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Gustavo Massiah « l’Impérialisme est secoué de tout temps par la résistance des peuples » !

Ajouté par , Le février 18, 2013 , dans Buzz, Ethical Planet, Evénement, Femmes et Hommes d’Ethique, Société

 

 

Par Fériel Berraies Guigny. Texte toute reproduction interdite

 

Photo Gus Massiah all rights reserved

 

Ingénieur économiste de formation, Gustave Massiah est consultant. Il a fait partie de la direction des études de l’Ecole Nationale Supérieure des Beaux-Arts – section architecture en 1967 et 1968, il a participé à la création de l’Ecole d’Architecture de Paris-La Villette, UPA6 ; il y a enseigné pendant quarante ans. Très impliqué dans les ONG de solidarité internationale et de droits humains et dans le mouvement altermondialiste, Gus Massiah a été président du CRID (Centre de recherche et d’information sur le développement, collectif d’une cinquantaine d’ONG), membre fondateur du CEDETIM (Centre d’études et d’initiatives de solidarité internationale), de l’AITEC (Association internationale de techniciens, experts et chercheurs) et du réseau IPAM (Initiatives pour un autre monde). Il est membre fondateur et membre du Conseil scientifique d’ATTAC (dont il a été vice-président de 2001 à 2006) et du Conseil International du Forum Social Mondial. Il a publié de nombreux écrits, articles et contributions sur les thématiques du développement, des rapports Nord/Sud, de la solidarité internationale, des droits économiques, sociaux et culturels…

Nous l’avons rencontré à Dakar, durant Africités 2012 et nous nous sommes entretenus avec lui à quelques jours de la tenue du Forum Social Mondial qui se tiendra en Tunisie, ce mois de mars 2013. Pour parler de la fin d’un système mondial qui broie l’humanité, sur fond  de révoltes des peuples,   augurant d’un changement en devenir plus que nécessaire. Notre discussion sera présentée en plusieurs partie, voici donc la première.

 


 Gustavo Massiah

Entretien avec  Gus Massiah et la Présidente de UFFP Fériel Berraies Guigny:

 

Par Fériel Berraies Guigny. Texte toute reproduction interdite

 

Photo Gus Massiah all rights reserved

 

 

Entretien :

 

1) L’Altermondialisme le combat d’une vie pour vous ? Oui cela fait partie de toute ma vie. C’est un mouvement que je situe dans le très long terme. Dans chaque phase de la mondialisation qui a été capitaliste depuis le début, et qui a commencé il y a quatre ou cinq cent ans avec Venise, il y a une logique dominante, et une logique qui remet en cause le courant dominant, la logique anti systémique. C’est la relation entre les deux qui fait l’histoire. C’est dans cette dernière phase, qui a commencé dans les années 80 et que l’on appelle « la financiarisation », que nait le mouvement anti systémique « que l’on nomme le mouvement altermondialiste ». Ce mouvement commence avec l’héritage des anciens mouvements dont ceux relatifs aux mouvements pour la décolonisation, mouvements des luttes sociales, les luttes ouvrières et paysannes et les mouvements pour la démocratie vers les années 1965/73. Tous ces mouvements remettent en cause les systèmes d’oppression et d’exploitation.

 

2) Ce sont les années 80 qui donnent naissance aux premiers mouvements altermondialistes ? oui à mon sens, ils naissent dans les pays du Sud et l’on va commencer à s’insurger contre les effets de la Dette, les répercussions de la faim sur les populations les moins nanties, contre la Banque Mondiale, le FMI et l’OMC et contre tous les plans d’austérité qui s’ensuivront en Occident. Une contestation nette de ce que l’on appelle la finance naturelle. De fait, c’est le début de l’alter mondialisme et pour ma part, j’y ai participé dans mon histoire personnelle. J’étais très investi dans tous ces mouvements d’indépendance coloniale et les mouvements de solidarité internationale. Vient ensuite la troisième phase, avec les forums économiques mondiaux dont celui de Porto Allègre qui va créer un nouveau mouvement social de protestation qui va se déployer par la suite dans les différentes régions du Monde. Ce dernier mouvement est historique et il se situe dans la lignée des mouvements d’émancipation.

