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Frédérique Clavel, Présidente de l’APCE : «pour avoir une entreprise pérenne il faut : informer, sensibiliser, accompagner et il faut financer ! »

Ajouté par , Le décembre 1, 2013 , dans Buzz, Ethical People, Evénement, Paroles Ethiques, Rendez-vous des Entrepreneurs

 

 

Frédérique Clavel, diplômée de l’EMN et Insead (IEP 2000), a été Responsable des Affaires financières du groupe LASER. Elle a crée et dirige depuis 2001Fincoach, société qui accompagne les entrepreneurs dans leurs stratégies financières et les aide à optimiser leurs sources de financement. Frédérique Clavel a également créé avec son associé Ghislain Bouriez un véhicule d’investissement dans des entreprises en démarrage Mix For Value.

Frédérique Clavel est présidente de l’APCE depuis décembre 2012.

En 2003, Frédérique Clavel fonde Paris Pionnières, le premier incubateur au féminin de services innovants à Paris, dont elle assure la présidence depuis l’origine. Début 2008 elle prolonge son action en fondant Fédération Pionnières dont elle est également Présidente. L’objectif de Fédération Pionnières, appuyé par les partenaires publics et privés, est de développer des incubateurs sur le modèle de Paris Pionnières sur de nouveaux territoires.

UFFP l’a rencontrée sur Marseille lors du colloque Femmes et Entreprises Paicem Day, dans le cadre de la semaine économique de la Méditerranée, l’occasion de deviser du statut et du rôle du mentoring des femmes entrepreneurs du Nord au Sud.

 

 

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Entretien avec Frédérique Clavel :

1/ Vous êtes la Présidente Fondatrice de Pionnières et cofondatrice de Mix Values, parlez-nous des raisons qui vous ont poussé à inscrire « ces combats » dans votre trajectoire professionnelle ?

Sur le réseau des Pionnières, c’est en effet issu de mon histoire personnelle. Je vais vous parler en fait du « plafondde verre »c’est ce qui m’a poussé vers cette voie. J’ai été élevée dans un milieu où il y avait beaucoup de garçons et j’ai été élevée comme eux, absolument pas conditionnée au fait qu’il n’y allait pas avoir le même parcours professionnel, puisque j’étais une femme. Donc je suis partie, bille en tête et à l’approche de la quarantaine, j’ai commencé à constater qu’il y avait une différence de traitement  » du retour sur investissement » entre les hommes et les femmes.Cela m’a mis en colère et cela était fondé, cette colère n’était pas de l’aigreur maiselle s’est transformée en action, en énergie et combattivité.

 

2) L’Entreprenariat au féminin on a tendance automatiquement à penser solidaire et social, c’est le créneau le plus simpliste ?

En effet,j’ai constaté très vite, qu’en terme d’entrepreneuriat féminin on pas grand-chose, sauf dans les créneaux du social etdu solidaire. Et je me disais alors que l’on pourrait aussi parler de « femme et pouvoir, femme et innovation, femme et argent » ! Etant à la direction financière d’un grand groupe, je n ‘avais pas de tabou à parler d’argent et au contraire, et d’ailleurs j’en parle avec mes enfants. Il ne faut pas avoir peur d’aborder cette question.

 

3) On a l’impression que les femmes doivent en faire plus pour mériter leur place ?

Moi je refuse ceraisonnement, je ne veux pas en faire plus que les hommes. Il faut se protéger nous les femmes. On fait le mieux que l’on peut, mais il faut surtout se préserver, même s’il est vrai, nous subissonstoutes formes de pressions (enfants, maris etc.) le retour sur investissement professionnel est plus dur à obtenir en moyenne pour les femmes. Il faut en être conscient, et moi partie de ce constat-là, je me suis dit que c’est dans l’innovation qu’il y a le plus de manques, et j’ai décidé de monter des incubateurs pour les femmes.

Sur la centaine de projets émanant des incubateurs parisiens, il n’y avait que 5 portés par les femmes. Nous avons fait les comptages, car les statistiques n’existaient pas et quand on a amené ce chiffre à  la Mairie de Paris on m’a répondu «  … mais Madame vous avez malheureusement, probablement raison » !

Cette prise de conscience a fait qu’ils ont fini par nous mettre le pied à l’étrier et ils nous ont fourni des subventions pour pouvoir acquérir un local de 170 M2. On a démarré petitement avec cinq projets. A cette époque je m’étais dit aussi «je refuse de démarrer sans moyens, car nous les femmes on a tendance à le faire » ! Mais à un moment donné il faut aussi que nos interlocuteurs qui sont en face, prennent conscience qu’un euro investi sur une femme aura probablement un retour sur investissement meilleur que la moyenne des euros investis.

 

4) Au fond qu’elles sont les clichés à casser et les certitudes à avoir sur la femme et l’entreprise ?

Les femmes sont connues pour être meilleure dans la tenue de la gouvernance de l’Entreprise, elles amènent beaucoup de rentabilité à l’entreprise, tout cela est basé sur des études, ce ne sont pas des conclusions personnelles. Dans lesétudes on sait que les femmes prennent en moyenne moins de risques, car elles n’aiment pas le risque et quand elles sont mises en situation, elles sont meilleures gestionnaires du risque.

 

5) Les Pionnières, c’est en somme une «Fabrique de patronnes » ?

Oui absolument, il fallait construire notre propre monde économique, sachant queles hommes qui sont la plupart à la tête des entreprises, n’allaient pas donner leur place de sitôt. De là est né l’incubateur des Pionnières avec des femmes innovantes etc.

