’Etat est accusé d’hypertrophie et déclaré obstacle au développement, à réduire à son strict minimum.

Cette croyance idéologique radicale aura des incidences majeures sur les Etats africains et leurs capacités à exercer leurs fonctions régaliennes, à promouvoir un environnement favorable à la cohésion sociale et au développement. Les Etats ainsi fragilisés sont contestés jusque dans leur monopole de la violence par des groupes, milices et bandes armés. Le cas de l’Etat somalien est à cet effet, le plus flagrant.

En 1991, Siad Barré et sa dictature clanique s’effondrent. D’un Etat fragile, la Somalie devient un Etat en faillite, sans pouvoir central, miné par la guerre civile, amputé du Somaliland et du Puntaland. Des groupes islamiques profitent de ce vide politique pour s’imposer progressivement. En 2006 les Tribunaux islamiques se hissent ainsi à la tête de l’Etat et instaurent la charia avant d’être défaits par les troupes éthiopiennes.

C’est dans ce contexte qu’apparaissent les Schebabs – « les jeunes » – courant dissident des Tribunaux islamiques, regroupant essentiellement des cadets en rupture avec les anciens. Son principal but : la création d’un Etat islamique en Somalie. En 2008, le mouvement, officiellement affilié à Al Quaida, investit le port de Kismaayo, troisième ville du pays, instaure la charia et détruit les sites religieux chrétiens et soufis. Le mouvement se signale également par la suite par des attentats commis en Ouganda, au Kenya et au Danemark.

Deuxième constat : Le djihadisme ne peut s’installer durablement que s’il y a mal gouvernance, une flagrante disparité entre le centre et la périphérie, l’injustice dans la dévolution des pouvoirs et des richesses, un mépris de l’Etat vis-à- vis des attentes matérielles et symboliques des populations.

Ce mépris peut favoriser le développement de sentiments d’exclusion, de marginalisation et d’humiliation au sein des populations. Sentiments aggravés par le spectacle d’une généralisation de la corruption et susceptibles d’être demagogiquement récupérés et instrumentalisés par les mouvements djihadistes.

De la da’wa au djihadisme

Troisième constat : L’émergence des mouvements djihadistes s’inscrit dans un temps long: Le djihadisme a commencé par être un enseignement diffusé, puis une mouvance avant d’être une dynamique portée par des mouvements terroristes. On est passé progressivement de la da’wa au djihadisme.

En effet, à partir de la fin des années 70, on assiste à la prolifération de structures religieuses au discours prosélytique. Cette immixtion des religieux dans le champ social et politique se manifeste notamment par des prêches publics et critiques sur les questions socioculturelles et politiques : laïcité de l’Etat, code de la famille, etc.…

Parallèlement émergent des nouvelles écoles religieuses arabo-islamique (en rupture avec les écoles coraniques traditionnelles) aux méthodes contestables et prônant un islam rétrograde. Ecoles essentiellement financées par des promoteurs extérieurs fortunés et des Etats du Golfe. A noter également durant la même période un accroissement du nombre de mosquées construites grâce aux fonds de ces mêmes Etats, l’Arabie Saoudite et le Qatar, deux pays particulièrement actifs et pourvoyeurs de bourses de formation pour les Imams.

Une société civile religieuse financée, elle aussi, par des petrodollars émerge parallèlement et investit l’espace civil avec un discours conservateur. Le wahhabisme – porté par une nouvelle élite religieuse au prestige social, et parfois politique, réel – s’installe donc progressivement dans la société, et tente d’imposer ses normes sociales et vestimentaires – notamment aux femmes qui se couvrent de plus en plus dans certains villages et villes. Bref, la da’wa (appel- mission religieuse) des pays du Golfe en Afrique et leur volonté manifeste d’imposer leur propre culture religieuse sur le continent comme culture islamique transnationale et universelle ne constituent pas des faits nouveaux.

