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Marie Laure Sauty de Chalon « donner la voix aux tunisiennes à un moment crucial de leur histoire »… !

Ajouté par , Le mars 24, 2012 , dans Paroles Ethiques

Par Fériel Berraies Guigny
Femme de médias et femme très « médiatique » Marie Laure Sauty de Chalon est la CEO d’au féminin.com le premier Site Féminin le plus lu en France qui a pignon sur rue dans toute l’Europe. Femme Manager par excellence, croqueuse de projets, femme d’idées et de passion, déterminée à changer l’image féminine des medias en France nous l’avons rencontrée à l’occasion du lancement de la version tunisienne d’au féminin.com


Un beau projet et une façon de rendre hommage à toutes ces femmes engagées de la Révolution du jasmin qui continuent de se battre et de rester au devant de la scène afin que le mouvement historique d’une grande Nation voit le jour sous de meilleurs auspices. Car la lutte continue et la presse numérique du Nord comme du Sud est plus que jamais désireuse de voir aboutir ce formidable message d’espoir et d’humanité. Un message d’autant plus crucial qu’il renvoi encore et toujours à la cause féminine. Au premier plan : parité, représentation des femmes dans la sphère publique, démocratie et droits, leur rôle en politique et en tant que citoyenne à part entière, un même et unique combat pour toutes les femmes du Monde.

Entretien :

On vous décrit comme étant une personnalité créative, contrastée et complexe cela vous dit quoi ? je ne me reconnais pas ( sourires)… la carrière des femmes cela dénote toujours d’un parcours atypique. J’ai une histoire personnelle certes, je n’ai pas de parcours classique disons que j’ai beaucoup changé afin de suivre les opportunités qui se présentaient à moi.
Avec 25 ans de carrière, le bilan qui pourrait me caractériser serait une certaine forme de fidélité par rapport aux médias. J’ai commencé dans la presse écrite puis la télévision et enfin internet. Maintenant ce qui est sur, diriger des médias quand on est une femme française relève de l’atypie !
Quand j’avais démarré ma carrière il y avait à l’époque des femmes de grande envergure comme Françoise Giroux, Francoise sempermance, on pensait que ça allait se généraliser mais cela n’a pas été le cas. Aujourd’hui dans un pays qui est censé être en avance, on constate toutefois qu’il y a quand même quelques femmes dans des médias « difficiles » comme la Tribune ou Libération. C’est peut être un signe et comme le disait Christine Lagarde » être une femme dans ce milieu là à un moment de restructuration est un atout » !

On peut penser autrement quand on est femme ? oui on revient toujours à cette notion de contrastée et d’atypique qui nous caractérise tant pour essayer de penser les choses autrement et c’est ce que j’essaye de faire à travers toute les fonctions que j’ai occupé ces dernières années. Quand j’ai pénétré le monde des médias il est vrai que j’ai choisi d’y entrer par la petite porte, j’ai fait du journalisme en écrivant sous mon nom de femme mariée, j’ai travaillé dans des médias qui avaient aussi peu d’ audience du coup je pense qu’au départ je n’avais pas de grands atouts. Mais ma chance a été d’avoir des gens qui ont pris des risques sur moi. J’ai été recrutée « enceinte » j’ai pris des responsabilités que je ne devais pas avoir et on me disait « prends et essayes » « fais toi sur le terrain » c’est cela véritablement mon coup de chance.

Vous préférez les porteurs de projets plutôt que ceux en haut de l’échelle, vous prenez des risques pour faire bouger les choses ? en temps normal je n’aime pas prendre de « risques » je suis une mère de famille et j’aime la sécurité et la stabilité, mais dans la vie parfois il faut le faire pour faire avancer les choses. C’est d’autant plus flagrant que j’ ai une horreur absolue de la bureaucratie. « Je suis obsédée par l’idée selon laquelle, toute administration fabrique sa propre bureaucratie ! à chaque fois que je suis dans une réunion, je constate que je suis entourée de gens qui sont là pour reproduire et pour fabriquer du « process » et cela me terri fie !
J’essaye au contraire d’être là pour tenter de faire les choses différemment, il y a une méthode pour cela on fait ou on crée des phénomènes de rupture et on se dit « et si on fait exactement l’inverse de ce qui est attendu de nous, cela nous permet de nous repositionner et aussi de se mettre à la place des concurrents. Pour au féminin, c’est une attitude que j’applique au quotidien « faisons en sorte d’être un publishort différent » faire mieux et autrement que nos concurrents principaux, cela donne une grande place à la créativité.