 

3) La crise de l’impérialisme bat son plein mais du Nord au Sud, on reproduit les mêmes schèmes encore et toujours ? La crise est présente depuis plusieurs années, elle a commencé au début de l’impérialisme même. L’impérialisme n’a jamais été un long fleuve tranquille car il est secoué de tout temps par la résistance des peuples. En 1977 avec Samir Amin nous avions écrit « la Crise de l’Impérialisme » (Éditions de Minuit). Cette crise prend des formes différentes selon les phases de l’Impérialisme. Il y a eu d’abord la colonisation, ensuite de 1914 à 1945 il y a eu une seconde étape avec les guerres, les fascismes, les crises financières etc ; un peu comme ce que nous traversons aujourd’hui.

 

4) Comment définir la crise actuelle de l’impérialisme ? Ma vision de l’histoire consiste à partir des mouvements sociaux et citoyens. Ceci pour voir comment eux analysent la situation et comment eux participent à l’histoire. On constate de premier abord qu’elle prend la forme d’une grande multiplicité de crises : financière, boursière, alimentaire, la crise des subprimes et du logement notamment aux Etats Unis, la crise de l’endettement etc.

La crise est d’abord sociale  et axe son combat sur les inégalités sociales. Tout le monde admet aujourd’hui, qu’il y a une profonde crise des inégalités sociales qui a atteint un niveau aujourd’hui jamais égalé dans l’Histoire. Quand les « Occupy Wall Street » sortent le slogan « vous êtes 1% et nous sommes 99% » cela montre l’ampleur de la problématique.

 

5/ Le mouvement en Tunisie à ses débuts avait repris le même schéma non ? Oui absolument, les tunisiens se sont soulevés car ils ne voulaient plus vivre les inégalités sociales et ils ont mis l’accent également sur la corruption, corruption qui est aussi dans ce pays, une des clés des inégalités sociales ; en fait c’est la fusion entre le capital financier et les classes politiques qui avaient crée le profond malaise en Tunisie. C’est malheureusement une des formes actuelles de l’organisation sociale du Monde.

 

6) Qu’en est il de la dimension démocratique ? C’est la seconde phase si l’on veut de la crise de l’impérialisme. Quand les inégalités sociales atteignent ce niveau aussi important, il n’y a plus de système politique viable. On rentre alors dans une grande crise de la démocratie. Et la réponse que l’on veut donner aux luttes contres les inégalités, c’est d’une certaine manière la répression !

 

7) Nous sommes dans un Monde où l’insécurité est grandissante ? On est face à une insécurité sociale qui se traduit de diverses façons : perte de l’emploi, perte du logement. EMMAUS France fait une enquête tous les deux ans et l’on a posé la question suivante aux Français « est ce que dans votre vie, vous pensez pouvoir un jour être un SDF « ? Même si cela reste très improbable, 58 % des français ont répondu oui et 75% des salariés ont dit oui aussi. Il y a une insécurité écologique également, on ne sait pas si on vit près d’une usine qui va exploser ; insécurité physique également. Et la réponse à tout ceci, est l’instauration d’une idéologie sécuritaire. Et donc on ne répondra pas par la prévention mais par la répression. C’est ce que le Maire de New York Giulani a expliqué en expliquant que la grande criminalité  venait de la hausse des incivilités et il a fait le lien entre les deux.

Ceci équivaut à une réelle remise en cause des fondements de la démocratie.

 

8) La crise financière est donc la deuxième phase de la crise de l’impérialisme ? Quand on regarde le G7 ou G8, c‘est essentiellement constitué de pays issus des anciens empires coloniaux. Il y a une réelle reprise en main du Monde et l’impérialisme est ainsi une nouvelle fois imposé aux leaders de ces pays émergents.

 

9) La crise écologique est donc la dernière des crises mondiales dans notre baromètre ? Oui c’est la dernière et la plus grave à mon sens. C’est une crise nouvelle qui entre pour la première fois dans l’humanité. Cette crise écologique a pour conséquence de remettre en cause le modèle de croissance et développement. Le productivisme est la manière dont on est sorti des crises jusqu’à maintenant. A vouloir développer le marché mondial, on arrive à une limite qui produit de très fortes contradictions. Lors de l’avant-dernier forum mondial social de Bélem, nous avons vu venir de nouveaux mouvements qui prennent de plus en plus d’importance ; comme le mouvement des femmes. Egalement, le mouvement des paysans qui sont justement très liés à cette question de l’accaparement des terres et de la nature, sans oublier le mouvement des peuples indigènes d’Amazonie.

