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Femmes et éducation en Afrique entre lenteurs défis et objectifs !

Ajouté par , Le avril 14, 2013 , dans Afrique des Droits des Femmes, Buzz, Ethical Planet, Evénement, Société

Les femmes africaines doivent comprendre et prendre la mesure du combat et des défis qui les attendent encore et toujours pour avoir librement accès à la meilleure éducation et formation possible, dans notre Continent. L’alphabétisation, l’éducation de base, la formation et l’apprentissage, continuent à rester sectaires et mal distribués dans une région souvent soumise à la précarité et au manque d’information et de moyens. Aller à l’école, acheter un livre, comprendre la langue officielle, font que l’Education aujourd’hui en Afrique est souvent une affaire de gosses de riches bien loin des discours politiques actuels qui se disent inclusifs avec leur programme une Education pour tous . Qu’en est-il dans les faits? Pourquoi les petites filles, les femmes ont du mal à être présentes? Pourquoi l’image genre est si mal valorisée dans les processus d’apprentissage ? Jusqu’à quel point la culture et les mentalités influent-elles? Si l’on considère l’adage « Eduquer une Femme c’est éduquer une Nation », n’y a-t-il pas aussi un côté pervers que de montrer la femme comme une citoyenne en apprentissage de seconde zone?

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Deux femmes africaines, deux combats pour une même cause: amener la qualité de l’accès et de l’apprentissage de l’éducation en Afrique pour une réelle autonomisation et un développement durable sain pour les générations à venir. Longtemps les faits ont montré que l’Accès à l’éducation était une affaire de nantis et que les catégories vulnérables tous sexes confondus dans la région n’y avaient que peu ou mal accès. UFFP vous fait découvrir deux femmes role-models qui chacune à leur manière s’attèlent à combattre certaines fatalités dans notre Continent. Elles sont la preuve réelle du reste que seule l’autonomisation des femmes et des jeunes se fera par l’éducation de qualité ce qui permettra un développement durable en Afrique.

 

Aïcha Bah Diallo « … l’image de la femme et de la petite fille doit être valorisée dans le contenu didactique »!

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Aïcha Bah Diallo, défenseur de l’éducation des filles et des femmes, a été conseillère pour l’éducation des filles en Afrique auprès du Directeur général de l’UNESCO. Mme Bah Diallo a joué un rôle déterminant dans la création du Forum des éducatrices africaines (FAWE) en 1992 et elle en a été la présidente. Mme Bah Diallo a été nommée ministre de l’Éducation de la Guinée en 1990, poste qu’elle a occupé pendant six ans. Avant ses fonctions ministérielles, Mme Bah Diallo a été Chef de Cabinet au Ministère du Plan et de la Coopération internationale (1986-1989) et Directrice des Relations internationales au Ministère de la Femme et des Affaires sociales (1984-1986).Elle est aujourd’hui Vice Présidente de FAWE le forum des éducatrices africaines dont le siège est basé au Kenya.

Entretien :

1/ On pense aisément à vous comme étant la prêtresse de l’éducation des filles en Afrique, cela vous fait quoi? cela me fait plaisir d’entendre cela car je me suis battue toute ma vie pour ça. Depuis petite fille j’ai toujours rêvé que tout le monde ait la chance que j’ai eu « d’ aller à l’école rester et réussir »! Quand les gens me disent que je suis la championne de l’éducation en Afrique je l’accepte aussi avec humilité cependant je ne suis pas la seule à me battre !

