Marina Yaloyan “écrire c’est aussi comprendre les fractures de ce MONDE”!

  • By UFFP
  • 21 juillet 2026
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Nous avons connu Marina il y a plus de quinze ans, elle venait de s’installer en France, amoureuse de la mode, nous avons eu le bonheur de la programmer dans bon nombre de défilés ( Mode et Design de Carthage en 2010 et deux de nos caravanes de mode pour la paix UFFP en France, Ethical Fashion without Boundaries à la Fairpride de Paris et Fashion for Freedom au Viaduc des Arts), entre la Tunisie et la France nous avons pu la voir évoluer dans ce milieu qu’elle aime tant. Nous adorions son côté angélique, candide, mais aussi son intelligence émotionnelle, outre sa beauté.

Marina qui a la tête aussi bien faite que pleine a fait deux de nos couvertures emblématiques UFFP pour la designer Sherazad Mankouri sous la griffe Palais de Shérazad.

Aujourd’hui, après tant d’années nous la retrouvons avec plaisir et tendresse pour voir la femme incroyable qu’elle est devenue.

Journaliste, auteure, artiste jusqu’au bout des ongles, elle vient d’écrire son premier roman, entre fiction et autobiographie. A travers le regard de son héroïne,Verochka elle raconte un monde en train de disparaitre?

Les émois et les douleurs de l’exil. Mais un inconnu formidable aussi. Car il laisse à penser que tout est possible, la fin mais le début toujours, comme une renaissance.

Il y a 35 ans, la chute de l’empire soviétique entrainait dans son sillage quinze républiques satellites, dont l’Arménie. Une période historique dense et riche et  La petite pianiste d’Erevan, publié aux éditions Albin Michel, nous la raconte avec une extrême finesse et sensibilité. Marina Yaloyan a connu les départs, les renoncements, l’exil, mais elle est devenue citoyenne du Monde. Installée aujourd’hui en France, elle est le résultat de cette universalité, ayant grandi à la croisée de plusieurs pays. Une mixité entre l’Arménie et la Russie en passant par les États-Unis.

Ce roman c’est comme mettre en mots les souvenirs vivaces et certains refoulés même, pour tenter de reconstituer une partie d’un monde révolu. Un devoir de mémoire, un hommage à ce qui disparu mais qui marque à vie.

Ce qui a été, fait grandir par l’absence, et il détermine ce que l’on est. Ce roman le résume si bien, la petite fille raconte ce monde qui n’est plus mais avec une telle force, qu’il ne peut disparaitre. Sons, lumières, odeurs, gestes, cautérisent la blessure de l’abandon.

Un roman magnifique de vie d’émotions, mais aussi d’optimisme, car derrière les blessures se cache la résilience et la force d’avancer. Le legs est immense qu’ importe les vicissitudes de la géopolitique actuelle, l’identité intemporelle reste.

Les parents, partis, perdus, la langue perdue, la terre délaissée, mais l’âme transcende tout.

Il fallait revenir à la mémoire de tout un peuple et son identité. Et ce roman le restitue cette vie.

La Petite pianiste d’Erevan, c’est le miroir d’ une enfant face à une histoire qui se déconstruit pour naitre autre. Un rapport intime entre le soi et l’autre, un voyage constant avec son conscient et tous ses questionnements. Quand les racines sont atrophiées, le courage est plus grand. La musique et le piano deviennent alors le réconfort et l’instrument de toutes les guérisons.
Que comprend-elle, que ressent-elle, que garde-t-elle ? Et surtout,
comment se transforme-t-elle ?
La musique permet à Verochka de ne plus subir, et ses parents de traverser ce qui la dépasse, sans jamais pouvoir le nommer entièrement.
Ce roman s’inscrit dans un projet plus vaste, consacré à l’exil, aux héritages brisés aux bouleversements humains de notre siècle.

Photo Marina Yaloyan all rights reserved

Entretien avec UFFP

Ce roman est une fiction, mais on y perçoit aussi des échos de votre propre histoire. Où s’arrête le
vécu et où commence l’imaginaire ?

