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L’eau de tous les dangers

Ajouté par , Le mai 5, 2013 , dans Buzz, Ethical Planet, Evénement, Naturalia, Société

 

L’Eau source de tous les dangers ? une analyse de Barah Michael 

Après les enjeux pétroliers, voici venue l’heure aux enjeux hydrauliques. Le XXIe sera-t-il marqué par de nouveaux conflits géopolitiques ?  Le  souci de s’accaparer et de  mieux contrôler l’eau, redessinera t il la carte du Monde ?

Cette eau que l’on considère comme un bien naturel, voire collectif, n’est elle pas en passe de devenir un bien commercial ?eau-robinet-eau-bouteille-quelle-eau-choisir-L-2

Génératrice d’alliances mais aussi de conflits, les aléas climatiques aidant, la question de l’eau est d’une cruelle actualité et les Nations Unies l’ont bel et bien établies.   Vers 2025, la demande mondiale en eau douce pourrait être supérieure au total des réserves disponibles. Quel impact sur le rapport de force entre les Nations ? Les pays pauvres sont ils voués à l’aridité absolue ?

Nous avons rencontré Barah Michael pour discuter des enjeux de l’eau  sur l’Etat du Monde mais également au sein des relations internationales.

Bio express :

Anciennement directeur de séminaire au Collège interarmées de Défense, enseignant à l’université Paris-8, Barah Mikaïl est chercheur spécialisé sur les enjeux géopolitiques de l’eau et sur le Moyen-Orient à l’Institut de relations internationales et stratégiques (IRIS). Il est également l’auteur de La politique américaine au Moyen-Orient (IRIS/Dalloz, 2006) 

Entretien avec Barah Mikaïl :

1) L’eau est un défi aujourd’hui pour l’humanité ? Quels en sont les enjeux ? Elle est aussi un défi économique ?

L’eau est en effet un défi pour l’humanité, mais il n’y a là rien de nouveau. En 1977 déjà, la conférence internationale de Mar del Plata, convoquée par les Nations Unies, avait mis en évidence l’ampleur des enjeux que posait l’eau à l’échelle de la planète. L’un des principaux constat qui avait alors été fait résidait ce qui suit : beaucoup de populations à travers le monde n’avaient pas forcément accès à des structures hydrauliques ainsi qu’à une eau en quantité et en qualité suffisante. Depuis, les choses ont certes pu s’améliorer à certains endroits de la planète, mais on reste bien loin de l’objectif d’une eau potable accessible en quantité suffisante à tout un chacun. Beaucoup reste ainsi à faire.

Bien entendu, réfléchir aujourd’hui sur les problématiques liées à l’eau douce implique aussi de mettre en évidence des enjeux de type économique. Ceux-ci sont divers et variés, suivant l’axe analytique que l’on retient. Ainsi, la question de la corrélation entre les moyens financiers dont disposent les Etats et leur investissement dans des infrastructures hydrauliques est un aspect de la question. Mais il y a aussi d’autres angles tout aussi valables, tels que la question de la marchandisation de l’eau douce, et bien sûr les stratégies mises en place par les multinationales de l’eau afin de faire de cet élément vital le garant d’un bénéfice juteux.

2) Parlez-nous de cette nouvelle ruée vers l’or bleu, entamée par des pays comme Israël qui importe de l’eau de Turquie ? Du côté du Jourdain on assiste à un assèchement des nappes phréatiques, quels en sont les impacts à venir ?

La disposition des Israéliens à acheter de l’eau douce aux Turcs est extrêmement intéressante, puisqu’elle est la traduction de cette aptitude qu’a un Etat naturellement démuni en eau douce renouvelable à mettre la main au portefeuille afin de surseoir à ses besoins hydrauliques. Cela dit, il ne faut pas oublier que ce n’est pas là l’apanage des seuls Israéliens ; même les Canadiens, bien pourvus en la matière, ont engagé la réflexion sur ce plan. De même, et bien que les détails manquent pour l’heure à ce sujet, il faut noter que le recours récent de l’Espagne à de l’eau douce importée en partie de France reste l’une des traductions potentielles de cette marchandisation de l’eau douce que l’on voit ramper aujourd’hui. Ce n’est pas pour rien que d’aucuns ont d’ailleurs proposé de mettre en place de laisser le marché déterminer à terme le prix de l’eau.

Pour ce qui concerne le Jourdain, c’est plutôt à une baisse prononcée de son débit que l’on assiste, et partant à la mise à mal de la Mer Morte. Les Israéliens, par ailleurs, pompent bien entendu de manière intense les nappes phréatiques présentes en Territoires palestiniens, ce qui n’est pas pour améliorer les conditions hydrauliques comme sanitaires et écologiques prévalant côté palestinien. Quant à la Mer Morte, il est prévu de la ranimer éventuellement, à terme, en la joignant à la Mer Rouge ; une étude de faisabilité a en tous cas été lancée en ce sens par la Banque Mondiale. Il faut cependant demeurer conscients de ce que, quand bien même les conditions naturelles peuvent avoir leur rôle dans ces défis de l’eau posés par-ci par-là à travers le monde, ils ne font en rien l’économie d’une réflexion sur nos propres pratiques d’exploitation et de prélèvement, qui sont largement en cause dans la dégradation de la qualité de l’eau à l’international.

