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Sanabou « l’espoir » un film de Samir Benshikh en Côte d’Ivoire !

Ajouté par , Le février 21, 2013 , dans Buzz, Ethical Planet, Evasion, Evénement, Société

Synopsis  du film

 

“C’est l’espoir qui donne la force d’avancer à Rosine, Diabson, Michel et Tiken Jah Fakoly.
Leurs destins se croisent et portent le message qu’une Afrique plus humaine est possible.
Et s’il suffisait d’un petit rien pour que tout change là où tout semblait perdu?”

 Samir Benchikh  le réalisateur 

 

En réalisant SABABOU, j’ai cherché à rendre hommage à tous ceux que j’ai croisés en Afrique depuis 2006. Tous ceux qui m’ont permis de dépasser mes préjugés et m’ont redonné espoir…

Ce film est la suite logique de mon précédent documentaire, Côte d’Ivoire, Journal Intime. J’y racontais mon premier voyage en Afrique Noire et la découverte d’un engagement exceptionnel. D’Abidjan jusqu’aux zones rebelles au Nord ou à l’Ouest de la Côte d’Ivoire, j’ai rencontré de nombreux responsables associatifs qui s’affranchissaient de toute dépendance pour agir. Fiers et actifs, ils agissaient avec efficacité et dépassaient leurs manques de moyens. Je savais en revenant en France que j’écrirai leur histoire…

 

De l’idée d’écrire un film qui porte un autre regard sur l’Afrique à aujourd’hui, tant d’événements ont jalonné cette aventure. Les joies, les coups durs, les imprévus, tout a participé à rendre ce film spontané. Au milieu de ces souvenirs, les rencontres reviennent en premier, celles avec Tiken, Diabson, Rosine et Michel, le temps passé avec eux, à vivre ensemble leurs projets.

 

J’ai su dès le début que ce film tournerait autour de plusieurs personnages et que leurs destins se croiseraient. Je voulais montrer l’émergence d’une force collective et la recherche systématique de solutions, quel que soit le domaine d’action. Malgré le manque de moyens, nous sommes allés au bout. Cela nous a donné une humilité et une obligation d’immersion. En nous frottant aux réalités quotidiennes de la vie africaine, nous avons vécu avec ces belles personnes, tous les jours, pour saisir leurs sentiments et leurs émotions, pour tenter de les révéler avec justesse.

 

Notre débrouillardise pour surmonter les embuches a été notre seule façon de faire face et d’aborder ce projet, sans jamais faire de concession, ni sur la qualité esthétique, ni sur le fond. Chaque jour avait son lot de soucis et nous poussait encore plus loin dans le système D. Une vraie école de la vie, une succession ininterrompue d’urgences et des solutions, toujours des solutions…

 

Le réalisateur

 

SABABOU (L’Espoir) est le premier long métrage documentaire de Samir Benchikh. Après des études universitaires, il réalise un premier film Côte d’Ivoire, Journal intime (52 min), qui narre sa découverte de l’Afrique Noire. Il crée ensuite la société de production Sur Les Toits Productions pour y développer des documentaires sur des thématiques sociales et engagées. Sont ainsi réalisés Mètres carrés, sur le droit au logement et Iberdan (Les chemins), sur un mode vie traditionnelle au Maroc. Il se dirige désormais vers une forme créative et développe donc plusieurs projets de fiction.

 

Réalisation

 

Sababou (L’Espoir) (2012) – Documentaire – 92mn

Iberdan (Les Chemins) (2010) – Documentaire – 40mn

Mètres carrés (2009) – Documentaire – 52mn

Côte d’Ivoire, Journal intime (2008) – Documentaire – 52mn

 

En préparation

 

Vive le Roi (2013) – Court métrage de fiction – 25mn

Open Ghetto (2013 – 2014) – Long métrage de fiction – 100mn

 

 

Les protagonistes

 

 

Rosine Bangali

 

Elle est la présidente de Droits des Enfants en Côte d’Ivoire (DECI). Composée quasi exclusivement de membres de 12 à 18 ans, cette association veut faire entendre la voix des enfants. Présent dans plusieurs collèges et lycées d’Abidjan, le DECI tente de leur insuffler un esprit citoyen dès le plus jeune âge.

