Tamila Hachemi”… il faut arrêter la lecture culturelle des personnes migrantes dans leur douleur…”!

  • By UFFP
  • 29 septembre 2026
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À partir du 19ᵉ siècle, des scientifiques et des médecins mettent en place des théories pseudo-scientifiques à caractère raciste. Palpation des crânes, chirurgie, dissection : tous les moyens sont bons pour forger des discours racistes qui vont circuler des États-Unis à l’Europe.

Fin du 19ᵉ siècle les discriminations contre des gens et des groupes vont alors s’appuyer sur des théories pseudo savantes. Ce racisme médical va donc planter des racines et se développer au fur et à mesure des siècles dans un contexte colonial.

 Dans le système de santé actuel, au 21 es siècle, presque, des préjugés ethno raciaux persistent et amènent souvent maltraitances et prises en charges inadaptées des populations dites racisées, notamment en France.

Le racisme médical reposant sur des stéréotypes et des discriminations fondés sur la race ou l’ethnie, continuent d’influer lz pratique médicale, la formation des soignants et la qualité des soins en France.

Qu’il s’agisse de de préjugés, conscients ou inconscients, dans le collectif, les effets délétères sont bien là.

Nous sommes allées, à la rencontre d’une psychologue clinicienne qui connait bien cette problématique, qui est peu et ou mal documentée, mais qui fait des ravages.

Tamila Hachemi est psychosociologue clinicienne, psychothérapeute et coach, consultante et formatrice à l’international (Europe, Afrique du Nord, Afrique de l’Ouest, Canada). Experte des rapports de pouvoir et des discriminations dans la société et leurs impacts sur l’identité et la santé mentale, elle accompagne les personnes et les collectifs aux identités multiples et marginalisées, exposés à des discriminations croisées. On parle de psychologie intersectionnelle.

Son action vise l’accès à des soins psychologiques réparateurs et le développement de soins collectifs. Elle mène des actions d’éducation populaire en santé mentale et travaille à rendre les savoirs académiques accessibles aux communautés concernées. Coordinatrice de l’antenne de Marseille de l’IEAC et experte du réseau RÉPAR, elle est à l’origine du collectif intersectionnel AMADeV et d’un groupe de parole intersectionnel dédié au racisme médical. En 2025, elle cofonde La Voix des Assos, plateforme humaine et digitale de soutien aux associations de terrain à Marseille, dans une optique de mutualisation des ressources et collaborations psychosociale du territoire marseillais.

Tamila Hachemi psychosociologue clinicienne, psychothérapeute et coach photo ALL RIGHTS RESERVED

Entretien avec UFFP

1. Dans votre pratique, quels sont les profils victimes de racisme médical ?

Ce sont des personnes perçues et visibles comme arabes, noires ou racisées. Mais dans ma pratique, ce sont celles qui cumulent plusieurs marqueurs qui souffrent le plus. Je les décris comme des « casquettes identitaires » : genre, orientation sexuelle, âge, poids, handicap, langue, niveau de scolarisation, classe sociale, religion. Ces casquettes ne s’additionnent pas, elles se croisent et créent des violences spécifiques que le système de soin ne sait pas voir. C’est ce que ma pratique intersectionnelle m’apprend chaque jour : on ne soigne pas « une femme » ou « une personne racisée », on soigne une personne dans toute sa complexité.

2. À quoi attribuer cette discrimination au faciès et dans l’accès aux soins ?

À trois causes qui s’additionnent. D’abord, un héritage historique : la lecture « culturelle » de la douleur des personnes migrantes après-guerre et les préjugés coloniaux sur la résistance à la douleur des personnes noires. Ensuite, la formation : jusqu’en 2022, le stéréotype n’était pas évoqué pendant les études médicales, il se transmettait en couloir. Enfin, des services sous tension, où le manque de temps favorise les raccourcis, et le faciès devient un raccourci. La Défenseure des droits l’a documenté dans son rapport de mai 2025.

3. Cas concrets (situations types)

Cas 1. Femme noire, musulmane, en surpoids, en parcours de PMA.
Elle cumule racisme, islamophobie, grossophobie et sexisme. Elle entend des remarques sur son poids présenté comme unique cause de ses difficultés, des questions intrusives sur sa pratique religieuse et sa vie de couple, et des examens expédiés. Elle se sent jugée « inapte » à être mère.
Conséquences : anxiété sévère, dépression, sentiment d’échec et de honte, perte de confiance dans le corps médical, troubles du sommeil, somatisations (douleurs, tensions), abandon ou report du parcours, isolement social et tensions dans le couple. Son état de stress, aggravé par ces violences, peut lui-même compliquer le parcours de soin, ce qui alimente un cercle vicieux.