Quatrième constat : La faillite des idéologies séculières. L’éclosion des mouvements djihadistes est révélatrice du déclin des mouvements contestataires d’obédiences laïcs, nationalistes et progressistes. Le déclin de ces organisations qui cristalisaient autrefois les revendications sociales, économiques, politiques et identitaires, a ouvert un boulevard aux djihadistes ; ceux-ci cherchant souvent à récupérer, instrumentaliser et confessionaliser les indignations non-articulées de certaines catégories de populations étouffées dans leur expression par un environnement politique fermé et autoritaire.

Production de la violence et mal-développement

Cinquième constat : La question de la production de la violence et celle du mal-développement sont liées. Tous les pauvres ne sont pas certes, des djihadistes et tous les djihadistes ne sont pas des pauvres et, l’idée selon laquelle le djihadisme serait alimenté par la pauvreté n’est pas établie, avérée. Néanmoins, la pauvreté et l’inégale répartition des richesses constituent des facteurs pouvant favoriser l’émergence et le développement de la violence. Illustration : dans la région du Nord-Est, fief de Boko Haram, les trois quarts de la population vivent sous le seuil de pauvreté. C’est de ce ferment qu’est né Boko Haram.

Sixième constat : La marginalisation des jeunes. La vie pour un jeune africain aujourd’hui est souvent synonyme de combat : combat pour l’alimentation, combat pour l’éducation, combat pour la survie. C’est ainsi : être jeune en Afrique, c’est souvent être confronté à la violence quotidienne de la pauvreté et se retrouver sans autres perspectives que l’exode rural et l’émigration. D’où la tentation pour certains de rejoindre des circuits et secteurs économiques illicites. Dans ces conditions, l’enrôlement dans les groupes armés ou djihadistes devient une opportunité. Aux sources du surgissement sur la scène politique des Schebaabs par exemple, il y a non seulement l’effondrement de l’Etat somalien mais aussi la marginalisation de la jeunesse.

Réponses conjoncturelles, structurelles, intégrées et proactives

L’ expérience de nombreux pays montre que les drones, les chars et les bombardements ne sauraient constituer l’unique réponse au défi djihadiste. Il ne suffit pas de combattre militairement les djihadistes, il est également impératif de prendre en compte l’ensemble des conditions qui concourent à l’émergence et au développement de ce phénomène.

D’où la nécessité d’une stratégie globale intégrant à la fois les questions de gouvernance, de restauration de la sécurité, de développement, de résolution des conflits locaux et de prévention des dérives radicales. Il s’agit – en conjuguant politiques de sécurité et politiques de développement et en agissant à la fois au niveau local, national, régional et international – de répondre aux questions sur lesquelles se reposent les djihadistes, et de neutraliser ainsi leur raison d’être.

Reconstruction et refondation des États

Reconstruire et consolider les États : Il s’agit ici, non seulement de remettre sur pied des institutions étatiques évidées, affaiblies dans leur autorité mais également de les reformer profondément. L’objectif : rompre avec l’Etat autoritaire, coercitif, autiste et instrument d’asservissement et renouer avec l’Etat producteur de paix et du vivre-ensemble, à l’écoute des réalités locales et de la pluralité sociale.

Relancer le débat sur la décentralisation : Il est aujourd’hui admis que depuis les indépendances, la gestion centralisée de l’Etat a montré ses limites dans nombre de pays africains. Par conséquent, la promotion de la décentralisation pourrait constituer une éventuelle réponse aux impasses actuelles. Ce modèle de gouvernance présentant l’avantage d’être à la fois intégrateur et respectueux de la diversité. D’où la nécessité de relancer le débat sur les politiques de décentralisation, débat devant intégrer les leçons tirées des expériences passées.

Refonder les secteurs de la défense et de la sécurité : Certaines armées africaines – souvent détournées de leur vocation républicaine et mises au service d’ambitions politiques personnelles, claniques ou ethniques – sont manifestement – au regard de leurs faiblesses structurelles, logistiques, financières et opérationnelles, mal préparées et mal équipées pour faire face à la menace djihadiste. Leur restructuration s’impose.