Rosine prend la tête d’un nouveau projet: la lutte contre les violences en milieu scolaire. Alors qu’un arrêté ministériel a été signé en ce sens, il est mal accueilli et n’est pas appliqué. Avec tous les membres du DECI, elle va imaginer des activités pour sensibiliser le plus grand nombre. Mais elle se heurte à l’incompréhension des élèves et des professeurs. Ne lâchant rien, elle va tenter de les convaincre…

 

PEUX-TU TE PRESENTER ?

 

Je m’appelle Bangali Rosine. Je suis étudiante en communication et j’étais présidente de l’ONG DECI. C’est une association dirigée par des enfants qui luttent pour leurs droits en Côte d’Ivoire. On tente de les faire connaître car beaucoup de gens ne connaissent pas le droit de l’enfant, donc on en fait la promotion.

 

COMMENT AS-TU PARTICIPE AU FILM ?

 

Notre coordinateur, Monsieur Toha, a assisté à une réunion du forum des ONG. C’est une plateforme qui réunit l’ensemble des ONG qui concernent les enfants. Il a entendu parler de l’équipe de tournage. On a tenu une réunion pour savoir si on devait accepter de participer au film ou refuser. Tout le monde était d’accord ! C’était une occasion de pouvoir faire connaitre notre structure et parler des droits des enfants.

 

QUELS SENTIMENTS T’A PROCURE LE TOURNAGE ?

 

Au début c’était un peu bizarre parce que c’était la première fois. Je n’avais jamais vu de caméra. Ils me suivaient partout! Mais au fur et à mesure, j’ai commencé à me sentir à l’aise et j’étais vraiment très heureuse. Ca m’a permis de voir ce dont j’étais capable et de voir ce que j’effectuais au quotidien d’un point de vue extérieur. Grâce au film, j’ai pu voir ce qui était bien ou mauvais, ce que je peux changer ou améliorer.

 

QUEL MOMENT T’A PARTICULIEREMENT MARQUE LORS DU TOURNAGE ?

 

Il y en a tellement! La table ronde au collège St Anges… Voir qu’on pouvait réunir des élèves qui, chacun leur tour, disaient ce qu’ils pensaient au sujet des droits de l’enfant et des décisions du ministre, c’était très beau à voir. La deuxième scène du film que j’ai aimée, c’est celle où je donne du lait à mon petit frère à la maison. Je ne savais pas ce que ça donnerait dans le film. Mais j’ai vu le côté tendre de Rosine que je ne connaissais pas, et ça m’a beaucoup plu.

 

QUEL EST LE MESSAGE DU FILM POUR TOI ?

 

Le film parle de l’Afrique et des gens qui se battent pour sortir la tête de l’eau. Diabson se battait pour devenir un artiste comme Tiken Jah, qui lui était déjà un artiste international mais qui se battait pour la paix; les enfants du DECI qui luttaient pour la promotion de leurs droits… Il y a des battants en Afrique, c’est ça le message du film. Et il y a des personnes qui veulent à tout prix se faire entendre d’une manière ou d’une autre.

 

QUELLES SONT TES PERSPECTIVES AVEC CE FILM ?

 

J’espère que ce film sera une porte d’ouverture pour DECI, que cette ONG pourra devenir une très grande structure comme le BICE (Bureau International Catholique pour l’Enfance),de faire comprendre au monde entier que les droits des enfants en Afrique existent. Il est très important en Afrique qu’on réfléchisse à la promotion de ces droits. J’espère que DECI pourra permettre aux enfants de s’exprimer et de faire connaitre ces droits au niveau international.

 

 

Diabson Téré

 

Artiste musicien.  Il vit à Abidjan, dans la commune d’Abobo. Ce quartier a depuis toujours accueilli des artistes de toute la Côte d’Ivoire où il y a créé l’association « Maroci Culture », pour soutenir la création artistique. Des années de conflits ont contraint les artistes à abandonner leur ambition et à se tourner vers d’autres activités plus lucratives.