Retrouvez notre ancien entretien sur les conséquences psychosociales du Racisme en France

Cas 2. Professionnelle racisée, violences aux urgences psychiatriques.
Elle se présente en crise d’angoisse aiguë. Sa détresse est interprétée comme de l’agitation ou de la « théâtralité ». Elle est contrainte, parlée sans ménagement, et son statut professionnel n’est pas pris en compte. Elle ressort plus traumatisée qu’à l’arrivée.
Conséquences : traumatisme secondaire au soin, peur de solliciter à nouveau l’aide psychiatrique, aggravation des symptômes initiaux, hypervigilance, atteinte à l’identité professionnelle et parfois arrêt de travail prolongé.

Cas 3. Personne racisée demandant un avortement.
Elle subit des jugements moraux ou culturels (« vous, dans votre culture… »), une infantilisation, des délais dissuasifs, parfois une prise en charge de la douleur minimisée. Elle se sent contrôlée au moment où elle a besoin de respect et de rapidité.
Conséquences : culpabilité amplifiée, stress aigu, sentiment de perte d’autonomie, risque de renoncement ou de recours à des solutions moins sûres, séquelles psychiques durables, méfiance vis-à-vis de la santé sexuelle et reproductive.

Cas 4. Personne racisée en parcours de transition de genre.
Elle affronte le racisme et la transphobie dans un parcours déjà long. Il lui faut prouver la légitimité de sa demande, avec des soignants qui projettent des stéréotypes culturels ou religieux sur sa famille et son vécu. Elle doit souvent « éduquer » les professionnels.
Conséquences : épuisement, détresse psychique, dysphorie aggravée par les délais, isolement, risque accru de dépression et d’idées suicidaires, rupture de suivi.

Cas 5. Personne racisée en parcours de chirurgie de perte de poids (sleeve).
Elle cumule grossophobie et racisme. Le poids est mis en cause pour tous les symptômes, ses douleurs sont minimisées, et la perte de poids devient un enjeu moral (« manque de volonté »). L’accompagnement psychologique peut être réduit à un jugement.
Conséquences : honte, troubles alimentaires, rapport dégradé au corps, retard de diagnostic sur d’autres pathologies, ruptures de suivi, dépression et perte d’estime de soi. La chirurgie peut être vécue comme un dernier recours après des années de stigmatisation.

Autres situations fréquentes : troubles gynécologiques (douleurs, règles hémorragiques, fibromes) attribués à l’anxiété, plaintes de sommeil ou de douleur chronique lues comme « psychologiques » alors qu’elles reflètent aussi une hypervigilance quotidienne.

4. Focus : la psychiatrie, le soin psychologique et la double violence

La santé mentale est un secteur particulièrement sensible. La personne y arrive fragilisée, en position de dépendance, et son discours est déjà susceptible d’être discrédité (« c’est dans la tête »). Quand elle est racisée, sa souffrance risque d’être lue à travers des stéréotypes : agressivité supposée, exagération, « problème culturel ». Elle peut aussi subir un surdiagnostic ou un sous-diagnostic, des contentions ou des traitements plus lourds, et une écoute moindre.

C’est ce que j’appelle la double violence :

  1. La violence sociale d’origine (racisme, sexisme, grossophobie, transphobie…) qui a déjà fragilisé la personne.
  2. La violence institutionnelle, subie dans le lieu même censé la soigner, ce qui produit un traumatisme secondaire. La personne perd confiance dans le soin et se retrouve sans recours.

Les personnes qui cumulent plusieurs marqueurs subissent cette double violence de façon démultipliée. C’est pourquoi l’accès à des soins psychologiques réparateurs est un enjeu de santé publique.

5. Quelles sont les conséquences psychiques et de santé ?

Psychiques : stress chronique, hypervigilance, troubles anxieux, dépression, traumatisme secondaire, honte, perte de confiance en son propre ressenti, colère, épuisement.
Santé physique : retards de diagnostic, aggravation des pathologies, douleurs chroniques et somatisations, troubles du sommeil, recours tardif aux urgences, évitement du soin.
Sociales : rupture de confiance envers l’institution, isolement, retentissement sur le travail et la scolarité, rupture du suivi des maladies chroniques.