Les médias libres et gratuits se multiplient et sont une réelle concurrence pour les médias dits classiques, quels conseils apporter à ceux qui veulent se lancer ? et bien je dirai ne réfléchissez pas à votre business model avant d’avoir déjà de l’audience ! C’est vraiment cela qu’a apporté entre autre Facebook. Il faut d’abord faire de l’audience, rencontrer son public. Au féminin, il y a onze ans alors que je faisais de la com, on se disait qu’on ne pourrait jamais financer des contenus de qualité par des bannières de publicité, on se disait que c’était impossible !
La même chose pour le mobile, on se disait que cela allait ne pas se développer car il n’y a pas de modèle publicitaire et pourtant cela a marché. En revanche, si on a pas de public, il faut par contre arrêter car un seul modèle publicitaire ne serait pas suffisant en l’absence d’un public. Les médias traditionnels se sont fourvoyés en ce sens, car ils avaient un modèle publicitaire ils ont fini par oublier leur public et leurs audiences.

L’éthique c’est pas vendeur dans le net, comment faire face à la jungle d’internet ? est ce une jungle ? pour moi en tout cas c’est une richesse et il n’y a rien de mieux finalement. Cela ne signifie pas pour moi la désorganisation pour autant, mais une diversité, une chance au contraire. Les annonceurs au départ aimaient bien avoir une ou deux chaines de tv traditionnelle privilégiée. Et tout à coup on est arrivés à se dire « ah les gens ne sont pas tous devant le journal du 20H, ils ne lisent pas tous leur journal etc
En fait, on avait pas encore intégré la diversité de la presse, aujourd’hui on raisonne autrement on constate qu’il faut de plus en plus descendre dans la rue et ouvrir les yeux.

Médias et éthique ? C’est intéressant que vous me posiez cette question là ! c’est d’ailleurs le titre de mon dernier cours à Sciences Po, le titre de ce cours est « éthique et journalisme » donc pour répondre à votre question oui : je pense que les médias d’autrefois ne sont pas plus éthiques qu’aujourd’hui !
Je ne suis absolument pas dans « l’autrefois, c’était mieux » mais je pense aussi que l’exigence d’éthique est assez compliquée à avoir aujourd’hui. Certes les gens aujourd’hui
sont plus concernés mais en même temps comme on est à la recherche de sensationnel et d’information immédiate, il est difficile de s’y conformer. C’est aussi la période dans laquelle nous sommes et les profondes mutations que nous vivons qui expliquent cet état de fait. J’essaye de dire à mes élèves « puisqu’il y a maintenant plus de transparence, car il ya cinquante ans on ne savait pas les choses comme aujourd’hui » ceci fait que les médias sont obligés d’être transparents mais dans le même temps il y a aussi un mouvement contraire.
C’est à dire que ce même public qui recherche de l’éthique va aussi dans le sensationnel immédiat. Là c’est la nouveauté : l’éthique a donc aussi changé !
L’éthique aujourd’hui doit aussi créer une charte dans laquelle on doit engager le lecteur et lui dire finalement ce qu’on fera ou pas. Au Féminin a par ex, publié la Charte au Droit à l’oubli et sur internet ce genre de procédé éthique est faisable. On doit aussi publier le lien que l’on a entre la publicité et l’édito. C’est absolument primordial, sur notre site marmiton par ex on refuse la « junk food » on recherche la qualité culinaire surtout !
Par ex sur l’affaire Guerlain, on a été les premiers à dire que c’est un scandale et qu’évidemment LVMH le condamne. On a pris notre position par rapport à cette affaire et l’on savait par ailleurs que LVMH n’allait pas nous sanctionner par rapport à ça. Car on était dans l’éthique absolue.

