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Reconstruire le Congo-Brazzaville : la vision d’Edgard M’FOUMOU-NÉ

Ajouté par , Le mai 3, 2013 , dans Buzz, Ethical Planet, Evénement, Société

 

 

Essai réquisitoire,  fruit d’une réflexion intellectuelle et politique d’un vécu au Congo-Brazzaville, Edgard M FMOUNOU, fait parti de ces intellectuels engagés, qui croit en la relève d’une certaine Afrique. A travers les activités dans les milieux associatifs et politiques, il dresse un constat amer d’une gouvernance totalitaire qui n’en finit pas d’asphyxier l’idéal de la démocratie africaine. Cet essai,  s’adresse aux Congolais, aux Africains et à tous ceux qui ont soif de justice et de reconnaissance pour l’Afrique en général et le Congo-Brazzaville en particulier.  Elle  s’inscrit aussi dans la perspective de servir de matériau utile aux futurs bâtisseurs du Congo.

 

Par Fériel Berraies Guigny

La problématique du renouveau Congolais plus que jamais nécessaire, implique une tabula rasa de la gouvernance actuelle et de ses institutions. Car c’est de là que pourrait se mettre en place la véritable reconstruction de la République et de ses valeurs. Un livre tranchant et éclairé dont l’unique ambition est de combattre le totalitarisme afin qu’il ne devienne plus une  tradition politique dans une certaine Afrique.

Paru aux éditions l’Harmattan.

Portrait Mfoumouné

Edgard M’FOUMOU-NÉ

Entretien avec l’auteur :

1°) Votre livre est un plaidoyer contre la dictature politique en Afrique ? C’est Courageux !

Merci pour le courage.

En effet, dans un monde concurrentiel où l’humain est le premier capital, il est difficile de demeurer un observateur passif de la situation en Afrique en général et au Congo-Brazzaville en particulier. Car l’État, principal acteur institutionnel, semble insensible au destin des populations. Les dictatures africaines continuent à s’encrasser dans des idéologies totalitaires. Ce livre est un cri du cœur en tant qu’Africain et un plaidoyer pour ramener à la  raison et  pour tracer les perspectives d’un renouveau Congolais.

S’agissant du peu de clémence à l’égard de M. Sassou-Nguesso,  mon analyse critique reste objective car elle ne fait que révéler les actes de l’héritier de l’idéologie révolutionnaire au Congo. Je suis comme tous les Congolais qui pensent que son régime n’est pas un exemple en matière de gouvernance et de respect des droits de l’homme !

Le comble est que M. Sassou a toujours inversé les rôles en essayant de prendre ses victimes pour des agresseurs. Il incarne bien tout ce qui se fait de nocif dans la gestion des affaires publiques.

Aujourd’hui, il y a une  unanimité quant à son départ.

2°) Votre livre est au cœur de la problématique de la reconstruction au Congo ? Pour vous quelles sont les bases pour le renouveau Congolais ?

Le Congo est à reconstruire. Un diagnostic complet est plus que nécessaire car la structure socioéconomique s’est effondrée. Ce changement nécessaire au renouveau du pays doit s’opérer en trois étapes :

Au niveau Culturel il faut valoriser la citoyenneté pour ainsi mettre un terme aux discriminations et aux injustices sociales. Il faut parvenir à  moraliser la vie publique.

D’un point de vue politique, il faut doter   le pays d’une base juridique saine respectueuse de l’État de droit, et qui instaure l’alternance démocratique comme  principe d’accession au pouvoir.

D’un point de vue socioéconomique, il faut  orienter l’action des pouvoirs publics sur les problématiques qui concernent directement les Congolais, à savoir l’emploi, le pouvoir d’achat, le cadre de vie et les infrastructures de développement.

3°) Le monolithisme politique et l’État policier qui prévaut, est entretenu depuis des décennies et c’est endémique en Afrique, d’autant qu’il appelle souvent aux conflits ethnocides et fratricides.

Le monolithisme existe depuis des décennies. Il crée des conflits politiques de par sa nature à étouffer l’expression d’autres opinions politiques. Le monolithisme Africain a été institué dans l’idée de rassembler le peuple dans un parti unique pour parvenir à l’unité nationale. En réalité, c’était une stratégie de pouvoir pérenne. C’est une erreur, car on ne peut pas uniformiser la pensée humaine.