Diabson a décidé de maintenir le cap et de tenter de faire de l’artiste un acteur majeur de la société civile. Avec quelques amis, il a donc essayé d’organiser un concert qui valoriserait les artistes et montrerait leur unité. Mais en ces temps incertains, les difficultés sont nombreuses et le renvoient à des  préoccupations personnelles, celles d’un homme qui cherche à s’en sortir…

 

PEUX-TU TE PRESENTER ?

 

Je me nomme Abdoulaye Diabaté, Diabson Tere est mon nom d’artiste. Je suis né en 1969 à Bouaké au centre de la Côte d’Ivoire. Je suis artiste musicien depuis 1983 et président fondateur de l’ONG « Maroci Culture ».

 

Je travaillais au Centre d’Action Culturel d’Abobo quand j’ai rencontré Samir dans les années 2000. Nous avons travaillé sur un certain nombre de projets. Puis le Centre d’Action Culturel a fermé et j’ai oublié ce jeune frère. Quelques années plus tard, il est venu à notre QG et a demandé à me rencontrer personnellement. Je l’avais oublié, mais lui non. C’est comme ça qu’on s’est revu et que le projet de réaliser un film documentaire a surgi. Au départ, je n’y croyais pas du tout et sincèrement, je ne m’y attendais pas. Mais c’est ce que Dieu a voulu. Nous avons vraiment aimé le projet, nous avons accepté et c’était parti !

 

QUELS SENTIMENTS T’A PROCURE LE TOURNAGE ?

 

J’ai beaucoup apprécié cette expérience. Ca m’a permis de créer des liens amicaux avec toute l’équipe du tournage. Et à la jeunesse d’Abobo de comprendre que mon combat n’est pas vain, qu’il est important et que j’ai besoin de son aide. Ce film a permis à la population de croire davantage en ce que je fais.

 

QUEL SOUVENIR GARDES TU DU TOURNAGE ?

 

La fatigue et le parcours que nous avons dû entreprendre pendant le tournage du film m’ont beaucoup marqué. Sillonner la commune d’Abobo n’était pas chose facile. Il fallait transporter tout le matériel, du nord au sud, de l’est à l’ouest, nous sommes allés partout ! A un moment, les chaussures de Samir étaient dans un sale état! Les gens qui le remarquaient me disaient, « Mais ton ami là, ses chaussures sont foutues ! »

 

QUEL ETAIT TON OBJECTIF AVEC CE FILM ?

 

Il y a des jeunes dans la commune d’Abobo qui se battent pour l’évolution culturelle de notre pays. L’objectif est aussi de voir dans quelle mesure on peut nous aider, parce qu’il faut permettre aux jeunes artistes de vivre de leur métier et de croire en leur avenir. C’était notre but. Avec ce film, beaucoup de gens sauront qu’on existe et qu’on a des projets louables à soutenir.

 

QUEL EST LE MESSAGE DU FILM POUR TOI?

 

Le film n’avait qu’un seul objectif : parler de l’engagement des jeunes africains au travers de leurs activités. Quand on regarde le film, il s’agit de personnes différentes avec des objectifs différents mais, d’une manière globale, les intérêts se retrouvent d’une façon ou d’une autre. Nous défendons le développement culturel, la LIDHO défend les droits et Rosine monte une ONG pour les droits des enfants africains. Nous voulons montrer que l’on peut rester en Afrique et être qui on veut: des hommes capables d’aider le pays à émerger. Nous sommes des jeunes en plein mouvement, qui croyons en notre avenir et en notre combat. C’est ce qui nous a motivés à participer à ce film.

 

QUELLES SONT TES PERSPECTIVES AVEC CE FILM ?

 

Mon souhait serait que ce film nous donne l’opportunité d’être reconnus. Qu’il apprenne aux autorités compétentes qu’à travers la culture, on peut développer une nation. Tiken Jah aujourd’hui est une référence pour la jeunesse dans le monde. Donc si ce film peut permettre de dire qu’il y a des milliers de Tiken Jah partout en Afrique, au Mali, en Côte d’Ivoire, ça serait intéressant.

 

UN DERNIER MOT ?