Selon vous quels sont les principaux obstacles à l’éducation des filles en Afrique? Un des premiers obstacles à l’éducation comme nous le savons tous c’est d’abord la pauvreté. Ensuite, quelques éléments de la culture. Certains parents ont peur d’envoyer leurs enfants à l »école ce n’est pas tant qu’ils ne veuillent pas. Ils ont peur car il y a réellement un problème de sécurité « sur la route de l’école l’enfant, la petite fille notamment est elle en sécurité, à l’école l’est elle pour autant ? » tous ces facteurs conjugués peuvent intimider les parents. Contrairement à certaines croyances cela n’a rien à voir avec la religion ou l’islam par exemple! Dans l’islam on dit « ikraa » je me souviens tous les enfants musulmans sont obligés de lire et écrire. La pauvreté, la sécurité et certains éléments de la culture à mon humble avis sont les premières entraves à l’école. En travaillant avec l’école on peut sécuriser l’enfant mais pour cela il faut déjà qu’ils soient intéressés à l’école, qu’ils soient alphabétisés, c’est là où le lien école et famille joue un rôle crucial. Ecole et communauté sont un lien indivisible!

Le contenu de l’apprentissage y joue beaucoup aussi? Absolument car ce que l’enfant lit et apprend, le contenu pédagogique doit répondre aux besoins de l’enfant et de la communauté. Le programme scolaire doit répondre aux besoins de l’enfant. Il y a également, le phénomène de la langue qui est important. Pour cela il faut une volonté politique! Tant que nous ne préparons pas les enseignants à être en mesure de donner les cours dans la langue nationale ou maternelle de l’enfant, et en l’absence de matériel didactique dans la langue de l’enfant on ne pourra pas réussir. C’est tout un « package » formation de l’enseignant, les livres dans la langue nationale, l’utilisation de la langue nationale dans les affaires officielles du pays  » cependant le Président de la République s’exprime en français ou en anglais etc. » Sans changement, sans volonté politique claire on n’avancera pas.

2/ Pendant votre mandat on dit que le nombre de filles inscrites dans les écoles dans votre pays la Guinée a bondi de 113 000 à 233 000 ? Cela a doublé en effet car à l’époque j’avais briefé mon équipe leur disant  » si on a comme groupe cible les filles nous nous attaquons aussi bien à l’accès qu’à la qualité de l’enseignement ! Dès que les écoles sont construites près des communautés et que ces écoles sont sécurisées on a plus de chance à faire passer nos messages et à sensibiliser la communauté en faveur de l’éducation de base. En plus de cela, il faut qu’il y ait également un environnement propice: des toilettes séparées, un point d’eau, où pouvoir manger. Automatiquement, on peut sensibiliser les parents et à leur tour ils enverront leurs petites filles. Mais cela ne suffit pas pour autant, il faut que l’enseignant soit formé pour prendre en charge les petites filles et leurs besoins.

On doit aussi pouvoir compter sur le matériel didactique. L’image de la femme et de la fille doit être valorisée dans le contenu pédagogique et le matériel didactique. Et surtout, ne pas oublier que le rôle de l’éducation dans la santé est le gage de l’assiduité de l’enfant à l’école. Il faudrait à tout moment voir ce qui empêche filles et garçons de réussir de manière à dépister là où le bas blesse pour se corriger. Il faudrait régulièrement voir les statistiques pour évaluer le nombre d’élèves ceux qui sont restés et ceux qui sont partis ! pour ensuite voir les parents et comprendre les raisons du renoncement. Il faut aussi penser à l’enfant et au handicap. L’école doit être inclusive, chaque gosse, quel qu’il soit, a un potentiel, c’est notre futur !

3/ Du temps où vous étiez au Ministre de l’Education en Guinée vous avez également contribué à une réforme radicale de l’éducation dans votre pays, pouvez nous en dire plus? L’éducation des petites filles ce n’est pas simplement l’école mais c’est aussi beaucoup les parents. Les voisins, la communauté sont importants, l’enfant appartient à tout le monde, c’est notre enfant et notre richesse !

