Le burn-out ou syndrome d’épuisement professionnel est un mal touchant de plus en plus de soignants
« Un bon soignant est un soignant en bonne santé !

UFFP SHUTTERSTOCK ALL RIGHTS RESERVED
De fait, 9 % des professionnels de santé indiquent que leur burnout a conduit à au moins 1 incident médical de sécurité sur un patient et 66 % estiment que le risque existe. Pour les médecins et les infirmiers en activité, le score est encore plus dramatique : 11 % des premiers et 10 % des seconds reconnaissent que leur burnout a entraîné un incident médical de sécurité* ! »
Par Fériel Berraies Guigny
Les racines de cet épuisement sont souvent liées à des relations professionnelles confuses, un niveau de compétence insuffisant ou une organisation du travail qui dysfonctionne.
ET en période de crise de pandémie, de canicule face à l’affluence, le manque de moyens, la vétusté de l’infrastructure cela peut déraper très vite !
La majorité des centres médicaux en France, incluant hôpitaux, maisons de soin, EHPAD, considère trop souvent que le burnout et la satisfaction professionnelle sont de la seule responsabilité de l’individu.
Pourtant ils se trompent.
Un stress chronique au travail tue autant le soignante que la patient ( risque d’erreurs médicales) ou suicide voire même mort du soignant lui-même
L’épuisement professionnel est surtout connu sous l’appellation anglaise burnout. Selon l’Organisation mondiale de la Santé (OMS), il se caractérise par « un sentiment de fatigue intense, de perte de contrôle et d’incapacité à aboutir à des résultats concrets au travail »1.
C’est en 1974 que le terme burnout a été utilisé pour la première fois. Il a fait l’objet de nombreuses définitions depuis.
Le terme de burn-out a été employé en 1974 par le psychiatre américain Herbert Freudenberger dans un article, Staff burnout. Il explique cette conséquence psychosociale au travail comme une « brûlure interne ».

UFFP SHUTTERSTOCK ALL RIGHTS RESERVED
Littéralement, un burn-out, signifie « se consumer, se bruler de l’intérieur et de l’extérieur aussi » Et c’est le stress chronique que nous vivons au quotidien, au travail et dans le monde moderne et ses servitudes qui sont responsables.
Le burn-out n’est pas psychologique, mais physiologique, il survient dans la durée et la chronicité. Il est alimenté par un stress important et répété dans une situation donnée. Le stress est une réaction normale du corps, c’est un état d’alerte face au danger, comme un feu rouge qui signifierait que quelque chose ne va pas. Mais dans un monde du fast et du tout capitale et instantané, l’urgence devient la norme. Les gens sont alors en alerte, 24 heures sur 24. Résultat : leur corps est épuisé. Et cette fatigue physique va aussi générer la fatigue mentale et émotionnelle.
Burnout ou dépression?
Le burnout (ou épuisement professionnel) est nécessairement lié au travail. Dans la dépression, le travail n’est pas la cause première, mais peut être un facteur aggravant. De plus, en cas de burnout, la personne atteinte est toujours en situation de stress chronique, tandis que c’est le cas 1 fois sur 2 pour la dépression.
Pour l’OMS c’est le changement du visage de l’Entreprise qui serait responsable et les Hôpitaux français sont malheureusement les parents pauvres actuels de l’appareil d’Etat
Un mal des pays riches ?
Il semblerait que le stress chronique sur la santé mentale des travailleurs se manifestent surtout dans les pays industrialisés, selon l’Organisation mondiale de la Santé. Ce phénomène résulterait en bonne partie des transformations rapides opérées dans le monde du travail : globalisation des marchés, compétitivité, développement des technologies de l’information, précarité d’emploi, etc.
Casser la spirale infernale de la culpabilité dépendance au travail
Aujourd’hui, plus de la moitié des collaborateurs déclarent être déchirés entre leur travail et leur vie quotidienne, ils estiment avoir du mal à passer du temps avec leurs proches et pour 55% d’entre eux qui sont parents, il leur parait difficile de bien s’occuper de leurs enfants comme ils le souhaiteraient.
