Un peu plus d’une semaine après l’incendie dans un bar à Crans-Montana qui a coûté la vie à 40 personnes, un hommage a été rendu aujourd’hui en Suisse aux victimes, en présence notamment de leurs proches. Une cérémonie d’hommage a été organisée à Martigny, à une quarantaine de kilomètres de Crans-Montana. Elle a débuté vers 13h45 et s’est achevée vers 15 heure ce jour du 9 janvier 2025.
La population suisse a observé une minute de silence en hommage aux victimes de l’incendie du bar Le Constellation, qui a fait 40 morts et 116 blessés la nuit du Nouvel An.
Cette minute de silence marque une journée de deuil national et d’hommages aux victimes.
Oui une semaine après cet épouvantable drame, on voit bien ici l’élan de solidarité international qui a dépassé les frontières et qui ne tarit pas. Alors que l’enquête continue pour déterminer les négligences et les responsabilités de tout un chacun. Au delà de l’aspect juridique voire pénal, il est important pour nous lecteurs, parents, familles proches ou lointaines, tentions d’essayer de survivre au tourbillon émotionnel que tout ceci a amené dans notre quotidien.
Car nous sommes tous endeuillés d’une manière ou d’une autre, impossible d’être insensible à cette tragédie qui a touche nos enfants du Monde.
Trois jeunes rescapés se sont adressés” aux jeunes lors de la cérémonie: “nous sommes une génération qui grandit dans un monde fragile, parfois dur, souvent injuste. Pourtant, malgré les doutes, malgré la peur, notre génération continue d’avancer”.
“Oui, il reste encore tellement à faire, tellement de choses à réparer”, mais “n’oubliez jamais pourquoi vous vous battez, pour qui vous vous battez. Chaque effort compte, même ceux que personne ne voit”, affirme Solal une des rescapés.
“Vous faites de votre mieux avec ce que vous avez, dans un monde qui ne vous épargne pas toujours”, ajoute la jeune femme. “Laissez-nous vous le dire aujourd’hui, nous sommes fiers de vous”.
“Tant que le soleil brille, profitez de chaque instant, aussi fragile soit-il. On ne peut pas ajouter des jours à la vie, mais on peut ajouter de la vie aux jours”, conclut-elle.
Ces trois jeunes, qui étaient sur place lors du drame de Crans-Montana, ont tenu à rendre hommage aux victimes de l’incendie”.
“Cette soirée qui devait marquer le début d’un nouveau départ, de nouvelles promesses, a sombré dans l’horreur”, débute une rescapée.
“Très vite, tout s’est figé”, avec des images “insoutenables”. “
UFFP a tenu à exprimer sa profonde solidarité pour ces jeunes du Monde entier dont le destin a basculé dans l’horreur la nuit du 31 décembre 2025. En faisant une série de billets sur la gestion du trauma du deuil notamment dans le cas d’une tragédie de groupe ou de masse. Car aujourd’hui précisément a eu lieu en Suisse en présence de notre président Emmanuel Macron ( neuf Français ont péris dans l’incendie) l’hommage aux victimes. L’occasion pour trois jeunes rescapés de l’incident terrible de prendre la parole pour témoigner de leur vécu mais surtout leur envie de continuer à vivre ” intensément”
UFFP à cette occasion, donne également la parole à Sophie Canaguier une consœur thérapeute spécialiste dans la gestion des Traumas pour tenter de décrypter ce qui peut se passer dans un après trauma et les risques psycho émotionnels que cela engendre.
Par Fériel Berraies Guigny UFFP editor

Entretien avec Sophie Canaguier
1) Parlez-nous de votre perception de ce qui s’est passé à Crans- Montana?
En premier lieu, j’ai été horrifiée comme tout le monde par ce drame. Je ne regarde pas la TV et j’ai eu quelques jours de retard pour connaître l’exactitude des faits. J’avais juste entendu qu’un réveillon avait tourné au cauchemar sans en connaître les détails.
Ensuite, ce genre d’événement met toujours en lumière de façon très brutale les contrastes de l’être humain: le plus beau comme le plus inquiétant.
D’un côté, les jugements des uns et des autres, les préoccupations sur la présence de jeunes gens dans un bar et du fait qu’ils filmaient au lieu de fuir, sur le niveau social des victimes, plutôt que sur l’absence de sécurité par exemple. Les articles des magazines prêts à tout pour générer du clic: photos de grands brûlés, titres putaclic etc. Tout ceci sans la moindre considération pour les familles.