Le vécu, ce sont la faim, le froid, les pénuries et cette nécessité de survivre grâce à l’imaginaire. Tout
le reste est romancé, car mon intention n’était pas de raconter simplement mon histoire, mais de
faire ressentir de l’intérieur ce qu’ont vécu les habitants des quinze républiques soviétiques au
moment de l’effondrement de l’URSS. Le regard de l’enfant apporte cette part de poésie, de couleur
et de liberté qui permet de traverser le chaos. Dans ce roman, le vécu et la fiction s’entremêlent pour
retrouver les sensations d’une enfance au bord de la chute d’un empire : la fin d’un monde et la
naissance d’un autre. C’est une expérience profondément romanesque, mais aussi universelle.
Vous racontez la fin d’un monde, d’un système mais à travers le regard d’un enfant, est ce quelque
part une manière de cautériser un syndrome d’abandon, quand le familier laisse place au froid de
l’inconnu ?
L’inconnu peut être cruel, mais il peut aussi être merveilleux. Face à lui, tout devient possible : c’est
la liberté absolue. Dans ce roman, l’enfant est d’abord trahie par les adultes, puis par le système.
Tout vacille. Les certitudes se fissurent, le monde bascule. Mais le chaos est parfois nécessaire pour
faire naître une conscience nouvelle, celle d’un monde d’après. Verochka l’incarne avec cette force
propre à l’enfance : celle de continuer à regarder le monde avec émerveillement, même lorsqu’il
s’effondre.
L’exil, la perte des repères vous ont obligé à grandir plus vite. Votre vision du monde d’hier à
aujourd’hui, comme est-ce qu’elle a changé ?
Dans ma vie, comme dans celle de Verochka, il y a eu la chute d’un monde qui n’existe plus, mais que
l’on continue de porter au fond de son cœur. L’immigration et l’exil sont des expériences
profondément contemporaines, mais aussi universelles. Être portée par plusieurs langues, plusieurs
cultures, transforme à jamais notre être et notre manière de regarder le monde. Entre l’enfant d’hier
et la femme d’aujourd’hui, il y a un abîme d’illusions perdues, de rêves accomplis, de déceptions et
de couleurs nouvelles. Nous sommes faits de nos pertes autant que de nos renaissances. Chaque
langue, chaque pays, chaque départ ajoute une couleur à notre regard. C’est peut-être cela, au fond,
la véritable richesse de l’exil.
Chaque personnage du roman incarne une vision différente du monde. Était-il important pour vous
de faire coexister cette pluralité de regards ?

Oui, c’était très important. Verochka n’est ni un roman politique, ni un roman historique au sens
strict du terme. C’est un roman qui essaie d’éclairer l’humanité, ses contradictions, ses luttes et les
idéaux qui traversent une époque. D’où l’importance de donner à chaque personnage sa propre voix
: la grand-mère Maria, qui croit encore au communisme ; Babulya, nostalgique de la Russie impériale
; Nadia, une femme malheureuse qui trouve une échappatoire dans une histoire d’amour
passionnelle ; un père qui se délite ; ou encore Belëv, cet homme brillant, à la fois charismatique et
lâche, qui incarne le désir d’ailleurs et ses illusions. Aucun n’a tout à fait raison, aucun n’a tout à fait
tort. Ensemble, tous ces personnages composent le portrait d’un monde qui bascule.
Votre écriture est très visuelle, presque musicale. Les images vous viennent-elles avant les mots ?

Je suis très sensible à la scène, au sens visuel du terme, et à la musique de la langue. En effet, j’ai
composé ce roman presque comme une partition, avec ses forte, ses piano, ses crescendo et ses
silences.
Peut-on dire que La pianiste et Erevan sont une manière de réunir votre amour du piano et une
partie de vos racines ?

Peut-être. Mais, en vérité, le piano devient une échappatoire, une voix de survie pour préserver une
culture. Et Erevan, une ville universelle, presque intemporelle, marquée par l’Histoire. Ce sont des
symboles, plus qu’autre chose. Une ville dévastée traversée par la musique qui essaie de la sauver de
l’oubli.
A cheval entre la Russie et l’Arménie, votre ADN entre Orient et Occident comment le vivez-vous,
actuellement avec ce qui se passe dans la géopolitique mondiale ?

Je ne le vis pas comme un tiraillement, mais comme une chance de pouvoir regarder plusieurs
mondes à la fois. Connaître l’histoire et la culture de l’intérieur, plutôt qu’à travers les grands
discours, apporte une compréhension beaucoup plus fine des enjeux géopolitiques contemporains.
C’est aussi pour cela que j’ai écrit ce roman. Pour comprendre les fractures du monde d’aujourd’hui,
ce qui se passe en Ukraine, en Russie ou dans le Caucase, il faut revenir à la chute de l’URSS et aux
bouleversements engendrés par la Perestroïka.
Marina autrice, était-ce une évidence depuis longtemps ? L’écriture est-elle une manière de mettre
des mots sur les maux et d’habiter un espace sans frontières ?

Pour moi, l’écriture, comme la musique, est un espace de liberté absolue. Elle l’est depuis l’âge de dix
ans, pour être précise. Je ne crois pas que la science ou la politique, seules, puissent suffire à
transformer positivement la société. En revanche, je crois profondément au pouvoir de
transformation et de création d’une société plus juste et plus équilibrée par la philosophie, l’art et la
littérature. La grande littérature ouvre les frontières, parce qu’elle possède un pouvoir immense sur
l’âme et le cœur des hommes, au-delà de leur religion, de leur langue ou de leur culture.
Verochka, c’est aussi le début de quelque chose de nouveau : la découverte d’un autre monde,
d’autres repères, d’une autre manière d’exister. Est-ce que, comme elle, vous avez transformé
l’exil en un passeport sans frontières ?
Je crois, je l’espère. Les frontières sont tellement artificielles. Cette curiosité d’enfant, je l’ai toujours
gardée. La découverte Je crois, je l’espère. Les frontières sont tellement artificielles. Cette curiosité d’enfant, je l’ai toujours gardée. La découverte perpétuelle est peut-être la seule valeur qui donne un sens à notre passage
sur cette terre.