 

Je voudrais dire que l’Afrique n’est pas seulement le berceau de l’humanité, mais qu’elle est aussi l’espoir du monde. Nous avons tout pour être ce que nous voulons ! Si les gens voient le film, ils sauront qu’en Afrique les jeunes se battent. La solution n’est pas forcément d’aller en France, mais nous souhaitons montrer aux yeux du monde qu’il est possible de rester en Afrique et être quelqu’un. On peut être africains et développer notre Afrique avec nos moyens, nos forces et nos idées !

 

 

 

Michel Yao

 

Il est membre de la Ligue Ivoirienne des Droits de l’Homme (LIDHO). Au quotidien, cette association porte assistance à toute personne en détresse juridique. Depuis plusieurs années, ses activités l’ont amené à s’opposer régulièrement aux différents pouvoirs en place. Un nouveau projet est donc à chaque fois un vaste défi.

Michel a mis sur pied un projet d’assistance aux détenus non jugés de la prison d’Abidjan, la MACA. Il part à leur rencontre pour comprendre leur situation et proposer des solutions. Il découvre un pan méconnu de la justice de son pays et s’investit à fond. Maîtrisant ses émotions, il va tenter de mobiliser ses collègues et de redonner espoir aux prisonniers…

 

PEUX-TU TE PRESENTER ?

Je suis Yao Michel, militant de la Ligue Ivoirienne des droits de l’Homme depuis 2005. Récemment, j’ai été en charge des enquêtes au niveau du bureau exécutif national de la LIDHO. Aujourd’hui j’en suis le secrétaire général adjoint.

 
COMMENT AS-TU PARTICIPE AU FILM ?

 

J’ai entendu parler du projet au cours d’une réunion du bureau de la LIDHO. L’information a été donnée par le président, qui nous a fait savoir qu’un réalisateur voulait travailler en Côte d’Ivoire sur les questions portant sur la justice, et qu’il voulait s’appuyer sur la LIDHO pour exécuter le projet.

 

Au départ, deux projets ont été proposés à l’équipe de tournage. Un premier portait sur l’assistance juridique au siège de la LIDHO, qui concerne tous les cas de violation des droits de l’Homme. C’est une lucarne pour ceux qui sentent leurs droits bafoués et qui veulent être accompagnés par cette Ligue. Le second projet portait sur l’assistance juridique au profit des détenus de la Maison d’Arrêt et de Correction d’Abidjan, la MACA. Ils ont soulevé la question des prisons. Puisque j’avais la responsabilité de la coordination des projets d’assistance, celui-ci m’a été confié.

 

QUEL SOUVENIR GARDES-TU DU TOURNAGE ?

 

C’était une grande première, car la LIDHO travaille très souvent dans l’anonymat. On ne fait pas de publicité autour de nos actions. Donc l’idée de filmer nos activités, surtout dans une prison et de les faire connaître au monde entier, c’était vraiment une révolution! C’était aussi émouvant de partager la peine des prisonniers, leur quotidien et de s’imprégner de leurs conditions de vie à la MACA.

 

QUEL MOMENT T’A PARTICULIEREMENT MARQUE LORS DU TOURNAGE ?

 

Un entretien avec un prisonnier d’un certain âge, qui s’était retrouvé à la MACA par un concours de circonstances. Il n’arrivait pas à accepter sa nouvelle condition et passait son temps à pleurer. Quand je l’ai interrogé, j’ai été très ému de voir un homme de cet âge, abandonné par sa famille et ses enfants, pour quelque chose qu’il ne semble pas avoir fait.

 

L’autre anecdote que je peux raconter concerne l’équipe de tournage. On m’avait sollicité pour que nous puissions aller filmer à la MACA. Je leur avais donné les adresses nécessaires, mais au fond, je me disais qu’ils avaient peut être la fougue et la détermination mais qu’ils n’avaient pas vraiment conscience des réalités de la Côte d’Ivoire. Le pari d’aller filmer en prison, c’était de la folie! Quand ils m’appelaient, je me disais : « Ils ne savent pas ce qu’ils font! » Mais finalement, j’ai été agréablement surpris de savoir qu’ils avaient obtenu une autorisation et que nous allions commencer à tourner à la MACA.