Le Congo a connu l’un des régimes de parti unique les plus cruels en Afrique. Il y a des stigmates sociaux qui ont laissé des empreintes encore aujourd’hui. La campagne de terreur qui a accompagné le coup d’État de Mr Sassou-Nguesso a non seulement accentué le phénomène, mais a remis à l’ordre du jour un État policier et un monolithisme débridé.

Il y a certainement en Afrique des gens, à l’image de M. Sassou, qui trouvent un  intérêt à dénaturer les conflits politiques. Cela tient d’une culture de revendication ethno tribale du pouvoir. Il instrumentalise le pouvoir au profit d’une élite ethnique, tribale ou clanique. La précision est importante car socialement, les populations logent toutes à la même enseigne, celle de la misère sociale.

4°) De la colonisation à aujourd’hui, le Congo est  un acteur passif qui subit les assauts économiques et le jeu d’influence géostratégique du reste du monde ? A quand le réveil ?

Il y a bien un assaut économique subi car l’exploitation industrielle est influencée par les besoins de la demande extérieure et aussi rendue possible par un savoir-faire importée. C’est le cas dans beaucoup de secteurs économiques tels que la pharmacie, l’énergie, les routes et les télécommunications, etc.

Cela s’observe à travers la structure de notre économie et notamment à travers la formation du PIB. Le PIB Congolais est constitué à plus de 90% des matières premières (le pétrole et le bois) exportées brutes. La production agricole représente 6% et les 3% des biens et services occupent une part négligeable. Autant dire qu’il n’y a pas de valeur ajoutée économique.

C’est vrai que le Congo n’a pas l’étoffe pour se mesurer à une quelconque puissance du G8 ou G20. Mais ce genre de faiblesse se compense par la création d’ensemble économique plus vaste en se rapprochant des pays voisins. Une dynamique économique sous régionale peut engendrer des consortiums industriels. C’est ainsi que l’on peut à la fois faire face aux défis de développement de nombreux secteurs économiques. Mr Sassou préfère lier des accords de sécurité, injustifiés par aucune menace, avec ses voisins pour uniquement verrouiller ou quadriller les Congolais.

Le Congo subit le jeu d’influence dans ses relations avec la France. Relations qui représentent la ligne de crête de la vie politique nationale. Au lieu de jouer à l’équilibrisme dans les relations diplomatiques, il serait mieux de bâtir une plate-forme politique contre l’ingérence extérieure. Parce que la souveraineté ne passe pas uniquement par le rapport de force économique ou militaire. Elle découle aussi de la personnalité morale que dégagent les États. À l’image de la Suisse, il y a bien des États souverains qui ne disposent pas d’armée.

Le réveil viendra avec l’amorce d’une volonté réelle de développement qui ne fixe pas d’échéance. Le réveil viendra aussi quand les dirigeants Congolais comprendront que le pays n’est pas une marchandise que l’on propose en échange d’une légitimité d’emprunt.

Le sursaut républicain, qui est la lame de fond, commence à agir.

5°) Quels sont selon vous, les étapes incontournables pour parvenir à l’équilibre socio et économique dans le pays,

Les étapes incontournables sont relativement simples :

  1. Redonner au système bancaire son rôle de poumon économique capable de soutenir l’investissement privé.
  2. Rendre la consommation de moins en moins dépendante des importations pour booster la production locale.
  3. Développer le commerce régional pour que les emplois et la production des uns et des autres favorisent l’interdépendance économique par le financement et la consommation.
  4. Régler les problématiques liées à la cohésion sociale : santé, éducation, retraites, cadre de vie, l’eau et l’électricité.
  5. Réviser la grille des salaires à la hausse pour augmenter le pouvoir d’achat des Congolais et permettre ainsi à l’État de retrouver ses capacités de recouvrement fiscal, car le faible niveau de rémunération encourage la volatilité des recettes fiscales ponctionnées à chaque échelon administratif.

 

6°) La Synthèse qui est le cœur de votre essai est une feuille de route qui s’appuiera sur un cahier des charges qui définit une rationalité économique et politique à instaurer dans le pays ?