Aujourd’hui le Nord comme le Sud est face à de grands combats : éthique, démocratie, intégration, diversité, parité, face aux mutations historiques de certains pays du Sud quel regard portez vous ? s’agissant de l’éthique c’est en effet intéressant de se poser toutes ces questions après l’Affaire DSK entre autre car on s’aperçoit avec intérêt que finalement la parole s’est libérée sans doute de façon inappropriée. Mais la parole s’est libérée et c’est ce qu’il faut retenir en dehors de toute considération féministe ou critique à son égard. On a constaté dans nos forums, qu’au départ on a cru au complot car les femmes ne voulaient pas faire le deuil de DSK. On s’est rendu compte aussi que l’on pouvait traiter le sujet et en même temps le dissocier du sensationnalisme à tout prix. La parole des femmes est là et c’est une grande avancée pour nous !

La diversité par ailleurs en France est un autre combat que je mène moi même depuis des années, j’avais été à la tête d’une Commission sur la diversité dans les médias, une initiative lancée par Nicolas Sarkozy et on avait constaté que les barrages sont partout, que les choses sont extrêmement lentes ; on essaye d’expliquer ce fait en disant que les médias mettent plus de temps à se développer. C’est un combat qu’il ne faut pas lâcher et qui malheureusement durera un certain temps.

Femmes et Parité ? Au Féminin avec l’Observatoire de la Parité on a institué les douze travaux de la Parité, il s’agit de

En même temps, même si les femmes ne sont pas dans le cap quarante, qu’on les trouve pas siégeant dans les grandes entreprises « elles s’en fouttent un peu » je dois dire, il y a tellement déjà de difficultés au quotidien pour nous, on ne cherche pas nécessairement à assumer des présidences ou autres. En France, il faut se pencher plus sur le cas des femmes à 29 ans, elles sont plus chères de 2% à l’embauche que les hommes …ce qui est intéressant de relever pour elles, c’est que tout va bien pour les premiers jobs mais à 29 ans tout bascule. Est ce parce qu’ elles arrivent à un âge où elles vont fonder une famille ? cet écart est hyper dur à assumer et on le sent d’autant plus à la retraite car il est de 40%

Printemps arabe au féminin, que pensez vous du rôle des femmes dans la région ? leur rôle a été déterminant avant et pendant tout comme après la Révolution. Mais le pouvoir, elles l’avaient eu le moment où elles ont eu un droit de vote, pour la Tunisie ce n’est pas un phénomène nouveau. D’ailleurs au féminin com est très visité au Maroc tout comme en Tunisie surtout. Si on a choisi de se lancer localement en Tunisie, c’est que l’on considérait que la femme tunisienne avait un rôle spécifique à mener auprès de cette nouvelle société qui est en train de se construire. Par ailleurs, on sait que la tunisienne a eu des droits avant la française s’agissant de la contraception, de l’avortement etc.
Les tunisiennes, elles sont plus éduquées, ce qui n’est pas toujours le cas avec le Maroc où il y a un grand souci s’agissant de l’analphabétisme. Il y a aussi le fait que dans le domaine des TIC, la Tunisie est très avancée et que cela reste le premier pays d’Afrique à être le plus connecté !
Mais ce qu’il faut retenir de tout cela, c’est que l’on veut donner la voix aux tunisiennes à un moment crucial de leur histoire et on s’était posé la question du timing, fallait il le faire tout juste après le mois de février ou attendre un peu ; On a choisi de venir maintenant, car on voulait leur donner la voix et leur laisser exprimer leurs espoirs et leurs inquiétudes. Quand on leur demande à ces tunisiennes, savez vous que les femmes du Monde arabe vous regarde et bien on sentait qu’elles n’avaient pas envie vraiment d’être un role model. Mais elles le sont malgré elles et ce depuis l’ère Bourguiba et le CSP. Aujourd’hui sans tomber dans l’angélisme,il est clair que l’autre difficulté de la Tunisie, c’ est sa crise économique, l’échec du tourisme, la difficulté dans les médias qui n’ont plus d’annonceurs. En période de crise, les investisseurs sont frileux. Il faudra sortir de cette impasse avant de pouvoir construire des bases solides pour cette nouvelle société démocratique à venir. Mais au féminin sera là en attendant, pour suivre ces femmes formidables.


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