 

QU’EST-CE-QUE CE FILM AURA PERMIS D’APPORTER?

 

C’est un appel à une prise de conscience. Parce que lorsqu’on prend les diverses activités couvertes par le film, la question culturelle, celle de la prise en charge des enfants, de l’assistance aux prisonniers… les politiciens ne font pas attention aux questions relatives aux minorités. Ce sont des politiques d’ordre général que l’Etat applique. Ils s’efforcent surtout de faire monter le taux de croissance à deux chiffres mais ne s’occupent pas des personnes vulnérables qui souffrent. Chaque ivoirien devrait prendre conscience que nous avons un destin commun. Sans les autres, on ne peut amorcer un véritable développement. Il faut unir nos forces, s’occuper des minorités et œuvrer ensemble pour l’avènement d’un Etat de droit qui respecte toutes les libertés.

 

QUELLES SONT TES PERSPECTIVES AVEC CE FILM ?

 

Nous travaillons avec volonté et détermination. Nous n’avons pas véritablement de moyens financiers pour exécuter nos projets. Nous souhaiterions que les gouvernants prennent conscience qu’il faudrait que des moyens soient alloués à certains secteurs d’activités. Nous voulons lancer un appel à tous les bailleurs qui pourraient nous aider. Aujourd’hui, il y a de l’insécurité dans les prisons; leur population va continuer à augmenter. Il faut humaniser nos prisons, les assainir, améliorer les conditions de détention et accroitre leur capacité d’accueil.

 

 

 

Tiken Jah Fakoly

 

Il est le chanteur de reggae ivoirien reconnu dans le monde entier. Ses prises de position sans concession l’ont poussé à s’expatrier au Mali pour pouvoir continuer à s’exprimer. Devenu porte-parole d’une Afrique qui espère, il dénonce la mauvaise gouvernance, la corruption ou l’hypocrisie de l’Occident envers le continent noir.

Pour mettre ses textes en application, Tiken Jah Fakoly s’engage aussi un peu partout sur le terrain. Alors que les élections présidentielles se profilent en Guinée, Tiken est sollicité pour participer à un concert pour la paix. Pour stopper la tension qui monte dans ce pays et les affrontements entre partisans, il décide de convaincre les deux candidats du 2ème tour de monter ensemble sur scène. Avec d’autres artistes, il part donc à la rencontre des protagonistes, tout en essayant de maintenir l’unité au sein de son collectif…

 

Pourquoi avoir choisi la musique reggae ?

Depuis mon petit village d’Odienné dans le nord de la Côte d’Ivoire, je me suis mis au reggae en écoutant Bob Marley. Un jour je suis tombé sur un homme qui parlait anglais et je lui ai demandé de me traduire les chansons de Bob Marley et de Burning Spear. C’est là que j’ai découvert le combat du reggae. A l’époque on dansait sur le reggae comme sur toutes les autres musiques et on ne connaissait pas le combat qu’il y avait derrière.

Quand j’ai décidé de chanter, j’ai abordé des sujets sur l’injustice.

Par exemple chez nous il y a les histoires de caste. Les griots n’ont pas le droit de se marier avec les descendants de nobles. C’était une injustice qu’il fallait dénoncer, et c’est ce que j’ai fait dans ma toute première chanson, « Djéli ».
Pourquoi, avant même la musique, es tu devenu militant ?

C’est justement la musique reggae qui a fait de moi un militant. Quand je voyage, je découvre que les gens s’expriment et revendiquent leurs droits. En plus de la découverte du reggae, les voyages m’ont aussi ouvert les yeux. Et j’ai aussi appris à travers la télé et les livres, l’histoire des peuples. Je me suis dit qu’il fallait éveiller les consciences et les gens. Si la France, depuis le Moyen Age est arrivée à ce niveau aujourd’hui, il n’y a pas de raison que nous n’y arrivions pas. Mais pour cela il faut du travail. Il faut des gens comme nous pour pousser les peuples.
Quel lien entretenais-tu avec la Guinée dans ta jeunesse ?