En effet, la synthèse globalement est une recherche d’une voie de cohérence à travers les stigmates de l’histoire pour redonner à la république un sens, une norme et une identité respectable. Concrètement, elle est une feuille de route qui permet au pays de se mouvoir avec une triple latitude stratégique :

  1. Une stratégie de cohésion sociale qui consiste à redonner à l’État sa vocation à traiter les questions liées au développement économique et sociales à partir du patrimoine disponible.
  2. Une stratégie d’efficacité budgétaire qui permet au pays, au fil des exercices budgétaires, d’éliminer un à un les problèmes qui se posent au pays.
  3. Une stratégie de stabilité institutionnelle dé corrélée de la variable électorale dans son fonctionnement, mais basée sur une norme juridique juste et une représentation sociologique équitable (résultant d’un découpage électoral juste) dans les institutions.

Cette feuille de route s’appuie sur un cahier des charges qui définit une rationalité économique et politique pour réhabiliter le citoyen Congolais dans sa dignité, pour régénérer le patriotisme délité, réparer les injustices sociales causées par les faits politiques, et enfin, pour ressusciter la confiance et l’estime de l’État.

7°) La République dans son sens symbolique mais également pratique signifierait quoi exactement ?

Par les symboles, la république est un drapeau, une hymne, une devise et une langue officielle. C’est très limitatif comme caractéristiques. Pour donner un sens concret, il faut un projet constitutif qui unit ses ressortissants en un peuple. C’est une sorte de mythe fondateur qui imprime une conscience patriotique et l’idée d’appartenance à un État qui défend les intérêts de ses citoyens à l’intérieur comme à l’extérieur de ses frontières.

Malheureusement, la formation de l’État, telle que pratiquée par les révolutionnaires Congolais, n’a obéit à aucune logique unificatrice. Les révolutionnaires Congolais se sont illustrés par des actes partiaux, des discriminations et l’exclusion sur la base du patronyme ou de la langue. Ils n’étaient pas porteurs d’un projet pour réformer le pays ni pour le développer. Ils étaient porteurs d’une revendication du pouvoir sur une base ethno tribale. Cette inclinaison politique vient du fait que ces pseudo révolutionnaires formaient un groupuscule éclipsé quelques années plus tôt par le leadership du premier président de la république, l’abbé Fulbert Youlou qui a dirigé le pays dans un contexte démocratique. Sa chute brutale a été l’occasion inespérée à ces impatients pour instaurer un régime monolithique qui a duré 30 ans (la Conférence Nationale Souveraine de 1991 a mis fin à cette escroquerie intellectuelle et politique) et dont Sassou-Nguesso vient de jouer les prolongations à la faveur d’un coup d’État sanglant.

Aujourd’hui, la république est gérée par un État voyou qui martyrise les Congolais. Le patriotisme délité permettrait à un État voisin ayant des velléités expansionnistes en Afrique Centrale d’envahir le Congo sans que les Congolais n’opposent une résistance. C’est une éventualité heureusement peu probable. Mais l’illustration en a été donnée par la chute du maréchal Mobutu où son armée n’a pas été en mesure de combattre la rébellion de Laurent Désiré Kabila, père de l’actuel président de la RDC. C’est dire que lorsque le patriotisme se délite le pays devient vulnérable.

Le patriotisme est révélateur du sens pratique d’une république une et indivisible. On est dans la république lorsque le citoyen se confond avec elle, indépendamment de ses origines sociales qui est l’expression d’une diversité susceptible d’apporter à la vie culturelle une saveur exotique.

8°) Un des maux de l’Afrique reste la gouvernance, le totalitarisme, la corruption, l’absence de liberté, comment combattre ces fléaux ?

Ce sont des attributs négatifs qui collent à l’Afrique et qui fragilisent le continent sur le plan des valeurs et des identités nationales. C’est aussi la conséquence des comportements issus de la guerre froide et d’une culture pastorale qui érige le président de la république en père de la nation et le citoyen en sous produit sociologique.

Pour combattre ces maux, il faut des mesures coercitives.