6. Chiffres et patterns : pourquoi si peu de cas documentés ?

Le pattern est identifiable : minimisation des symptômes, attribution à l’anxiété ou à la culture, retards, refus d’antalgiques, jugements moraux. Je n’ai pas de chiffres nationaux à avancer, et c’est le problème : la France ne produit pas de statistiques ethno-raciales, les victimes portent rarement plainte (manque de preuves, d’énergie, parfois de mots pour nommer ce qu’elles ont vécu), et le racisme se cache derrière un « jugement clinique ». Les mobilisations telles que celle de l’IEAC , AMADeV , La voix des asso existent pour combler ce vide : recueillir les signalements, documenter, produire des études, former les hôpitaux et accompagner les victimes.

7. Du « syndrome méditerranéen » au « koulchite » : mythes et réalités ?!

Le mythe : certaines populations exagèreraient leur douleur par nature. La réalité : ce concept n’a aucun fondement scientifique. Ce qui existe, c’est une différence dans la façon de dire la souffrance (langue, métaphores, registre émotionnel) que des soignants non formés lisent comme de l’exagération. Ce faux diagnostic ferme l’enquête médicale avant qu’elle ne commence.

8. Relents néocoloniaux ?

Oui. La pédopsychiatre Marie Rose Moro le dénonce, et les travaux sociologiques et anthropologiques le confirment : c’est une hiérarchie des corps et des sensibilités héritée de l’ordre colonial. L’IEAC réunit d’ailleurs parmi ses expert·es des historien·nes et sociologues du racisme et de ses origines coloniales.

9. Quelles sont les actions possibles : soins collectifs et accessibilité

  • RÉPAR : nous orientons les victimes vers des soignants, psychologues, psychiatres et avocats formés, au sein d’un réseau médico-socio-juridique.
  • AMADeV : un collectif intersectionnel qui crée un espace de réparation collective.
  • Groupe de parole intersectionnel : 6 à 8 personnes, confidentialité, écoute sans jugement. On y comprend qu’on n’est pas seul·e, et que ce qu’on a vécu est valide.
  • Listes de soignants « safe » construites avec des associations, sur la question raciale et sur les profils cumulant plusieurs formes de discrimination.
  • Formation des soignants et des institutions aux biais et aux protocoles de prise en charge.

10. Avec les prochaines élections, ce syndrome va-t-il revenir au goût du jour ?

Les périodes électorales libèrent la parole raciste et légitiment les préjugés, y compris dans le soin. Je crains des patients qui renoncent à consulter, et des soignants conforté·es dans leurs biais. Notre réponse : former, documenter, orienter, et construire des espaces où le soin reste un lieu de dignité.

Relisez notre ancien dossier sur le racisme

Pour conclure

Ce n’est pas une accusation généralisée des soignants : le problème est systémique. Beaucoup veulent bien faire et manquent de formation. Mais on ne peut pas soigner une personne qu’on ne voit pas dans sa globalité. Il faut des soins accessibles, réparateurs et collectifs, pour que chaque personne, quelles que soient ses identités, soit soignée avec dignité.

merci Tamila Hachemi !

Retrouvez le dossier complet sur le KOULCHITE ou Syndrome Méditerranéen

UFFP

UFFP la Fondatrice et Présidente FERIEL BERRAIES GUIGNY :
Tour à tour mannequin, criminologue, diplomate et journaliste, la franco tunisienne Fériel Berraies Guigny a lancé en février 2011, une Association loi 1901 du nom de United Fashion for Peace. Parmi les activités de l'Association, une Caravane de mode internationale qui met en avant la paix, la tolérance, le dialogue entre les civilisations par le biais de la mode et de l'artisanat éthique. Née dans la foulée du printemps arabe, cette Association réunit tous les artistes du monde pour la paix, désireux de donner de l'espoir dans des régions en crise ou en transition. Depuis le mois de mai dernier, le magazine en ligne a aussi vu le jour pour être le portevoix de tous ses combats pour une planète éthique. La première programmation de la Caravane de mode se fera prochainement en février 2012 en Afrique subsaharienne sous la thématique de l'éducation pour la paix à la Triennale de l'Education en Afrique. Sept pays ont été les Ambassadeurs, Tunisie, Maroc, Cameroun, Afrique du Sud, France/Niger et Burkina Faso.
Fériel Berraies Guigny dirige par ailleurs, depuis des années deux panafricains New African en co rédaction et New African Woman/ Femme Africaine qu'elle a crée pour le groupe de presse britannique IC publications. Elle a longtemps été journaliste correspondante presse pour la Tunisie.