Paru 04 mai 2026 aux éditions Albin Michel.

Un roman au cœur des derniers jours de l’Union soviétique, à travers le regard d’une enfant, entre bouleversements de l’Histoire et puissance de la musique.

À Erevan, au début des années 1990, Verochka se réveille un matin d’hiver et découvre que le monde de ses parents a disparu. La Petite pianiste d’Erevan raconte l’effondrement de l’URSS à travers les sensations : le froid, la faim, les silences, et la musique comme refuge.

Dans une langue à la fois délicate et incarnée, le roman fait entendre une voix rare : celle d’une enfance confrontée à la disparition des repères, où l’imaginaire et la musique deviennent les seules voies de survie.

Entre chronique familiale et récit d’apprentissage, il explore ce moment fragile où l’on comprend, sans encore pouvoir le nommer, que l’Histoire est en train de basculer.

Un livre sur la mémoire, l’exil intérieur et la naissance du regard..

Tout objet se trouvant dans notre appartement n’a plus qu’une seule utilité : il doit brûler. Mais il n’y a jamais assez d’objets. D’abord ce sont de vieilles recettes de cuisine qui partent en fumée. Ensuite, des journaux, des magazines, des annuaires, des dissertations, des cahiers… Brûlent aussi les forêts qui entourent la ville, les meubles et les portes, les poupées en bois, le parquet, les sabots et les arbres de mon enfance. Une fois tout a été vidé, c’est le tour des livres. Souvent, je les relis – pour la dernière fois. Je les apprends par cœur. Je recopie des passages entiers dans mon cahier ou bien je les cache sous mon lit ou dans mon armoire, sous les vêtements, comme les condamnés à mort. Malheureusement, on les retrouve presque toujours et mon père se fâche.

Il les ramène dans la salle à manger et les jette dans les flammes pour pouvoir chauffer une soupe…  

                                                                                                        “La petite pianiste d’Erevan

À propos de l’auteur (2026)

Marina Yaloyan, sortie major de l’Université de Columbia à New York et d’UCLA à Los Angeles, est devenue journaliste pour la télévision française (France 24, M6), puis éditrice déléguée à l’UNESCO. Elle est aujourd’hui directrice des Affaires internationales au Journal du Parlement et aux Nouvelles Diplomatiques, chargée des Relations internationales au Comité de l’Europe et professeur à HEC. Elle a collaboré à de nombreuses publications et a été appelée par la Commission Malraux pour participer à la rédaction du Livre Blanc de l’Europe de la Culture. La Petite pianiste d’Erevan est son premier roman.

Informations bibliographiques

TitreLa Petite Pianiste d’Erevan
AuteurMarina Yaloyan
ÉditeurALBIN MICHEL, 2026
ISBN2226513191, 9782226513199
Longueur240 pages

Voici le lien vers l’achat du livre:

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Tour à tour mannequin, criminologue, diplomate et journaliste, la franco tunisienne Fériel Berraies Guigny a lancé en février 2011, une Association loi 1901 du nom de United Fashion for Peace. Parmi les activités de l'Association, une Caravane de mode internationale qui met en avant la paix, la tolérance, le dialogue entre les civilisations par le biais de la mode et de l'artisanat éthique. Née dans la foulée du printemps arabe, cette Association réunit tous les artistes du monde pour la paix, désireux de donner de l'espoir dans des régions en crise ou en transition. Depuis le mois de mai dernier, le magazine en ligne a aussi vu le jour pour être le portevoix de tous ses combats pour une planète éthique. La première programmation de la Caravane de mode se fera prochainement en février 2012 en Afrique subsaharienne sous la thématique de l'éducation pour la paix à la Triennale de l'Education en Afrique. Sept pays ont été les Ambassadeurs, Tunisie, Maroc, Cameroun, Afrique du Sud, France/Niger et Burkina Faso.
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Dans le farouche désir de combattre pacifiquement les injustices sociales et économiques à l'encontre des peuples par la culture, elle entend véhiculer des messages d'humanité. Son slogan le beau au service de l'autre, permet des passerelles, des rencontres et l’ acceptation des diversités couture. L'esthétique pour l'éthique reste son credo.

United Fashion for Peace entend fédérer le meilleur de la création internationale dans le respect de la diversité, des us et des coutumes. Tout un symbole de paix aujourd'hui, alors que le Continent continue de subir les soubresauts de son histoire.
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