Les solutions sont donc à deux niveaux :

  1. Au niveau international : la géopolitique occidentale doit privilégier d’autres critères d’appréciation du développement autres que les grands équilibres macroéconomiques. La vision purement comptable est trompeuse car les dictatures africaines peuvent les falsifier ou corrompre les inspecteurs institutionnels. C’est un combat que mènent les ONG de la coalition « Publiez ce que vous payez ». Il faut des indicateurs de la qualité de vie pour apprécier le développement.
  2. Au niveau local : voir émerger une société civile forte et intraitable sur l’éthique. Il faut aussi renforcer les mesures de contrôle des responsables institutionnels et du personnel administratif pour combattre l’enrichissement illicite.

Pour le cas du Congo, il faut des mesures drastiques pour colmater cette gouvernance  poreuse :

  • Sortir la question du pétrole de la clandestinité. Un contrôle parlementaire sur les revenus et les contrats pétroliers permettrait de réduire l’influence des compagnies pétrolières sur le jeu politique national.
  • Instituer une politique de guichet du trésor pour les administrations publiques afin que les dépenses et les recettes soient gérées à ce niveau.
  • Instituer l’utilisation du chèque de trésor pour les missions des agents à l’extérieur comme à l’intérieur du pays pour limiter et sanctionner les abus.

Rappelons que lorsque le sommet de la pyramide institutionnelle garantit les privilèges, c’est un pan entier de la société qui s’écroule par l’impact des pratiques nocives du sommet. Au Congo, la famille régnante préempte les revenus nationaux. C’est naturellement que l’agent administratif ponctionne dans les recettes fiscales sa part devenue un complément de salaire. Dans ces conditions, c’est le sommet et ses mœurs qu’il faut changer. Le problème est culturel.

9°) Une charte africaine pour la Démocratie et les droits, une bonne gouvernance, impliqueraient également la levée de certains tabous ?

Une charte africaine est possible, mais qui peut l’initier ? L’UA est une structure noyautée par des chefs d’État à la légitimité discutable et qui affichent un désintérêt déconcertant au destin des peuples Africains.

Je pense qu’il faut aller plus loin. Un moratoire international limitant les mandatures africaines à 5 ans maximum et renouvelable une fois. Je pars du principe que la multiplication des expériences mûrit les peuples. C’est peut être coercitif, mais lorsqu’on regarde la situation des pays Africains, il y a de quoi jeter des fleurs au colonisateur qui a laissé des infrastructures de développement dignes, en dépit de la valeur sentimentale de ce passé.

Par extension, le NEPAD est une sorte de charte. Son inefficacité provient du fait que les structures de gestion et de contrôle sont animées par les chefs d’États Africains eux-mêmes. Vous comprendrez par là que l’inefficacité est structurelle. À l’image des organismes de notation financière qui ne peuvent mal noter leurs clients. Ou encore, à l’instar de la toile des Conseils d’Administration des multinationales.

D’où il y a certainement des tabous à lever comme par exemple :

  • L’ingérence politique qui doit être encadrée de sorte qu’elle privilégie le droit et la légitimité des peuples. Ne pas en discuter c’est laisser le champ libre aux puissances d’intervenir sur le continent au gré de leurs intérêts exclusifs.
  • Placer les scrutins africains sous mandat de contrôle et d’exécution international.
  • La transparence dans les flux financiers des États qui ne doivent plus transiter sur des comptes privés.

 

10°) Qui pourraient être les futurs bâtisseurs du Congo Brazzaville ? Quel est selon le rôle de la diaspora africaine à cette fin ? Qu’en est-il de l’Unité africaine et du panafricanisme ?

Les futurs bâtisseurs du Congo sortiront de la synthèse politique et idéologique que nous préconisons moi et mes amis. Il existe à présent des convergences d’idées sur cette question. C’est une affaire de temps. La volonté d’impulser une dynamique nationale capable de libérer les forces vives et de se mouvoir avec une latitude socio-économique est là.

Dans ce contexte, l’attitude de la diaspora africaine sera déterminante pour l’Afrique en général et le Congo Brazzaville en particulier. Les diasporas les plus dynamiques sont celles de l’Afrique de l’ouest qui ont une culture communautaire enracinée. La diaspora Congolaise est désorganisée. Le plus à plaindre c’est l’absence de stratégie économique et sociale de l’État Congolais envers sa diaspora. Aucune mesure d’intégration socioéconomique n’est mise en œuvre. Le rapatriement de l’épargne de la diaspora est un enjeu économique ignoré.