Mon premier contact avec la Guinée était en tant que commerçant. Mon père est décédé en 1987 et mon grand frère, son héritier, était un simple menuisier qui n’avait pas les moyens d’assurer les frais de scolarité des 4 autres garçons. Il nous a demandé si l’un de nous pouvait arrêter d’aller à l’école pour l’aider. J’avais la musique dans la tête mais je n’osais pas en parler. J’ai dit que je voulais bien arrêter l’école pour chanter. Mais il a dit non. Pour les gens de chez moi, la musique n’est pas un métier. Il m’a donc demandé de faire du commerce.

Au départ donc, je devais acheter quelques cartons d’œufs de poule pour les vendre en Guinée. Je suis allé prendre le camion à la frontière pour aller à Kankan de l’autre côté. J’ai vendu les œufs et avec cet argent j’ai acheté des pagnes que j’ai vendus à Odienné. Et là, le commerce a commencé à marcher.

Mais j’avais toujours mon projet en tête… Je me suis donc débrouillé pour ne plus faire de bénéfices. Après une dizaine de voyages, mon grand frère m’a demandé de faire les comptes. Il m’a regardé dans les yeux et m’a dit qu’il savait que je ne voulais plus faire de commerce au fond, mais chanter. « Donne moi mon argent et fais ce que tu as envie de faire ». C’est comme ça que j’ai eu ma liberté pour aller faire de la musique.

 

Dans le film, tu interviens entre les deux tours de l’élection présidentielle en Guinée, entre Alpha Condé et Cellou Diallo. Comment s’est monté le collectif d’artistes et quel a été ton rôle ?

La Côte d’Ivoire a connu beaucoup de difficultés à cause des hommes politiques. Donc lorsque j’ai entendu qu’il y avait de gros conflits sur les résultats entre les deux tours, j’ai contacté un ami et je lui ai proposé qu’on fasse un morceau pour attirer l’attention des populations sur la situation. Et éviter ainsi que la Guinée ne reproduise les mêmes erreurs que la Côte d’Ivoire. Nous avons également invité des artistes guinéens qui ont adhéré à l’idée. Lors de la création du single, nous nous sommes  dit qu’il ne fallait pas s’arrêter à ça. Nous voulons faire un concert afin que les différents protagonistes de la crise soient sur scène et qu’ils se donnent la main pour que les Guinéens sachent qu’ils ne sont pas des ennemis.
Quel rôle veuxtu jouer auprès des populations d’une part, et des politiciens d’autre part ?

J’aimerais jouer le rôle d’éveilleur des consciences, d’informateur et d’éducateur, sans être prétentieux. Auprès des politiques, j’aimerais être celui qui protège un peu les populations, une fois de plus sans être arrogant. Leur dire de façon diplomatique et sans agressivité ou hypocrisie de ne pas « mettre le feu ».

Nous sommes en train d’écrire l’histoire de ce continent, faisons en sorte qu’elle soit bien écrite. Afin que nos enfants et petits enfants soient fiers de nous. C’est mon objectif. Quand mes petits enfants écouteront mes interviews et mes albums, j’aimerais qu’ils se disent : « Mon grand père a fait tout ce qu’il pouvait ».
Tu as chanté « il faut libérer les petits voleurs de la MACA, pour les remplacer par les grands qui sont dehors ». Que sais tu de l’état des prisons en Côte d’ivoire et en Afrique, et quel est ton opinion ?

Je n’ai pas encore visité les prisons. Mais quand on voit les conditions de vie des gens qui sont en liberté, ça donne une idée de ceux qui en sont privés… Je souhaite que leurs conditions soient améliorées et qu’ils soient considérés comme des êtres humains. Un prisonnier est un humain qui a fait des erreurs. A sa sortie, il peut se remettre en cause, changer de comportement et reprendre une vie normale.

 

Michel Yao, qui travaille pour la Ligue Ivoirienne des Droits de l’Homme, dit dans le film qu’il a parfois peur de ne pas être à la hauteur des espoirs que les prisonniers placent en lui. As tu parfois le même type de doute ?