D’un autre, fort heureusement, la beauté dont peut faire preuve notre espèce : les élans de solidarités, ceux qui proposaient d’héberger des familles de victimes hospitalisées dans leurs villes, les coupeurs/barreurs de feu qui œuvrent à l’unisson, jusqu’aux plus grands gestes de bravoure, des pompiers aux jeunes présents sur les lieux.
Ce genre de tragédie agit comme un révélateur: il amplifie les zones d’ombre, la recherche de sensationnel, les jugements et la mobilisation collective, l’empathie, la solidarité.
2) les Tragédies climatiques géopolitiques, les déviances sociales, les attentats on a plus ou moins connu cela, qu’est ce qui est différent cette fois ci? Le jeune âge, et l’aspect festif et le fait aussi que c’est dans une station huppée donc safe?
Je pense qu’il y a plusieurs dimensions qui rendent un événement particulièrement bouleversant.
Une des premières clés de compréhension est la proximité: les êtres humains sont toujours plus affectés par ce qui se passe près d’eux. Cela facilite l’identification et le projection pour beaucoup.
Ensuite, il s’agit d’un soir d’une fête que tout le monde partage, le Réveillon du Jour de l’An qui invite encore à la projection.
En 1970 un incendie similaire a eu lieu et avait également touché la population avant d’être balayé médiatiquement par la mort de De Gaulle.
La couverture médiatique joue énormément sur l’émotion du public.
Si on lisait une ligne dans un journal “incendie lors de la Saint Sylvestre- 40 morts” on trouverait cela affreux et passerait à la page suivante. Là nous avons un traitement à 360°: des vidéos du feu, des probables victimes, à l’intérieur, à l’extérieur, les témoignages en boucle sur les réseaux et chaînes de TV.
Nous sommes submergés d’images, de visages, de regards, de récit de familles, dans un flux constant. Notre cerveau est très sensible aux signaux visuels forts, surtout lorsqu’ils impliquent des visages et des situations extrêmes. Cela intensifie notre vécu émotionnel collectif.
Enfin la violence, l’atrocité de ce que ces jeunes ont vécu – la rapidité du feu, la soudaineté, l’horreur, touchent des zones très profondes de notre cerveau. Le feu, la panique, les cris, le chaos activent fortement notre amygdale, les circuits de vigilance et éveillent notre attention et les mécanismes de survie. Ce n’est pas un choix conscient cela réveille une partie très archaïque de notre développement. Le cerveau a besoin de comprendre ce qui n’a pas de sens pour restaurer un sentiment de contrôle cognitif face à l’impuissance.
4) On parle de trauma collectif, surenchérit par des images en boucles, des vidéos avant pendant et après, est ce que cela a augmenté l’impact émotionnel selon vous?
Oui, très clairement ! Les informations visuelles ne sont pas traitées pareillement qu’un texte par exemple. D’un point de vu neurobiologique, le cerveau réagit comme si vous étiez devant la scène en réel. La répétition de l’exposition aux images empêche la régulation de notre système nerveux face à l’information. Cela maintient un état de vigilance, sans possibilité de l’assimiler. Plus l’image est revue plus elle s’imprime dans notre mémoire, comme un souvenir émotionnel. Toute personne exposée ne développe par de traumatisme. La majorité des individus vivent une activation émotionnelle transitoire qui pourra s’apaiser et être mise à distance. Le terme de trauma collectif est utilisé médiatiquement mais ne correspond pas toujours à une réalité clinique, cela renvoie à un événement marquant de la mémoire commune.
Les symptômes de trauma collectif sont les mêmes que ceux d’un trauma plus personnel comme l’hypervigilance, les troubles du sommeil, reviviscences, anxiété, irritabilité etc. Comme tout trauma, ce n’est pas l’événement en lui-même, mais la trace qu’il laisse dans l’organisme. Aujourd’hui nous n’en sommes pas à ce stade.
Lisez nos sujets sur le Trauma et sa gestion
5) Comment expliquer la sidération et la passivité des jeunes qui se filment? ensuite les réactions post drame vous en pensez quoi?
La sidération et la passivité de ces jeunes qui filment peuvent être vraiment déroutantes vues de l’extérieur. N’oublions pas que nous les regardons en connaissant la suite! Ces jeunes n’en avaient pas la moindre idée. Ce sont des jeunes qui font la fête, la musique continue, aucun plan de sécurité n’est mis en place, il y a probablement de l’alcool en plus dans l’équation.
Etaient-ils inconscients du danger de par ces éléments ou étaient-ils en réaction traumatique de dissociation, coupés de l’accès à leurs ressources, à leur capacité décisionnelle? malheureusement nous sommes incapables de le dire à partir d’images seules, nous pouvons seulement émettre des hypothèses.