Je suis enseignante de formation et donc je connais bien le système ; arrivée au Ministère j’ai demandé au directeur de la planification de me fournir les statistiques mais cela ne me parlait pas pour autant. J’ai voulu avoir le décompte des filles et des garçons dans les écoles, cela m’a permis de comprendre l’ampleur du phénomène. Il a fallu du temps, on a tout repris, j’ai compris qu’il n’y avait pas de filles. J’ai bataillé pour la mise en place d’une politique éducative avec des étapes. D’abord le primaire et ensuite le secondaire. Et la jonction entre parents et écoles. J’ai demandé la formation des enseignants et la formation des cadres de l’éducation. Il a fallu reformer complètement le curriculum. On a influé sur la politique pour qu’il y ait un programme en action et en activité. J’ai responsabilisé tout le monde, le budget était décentralise, chaque préfecture avait un directeur préfectoral et avait son budget. Il fallait continuellement voir où allait l’argent pour savoir si cela était utilisé à bon escient. J’avais la Banque Mondiale, la coopération française et pour la première fois USAID s’est intéressée à l’éducation en Afrique. Les bailleurs de fonds nous ont fait confiance et nous ont accompagnés.

4/ De 1996 à 2005, vous avez également contribué substantiellement à l’UNESCO, aux postes de Directrice de l’Éducation de base, d’adjointe du Directeur général de l’Éducation et de Directrice générale intérimaire de l’Éducation. Vous avez également présidé le Comité consultatif de l’UNESCO pour l’Éducation en Afrique, qu’avez-vous retenu de toutes ces expériences? en fait nous avons beaucoup à donner, l’Unesco quand on l’utilise à bon escient peut faire beaucoup de choses. Car l’Unesco peut promouvoir un programme, comme celui de l’Education pour tous. C’est l’initiative de l’UNESCO depuis 1990. Date d’ailleurs de la première conférence Mondiale « Education pour tous » ! Ensuite nous ont rejoint la Banque Mondiale, le PNUD, l’Unicef etc. Ce flambeau jusqu’à aujourd’hui l’UNESCO en a la charge et il est important de rappeler aux partenaires les engagements qui ont été pris à cet effet. Il faut donner l’accès à tous les enfants à une éducation de qualité quelque soit le statut, files et garçons. C’est un droit inaliénable, qu’il faut rappeler depuis Dakar aux objectifs du Millénaire! c »est un engagement qu’il faut sans cesse renouveler, pour les pays , les gouvernements que ce soit la société civile ou tous les partenaires techniques et financiers et les institutions internationales. Qu’est ce qui nous empêche aujourd’hui de ne pas assumer cette responsabilité? C’est l’Unesco qui le fait à travers  le rapport mondial de l’Education pour tous  » qui donne l’état des lieux pays par pays, région par région. Et’est là qu’on réalise que ce l’on a promis de faire, on le fait de manière timide.

5/ La sécurité alimentaire est primordiale dans notre Continent, cependant vous considérez également que l’accès à l’éducation est aussi le corollaire de la sécurité et de l’équilibre d’une société? Pourtant l’accès à l’éducation est quelque peu élitiste, les favorisés sont toujours les mêmes : les citadins à l’instar des ruraux et les garçons à l’instar des filles? le bas blesse c’est quand on oublie que notre responsabilité concerne tous les enfants ! Il faut absolument donner à tout le monde les mêmes possibilités. Le gouvernement a un rôle très important à jouer à ce niveau. En donnant l’exemple et en appelant les autres à venir autour de la table. L’éducation incombe au gouvernement mais il doit s’associer à la société civile, il ne peut rien faire seul. Il faut tendre la main à tous les partenaires techniques et financiers. Il faut donner un minimum de 26% du budget à l’éducation. C’est un début et cela encouragera les autres à venir, surtout s’il n’y a pas de corruption ! S’il y a corruption dans le pays, les gens ne viendront pas aider!

la problématique de la sécurité alimentaire et le postulat comme quoi c’est prioritaire est aussi un problème très sérieux, pour FAWE pas mal de pays du Nord nous ont dit  » ah vous savez notre focus c’est la sécurité alimentaire avant l’éducation » j’ai répondu si vous vous occupez de cela maintenant alors que le paysan ne sait même pas faire la différence entre la semence que vous lui donnez et n’importe quel autre variante, ou encore regardez les instruments que vous lui donnez il ne sait pas lire la notice pour pouvoir l’utiliser ! Il faut commencer par l’éducation ou alors faites les deux à la fois. Surtout, n’abandonnez jamais le secteur de l’éducation.