UFFP Contenu rédactionnel webzine :
Magazine français pour une planète éthique. Se veut une plateforme internationale pour une mode éthique qui défend la paix, la tolérance, l'échange, le dialogue entre les civilisations par le biais de la culture, de la création et de l'artisanat. Rubriques : 'Planète éthique' - 'Le rendez-vous des entrepreneurs' - 'Ethnical Conso : beauté bio, manger éthique' - 'Ethical Fashion' - 'Eco Déco' - 'Culture éthique' - 'Eco Evasion' - 'Société et éthique' - 'Femmes d'Ethique' - 'Prix Ethique' - 'Paroles Ethique'.
Mission de l'Association UFFP :
La Caravane United Fashion for Peace est née ce mois de février passé dans la foulée du printemps arabe et suite au massacre de femmes ivoriennes dans le marché lors des affrontements civils dans le pays. C'est une Association loi 1901française, née du désir de rendre hommage a à tous ceux qui ont perdu la vie pour un idéal de paix dans le Monde, tous ceux qui ont été sacrifiés alors qu’ils recherchaient simplement la dignité humaine. Cette Association et plateforme internationale est apolitique, sans coloration religieuse ou ethnique, elle se bat pour la mode éthique, défend par le biais de la culture, de la création et de l'artisanat, la paix, la tolérance, l'échange, le dialogue entre les civilisations.
Dans le farouche désir de combattre pacifiquement les injustices sociales et économiques à l'encontre des peuples par la culture, elle entend véhiculer des messages d'humanité. Son slogan le beau au service de l'autre, permet des passerelles, des rencontres et l’ acceptation des diversités couture. L'esthétique pour l'éthique reste son credo.

United Fashion for Peace entend fédérer le meilleur de la création internationale dans le respect de la diversité, des us et des coutumes. Tout un symbole de paix aujourd'hui, alors que le Continent continue de subir les soubresauts de son histoire.
Investir dans la paix c'est investir dans les peuples
UFFP est une plateforme internationale destinée à valoriser la création éthique centrée sur le développement humain durable.
Pont couture entre les peuples du Monde, cette plateforme a pour vocation de faire la promotion d'une création éthique et sans frontières. Favoriser un jour le commerce équitable de ces produits, pouvoir faire venir les artistes sur Paris pour leur organiser des défilés et vendre leurs produits.
United Fashion for Peace, c’est un concept qui propose un défilé de mode « clés en main », une animation « décalée » à l’occasion d’une manifestation, d’un colloque, d’un forum, d’assises politiques, économiques, scientifiques.
United Fashion for Peace c’est la présentation d’artistes qui font vivre et revisitent une culture, c’est un témoignage de richesse et de savoir faire, c’est la promotion du développement durable avec l’ambition d’accéder à la conscience durable
United Fashion for Peace c’est un vecteur d'amour et le partage dans la création.
Pour les organisateurs il s'agit de créer un évènement mais aussi de véhiculer une philosophie de vie dans la création. Pour laisser quelque chose aux générations futures " loin des passerelles du luxe, UFFP est avant tout une histoire d'amour et d'amitié avec les peuples, leur création, leur identité et leur patrimoine au service de l'autre.

C'était une idée, elle est devenue un projet, aujourd'hui une Association qui a hâte de trouver des programmateurs, des sponsors et des partenaires afin de pouvoir sa première édition.
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UFFP est à la recherche de programmations dans le Monde, de partenaires et de sponsors qui souhaiteraient se rapprocher de l'éthique, du développement durable, de la préservation des Arts et métiers, des droits de l'homme, de la culture et de la parité, sans oublier le dialogue entre les civilisations qui sont les valeurs qu'elle véhicule.
A chaque programmation dans un pays où événement donné, sont mis en avant les créateurs du pays hôte qui sont dans l'éthique.
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A terme, L'Association voudrait pouvoir faire également du caritatif, et organiser des ventes de charité, au profit d’une ONG ou association défendant des valeurs similaires et la mettre en avant à l'occasion d'un défilé programmé.
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contact: unitedfashionforpeace@gmail.com

UFFP mode d'emploi :
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