Le panafricanisme est un concept culturel et politique cherchant à favoriser une solidarité entre États Africains. Sur le plan pratique, le panafricanisme est un slogan creux puisque dépourvu de contenu concret. L’Afrique ne peut pas juguler ses crises alimentaires, humanitaires et armées sans le secours des ONG occidentales ou des forces d’interpositions de l’ONU. Cela se passe de commentaires.

11°) Parlez-nous des générations post Conférence Nationale Souveraine ? Le Congo Brazzaville est en mutation continuelle, qu’augurer de tout cela, un réveil, un sursaut ou l’enlisement ?

C’est tout à la fois. La CNS de 1991 a été une mutation politique et culturelle qui a modifié le paysage politique. Le pays a voulu rompre avec le monolithisme qui avait cours dans le pays depuis ce fameux 15 août 1963 marquant le début de l’escroquerie politique baptisée révolution.

Une nouvelle génération a émergé. Celle-ci forme une communauté d’esprit et d’idéal : la démocratie et l’État de droit.

Une partie de celle-ci a été un temps aspirée par l’appel clientéliste des ex révolutionnaires. Elle est aujourd’hui émancipée et affiche ses ambitions. Elle est déterminée à ne plus subir les antagonismes et à solder le contentieux républicain.

La jeunesse post CNS, qui fait aussi partie de cette génération, patauge dans la crise d’identité et dans la crise économique car elle manque de repères historiques et de repères socioprofessionnels. Elle n’a pas connu la période révolutionnaire. Par contre, elle n’a connu que la guerre. Nombreux n’ont pas eu l’opportunité d’avoir une formation scolaire digne. L’éducation est moribonde et les élèves s’asseyent à même le sol dans des classes aux effectifs pléthoriques. La situation est pire dans la région du Pool où les infrastructures d’éducation ont été sciemment détruites par le régime de M. Sassou. Le retard causé est incalculable.

M. Sassou est conscient des dommages matériels et humains causés dans le pays. Il s’arc-boute et s’accroche au pouvoir redoutant le retour de bâton. Il fait tout pour soumettre le pays à la violence utilisée comme variable d’ajustement politique. Cela donne le résultat d’un enlisement de la démocratie. C’est le but recherché par la dictature pour justifier sa présence et son maintien.

12°) L’indépendance africaine n’a jamais émancipé de facto l’Afrique, que faire pour rattraper le retard ?

Ce constat est partagé. Je relève dans mon livre que ½ siècle d’indépendance n’a pas apporté de valeur ajoutée au statut de pays libre. Pour rattraper ce retard, il faut commencer par changer la donne politique qui est à la base du bilan calamiteux.

Au Congo, la politique ne laisse plus aucun havre social et économique apolitique. Il y a une accumulation de contre-sens effrayant. Par exemple, Pendant que Brazzaville, Pointe-Noire et les grands centres administratifs souffrent d’une pénurie d’eau potable, M. Sassou entreprend une adduction d’eau potable dans son village natal. Pendant que ces mêmes villes baignent dans l’obscurité, Mr Sassou construit une centrale thermique pour éclairer sa demeure personnelle ou son village.

Les structures d’éducation sont délabrées et en ruine. Le centre culturel français est l’unique bibliothèque au Congo. Le pays se moque de la culture réduite aux manifestations du FESPAM. Vous comprendrez que la réponse à votre question est de changer l’homme et les mentalités.

13°) Le Congolais ne jouit que d’un statut symbolique de ressortissant territorial selon vos propos ?

Cela est avéré. L’illustration en amont témoigne du mauvais traitement infligé aux Congolais.

Je pars du principe qu’une citoyenneté respectée est une identité respectée. Le traitement social des Congolais et des Africains à l’extérieur est à l’image du traitement qui leur est infligé chez eux.

14°) Sa citoyenneté est bafouée. Son identité niée ?

Tout à fait ! Le régime a importé des mercenaires, des résidus du Hutu-power auteurs du génocide rwandais, et des armées étrangères (tchadiens et angolais) pour massacrer les Congolais. N’est ce pas la preuve d’une citoyenneté bafouée ?