 6/ Vous dites à juste titre que l’éducation est l’épine dorsale des objectifs du Millénaire pouvez vous étayer ? Le premier des objectifs du Millénaire, c’est la lutte contre la pauvreté. Si elle est là c’est aussi parce qu’il y a une certaine ignorance, il faut éduquer les gens! Il faut qu’ils puissent lire, et s’informer pour tout : la santé, la sécurité alimentaire, l’hygiène, tout est du ressort de l’éducation ! En zone rurale, lire sauve des vies. Un peuple qui n’est pas éduqué va sombrer et c’est là que la société civile a un rôle crucial à jouer. Il faut éveiller les consciences! Il faut que la société civile soit présente et forte, pour expliquer ce qui se passe pour la lutte contre la corruption de certaines gouvernances entre autre !

En quoi FAWE contribue justement à éradiquer ces contraintes, certains replis culturels? Il faut pouvoir s’exprimer librement, et c’est important que pour les filles et les garçons ils comprennent leur position et leur rôle dans la société. Les jeux de rôle peuvent également briser la parole dans des sociétés où les tabous persistent. Cela peut permettre la sensibilisation de la Communauté « aller vers les parents et leur expliquer l’importance de l’éducation pour leurs enfants » ! Il faut aussi que l’enseignant fasse preuve de pédagogie pour faire prendre conscience qu’il faut considérer fille et garçon sur le même pied d’égalité dans la dynamique de la classe. Pour cela, il faut former l’enseignant en ce sens. Les filles seront alors libérées et elles lèveront lever la main  » women empowerment » dès la salle de classe !

Les femmes ont elles un rôle particulier à jouer dans l’avancée de l’Afrique ? Tout à fait, nous sommes 52% de la population plus ou moins, dans les zones rurales 70% des populations sont des femmes et les enfants. Les hommes vont en ville. Il faut prendre en charge l’importance de ces femmes qui soutiennent le développement du pays  » ce sont les femmes qui tirent l’Afrique » ! Elles nourrissent l’Afrique ce ne sont pas les hommes et il faut leur donner les moyens de leur autonomie et l’éducation est un des meilleurs moyens! L’éducation et la santé.

7/ La triennale de l’Éducation en Afrique dont la derniére fut à Ouagadougou, quels sont vos espoirs et attentes? Un beau bilan, un bilan positif car nous avons échangé d’abord, il y avait cet écoute de part et d’autre! Tant de Présidents présents, c’est la première fois que j’en vois autant. Ils ont pris un engagement pour mettre en œuvre les recommandations de la triennale et c’est cet engagement des Présidents au niveau des Ministres qui m’a touché le plus! Mais aussi le fait que cette fois ci la jeunesse a pris la parole et nous a dit « nous voulons simplement que l’on nous donne les compétences et les connaissances dont nous avons besoin  » et en second lieu  » considérez nous comme des citoyens !

 

Koumba Boly Barry Ministre de l’Éducation Nationale et de l’Alphabétisation du Burkina Faso  » … je défends toujours la problématique genre dans l’éducation » !

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Mme Koumba Boly BARRY, enseignante de formation, titulaire d’un doctorat en histoire a enseigné à l’université de Ouagadougou. Après une expérience réussie à l’Institut Panafricain pour le Développement en Afrique de l’Ouest (IPD AOS), elle a travaillé comme consultante à l’UNESCO, à l’OECD, au PNUD, à l’ambassade du Canada et à la Banque Mondiale. En 1999 elle est nommée coordinatrice du programme d’Alphabétisation/Formation de la Coopération suisse au Burkina Faso. Elle restera à la tête du programme jusqu’à sa fermeture en 2008. Elle œuvre également au GTENF (groupe de travail de l’éducation non formelle) qui est une structure technique de l’Association pour le développement de l’Education en Afrique (ADEA). Il a pour objectif principal de faire le plaidoyer en faveur de l’éducation non formelle, de soutenir les gouvernements et différents acteurs dans la mise en place des systèmes éducatifs holistiques intégrant et promouvant l’éducation non formelle. Par cette fonction elle a soutenu la création de réseaux multiples engagés pour l’éducation non formelle dans différents pays dont ceux prioritaires de la DDC.

