UFFP a le bonheur de vous offrir cet entretien in aparté d’un designer franco-marocain que nous adorons et suivons depuis près de 25 ans.
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A l’occasion de l’ouverture de sa nouvelle boutique au Sofitel d’Agadir, évènement qui a permis le lancement d’une soirée inoubliable où l’Art et la monde n’ont fait qu’un, cela a été aussi l’occasion de faire une rétrospective de près de trente ans de métier de France Maroc au Continent Africain, la griffe TASSI a connu beaucoup de métamorphoses de Tassi Atelier à Tassi Jeans à Tassi tout cœur, le designer a toujours su montrer sa créativité et sa capacité surtout à s’adapter à un univers toujours aussi rigoureux et compétitif.

Etabli au Maroc depuis des années, son cœur balance entre l’Europe, le Moyen Orient, l’Afrique, mais ses attaches restent profondément ancrées dans le patrimoine et la mixité et surtout la modernité.
Ligne homme et femme, bijoux et accessoires, il est dans l’air des temps mais jamais esclave des tendances, entier, authentique, élégant ce trublion de la mode ne cesse de nous émerveiller.
Retrouvez notre dernier édito sur la griffe

Karim Tassi designer et Chef d’Entreprise
Entretien avec UFFP
- 22 ans dans le métier cela fait quoi ? nos retrouvailles en Afrique, nostalgie ? mais le monde a changé non même pour la mode en Afrique ? des doyens comme Alphadi, qui ont fait Africa Fashion continuent de se battre par rapport à des filières compliquées ?
Je me souviens encore de l’obtention de mon diplôme, en 1987 à Casablanca, au moment de l’ouverture de la première école de mode au Maroc. Depuis, tant d’années se sont écoulées et pourtant, certaines évolutions prennent encore énormément de temps.

Pendant longtemps, l’Afrique a été avant tout consommatrice de produits et de modèles européens. Elle doit maintenant digérer cette influence avant de se tourner pleinement vers ses propres créations, son propre savoir-faire et, enfin, ses propres produits.
Le chemin est encore long, mais le processus est engagé.
J’espère surtout que nous ne reproduirons pas les erreurs commises ailleurs : industrialiser à outrance, uniformiser les goûts et finir par oublier notre artisanat, nos traditions et les savoir-faire exceptionnels transmis de génération en génération.
L’environnement évolue. Les nouvelles générations évoluent aussi. En réalité, le changement n’est peut-être pas si compliqué : c’est nous qui sommes parfois très longs à accepter de changer.

On le constate partout : dans la politique, dans les lois, dans la justice, dans notre manière de travailler et même dans notre façon de vivre. Nous fonctionnons encore trop souvent selon des schémas hérités de l’après-guerre, alors que le monde, lui, s’est profondément transformé.
Il est temps de regarder la réalité en face : nous ne pouvons plus continuer à avancer avec des modèles qui ne correspondent plus à notre époque. Nous devons retrouver notre identité, valoriser notre patrimoine et construire notre avenir à partir de ce que nous sommes réellement.

- Vous rappelez-vous la première fois ? qu’est-ce qui vous a motivé à embrasser cette carrière ?
Oui, je m’en souviens très bien. En réalité, j’ai vécu plusieurs « premières fois » à cette époque. C’était autour de 1985. Je commençais à découvrir le monde de la nuit et je rencontrais des personnes qui allaient devenir mes amis : des créateurs, des artistes et des personnalités passionnantes.
Parmi eux, il y avait un ami qui venait de créer son atelier de couture. Un jour, il m’a montré un pantalon et m’a demandé : « Est-ce que tu aimes ce modèle ? » Je lui ai répondu que je l’adorais. Il m’a alors emmené dans une autre pièce et, là, j’ai découvert ce même pantalon reproduit à 300 exemplaires.

J’ai ressenti une joie immense. Voir une pièce que l’on aime se multiplier ainsi, passer d’un modèle unique à une véritable production, était quelque chose de très impressionnant pour moi. Il y avait également toute l’effervescence de la mode des années 1980 : les dessins, les créations et les défilés que l’on découvrait à la télévision, puis plus tard sur Internet, ainsi que la naissance des grands créateurs et des top models de cette époque.

La Génération de la fondatrice d’UFFP 😊))

La fondatrice de NEW AFRICAN WOMAN ET UNITED FASHION FOR PEACE et KARIM TASSI DAKAR FASHION WEEK il y a vingt ans.
Tout cela me faisait vibrer.
- On s’est rencontrés par le biais d’un salon parisien il y a près de vingt ans, aujourd’hui, on voit que le Maroc a le vent en poupe cette édition de Who’s Next où votre pays a promu une délégation d’Artisans du Maroc, mais aussi Tranoï l’année dernière, les pop-up stores éphémères aux Galeries Lafayette, vous en pensez quoi?