Dans certains contextes on sait aujourd’hui que la sidération ne ressemble pas toujours à de l’immobilité figée mais à une absence de modification du comportement en cours. Le téléphone peut également jouer un rôle de mise à distance inconsciente. L’effet de groupe a été également largement étudié en psychologie sociale dans des situations de menace : plus il y a de personnes présentes dans une situation d’urgence, plus l’interprétation de la menace est biaisée et les réactions individuelles peuvent être inhibées. Chacun attend un signal clair de panique, sauf qu’avec les copains qui dansent et la musique qui tourne encore on n’y est pas, et la suite on la connaît, c’est allé très vite !
Quant aux réactions, comme on en a parlé juste avant, certaines sont indécentes je trouve et peuvent générer de l’incompréhension et de la colère. J’invite toutes celles et ceux qui nous lisent et sont touchées par ces réactions à préserver leur système nerveux en se concentrant sur les élans de solidarité et la compassion.
Relisez nos sujets sur le deuil traumatique
6) Des cellules de soutien psy, accompagner les parents et les survivants, mais la réparation au fond est elle qualifiable et quantifiable?
Les cellules de soutien psy jouent un rôle fondamental dans les premières phases pour contenir le choc, prévenir l’isolement, normaliser les réactions et orienter les victimes vers un accompagnement spécialisé. Mais elles ne sont pas encore au stade de la réparation.
La question de la “réparation” après un tel événement est complexe, le psychisme humain n’est pas comme un organe dont on peut chiffrer la capacité restante. Il n’existe pas d’indicateur unique universel pour quantifier les dommages. Le seul marqueur sera la quantité de symptômes physiques et de syndrome post traumatique.
En revanche, il est essentiel que les personnes directement exposées ou indirectement soient accompagnées. Tout particulièrement les jeunes survivants. Il serait bien que les chaînes en recherche d’images sensationnelles arrêtent d’interviewer ces jeunes en état de sidération. Raconter encore et encore peut retraumatiser.
Il faut un accompagnement adapté, avec des professionnels formés au trauma, pas une psychothérapie classique par la parole qui pourrait être contre-productive dans un premier temps.
On parle beaucoup des victimes qui ont perdu la vie, et à juste titre, mais mes pensées vont aussi vers les familles donc la vie entière sera probablement profondément impactée par ce drame. Pour certains il va falloir apprendre à vivre avec une succession de deuils (amis, repères, relations, insouciance etc.) Je leur souhaite de se rapprocher d’associations et de professionnels formés pour être au mieux accompagnés.
Enfin rappelons que réparer n’est pas effacer, l’enjeu est de permettre à ces jeunes de vivre en étant de moins en moins envahies par l’événement, de trouver une capacité de régulation et de sécurité intérieure.
7) Vous travaillez sur le trauma avec certains outils vous proposez quoi?
En réalité je pense que tous les thérapeutes travaillent plus ou moins avec le trauma, car il est toujours à un moment ou un autre “dans la pièce”. Il est primordial d’être à minima “trauma-informé”.
Dans mon accompagnement j’utilise des outils qui agissent sur le psychisme mais aussi et en premier lieu, sur le corps. Le corps est le siège de la marque traumatique c’est là que la réponse de survie est restée figée et c’est de là qu’elle demande à arriver à son terme. J’ai une pratique somatique de libération et je pratique l’EFT, l’EMDR, l’hypnose et d’autres. Le but commun est de ramener de la sécurité et des ressources dans le corps.
Je me forme en continu car le champ du trauma est en constante évolution, les avancées neuroscientifiques font évoluer considérablement la pratique. Je conseille à vos lecteurs la Somatic Experiencing et l’EMDR pour la résolution de traumas, qui selon moi, ont le plus de résultats.
Bio expresse :
Sophie Canaguier est orthophoniste, coach certifiée et thérapeute spécialisée dans la régulation du système nerveux, les traumas et les relations toxiques. Formée notamment à l’hypnose, à l’EFT, à la théorie poly vagale et aux approches somatiques, j’accompagne les personnes sorties de relations destructrices à restaurer leur sécurité intérieure et leur capacité à créer des liens sains et aide les personnes que j’accompagne à restaurer un espace de sécurité dans le corps pour libérer du trauma.
Elle est l’auteur de ” Tu ne m’auras plus ” (sortie le 26 mars chez Eyrolles). Elle partage également son travail et des contenus pédagogiques sur Instagram via le compte @sophie.canaguier
Elle vit et exerce à Nîmes dans le sud de la France
Sophie Canaguier
12b rue de la marjolaine
30230 Rodilhan près de Nîmes
Instagram @sophie.canaguier