Entretien:Votre cheval de bataille depuis de nombreuses années, c’est l’éducation non formelle, pouvez vous nous expliquer la genèse de cet engagement ? je voudrais d’abord vous remercier et vous dire que cette genèse de mon engagement vient du fait que la majorité de la population burkinabé n’a pas accès à l’éducation formelle. Si on veut démocratiser le service public de l’éducation, il va falloir développer des alternatives pour pouvoir permettre à ce type de public de pouvoir avoir accès à l’éducation ! il faut pouvoir répondre à ce que notre Constitution nous impose  » la loi d’orientation » qui dit qu’il faut absolument donner à chaque burkinabé l’accès à l’éducation.

Un travail que vous avez entamé au sein du programme d’Alphabétisation/formation de la Coopération Suisse? oui absolument, c’est autour des années 99 que j’ai démarré l’accompagnement au gouvernement du Burkina mais aussi auprès de la société civile. On s’est beaucoup investis sur ce secteur notamment s’agissant de la communauté des paysans. C’est cette catégorie qui est particulièrement analphabète.

Parlez nous du GTENF au sein de l’ADEA et de votre rôle, de vos actions ? le groupe de travail de l’éducation non formelle est un des bras armés de l’ADEA. L’Association pour l’Education en Afrique est constituée de plusieurs groupes de travail et chaque groupe porte une thématique. Le groupe de travail sur l’éducation non formelle essaye de porter toutes les alternatives éducatives qui concernent l’éducation et l’alphabétisation des jeunes et des adultes. C’est dans cette perspective que le groupe de travail est né pour faire face à la démocratisation réelle du système éducatif pour l’ensemble du Continent africain. J’avais exercé effectivement en tant que coordinatrice du groupe de travail de l’éducation non formelle. C’est en étant là-bas que j’ai tenté de faire du dialogue politique avec les Ministres africains de l’éducation et les agences de coopération. Le dialogue politique était important pour sensibiliser sur la question. Il y a aujourd’hui un gap du financement de l’éducation qui existe et il est vrai que les partenaires financiers y jouent un rôle important, surtout pour ce qui des instances multilatérales. On a longtemps considéré paradoxalement que l’alphabétisation et l’éducation n’étaient pas dans les priorités pour le Continent, et le groupe de travail a décidé d’informer et de communiquer avec le FTI (Faste track information, système de financement international), pour leur démontrer qu’en Afrique si on veut atteindre les objectifs du millénaire, on ne peut pas ne pas s’occuper de l’éducation non formelle. Nous avons été entendus, le FTI a commencé d’abord au Burkina et au fur et à mesure d’autres pays en ont bénéficié.

Quels sont les principaux défis auxquels vous êtes confrontée au quotidien concernant l’éducation au Burkina Faso ? celui de l’accès et de la qualité de l’éducation en priorité. A l’heure actuelle, au niveau de l’éducation primaire formelle telle qu’elle est organisée, on a près de 20% des enfants qui ne sont pas dans le système. L’accès reste encore à construire, mais si on observe la situation de façon globale à peine 32% de la population est alphabétisée. On aurait donc 2 millions de jeunes burkinabés hors de tout système éducatif et nous avons encore 70% de la population burkinabé qui est analphabète. La dimension accès reste encore une problématique sur laquelle il faudra construire. Mais au-delà de l’accès il va falloir se positionner sur la qualité du système. Qu’est ce que les enfants apprennent? qu’est ce que les adultes apprennent, c’est aussi la question la question à se poser! car au bout du processus un mauvais apprentissage nous fera perdre et des ressources et du temps et on n’aura pas atteint les résultats escomptés. Un mauvais contenu, peut faire retomber enfants et adultes dans l’analphabétisme! il faut pouvoir allier et l’accès et la qualité pour avancer au mieux!