 3) L’eau constitue un point d’achoppement majeur dans les négociations de paix d’Israël avec les territoires palestiniens et la Syrie ?

Dans les deux cas, israélo-palestinien comme israélo-syrien, je pense que l’élément hydraulique fait partie de la donne ; mais il ne suffit en rien à tout résumer. Les pierres d’achoppement sont en effet territoriales, et politiques, avant tout. La volonté des uns comme des autres, et en l’occurrence celle des Israéliens, de se garantir une sécurité hydraulique pour l’avenir n’est bien entendu en rien à écarter, ni même à sous-évaluer. Mais elle n’est pas plus déterminante que les enjeux politiques comme tels.

4) L’Union européenne est le premier bailleur de fonds mondial pour les Territoires palestiniens avec une enveloppe globale de 280 M€ en 2005 qui se monte à 500 M€ avec l’aide bilatérale des États-membres, dont 22,8 % alloués à l’eau. Faut-il multiplier les aides et ou les prêts ?

Les multiplier, pas forcément, ou du moins pas à outrance ; par contre, on peut difficilement nier que les moyens financiers sont indispensables pour la mise en place d’infrastructures et la mise à disponibilité des populations concernées de techniques et d’un savoir-faire technologique leur bénéficiant. Ce qui manque, par contre, c’est la mise en place de stratégies efficaces, de long terme, permettant de rendre beaucoup moins menaçants les défis posés en termes d’accès à une quantité suffisante d’eau douce renouvelable de qualité, que ce soit pour les Palestiniens, ou pour d’autres populations à l’échelle de la planète. Et sur ce plan, si certaines initiatives locales viennent à aboutir, comme on peut le voir dans certains pays d’Afrique subsaharienne par exemple, la machine en marche ne suffit pas pour autant à envisager un avenir hydraulique prometteur. Le tout sans oublier que parler de prêt, implique de penser à leur remboursement, et que l’on voit mal la logique qu’il y a à s’engager sur des dispositifs de restitution financière qui n’auraient pas généré en contrepartie des perspectives solides à terme sur le plan infrastructurel.

5)Une guerre de l’eau est-elle à prévoir ? Qu’en est-il de l’insoluble question des frontières ? l’intégration régionale se fera t-elle par l’eau ou grâce à l’eau dont l’enjeu deviendra primordial ?

Personne ne saurait franchement exclure l’hypothèse d’une guerre franche pour l’eau dans les prochaines années, même s’il convient dans le même temps de rester prudent face à une telle éventualité. L’eau est en effet un élément vital, et en ce sens, tout Etat au sein duquel les difficultés d’accès à une eau douce de qualité en quantité suffisante viendraient à dominer se verrait clairement confronté à des troubles d’ordre politico-social notamment. Dans le même temps, cela veut-il dire que les problèmes grandissants que nous pouvons observer en la matière nous mèneront inéluctablement vers une, puis des guerres pour l’eau ? Il ne faut surtout pas être aussi catégorique. Certes, des configurations en gestation, telles que les évolutions du Soudan et ses répercussions potentielles sur l’avenir gestionnaire du Nil, peuvent faire craindre le pire. Dans le même temps, la conscience d’ores et déjà présente de tels risques rend les volontés d’anticipation et d’écartement des scénarii belliqueux encore présentes. Hypothèse optimiste, certes, mais en laquelle il convient de toujours croire.

La question des frontières est fondamentale ici, bien entendu, et c’est ce qui confirme l’importance qu’il y a de continuer à montrer notre attachement à la coexistence des Etats-nation contemporains. Pour le reste, le tout est plutôt histoire de bonne utilisation, d’accords et de modalités efficaces de gestion tant nationale que régionale ; ce qui pose bien entendu par extension la question de la nécessité qu’il y a de chercher à consacrer l’action d’une instance indépendante qui aurait toute latitude en matière d’édiction des « règles de l’eau » à l’international. On n’y est cependant pas encore, fort malheureusement.

Enfin, l’eau peut-être un vecteur de rapprochement et de promotion de modalités d’intégration régionale, bien entendu… dans l’idéal, à tout le moins. Car les instances collectives de bassin d’ores et déjà existantes, particulièrement dans les régions connaissant des difficultés économiques comme structurelles, font malheureusement montre d’une quasi-absence d’actions concrètes et prometteuses à terme. Ce qui est d’autant plus dommage que ces institutions ont pourtant le mérite d’être nées d’une volonté interétatique commune, et d’être donc dotées d’un objectif précis.