 

10) Faut il revoir les rapports entre l’espèce humaine et la nature ?

Si on revoit les relations entre les deux, on constatera que ce n’est pas uniquement une crise du néolibéralisme ou du capitalisme ou de l’impérialisme, c’est aussi une crise des civilisations. Cela remet en cause les fondements même de la modernité occidentale du 15e siècle.

 

11) Face à cette triple crise du néolibéralisme, c’est la fin du système mondial ? Oui c’est la fin d’un mode de financement, de contrôle et de subordination d’un mode de marché. C’est la crise du capitalisme, car c’est vraiment la remise en cause du mode de production et de consommation.

 

12) Le citoyen est donc un objet de consommation jetable ? Exactement et lui même est consommateur d’un système qui broie et qui a donné ses limites. Et il est bel et bien embourbé dans une profonde crise des civilisations.

 

13) De nouveaux rapports internationaux fondés sur des partenariats égalitaires à partir des sociétés civiles, c’est un peu votre violon d’Ingres au CRID ? Car ce sont les sociétés civiles qui construisent la base des nouveaux rapports sociaux mondiaux. Le CEDETIM est d’ailleurs devenu membre à son tour du CRID. Le CRID lui même est devenu membre fondateur de ATTAC. ATTAC est née de l’idée dans le mouvement altermondialiste de trouver des réponses et des solutions à l’endettement mondial. L’idée est de proposer une taxe financière qui serait contre l’endettement, une proposition reprise de l’économiste Tobin qui n’était pourtant pas un altermondialiste; la dette des Etats et des particuliers est un des fondements de la crise impérialiste aujourd’hui.

 

14) Vous revenez du dernier Africités Dakar 2012?

Pour moi, Africités est l’un des plus beaux projets auquel je participe, il existe depuis 12 ans et il a été créé à l’initiative de deux personnes : Jean Pierre Elong Mbassi et Daby Diagne. Africités au début c’était l’idée était de réunir les maires et les élus locaux d’Afrique. La première à Abidjan a vu arriver 500 maires et élus d’Afrique et je vous assure que la réunion fut émouvante « tout le monde pleurait, car c ‘était la première fois que cela se passait entre Maires. Les chefs d’Etat se rencontrent mais ce qui est en dessous d’eux était plus improbable. Voir l’Afrique et son unité possible, fut bouleversant. Un Africités tous les deux ans dans chacune des sous régions d’Afrique, allait avoir lieu. Après Abbidjan, ce fut le tour de Windhoek en Namibie, ensuite le Cameroun, le Kenya, Marrackech et Dakar. La réflexion commune sur la nécessité d’élargir l’action des collectivités locales en Afrique est plus qu’opportune aujourd’hui. Car les collectivités locales ont un rôle à jouer dans la progression et le développement de l’Afrique. Cela peut amener à repenser la construction des Etats et à redéfinir les moyens pour y parvenir.

 

15) il faut donc construire la décentralisation en Afrique ? Oui mais c’est une des formes de réponses, il faut d’abord construire le local avant tout pour parvenir à un développement durable. Il faut reconstruire le développement à partir des besoins de la population. Et la décentralisation est et reste un débat dans Africités, il y a deux formes de décentralisation qui coexistent : la décentralisation qui veut limiter le rôle de l’Etat et la décentralisation qui consiste à construire de nouvelles institutions à partir du local et de la population. Et donc l’intérêt, est de voir ce que cela va donner dans le long terme, car nous n’avons pas encore eu d’exemple en ce sens en Afrique. Et cela va aussi prendre du temps, car en réalité cela signifiera l’indépendance réelle de l’Etat. Mais aujourd’hui, l’Etat doit arrêter d’imposer et apprendre à prendre en compte l’intérêt général des populations. La décentralisation n’est pas une forme d’organisation, ce n’est pas une fin en soi, c’est un mouvement en devenir !

 


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