Et au-delà de leur nécessaire rajeunissement en effectifs et de l’impérieuse modernisation technologique de leurs équipements, ces armées doivent être socialisées dans une démarche républicaine et la subordination des militaires devant les dirigeants démocratiquement élus réaffirmée. Les lignes d’imbrication entre pouvoir militaire et pouvoir civil doivent être clarifiées.

Reconstruire la confiance entre les élites, les armées africaines et leurs populations : Le combat contre le djihadisme exigera manifestement endurance, persévérance et exemplarité. Il s’agit d’occuper le terrain, d’être présents dans le quotidien des populations par une présence qui rassure, qui conforte. Cette stratégie ne peut réussir que si elle est fondée sur la capacité des acteurs politiques et militaires à renouer les liens de confiance avec leurs propres populations.

A menace globale, réponse globale

Renforcer la coopération régionale et internationale en matière de sécurité : Le phénomène djihadiste est par essence sans frontières. D’où la nécessité de construire des réponses régionales, continentales et internationales concertées et coordonnées. Le principe de subsidiarité devant prévaloir ici et les leçons tirées des interventions similaires ailleurs prises en compte.

Néanmoins, au regard de la lenteur des réactions internationales face à la crise malienne, se posent encore de nombreuses questions quant à une véritable volonté politique des différents acteurs dans la mise en place de cette coopération. Quelle est par exemple la signification de la discrétion europèenne dans cette crise? L’absence d’une politique européenne de la défense?

Une Mission Internationale de Soutien au Mali a été mise en place. Mais quelle sera la composition et le rôle dévolu à cette MISMA? Quelle est la nature de cette mission? Sommes-nous dans l’imposition de la paix ou dans une mission de stabilisation ? Et quelle coordination des différents acteurs ? Et comment éviter les erreurs des missions internationales constatées dans d’autres pays comme l’Afghanistan ?

Promouvoir la responsabilité africaine : L’opération Serval a permis de stopper la progression des djihadistes et de reprendre les villes du Nord. Les groupes djihadistes sont affaiblis et sans doute en incapacité de mener désormais des opérations de grande envergure. Néanmoins, leur capacité de nuisance reste réelle et la crise malienne est loin d’être complètement résorbée.

En attendant la remise sur pied de l’armée malienne, quelle relève africaine des troupes françaises? Pourquoi cet immobilisme africain dans la crise malienne? Et quelle est sa signification? L’incapacité de la CEDAO à émerger collectivement comme puissance militaire ? L’obsolence des outils de coopération et de sécurité africaine? L’inexistence d’une vision commune sur les questions de défense et de sécurité? Des contraintes financières? Le manque de volonté politique? La démission collective?

Il est temps que l’Afrique prenne enfin ses responsabilités dans la résolution de la crise du Sahel et dans le combat contre le djihadisme. L’engagement d’une mission africaine d’imposition de la paix en Somalie constitue – d’ailleurs – un développement intérresant dans ce sens.

Appréhender le développement autrement

Lutter contre la pauvreté : La pauvreté constitue une flagrante violation de la dignité humaine et une forme de violence quotidienne et silencieuse aux effets dévastateurs sur l’équilibre sociétal. Le combat contre la pauvreté est donc non seulement un impératif moral mais également une mesure de sécurité ; la pauvreté massive constituant une menace pour l’équilibre général.

Une réflexion profonde sur la nature, les causes, l’efficacité des programmes et projets de réduction de la pauvreté s’impose. Celle-ci ne sera résorbée par un simple transfert d’une rente extérieure, quel que soit son importance. Pour être efficace ce combat contre la pauvreté doit impliquer les acteurs concernés dans la définition, l’élaboration, la mise en œuvre des objectifs et stratégies de développement. Il s’agit de les accompagner dans le sens de l’intérêt général tels qu’ils l’expriment.