Les structures de soin sont devenues des entreprises avec une logique comptable et financière
Il faut rentabiliser, chaque patient est un numéro, et un compte bancaire, une infirmière pour vingt patients par niveau ; c’est juste surréaliste !!!
Et l’équipe de direction diffèrent d’une équipe à l’autre, sans explication quant à la qualité de vie au travail oui la QVT A BON DOS
On peut être soignant et être maltraite soi même.
Le terme de burnout désormais mondialement connu dans tous les milieux professionnels, est d’ailleurs né d’observations dans le milieu du soin. On a pu observer à l’hôpital, que les nouvelles contraintes administratives et financières, avant même la période de pandémie de
Covid-19, « retentissent sur les conditions de travail du personnel hospitalier et ce, quelle que soit la catégorie professionnelle, des agents hospitaliers à l’équipe de direction, des soignants aux cadres de santé ainsi qu’aux médecins »
HOPITAUX PUBLICS laboratoires in situ de la souffrance du soignant
Comme l’explique Martin Hirsch, directeur général de l’AP-HP : « Un personnel soignant en
souffrance ne peut pas correctement répondre à la souffrance des patients dont il a la charge »
La crise sanitaire de 2020 a révele des problématiques déjà latentes dans le monde des professionnels de santé. En témoigne, parmi tant d’autres, une étude publiée en octobre 2020 par l’Ordre National des Infirmiers : si 33 % des infirmiers déclarent « qu’ils étaient en situation d’épuisement professionnel avant la crise », ils sont aujourd’hui 57 % à déclarer « être en situation d’épuisement professionnel depuis le début de la crise ». La brochure 2021 de l’association des Soins aux Professionnels de Santé (SPS) basée sur une étudede 2015-2016 auprès de l’ensemble des professionnels de santé interrogés précise que 50 % d’entre eux estiment être, ou avoir été en situation de burnout, 47 % ne savent pas à qui s’adresser en cas de difficulté et 48 % pensent que leur souffrance psychologique pourrait impacter la qualité des soins au point de mettre en danger les patients. Les soignants exerçant en libéral ne sont pas épargnés non plus, comme le montre une étude publiée en mars 2021 par Carpimko : 53,5 % des répondants présentaient des signes de burnout,15,9 % à un niveau important et 4,9 % à un niveau pathologique. Toujours selon cette étude, les infirmiers libéraux sont les plus touchés par ce syndrome avec 56,5 %, suivi de près par les orthophonistes (48,6 %), les pédicures podologues (48,5 %), les orthoptistes (39,8 %) et les masseurs kinésithérapeutes (32 %).
Le soignant a pour rôle de prendre en charge la souffrance des patients et prend sur lui
Une situation intolérable, dans des métiers où l’on doit faire des choix en conscience tous les jours par rapport à l’humain et que ces choix en conscience et en éthique.

UFFP SHUTTERSTOCK ALL RIGHTS RESERVED
Quelles sont les conséquences sur le métier
– La perte du sens et de l’accomplissement de soi au travail qui se traduit par une démotivation, un doute de ses compétences ;
– La déshumanisation de la relation à l’autre, composante propre au professionnel aidant, traduite par une “sécheresse émotionnelle”, du cynisme, des modes de défense psychologiques mis en place inconsciemment pour se protéger. Au-delà de la souffrance que cet état engendre chez le professionnel, ce mode de défense conditionne le soignant sinon à la maltraitance, du moins à la non bienfaisance envers les patients.
Est-ce une pathologie ? Non* : « Le burnout ne fait actuellement pas l’objet d’un diagnostic officiel dans les classifications médicales de références que sont la CIM-10 et le DSM-V. […] Le burnout ne se caractérise pas par un “diagnostic clinique” unique et précis, faisant état à la fois de symptômes et de causes bien établies.
[…] Il est défini comme un syndrome – le syndrome d’épuisement professionnel – qui regroupe un ensemble de signes cliniques et de symptômes qui apparaissent.