 

6) Vous avez Fédération Pionnière à Paris mais aussi au Maroc ? Oui, SalwaKarkri la Présidente fondatrice de l’AFEM (Association des Femmes Chef d’Entreprise au Maroc) jel’ai rencontrée à l’OCDE durant un forum à Istanbul, elle m’a dit «vous avez un incubateur qui marche » pourquoi ne pas faire le même au Maroc ? Et c’est ainsi qu’est née Casa Pionnière et elles ont ensuite obtenu 500 M2 du Ministère du Habous et des Affaires Islamiques. Et j’aime bien le dire en France, car cela casse certaines idées reçues. Cela permet de proposer quinze projets par an et cela veut amener un taux de mixité probable de 15 % pour ces incubateurs.

7) En 2OO8 Fédération Pionnière a vu le jour pour développer le projet sur tout le territoire français ?

Oui aujourd’hui on a quatorze incubateurs repartis en France, y compris dans les Dom Tom où l’on a huit incubateurs. Ensuite, quatre incubateurs à l’étranger, dont deux au Maroc et dans des pays du Benelux. Et on a accompagné 300 projets portés par des Femmes.

 

8) Parlez-nous de Mix for Values ?

C’est parti d’un autre constat quand on a démarré Pionnières : c’est qu’il manquait de l’argent au démarrage. C’est exactement cela, que l’on avait envie de financer. A l’époque, j’habitais en Belgique et j’avais un Associé qui avait envie de monter ce projet avec moi. On a réuni neuf actionnaires partants, aujourd’hui on n’est plus que six et on a réuni des fonds pour les injecter dans des entreprises qui démarrent. Les Business Angels c’est bien mais c’est compliqué en terme de géographie du capital. Là, il y a une entrée au Capital, un actionnaire mais il est porté par plusieurs têtes. Aujourd’hui, on a investi dans trois sociétés.

 

9) Vous siégez à la tête de l’APCE, concrètement qu’elle est votre action et surtout de l’autre côté de la Méditerranée quelles sont vos actions ? Vos acquis, vos défis ?

L’APCE est une agence contrôlée et financée par l’Etat français, avec des recettes propres. Je serai ravie que l’on fasse avec l’APCE ce que l’on a fait pour Fédération pionnières . Ce que fait l’APCE, c’est vraiment très important ; à savoir l’information de l’entrepreneur, matérialisée par un site internet et derrière ce site, des salariés, des juristes, des chercheurs qui produisent de l’information à destination du chef d’entreprise.

Pour pérenniser les entreprises, il faut les accompagner !C’est une condition cruciale il faut  informer, sensibiliser, accompagner et il faut financer ! C’est compliqué, car il y a peu d’acteurs privés, cela reste un marché qui reste peu solvable. C’est le sens du small business act aux Etats Unis. Même dans les pays ultra libéraux, l’Etat est présent pour aider au démarrage. L’APCE est donc enamont des réseaux d’accompagnement et en amont des réseaux de financement.

 

10) Parlez-nous de votre participation au ColloquePAICEM Day durant la semaine économique de la Méditerranée à Marseille 2013 ? Le bilan ?

J’y suis allée en tant que Présidente de l’APCE pour tester le dynamisme de la région PACA et son engagementpartenarial sur la région de la méditerranée. J’ai vu le témoignage extrêmement intéressant de créateurs d’entreprise, je pensais par exemple à Morgiane la jeune entrepreneuse algérienne, pour comprendre la richesse des échanges au-delà des différences culturelles. Egalement, essayer deréfléchir sur l’aptitude de notre pays à accueillircette diaspora venue des pays de la Méditerranée et comme elle est là, en faire un capital à développer. Et au titre de Pionnières, comme c’était une journée sur l’entrepreunariat féminin, évidemment ça nous redonne l’énergie dont on a toujours besoin. Mais surtout et ce fut essentiel pour nous les Femmes Pionnières, c’est la signature du partenariat avec Marseille Innovation. C’est important que la région accueille Pionnière et qu’elle veuille en faire le fer de lance de leur action. C’était très concret.

 

11) Comment selon vous, favoriser une société euro Med de la créativité et de l’innovation au féminin ?

Il faut surtout multiplier ce genre de rencontres, avec les réseaux on se développe, mais avec les rencontres physiques c’est encore mieux ! Il faut amener ces rencontres dans des lieux pour prendre conscience de l’autre.Nous sommestrès heureux de notre collaboration avec le Maroc. Vous savez que l’on a un projet en Tunisie, mais actuellement à cause de l’instabilité politique, cela reste très compliquéà monter. Installer une Entreprise pérenne, reste aléatoire enplein risque politique. Mais nous voulons continuer à soutenir les femmes tunisiennes.

 

12) Quels ponts bâtir entre l’Europe et le Monde arabe, d’autant que la donne s’est considérablement obscurcie pour les femmes de l’après printemps arabe ?

Les petits ruisseaux font les grands fleuves et il faut toujours commencé par cela. C’est important de garder le lien avec les femmes de l’autre côtéde la Méditerranée, même si cela est compliqué et qu’iln’y a pas d’argent. On n’a jamais voulu casser  avec le Maroc par exemple, même au début quand il y avait des difficultés. On savait que l’on avait les mêmes valeurs et que cela n’était qu’une question de temps. Mais c’est crucial, de ne jamais briser le lien, même s’il est fragile. Il faut que nous les européens on prenne un peu de la philosophie du Monde arabe, la patience, une certaine fatalité. Résilience, patience et créativité. C’est un recul stratégique sans une rupture. Il faut continuer à travaillerde façon souterraine en attendant « la sortie » !

 

Merci


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