Réhabiliter l’agriculture et renforcer la sécurité alimentaire : Aujourd’hui plus de 12 millions de Sahéliens vivent dans une situation de précarité alimentaire et seul le développement de l’agriculture peut permettre à terme de répondre à cet écart entre besoins de nutrition et disponibilités alimentaires.

Les défis à relever dans ce domaine sont multiples : Comment parvenir à satisfaire les besoins alimentaires de populations en constante augmentation ? Comment rompre avec la vision méprisante des élites sur les sociétés paysannes ? Comment impliquer les paysans dans la définition et la mise en œuvre des politiques et programmes agricoles ? Comment favoriser la sécurisation des structures foncières (lutte contre l’accaparement des terres) ? Quelles mesures pour assurer l’accès des petits producteurs aux marchés locaux et aux moyens de production? Quels appuis et conseils aux producteurs ? Comment améliorer les capacités de stockages, de conservation et de développement de la transformation des produits locaux ? Quelle promotion pour les agricultures familiales ?

Promouvoir une meilleure gestion des rentes: Certaines économies africaines sont dominées par les rentes et l’exploitation de ces rentes n’a pas permis à ce jour de lutter efficacement contre la pauvreté et de promouvoir un développement équitable. Une autre gestion des rentes s’impose : il faut passer d’une logique d’exploitation prédatrice à une logique de répartition.

Promouvoir l’intégration régionale : L’intégration régionale doit être relancée et des complémentarités développées. Elle pourrait se construire autour du lancement de quelques chantiers communs d’envergure.

La jeunesse, une priorité : La situation des jeunes africains se caractérisent aujourd’hui principalement par le chômage, la pauvreté et la précarité sociale. Le défi de l’insertion économique de ces jeunes est crucial. L’accès à la formation, l’accompagnement professionnel, la création d’emploi ciblés pour les jeunes sont autant de champs d’action qu’il s’agit d’investir.


Promouvoir une éducation inclusive :
 L’éducation doit être une priorité et des possibilités d’accès à l’éducation offertes aux populations les plus défavorisées. L’enseignement ne saurait être abandonné à des groupes religieux sans aucune régulation globale.

Reprendre l’initiative politique

Réaffirmer les principes démocratiques et le respect des libertés publiques : Le risque est réel d’une instrumentalisation par certains courants politiques du combat contre le djihadisme pour restreindre les espaces et les libertés démocratiques . Et pourtant renoncer aux valeurs de liberté et de démocratie au nom d’une affirmation des exigences sécuritaires contribuerait à alimenter les sources de conflictualités.

Le combat contre le djihadisme passe non pas par des restaurations autoritaires mais par l’approfondissement de la démocratie. A cet égard les élections sont des conditions nécessaires et non suffisantes au bon fonctionnement d’une démocratie. Il importe d’imaginer et de définir des formes d’organisation plurielles de gestion et de moralisation des pouvoirs.

Résoudre les conflits locaux : Il n’y a pas de réponse exclusivement militaire et définitive au djihadisme. La réponse est également politique. Il s’agit de reprendre l’initiative politique afin de résoudre par la voie du dialogue les conflictualités locales souvent instrumentalisées par les mouvements djihadistes.

Isoler les mouvements djihadistes : Les mouvements djihadistes cherchent à fragmenter les sociétés. Face à ce projet de division, il faut fédérer les populations et refuser tout amalgame entre djihadisme et islam.

Agir ensemble: Un travail de veille, de réflexion, de proposition, d’influence s’impose sur la question du djihadisme. Le développement de plateformes de dialogue et d’échanges regroupant des acteurs issus des diasporas africaines et des amis de l’Afrique est à encourager à cet effet. Les Africains de la diaspora ont un rôle important à jouer pour impulser les changements nécessaires en faveur de la paix et du développement de l’Afrique.


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