Dans sa campagne de terreur contre la région du Pool, le régime a détruit les registres d’état civil, a scié les arbres fruitiers, a empoisonné les sources d’eau, et a détruit les outils de production du manioc. C’est bien la preuve d’une identité niée.

Pire, la vie quotidienne au Congo est un calvaire. Il ne fait pas bon de tomber malade. Les structures hospitalières sont délabrées. L’on meurt plus par insalubrité publique et l’absence d’hygiène alimentaire que de maladie. Il n’y a pas d’urgence sanitaire en milieu rural.

J’en ai fait l’expérience. En précampagne dans une circonscription électorale, Mbanza-Ndounga, j’ai dû ramener à B/ville une femme malade qui attendait un véhicule durant trois jours ! Rendez-vous compte, ce district est situé à peine 30km de la capitale. La route est impraticable. C’est de l’auto cross si vous permettez cette métaphore.

15°) La reconstruction du Congo est nécessaire sur le plan des valeurs pour parvenir à un État de droit capable de restaurer la dignité des Congolais ?

En effet, c’est l’évidence même. Les valeurs morales se sont effondrées sous le poids d’une culture incompatible avec le « vivre ensemble » transposée au sommet de l’État.

La dictature Congolaise est hermétique à la morale. Mr Sassou, adepte du centralisme démocratique, fonctionne avec un parlement nommé et a accordé une prime à la criminalité. Il a élevé au rang d’élu des criminels avérés qui ont servi sa cause dans le coup d’État d’octobre 1997.

Pour récompenser sa soldatesque, M. Sassou en vainqueur a ordonné des pillages pendant et après la guerre de 1997, et durant la première moitié de 1999 des quartiers résidentiels de Bacongo et la moitié sud de la capitale qui sont restés des no man’s land durant six mois.

Les détournements des deniers publics n’émeuvent plus personne. Les auteurs s’affichent avec opulence et arrogance. C’est bien un monde à l’envers qu’il faut absolument reconstruire.

16°) Vous évoquez également aujourd’hui une hiérarchie des valeurs inversée ?

La culture du pillage s’est installée dans les mœurs civiles et administratives. On encense les voleurs et les incompétents. Que dire de plus !

Je souligne aussi la hiérarchie des urgences qui est inversée. Le régime engage des dépenses de complaisance au lieu de s’attaquer aux problèmes sociaux qui préoccupent les populations. La moindre pluie est devenue une catastrophe naturelle à Brazzaville entraînant éboulements et inondations. Les nappes phréatiques sont polluées à cause de l’usage des toilettes traditionnelles. L’air est pollué en permanence par les gaz d’échappement et le débit sonore des bars-buvettes qui ont fleuri dans tous les grandes artères des villes. Signe d’une pauvreté flagrante. L’État putschiste est plus préoccupé à ses privilèges au lieu d’œuvrer pour la dignité des Congolais.

17°) Comment rétablir la confiance de l’État aujourd’hui ? Et s’agissant du citoyen que lui reste t-il à espérer ?

Pour rétablir la confiance, il faut régénérer l’esprit patriotique dans l’action des pouvoirs publics. Il faut aussi que les États Africains retrouvent leur vocation à traiter les problèmes sociaux. L’image des Africains bravant les flots océaniques pour espérer une vie meilleure est une injure au sacrifice anticolonialiste. Ce problème est absent des débats parlementaires dans les pays d’origine. C’est incompréhensible !

Le citoyen ne doit pas se résigner. Il doit  se battre pour reconquérir son espace de liberté. L’espoir est une énergie et une force. Il peut compter mais surtout accompagner la nouvelle génération qui œuvre pour ramener le pays dans le bon sens républicain. Il doit surtout accompagner cette avant-garde républicaine dans le combat qui le nôtre, celui de rebâtir le Congo-Brazzaville dans tous les aspects de la vie socioéconomique, politique et culturelle.

Le monde est entré dans un nouveau millénaire. Les dirigeants Africains formatés par la guerre froide sont disqualifiés pour relever les défis nouveaux qui se posent aux Africains parce qu’ils bloquent par égoïsme le processus de développement. Ces défis nécessitent une force et une énergie adaptées à la mondialisation qui est un acquis irréversible de l’humanité.

 

 


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