Personnellement, je n’ai pas de doutes car je suis un homme de conviction. Mais j’ai peur, je suis un humain, je peux faire des erreurs et c’est là que je m’inquiète. Les gens ne vont-ils pas être déçus ?Personnellement, je suis sur le chemin tracé par Bob Marley avec cette musique résistante. Je ferai tout pour que cette musique continue à résister, à être respectée et entre dans l’Histoire.
Tu as vécu à Abobo, comme Diabson Téré dans le film. Il essaye de s’en sortir par la musique et la culture. Quelle réaction as-tu eu en le découvrant dans le film ?

Quand j’ai vu Diabson, cela m’a rappelé mes débuts. Avant Abobo, quand j’ai fait mes premiers concerts, avec des amis on faisait aussi de l’affichage publicitaire! Quand j’ai sorti mes premiers albums, j’allais même dans certaines villes de Côte d’Ivoire avec des cassettes dans mon sac, et j’allais voir les grossistes pour leur vendre.

Diabson me rappelle mon séjour à Abobo. Je dormais chez des amis et nous étions 4 ou 5. Je ne travaillais pas et on a été viré car on ne payait pas le loyer… La vie dans ces ghettos est très dure.

Il y a beaucoup de reggae man à Abobo car il y a beaucoup de gens qui galèrent. C’est comme en Jamaïque, il y a des portes paroles qui font passer les messages de millions de personnes. A Abobo, les gens ont envie de s’exprimer mais n’ont pas la possibilité de le faire.
Diabson dit qu’il n’y a pas de politique culturelle en Côte d’Ivoire. Partagestu cette opinion ?

La culture est très négligée en général en Afrique car dans nos coutumes, l’artiste est vu comme « le dernier » de la société. Cela se reflète sur le comportement des dirigeants. Le chanteur est vu comme l’amuseur; le sculpteur est vu comme celui qui joue et le dessinateur comme celui qui n’a rien à faire. Ce qu’a dit Diabson est vrai. C’est à nous de dénoncer tout cela dans nos chansons et lors de nos rencontres avec les politiques. Dans les pays occidentaux, c’est le contraire, la culture représente le pays. J’espère que tout cela changera avec le développement.

 

Qu’as tu pensé de Rosine et de son combat en milieu scolaire ?

Quand j’ai vu Rosine, j’ai été impressionné de voir, qu’à son âge, elle a un tel esprit de mobilisation pour attirer l’attention des gens sur l’importance de l’éducation. J’ai été vraiment impressionné car quand j’avais son âge, je pensais que j’allais à l’école que pour mes parents. Quand mes parents me réveillaient pour aller à l’école, je disais « Non, pas aujourd’hui, laissez-moi dormir » ! Sa démarche montre que les choses avancent, que l’espoir est permis et que les artistes qui se battent pour éduquer ne prêchent pas dans le vide. Si des jeunes comme ça existent, c’est parce qu’ils ont écouté nos messages.

J’ai d’alleurs le projet « Un Concert, Une Ecole ». Nous construisons des écoles avec des recettes de concert dans le but de montrer le chemin de l’instruction à la jeunesse africaine et son importance aux parents. On a déjà construit plusieurs collèges et écoles primaires au Mali, au Burkina Faso et en Côte d’Ivoire avec le concours du Programme des Nations Unies pour le Développement. C’est l’école qui va changer l’Afrique. Lorsque la majorité des Africains saura lire et écrire, ça changera tout. Les populations voteront alors pour un programme, poseront des questions et exigeront des réponses. Et la première question sera « Pourquoi l’Afrique est-elle très riche et sa population très pauvre ?  » On ne peut pas accepter que l’Afrique détienne autant de matières premières et qu’elle soit si pauvre.

Si des voix s’élèvent dans tous les pays africains pour dire que ce n’est pas logique, il n’y a pas de raison que cela ne change pas. Le comportement des hommes politiques sera obligé de changer.
Pourquoi as tu décidé de participer à ce film ?

J’ai accepté de participer à ce film car pour moi c’est un film engagé. Il rentre dans la ligne directe de mon combat. Il montre que l’Afrique est en mouvement, qu’elle n’est pas ce que les gens pensent.