Cinq grands facteurs de risques pour l’exercice de la profession
Les facteurs liés au soignant lui-même, comme son caractère, un deuil récent, une rupture, le décalage entre la réalité du métier et l’idéal conçu par le soignant ;
Les facteurs liés au type de travail, très nombreux dans le travail du soin : stress inhérents à la prise en charge, symptômes non contrôlés des patients, âge parfois jeune des patients, deuils répétés, agressivité des patients et de leurs proches ;
La charge de travail et son organisation : définition des rôles et des tâches de chacun, gestion des fréquentes interruption des tâches, instabilité des plannings ;
Les facteurs liés au management : la manière même de manager les soignants influe fortement sur leur efficacité et peut les aider à donner du sens à ce qu’ils font, particulièrement pour les professionnels avec beaucoup d’expérience. La première cause de souffrance au travail, de manière générale, est le manque de reconnaissance ;
Les facteurs liés aux relations interprofessionnelles de l’équipe : simples inimitiés humaines, conflits,
non partage d’informations, culture de l’humiliation ou du manque d’écoute… Lorsque le soignant travaille en équipe, plus l’intelligence collective de l’équipe sera grande, plus le soignant sera résilient. A revers, c’est
souvent le manque de vie d’équipe qui se fait sentir : suppression des temps conviviaux en équipe, inexistence des lieux de libération de la parole, etc. Les libéraux peuvent eux aussi souffrir d’isolement et de manque de lieux d’échange entre pairs.
Il convient de souligner qu’un seul de ces critères dépend exclusivement du soignant. Les quatre autres sont quant à eux liés au travail lui-même et à l’organisation du travail. On peut ainsi en déduire que le travail des soignants les fragilise.
Le burnout à l’hôpital
L’épuisement émotionnel et la déshumanisation de la relation, et le le jeune âge de l’étudiant soignant pourrait aussi constituer une situation de fragilité.
L’écart entre la représentation bienveillante du soin respectueux qu’il possède et la réalité du terrain peut être très difficile et amener à une perte de sens dès les études.
Une profession dégradée auprès des étudiants sans le savoir ?
« Ce ne sont pas les étudiants ou les internes qui sont fragiles, c’est le système qui les fragilise. Il est souhaitable que le professionnel se questionne sur sa pratique et sur le modèle de soin qu’il veut transmettre aux prochaines générations.
Un métier dans le terrain mais un idéal lointain pour le soignant et ou apprenti
Les facteurs liés au type de travail: stress inhérents à la prise en charge, symptômes non contrôlés des patients, âge parfois jeune des patients, deuils répétés, agressivité des patients et de leurs proches ;
La charge de travail et son organisation : définition des rôles et des tâches de chacun, gestion des fréquentes interruption des tâches, instabilité des plannings ;
Les facteurs liés au management : la manière même de manager les soignants influe fortement sur leur efficacité et peut les aider à donner du sens à ce qu’ils font, particulièrement pour les professionnels avec beaucoup d’expérience.

UFFP SHUTTERSTOCK ALL RIGHTS RESERVED
Le manque de reconnaissance
Les facteurs liés aux relations interprofessionnelles de l’équipe : simples inimitiés humaines, conflits, non partage d’informations, culture de l’humiliation ou du manque d’écoute…
Lorsque le soignant travaille enéquipe, plus l’intelligence collective de l’équipe sera grande, plus le soignant sera résilient. A revers, c’estsouvent le manque de vie d’équipe qui se fait sentir : suppression des temps conviviaux en équipe, inexistencedes lieux de libération de la parole, etc. Les libéraux peuvent eux aussi souffrir d’isolement et de manque delieux d’échange entre pairs.
QU’EN EST-IL DES LIBERAUX ?
