UFFP est allée à la rencontre d’ Anaïs Alachede sexologue clinicienne et sexothérapeute. Cette thérapeute engagée de la première heure, accompagne les personnes seules et les couples dans leurs questionnements autour de la sexualité, du désir, du corps, des relations et de l’intimité, dans une approche inclusive, féministe et interculturelle. Elle intervient également auprès des professionnel·les sur les enjeux de santé sexuelle, de prévention et de discriminations dans le soin.
Elle est notamment l’autrice de Impact des cultures des femmes afrodescendantes sur leur vie affective et sexuelle, publié aux éditions L’Harmattan en 2024.

Anaïs Alachede est sexologue clinicienne et sexothérapeute photo ALL RIGHTS RESERVED
Nous avons discuté de l’impact du racisme médical sur les femmes afro descendantes, une catégories victime qui subit de plein fouet, des maltraitances.
Entretien avec UFFP
Pourquoi les discriminations raciales en France restent taboues? quelles en sont les origines?
Le tabou du racisme n’est pas uniquement dans le cadre médical, il est dans la société française, en général. Après les indépendances en France, après la colonisation, on a fait le choix de décider qu’il n’y avait qu’ une seule race qui est la race humaine.
Cet état de fait a conduit aux discriminations que nous vivons encore actuellement, moi qui officie dans le secteur de la santé je le vois assez fréquemment. Les discriminations sont multiformes, faut il le rappeler? dans le logement, les formations et les études enfin leur accès selon les disciplines, dans l’accès au logement, mais il est vrai aussi, que s’agissant du secteur de la santé on en parle beaucoup moins. Peut être est ce moins visible, car peu ou mal documenté et par qu’on a peur d’en parler, en tant que victime.
Il y a un vrai tabou, et cela fait que les discriminations continuent et ont des effets néfastes sur les populations qui les vive.
C’est un peu le reliquat de l’histoire et des colonisations? oui, encore pas longtemps, dans notre histoire, les stéréotypes permettaient de justifier la mise en esclavage d’une partie de la population. On déshumanisait pour trouver des prétextes aux maltraitances, on mettait dans des cases, dans des sous catégories. Il y avait l’homme blanc, puis la femme, et tout en dessous les “populations” de couleur.
Les stéréotypes ont la peau dure et cela a permis d’anesthésier les consciences? oui les populations noires étaient stigmatisées, on voyait qu’il y avait cette tendance à l’hypersexualisation, l’animalisation des personnes, leur déshumanisation. Et aujourd’hui encore, après tant d’années, nous les enfants d’immigrés on a l’impression encore et toujours, d’être une catégorie à part !
Il faut constamment prouver une légitimité, en somme? oui des qu’ il s’agit de francité, si on est pas des des français d’ascendance européenne. Mais dans le domaine de la santé, c’est encore plus grave, car là clairement cela nuit à l’intégrité physique et psychique des individus concernés. Mais comment faire, s’ il y a le barrage de la langue, souvent, de la culture, et que l’on sait que même nos enfants qui sont nés en France, n’ont pas le droit à des études et des formations de qualité? si l’on a pas cela, comment alors espérer connaitre ses droits et se défendre quand il s’agit de préserver notre santé. C’est non seulement une question de représentation raciale, mais aussi de contexte socioéconomique. Si l’on a pas les “moyens” de se soigner correctement que l’on vit dans des conditions précaires, c’est encore plus compliqué de se soigner convenablement et là ce n’ est plus uniquement, une question de “racisme culturel” on vous renvoie aussi à votre catégorie sociale.
Les pauvres en sommes ont le droit d’être malades, voire de mourir en plus du racisme, mais c’est une triple violence non?
Il est clair que tant l’écoute, que la prise en charge sera différente, il ne faut pas se leurrer. Mais le serment d’Hypocrate et la déontologie de nos métiers, devraient mettre l’accent sur le droit à l’accès aux soins à tous.
Il ne faut plus nous résumer à une identité. Mais ce droit ne nous est pas autorisé.
Qui sont les patients vulnérables? les personnes précaires, les personnes en situation de handicap, ceux qui ne maitrisent pas la langue, “ceux qui ont un accent” quand l’individu n’a pas la carte vitale, qu’il bénéficie d’une prise en charge minimale ( celle allouée aux personnes en situations irrégulières)
Le colorisme et la classe sociale, sont les vrais handicaps? oui, la classe sociale, la couleur, l’origine, mais il faut quand même préciser qu’un soin “minimum de base ” est proposé pour endiguer les maladies infectieuses”
On parle volontiers d’un racisme culturel, une forme de reliquat du temps des colonies et des théories pseudoscientifiques qui ont été remises au goût du jour dans la santé actuelle? oui ce racisme il a fallut le “catégoriser” à l’époque et aujourdhui, avec le syndrome méditerranéen par exemple, nous en avons une belle manifestation. Il n’y a bien sur rien de juridique qui le prouve, à part peut être et c’est ironique une jurisprudence tirée d’une affaire ou l’ on accusait un individu de “racisme antiblanc” donc cela prouve de jure, que ce phénomène est bel et bien présent !
Il faut casser la langue de bois? oui autant pour les victimes, que les soignants, il faut accepter de poser le mot, en ce moment, la psychologue Racky Ka Sy, le fait, de même que la sociologue Priscille Sauvegrain. Les deux enseignent à la faculté de médecine.
Elles animent un cours sur les discriminations dans les domaines de la santé.
Faut il aussi changer la sémiologie médicale qui se base essentiellement sur le corps et les pathologies blanches? pas nécessairement, mais il faut aussi se dire que la plupart des recherches scientifiques se basent sur des blancs et des hommes, marjoritairement. Le refus d’étudier d’autres types de corps, est un vrai problème !
L’exemple le plus flagrant est la dermatologie, car entre une peau blanche et une peau noire, nous ne réagissons pas de la même manière face aux pathologies cutanées.
Quelle solution? le problème et la tache sont immenses, mais commençons déjà par sensibiliser et informer les victimes, qu’ils connaissent leurs droit et apprennent à se défendre le cas échéant. Il faut aussi sensibiliser les professionnels de la santé, pour que ces dérives et omissions ne se reproduisent plus. Il faut in fine, traiter et soigner tout le monde et le plus dignement possible.
Merci Anaïs !
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