Un continent qui sort de 400 ans d’esclavage et de plusieurs années de colonisation ne peut être que traumatisé. Mais ce film prouve que l’Afrique est en train de se remettre de ce traumatisme et qu’il y a de l’espoir. Avec des centaines de Rosine, de Diabson et de Michel à travers l’Afrique, il n’y a pas de raison que les choses ne bougent pas !

Je suis un Africain optimiste. Cela fait seulement 52 ans que nous avons été libérés de la colonisation et de l’esclavage. Le travail doit être acharné et quotidien. Les combattants doivent être dans tous les pays. Il n’y a pas de raison que l’on n’avance pas et que dans 100 ans, l’Afrique ne soit pas différente.
Comment s’est passé le tournage ?

Pendant le tournage, je vous ai appelé les débrouillards car je vous ai vu voyager dans des conditions terribles. La route Bamako – Conakry, je connais, est particulièrement délabrée. Je prenais l’avion et Samir prenait la route avec les mêmes véhicules que tout le monde. J’ai trouvé qu’avec peu de moyens, l’équipe a fait quelque chose de très, très fort. Quand je vous retrouvais quelque part, vous me racontiez certaines péripéties du voyage et ça me faisait rire.
Un mot pour ton public ?

C’est un film qui est dans la continuité du combat des pays du tiers monde. Il montre simplement que malgré notre pauvreté et ce que nos ancêtres ont vécu, nous n’avons pas envie de nous laisser faire. Nous avons envie de tout faire pour que nos enfants retrouvent une autre Afrique. Les gens se rendront compte que des choses sont en train d’être faîtes pour qu’une autre Afrique soit possible. Et le combat continue.

Je dirais, mais pas seulement à mes fans, d’aller voir SABABOU car c’est un film qui leur permettra de comprendre que l’Afrique bouge à tous les niveaux, pas seulement pour les artistes. Il y a des gens qui malgré toutes les difficultés se battent à leur niveau pour qu’une autre Afrique soit possible. Allez voir SABABOU, et après on en parle !

 

 

Fiche artistique

 

Tiken Jah FAKOLY, Rosine BANGALI, Diabson TERE et Michel YAO

 

Fiche technique

 

Réalisateur : Samir BENCHIKH

Assistante de réalisation : Agathe THIERRY

Production: « Sous les toits production »

Cadreurs : Samir BENCHIKH et Oscar IRIE

Musique : Klaus P.

Monteurs : Samir BENCHIKH et Matthieu AUGUSTIN

Monteur audio : Adrien LEVALLOIS

Mixeur audio : Julien LORON

Etalonneur : Laurent SOUCHAUD

 

 

 

Paroles ça va faire mal – Tiken Jah Fakoly

Ce titre est extrait de l’album : Coup De Gueule

Année de sortie : 2004  Label : Barclay

Quand nous serons unis, ça va faire mal
comme les États-Unis, ça va faire mal !
Quand nous serons unis, ça va faire mal
Comme le Royaume-Uni, ça va faire mal !

On pourra contrôler, on sera respectés
nous pourrons dialoguer, on pourra s’imposer
ça va les étonner de nous voir évoluer !

Quand nous serons unis, ça va faire mal
comme les États-Unis, ça va faire mal !
Quand nous serons unis, ça va faire mal
Comme le Royaume-Uni, ça va faire mal !

On pourra s’opposer à ceux qui veulent s’imposer,
on pourra résister aux pays développés,
on pourra bien lutter, contre la pauvreté !

Quand nous serons unis, ça va faire mal
comme les États-Unis, ça va faire mal !
Quand nous serons unis, ça va faire mal
Comme le Royaume-Uni, ça va faire mal !

Faisons donc attention à toutes ces oppressions,
évitons l’ascension de toutes les exactions,
faut qu’nous nous rassemblions car c’est l’unique solution !
Attention, attention à toutes les divisions,
et surtout évitons d’être leurs moutons !

Quand nous serons unis, ça va faire mal
comme les États-Unis, ça va faire mal !
Quand nous serons unis, ça va faire mal
Comme le Royaume-Uni, ça va faire mal !

 


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