Du côté des libéraux, nous avons pu voir que l’exercice même du libéral majorait le risque de la survenue d’un burnout comparé à un exercice salarié, comme l’illustre une étude réalisée en 2020 sur un total de 919 masseurs-kinésithérapeutes (857 libéraux et 62 salariés) utilisant l’échelle MBI*. [Si l’exercice libéral offre plus de liberté dans l’organisation de son travail, il est parallèlement souvent décrit par sa charge de travail importante et des tâches administratives qui s’accroissent. Accompagné du poids de l’évolution rapide des connaissances, de la crainte de l’erreur médicale et d’un déséquilibre entre conditions de travail et ressources.
En conclusion :
Les suicides, les morts subites, liés à la charge du travail en milieu hospitalier, et les cas malheureusement ne manquent pas face à la vétusté des moyens, et l’appauvrissement du système soignant n’augurent rien de bon face aux crises à venir, entre covid et canicule, la situation est de plus en plus délétère.
Considérer aussi que le travail de soignant soit à priori faisable une quinzaine d’années puis impossible à poursuivre pour cause de fatigue, de sentiment de manque de moyens, de lourdeur administrative ?
Ouvrir les écoles médicales et paramédicales à plus d’élèves peut-il combler le vide causé par le manque d’attractivité et les départs anticipés de la profession ?
Sans une recherche d’amélioration du système hospitalier, des conditions de l’exercice libéral ou des institutions médico-sociales, pouvons-nous accepter que ces élèves actuels quittent également dans les même proportions la profession dans une quinzaine d’années ? Que certains en meurent ou se suicident
Pensées à ceux qui ne sont plus…
Rien qu’en 2021, cinq internes se sont donné la mort. « Un suicide tous les dix-huit jours », relèvait l’Intersyndicale nationale des internes.
Afin de remédier à la situation préoccupante et d’améliorer la qualité de vie des internes et de l’ensemble des étudiants en santé, le Gouvernement a décidé ces dernières années d’amplifier sa mobilisation et de mettre des mesures fortes et rapides afin de lutter contre le mal-être des jeunes médecins en devenir. Ainsi, à l’issue des discussions qui se sont tenues lors du « Ségur de la Santé » du 25 mai au 10 juillet 2020, un accord a été conclu le 16 juillet 2020 avec l’ISNI (intersyndicale nationale des internes) et l’ISNAR IMG (intersyndicale nationale des internes en médecine générale). Celui-ci formalisait deux relevés de conclusions : d’une part, revaloriser les indemnités et les rémunérations et, d’autre part, mieux structurer la formation pendant les stages. Ainsi, par cet accord le Gouvernement s’est tout d’abord engagé à consacrer 200 millions d’euros par an à la revalorisation des indemnités de stage et émoluments d’internat et à la revalorisation des gardes pour les internes.
NOUS DEVONS ACCOMPAGNER les soignants quelque soit le métier quand ils sont EN souffrances au travail par manque de moyens MAIS IL FAUT AUSSI ARRETER DE fermer des lits !
EN PLEINE CANICULE IL A FALLU AUSSI FAIRE AVEC DES TEMPERATURES EFFROYABLES ET UNE ABONDANCE INCROYABLES
LES HOPITAUX PUBLICS IMPLOSENT LE MANQUE DE MOYEN EST FLAGRANT
on y va pour vivre et non pour MOURIR
Oui en QVT on n’oublie pas certaines réalités et ENCORE oui les contraintes psycho-sociales résument la façon dont le travail est perçu par le soignant aujourd’hui. Insatisfaction, travail monotone, tensions engendrées par les délais à respecter, manque de reconnaissance professionnelle, manque d’autonomie, relations sociales dégradées, absence de soutien de la hiérarchie, relations difficiles avec les collègues, insécurité de l’emploi, charge de travail surhumaine, manques de moyens.
Les maux générés par le stress entrainent des absences répétées des employés. Ces problèmes d’assiduité ont un coût pour l’entreprise hospitalière et pour la personne.
Feriel Berraies est journaliste activiste, chercheur en Sciences Sociales et Thérapeute
Prix de l’Action Féminine 2015 UFA et Prix Sanitas 2018
Retrouvez les conseils de Feriel Berraies sur son site de thérapeute :
www.feriel-berraies-therapeute.com