vous êtes également une ardente défenderesse de la scolarisation au féminin ? Je défends la problématique genre dans l’éducation depuis toujours et au Burkina cela signifie à la fois l’éducation des filles, mais aussi des exclus du système éducatif. Cela peut concerner les personnes qui ont un handicap comme les malvoyants, les aveugles etc C’est une population qui a besoin d’écoute et de services spécifiques. Il faut construire pour eux des stratégies et des approches pour répondre à leurs besoins éducatifs. La question des populations nomades ou transhumantes sont aussi une catégorie à considérer dans le système éducatif. Il s’agit d’une approche genre sensible dans le domaine de l’éducation et qui serait à la fois plus équitable et plus égalitaire dans la façon de livrer l’apprentissage à l’autre.

Comment pensez-vous influer sur les politiques éducatives actuelles qui restent quelque peu discriminatoires? oui je le reconnais il y a encore de la discrimination, la meilleure façon de faire face, c’est d’avoir d’abord une vision stratégique en planifiant, se donner un moyen de se dire que dans les dix prochaines années je voudrais atteindre tel objectif. Mais c’est surtout la façon de s’organiser, car il ne faut pas livrer bataille tous seuls. Il faut s’assurer que nous partons avec l’ensemble des acteurs concernés par le système éducatif. Partir avec eux, c’est s’assurer que dans la stratégie de mise en œuvre, nous puissions travailler à organiser tout ce qui est réforme du système éducatif au niveau de la base. Le Burkina a pris l’option de faire le transfert des compétences, le transfert des ressources au niveau des communes dans la perspective de la décentralisation. Si les communes prennent à bras le corps le système éducatif et les présidents des Conseils régionaux s’occupent des systèmes éducatifs avec l’ensemble des acteurs et qu’on le décentralise de Ouagadougou, c’est déjà un énorme pas de fait! à défaut de faire cela, on continuera de s’occuper de ceux qui seront là près de nous, tournant le dos aux autres par conséquent. La deuxième dimension, c’est s’assurer de pouvoir prendre des mesures vraiment de discrimination positive pour rendre possible et efficace l’éducation des filles et l’alphabétisation des femmes. Il va nous falloir trouver les moyens adaptés à leur condition et situation. Les petites filles si vous les voulez, il va falloir construire des moulins. Car vu les corvées que les mamans ont, elles ne peuvent toujours se passer de cette main d’œuvre. Si on aide les mamans à être nourries, nous contribuerons à la scolarisation des filles. Nous faisons aussi de la gratuité et de la fourniture des manuels scolaires, une mesure incitative. Avec KA technologie, une initiative de la diaspora africaine qui est en train d’accompagner le Burkina pour pouvoir innover dans le sens des « e-cartables », c’est à dire tous les manuels des enfants seront tout simplement compilés dans une petite plaquette numérisée et qui sera remise aux enfants. On aura plus les 20 kgs de livres à transporter. D »autres pays africains sont en train de bénéficier de cette initiative.

Quelles sont les principales étapes avant d’ atteindre les objectifs du Millénaire? c’est une question de planification, il faut se donner les moyens en ayant tous les acteurs avec soi: le politique, le secteur privé, la société civile. Nous avons besoin d’avoir les élus au niveau de l’Assemblée nationale pour valider les budgets qui adoptent les lois pour nous assurer des ressources pour financer le secteur éducatif. Nous avons besoin des élus au niveau local pour qu’ils adoptent toutes les réformes que nous avons organisées au niveau des communes. Chaque Maire, chaque conseil municipal est primordial, c’est juste une question de stratégie de mobilisation des acteurs avec un outil qui soit fort.