Écoutez ce que j’en pense : c’est toujours une bonne chose de financer, avec des moyens importants, des marques à l’étranger. Encore faut-il être réellement prêt à leur proposer lesconditions nécessaires. Cela signifie qu’un travail doit être mené ici, au Maroc, et qu’un autre doit être réalisé à l’étranger.
Je trouve donc qu’il existe une très mauvaise définition de ce que signifie « exporter ». Qu’est-ce qu’une marque, au juste ? Quelle valeur représente-t-elle, tant sur le plan humain que professionnel ? Après seize ans passés au Maroc, je constate que nous ne sommes pas encore suffisamment préparés.
Je pense que tout ce que nous souhaitons faire connaître à l’étranger devrait d’abord être développé au Maroc. C’est ici que doit commencer le rayonnement de ces marques et de tous ces jeunes qui se battent chaque jour pour exister. À mes yeux, ils ne bénéficient pas du soutien qu’ils méritent, et c’est bien dommage.
- La mode au Maroc connaît un boom mais aussi des freins quels sont-ils ?
La mode au Maroc connaît aujourd’hui un bel essor, mais il ne faut pas non plus exagérer la réalité. Ce qui est très encourageant, c’est qu’il existe désormais une véritable volonté politique, accompagnée de moyens importants. C’est évidemment une excellente nouvelle pour l’ensemble du secteur.
Cependant, nous sommes encore loin d’avoir établi un discours parfaitement clair. Qu’est-ce qu’un artisan ? Qu’est-ce qu’un caftan ? Qu’est-ce qu’un créateur de mode ? Qu’est-ce qu’une marque marocaine ? Nous n’avons pas encore suffisamment défini les métiers, les identités et les différents acteurs de notre secteur.
Tant que l’offre ne sera pas clairement organisée, la demande ne pourra pas se structurer correctement non plus.
- Qu’est ce qui doit changer alors d’un point de vue institutionnel ?
Les pouvoirs publics doivent donc déployer non seulement des moyens financiers, mais aussi une véritable stratégie à long terme. Il faut construire intelligemment les différents niveaux du marché : le luxe, le moyen de gamme et l’entrée de gamme. Chacun doit trouver sa place, son public, son modèle économique et ses circuits de distribution.
Nous avons encore beaucoup de marchés parallèles, de franchises et de marques étrangères. Dans le même temps, de nouveaux centres commerciaux s’installent dans le paysage, alors que les marques marocaines restent encore trop peu nombreuses et insuffisamment accompagnées.
Il existe donc un potentiel immense, mais également beaucoup de choses à définir, à organiser et à construire. Tout cela demandera du temps, de la cohérence et surtout une vision commune.
- La marque a beaucoup mûri, qu’avez-vous changé par rapport à vos débuts ?
Oui, bien sûr, mais je n’ai fondamentalement rien changé. Je garde la même direction, la même vision et le même discours depuis la création de ma marque à Paris, en 1999.Depuis maintenant seize ans à Marrakech, je me suis davantage rapproché des artisans locaux. Mon atelier poursuit ce travail de recherche autour des techniques, des matières et des savoir-faire traditionnels, tout en créant de nouvelles connexions avec notre époque.
Ma démarche conserve une véritable dimension culturelle. Elle doit raconter un Maroc moderne, ouvert sur le monde, mais toujours profondément attaché à son identité, à ses pratiques et à son patrimoine.
C’est ce dialogue qui est essentiel pour moi : créer un vêtement inspiré d’hier, capable de vivre pleinement aujourd’hui et de perdurer demain.
- Quelle est la clientèle de Karim Tassi ? Vous avez beaucoup développé la ligne masculine non ?
Effectivement, depuis que je vis au Maroc, mon travail a gagné beaucoup d’âme. J’ai toujours été fasciné par la manière dont les hommes s’habillent ici, par leur rapport très fort aux matières, aux couleurs et aux traditions.
À Marrakech, j’ai considérablement développé ma clientèle. Aujourd’hui, elle voyage énormément et entretient presque toujours une relation affective avec le Maroc. Derrière chaque personne, il y a un souvenir, une expérience vécue, un voyage ou parfois même une histoire familiale. Je trouve cela fascinant.
Comme je suis installé à Marrakech, mes clients viennent désormais du monde entier : d’Europe, d’Amérique du Nord, d’Amérique latine, d’Afrique, d’Asie et du Moyen-Orient.
C’est une clientèle féminine et masculine extrêmement éclectique, composée de femmes et d’hommes venus des cinq continents. Malgré leurs différences culturelles, tous se retrouvent autour de cette même émotion, de cette même relation au Maroc et de ce dialogue entre tradition et modernité
- Parlez- nous de vos points de vente, prochainement Agadir ? de cette nouvelle collection
Oui, depuis quelque temps, nous avons beaucoup développé la marque à travers des pop-up stores organisés principalement dans des hôtels, au Maroc mais aussi autour du bassin méditerranéen.
Aujourd’hui, nous développons également la vente de nos collections pour femme et pour homme dans des concept stores et des boutiques d’hôtels. Nous avons ouvert notre propre boutique à La Mamounia en décembre, puis une nouvelle boutique au Sofitel Royal Bay d’Agadir. D’autres ouvertures sont envisagées pour l’année prochaine, inch’Allah.
Il faut néanmoins se demander si cette stratégie reste parfaitement adaptée à un monde qui change très rapidement, notamment avec le développement du digital et les nouvelles habitudes de consommation. Je pense malgré tout que la boutique physique conserve toute son importance, à condition de la faire évoluer. Elle ne doit plus être uniquement un lieu de vente, mais devenir un espace vivant, plus flexible et différent : un lieu d’expérience, de rencontre et de découverte, capable de fonctionner en complément du digital.
C’est probablement vers ce modèle de boutique alternative et hybride que nous devons maintenant nous diriger.
merci karim !!!
Découvrez l’Univers de ce magnifique Designer Chef d’Entreprise
www.karimtassi.com