6)Quelle bataille la Communauté Internationale doit-elle engager pour la préservation de l’eau ? Quel est l’impact sur les pays pauvres ?

Il serait bien prétentieux de ma part de vouloir énoncer une solution toute faite pour ce qui relève de l’amélioration des conditions hydrauliques à l’international. Cela dit, meilleure utilisation, meilleure gestion, meilleures infrastructures, et meilleure concertation entre différents partenaires, me semblent être les quatre points principaux qu’il conviendrait de prendre à bras le corps afin de croire en un horizon plus radieux. L’irrigation, le gaspillage, la pollution, ont à eux seuls une grande responsabilité dans la pollution des cours d’eau ouverts et des nappes phréatiques, et partant dans une mise à mal supplémentaire de l’eau à son état naturel. Mais en parallèle, il n’est pas tolérable non plus de voir, comme cela est le cas sur une bonne partie du continent africain, les déficits en infrastructures et en réinjection des fonds participer d’une hécatombe internationale du fait de l’hydraulique. De la même manière, il n’est pas plus normal d’admettre que les politiques esquissées par beaucoup de pouvoirs publics, comme on le voit dans une bonne partie de la Chine par exemple, fassent du désastre écologique la condition incontournable pour avoir plus d’eau douce disponible. Ce ne sont là que quelques-uns des points qui sont connus, mais face auxquels l’on tarde à agir de manière payante. Et les pays les plus démunis, où sévissent d’ailleurs généralement les plus hauts taux de corruption, sont les premiers à payer le prix de ces aberrations.

7)L’Afrique avec la désertification, et les aléas climatiques, est-elle aussi menacée par une guerre de l’eau ? Les réfugiés climatiques du Continent vont-ils alourdir la balance ?

Il faut d’abord rappeler que, contrairement aux apparences ou aux idées reçues, le continent africain a assez d’eau pour l’ensemble de sa population ; c’est du moins ce que nous disent les statistiques et évaluations par volumes. En-dehors d’une bonne partie du Nord du continent, en effet, soumise elle à de nettes contraintes naturelles, le reste de l’Afrique a en effet des ressources en eau importantes. Par contre, l’échec qu’il y a eu jusqu’ici à développer des infrastructures solides et suffisantes, les failles dans les modalités de concertation interétatiques, la mauvaise planification quand elle existe, ainsi que le poids énorme de la corruption, sont autant d’éléments qui interviennent dans la donne, se superposent parfois à des éléments naturels, et font de l’Afrique un continent hydrauliquement à la dérive. Si l’on ajoute à tous ces points les aléas climatiques dont l’Afrique souffre effectivement, on ne peut qu’abonder dans le pessimisme bien entendu. La question des réfugiés climatiques ne vient en effet qu’en ajouter à une situation de terrain qui est déjà suffisamment dramatique comme telle ; elle génère tellement de répercussions en termes de déstabilisation et de contraintes socio-économiques, qu’elle ne fait finalement que rendre encore plus pessimiste sur l’avenir à la fois politique, économique et social d’une Afrique pourtant d’ores et déjà en proie à de lourdes contraintes structurelles.

8) Que Proposer à ces populations ? Le Maghreb aura-t-il un jour soif aussi ?

La question fondamentale, c’est surtout celle de savoir quand les garants théoriques du bien-être et des intérêts de ces populations, c’est-à-dire les gouvernements, se décideront-ils enfin à agir. Les temps sont ainsi à l’action urgente, et non plus aux propositions. Les problèmes de fond ne devraient même plus, à mon sens, supporter un quelconque débat : les zones les plus critiques en termes d’accès à l’eau sont en effet connues, et leurs solutions initiales sont simples : elles passent par l’injection de fonds au bénéfice d’infrastructures, de technologies, ainsi que de comportements responsables qui peuvent désamorcer la bombe hydraulique à retardement qui menace la planète.

Pour ce qui relève du Maghreb, il faut être conscient de ce que cette région du monde compte parmi les plus critiques en termes de disponibilité en eau douce renouvelable per capita. Leurs choix d’avenir se portent plutôt sur les techniques de dessalement, et l’Algérie est l’une des représentations les plus parlantes de ce fait. Cela dit, si les pays du Maghreb ont la « chance » de ne pas avoir de cours d’eau importants en commun, les déficits structurels n’y sont pas moins présents, et viennent se greffer sur des contraintes hydrographiques comme climatiques. C’est pourquoi il demeure urgent à mon sens pour ces pays, au même titre que tant d’autres, de se poser deux types de questions : sur quelles technologies efficaces compter pour pallier les contraintes hydrauliques ? Mais aussi, quel(s) mode(s) de gestion faut-il définir et mettre en application de manière à ce que l’approvisionnement en eau douce à échelles nationales soit le plus efficace qui soit. On l’oublie en effet trop souvent, mais les contraintes et particularités gestionnaires participent en grande partie des problèmes hydrauliques que continuent à endurer les pays du Maghreb aujourd’hui.


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