 

5/ La Triennale de l’Éducation en Afrique s’est tenue dans votre beau pays, pour vous quelles sont les attentes, les défis? les objectifs à court et moyen termes? le bilan est positif, tous les participants ont considéré que Ouagadougou a été la meilleure des Triennales! cela est très encourageant car on a pratiquement fait sauter tous les verrous tant au niveau de la qualité des participants que du contenu. Nous avons eu cinq chefs d Etats: Burkina Faso, Côte d’Ivoire, le Mali, le Niger, le Bénin était représenté par son Premier Ministre et le Rwanda par son Ministre de l’Education et plusieurs autres Ministres de l’éducation du Continent ont participé. Nous avons eu une soixantaine de Ministres africains et le Ministre de l’Education de la Corée du Sud aussi. Au niveau de la qualité des participants on a battu le record mais aussi celui du nombre, près de 1900 participants pour cette Triennale, c’est énorme ! on avait tous les acteurs. Ce qui est fondamentalement marquant dans cette Triennale aussi, c’est la participation des jeunes à tous les niveaux: secteur privé, étudiants et même les jeunes du milieu rural, exclus du système éducatif qui ont tenus à être là. Dans le cadre des centres d’éducation de la deuxième chance, les centres d’éducation non formels ont eu un espace au niveau de la tribune pour s’exprimer devant les Ministres. Porter le message de l’ensemble des jeunes du Continent Africain, c’est primordial à mon sens et c’est l’innovation de la Triennale. Au-delà nous avons aussi eu la participation de la diaspora africaine venue de tous les Continents et qui a décidé de se mobiliser pour revenir en Afrique pour l’assistance des TIC et la possibilité de se mettre en réseau, pour accompagner le Continent africain et particulièrement l’ADEA afin d’accomplir les objectifs du Millénaire.

Objectifs post triennale? il faudra informer nos supérieurs hiérarchiques mais aussi organiser des ateliers au niveau national pour exploiter l’ensemble de tout ce qui a été fait comme recommandation mais pour l’ADEA ce qui est essentiel, c’est de faire le rapport de cette réunion d’ici mars au plus tard. Ils ont pris un engagement devant les Chefs d’Etats et ces derniers ont dit qu’ils allaient assurer le suivi de cette Triennale, c’est un engagement fort. Et l’ADEA n’a plus le droit ni à la faute ni aux lenteurs ! les décideurs africains vont veiller au grain. Après le « policy brief » qui est le rapport de l’ADEA, les chefs d’Etats vont, une fois avisés, porter cette information au niveau de l’Union africaine. La deuxième dimension importante pour le suivi de cette triennale, c’est que les groupes de travail de l’ADEA devraient pouvoir tirer profit de toutes les recommandations faites au cours de cette session pour pouvoir les réinvestir dans le processus de suivi de leurs activités. Pour ne pas perdre les recommandations faites durant la Triennale, il faut que les Ministres africains misent sur le leadership d’un pôle de qualité. Le Burkina gère le pole de qualité sur l’alphabétisation et l’éducation non formelle donc sortis de cette réunion, nous nous devons pouvoir organiser les autres Ministres inscrits pour ce pole. Nous avons déjà un plan d’action pour trois ans pour pouvoir avancer dans notre programme.

Il concerne trois enjeux essentiels:

s’assurer que le financement de l’éducation non formelle soit plus renforcé et innovant pour l’inscrire dans la durabilité;

la qualité des apprentissages : il faudra regarder au niveau des pays africains ceux désirant travailler dans ce pôle pour capitaliser sur les expériences et les partager ensemble. Pour les généraliser au niveau national

et enfin, la dimension pilotage et partenariale du système. Pour ce faire, il faudra travailler avec les Ministres africains pour s’assurer des dynamiques qui puissent prendre en charge la vision holistique du système éducatif que nous voudrions mettre en place.

 


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