Des africaines distinguées par le prix Terre de Femmes

  • By SLKNS
  • 14 mars 2012
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Par Yasmina Lahlou

Trois Marocaines et une Malienne, toutes engagées dans des projets de protection de l’environnement, ont été récompensées le 18 février dernier à Marrakech (Maroc) lors de la 3e édition du prix Terre de Femmes. Cet évènement organisé par la fondation Yves Rocher a couronné leurs projets novateurs qui ont tous la particularité d’apporter apportent une valeur ajoutée à l’écologie tout en contribuant à l’amélioration des conditions de vie des populations défavorisées.

Fatema Takiedine, de l’association Grand cœur pour l’environnement et le développement durable de la ville d’El Jadida, a remporté le premier prix. Le deuxième prix est revenu à Naïma Belhouferte, de la Coopérative Tifaouine de production d’huile d’argan dans la province d’Essaouira. Le troisième prix a été attribué à Imane Taiime de la Fondation Norsys, de Marrakech. Enfin, le prix Terre de Femmes Afrique est allé à Assétou Kanouté, de l’association pour le développement des activités de production et de formation (ADAF/GALLE), de Bamako, au Mali.

C’est en réalisant que les femmes étaient particulièrement sensibles à la protection de l’environnement que la fondation Yves Rocher-Institut de France a créé le Prix Terre de Femmes. « Quand il s’agit de préserver les ressources naturelles, d’éduquer à l’environnement, d’aimer la nature, toutes les actions sont utiles. Ces femmes de cœur, qui sont aussi des femmes d’action, l’ont prouvé », souligne Jacques Rocher, président d’honneur de la fondation.

La lauréate du premier prix Terre de Femmes Maroc, Fatema Takieddine, est une enseignante qui est aussi une militante dévouée à la cause environnementale. Avec son association, elle s’est attaquée à “l’accablante indifférence juvénile à l’égard de l’environnement”. Elle œuvre à sensibiliser les Marocains aux préoccupations écologiques à travers la création d’espaces verts dans les établissements scolaires, de parcs et jardins dans les quartiers. Elle anime également des ateliers sur la gestion des déchets. L’une de ses réalisations phares est « la caravane de l’arbre durable » qui cible les femmes des zones rurales afin de les inciter à planter des arbres fruitiers. Celles-ci peuvent ainsi augmenter leurs revenus grâce après récolte (vente des fruits, fabrication de confitures…).

Naïma Belhouferte, la deuxième lauréate, a créé la coopérative Tifaouine de production d’huile d’argan et s’active en parallèle à promouvoir l’utilisation de cuiseurs ou fours à énergie solaire. Une démarche responsable qu’elle tente d’inculquer aux femmes rurales de sa région. La jeune Imane Taiime, elle, a reçu le 3e prix pour son action au sein des différents lycées de la ville de Marrakech : elle y a créé les clubs de l’environnement afin d’encouraer les jeunes à prendre des initiatives citoyennes et les initie à la création d’entreprises « vertes ».

Enfin, Assétou Kanouté, lauréate du prix Terre de Femmes Afrique, œuvre depuis près de deux décennies à la préservation des richesses qu’offre le sol de son pays natal, le Mali. Titulaire d’un Master en écologie et développement des pâturages, Assétou défend et valorise le savoir-faire traditionnel des paysans et les aide à développer des techniques de production innovantes.

 

 Interview :  Fatema Takieddine, lauréate du 1er prix Terre de Femmes

UFFP : Pouvez-vous nous présenter votre parcours personnel ?

Fatema  Takieddine : Je suis originaire de Doukkala, une région agricole dont les habitants ont des liens très forts avec la terre. Mais je suis aussi citadine puisque je vis à El Jadida, ville où j’ai grandi et où j’ai effectué toutes mes études, du primaire au supérieur. J’ai étudié la littérature française à la faculté puis je suis devenue institutrice d’arabe dans une école primaire. J’encadre aussi mes élèves au sein du club de l’environnement que j’ai créé, je fais du jardinage avec eux et je leur apprends à cultiver des plantes. Par ailleurs, en collaboration avec la commune de Moulay Abdellah (premier partenaire de notre association), nous avons eu l’idée de travailler dans les douars avec les femmes et les enfants. Objectif : 300 femmes rurales qui vont planter 3.300 arbres fruitiers. On cible en priorité la femme parce que c’est elle qui éduque les enfants. En passant par elle, on gagne ainsi plus de temps dans la préservation de l’environnement.

 Pourquoi avez-vous choisi d’appeler votre association « Grand cœur » ? Qu’est-ce qui vous a donné envie de la créer ?

Parce que toutes les militantes de cette association ont un grand cœur (rires). Avant de la créer, j’avais travaillé dans des ONG internationales telles que le Forum maghrébin pour le développement durable. J’ai été également militante au sein du parti écologique « Vert Maroc », puis tête de liste du parti de l’environnement- développement durable avec monsieur Ahmed Alami lors des dernières élections législatives. Il faut réfléchir globalement aux questions écologiques mais agir localement. C’est de cette conclusion qu’est née l’association locale Grand cœur que j’ai créée en 2009.

Quel score votre parti a-t-il réalisé lors des dernières législatives ?

Nous n’avons pas gagné. Les écologistes n’ont pas beaucoup de succès au Maroc et c’est précisément pour cela que je suis ici, pour sensibiliser les Marocains qui n’ont pas encore de véritable conscience verte. Ils n’ont pas compris qu’il faut protéger l’environnement et que sans cela il ne peut y avoir de développement. A fortiori en ces temps de crise économique où il faut trouver des modes de production alternatifs tels que les énergies renouvelables ou de nombreux autres exemples. Il y a beaucoup à faire dans ce domaine, il faut seulement prendre l’initiative ; et avoir un grand cœur !

Racontez-nous l’opération « Mesk el Lil » (Belle de nuit, en arabe) que vous avez menée dernièrement :

Il s’agissait de sensibiliser à l’hygiène et à la propreté les commerçants du marché central d’El Jadida. Or ce marché est spécialisé dans le poisson et se trouve à proximité de deux écoles… A cause de l’odeur et des déchets jetés dans la rue, les élèves et les enseignants sont incommodés et cela les empêche de travailler dans de bonnes conditions.  On m’a alors sollicitée et nous avons organisé l’opération « Mesk el lil » : on a planté ces fleurs au parfum magnifique  autour du marché et lancé une campagne de sensibilisation à la gestion des déchets auprès des vendeurs de poisson ainsi qu’une distribution de poubelles au profit des commerçants. En outre, nous avons signé un contrat avec une société de nettoyage afin qu’elle nettoie bénévolement le marché au moins deux fois par semaine.

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