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Mireille Joujou « …l’amélioration des conditions de la femme ne peut être dissociée du social, économique et écologique » !

Ajouté par , Le avril 1, 2018 , dans Buzz, Evénement, Société

Après la maîtrise en psychologie scolaire et différentielle, puis le cursus en psychologie du travail, à Paris, Mireille Joujou commence une  carrière  orientée vers le domaine des assurances, un peu par hasard. Plusieurs formations dont l’une auprès d’une compagnie attitrée à la Lloyd’s de Londres, vont lui permettre de  de grimper les échelons rapidement pour devenir directrice d’un cabinet de courtage et professeur en assurances et ergonomie pour le cycle supérieur à l’université Saint Joseph au Liban.  Quelques années après, elle décide de quitter ce milieu pour retrouver le monde du commerce et de l’événementiel de luxe. Elle suivra alors une formation d’acheteur international à Paris et d’organisateur d’événements à New York. En même temps que l’associatif et l’activisme pour lesquels elle voue une véritable passion. Elle est actuellement présidente de 2 associations œuvrant pour le bien être de mon pays d’origine, le Liban.   Elle est la  PDG de  Ideal Fashion Room- Luxury Affaires et elle Préside l’ Association Lubnan- Union pour la Femme Libanaise et elle est Présidente du Conseil Mondial Libanais (World Lebanese Council)

UFFP l’a rencontrée durant la 8é édition de la Women Tribune d’Essaouira, l’occasion d’échanger sur nos combats respectifs. Coup de projecteurs, sur cette francolibanaise éprise de ses racines.

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Mireille Joujou

Entretien avec UFFP

Si vous aviez à faire un bilan sur votre séjour pour la Women Tribune que diriez vous?

Au départ, j’appréhendais la participation à cette conférence, pensant que ça serait encore une réunion de discussions stériles ayant pour objectif l’exploitation d’un thème sans aucune solution pratique ou la mise en valeur d’une association quelconque ou d’une personnalité publique.

 Or, je fus positivement surprise par la qualité du panel, les riches expériences des intervenants et la diversité des projets innovateurs dans le domaine de l’écologie et du développement durable, sans oublier la ténacité des femmes impliquées dans l’amélioration de notre environnement .
Que pensez vous du choix de la thématique « Entreprendre en conscience » ?  Le choix du thème de cette année par Madame  Fathia  BENNIS a été fort judicieux et  instructif.  Mon séjour a Essaouira/Mogador, ville visitée par mes ancêtres les Phéniciens (Mogador/ Migdol veut dire en phénicien « petite forteresse ») a été fort plaisant et cette conférence m’a ouvert de nouveaux horizons avec la possibilité de collaborer avec d’autres participants à cet événement, sur des futurs projets  nécessaires au bien être de  l’Homme.
Les objectifs du millénaires beaucoup ne sont pas atteints pour les femmes mais aussi en matière de respect des droits écologiques, qu’auriez vous  à dire?
Les droits de l’Homme sont en général tous bafoués et non seulement ceux en relation avec l’écologie. La non répartition des richesses, la difficulté d’accès à l’éducation, l’exploitation des femmes et des enfants entravent l’évolution des esprits et l’accès au droit, écologique ou non.
 
L’amélioration des conditions de la femme  ne peut être dissociée du social, de l’économie et de l’écologie. La vision doit être globale.
 
Beaucoup de femmes et d’enfants évoluent dans un environnement pollué,  ils  n’ont pas accès aux soins,  ils n’ont aucune notion des dangers de la malnutrition.  Si déjà ils arrivaient à manger à satiété, serait un début de réponse. Mais ils ne  trouvent pas de solutions à leur détresse pour différentes raisons et on les connait. Elles sont  en rapport avec des  politiques publiques inexistantes et le manque d’implication de la société civile.
 Vous étés aussi très engagée et activiste pour votre région,qu’auriez vous envie de dire ?
Le Proche Orient souffre de différents maux mais les plus destructifs sont  la corruption et le fanatisme qui ont conduit aux guerres, à la pauvreté, à ce sentiment d’injustice. 
Comme tant d’autres femmes de ma région, nous luttons pour établir  un « monde » meilleur en améliorant  l’éducation, en développant l’entrepreneuriat des femmes et des jeunes (PME et Startups), en contribuant à des projets de développement durable, etc.
C’est un combat difficile mais  nous ne baissons pas les bras devant tous les obstacles que nous rencontrons.
Les lois sont là pourtant, comment attribuer ces lenteurs, la volonté politique?
Quand il y a  la corruption , il n’y a plus une volonté politique mais une injustice et une difficulté à appliquer des lois qui seraient contraignantes et dérangeantes pour certains. L’inégalité homme/femme, le droit à l’éducation, à l’émancipation, à l’indépendance ne sont point respectés et ces droits sont mis au second plan , après les intérêts personnels des gouverneurs ou des religieux.
Dans la région Euromed beaucoup de choses sont à faire pourtant ?
Oh que oui! La partie « orientale » d’Euromed est très riche en potentiel humain mais elle n’est pas vraiment mise en valeurs que lorsqu’on parle nourriture ou…conflits. 
 
Avec d’autres femmes de la région, rencontrées dernièrement lors d’événements internationaux, nous essayons de monter des projets communs car dans certains domaines le besoin est identique.
 
Ainsi, nous travaillons sur le concept « Anamel » (petits doigts ou petites mains) qui a pour objectif de commercialiser l’artisanat de la région méditerranéenne, d’assister des femmes et des jeunes dans la création de leur propre petite entreprise et de leur permettre d’acquérir des compétences utiles à leur développement en leur offrant des formations adéquates.
Les mentalités ont la peau dure au Moyen Orient et la situation dans votre région est  quelque peu instable ( Syrie, Irak, mais qu’en est il pour le Liban )
Les mentalités ne sont pas très « féminines » mais pas que!  
La corruption et la mainmise de certains clans sur les instances décisives de l’Etat  sont une grande entrave au développement de projets sains dans cette région.
Le Liban n’échappe pas à cette malédiction malgré l’esprit cultivé de son peuple. Le pays souffre non pas d’un manque d’initiatives mais de l’absence  d’un climat sain et stable qui puisse permettre le développement de ces projets.
 Les femmes en payent parfois le prix mais elles sont la source et la solution aussi ?
 Les femmes peuvent être la source des solutions au Proche Orient alors que certaines ont été la cause de son désastre. 
Elles doivent s’intéresser plus à leur développement personnel, à l’éducation de leurs enfants, au social, à la protection de leur héritage et de leurs terres et non seulement à leur intégration dans ce monde superficiel qui met plus en valeur  le physique que l’intellectuel.
 
Les femmes sont  des « multifonctionnelles » qui réussissent dans l’entrepreneuriat, petites ou grandes entreprises, dans l’artisanat, dans l’art, etc. tout en s’occupant de leur famille. Le fait d’avoir sa propre structure, même petite, aide la femme à être indépendante, à subvenir à ses besoins  et à évoluer sur le plan personnel.
 La résurgence d un certain conservatisme à l’égard des femmes vous l attribuez  à quoi? est ce uniquement le religieux ?
Pas seulement! Le monde est toujours patriarcal, même dans les pays dit laïques ou développés. Il n’est pas nécessaire d’être féministe pour appliquer une égalité  des genres mais d’ailleurs quelle femme souhaiterait être une copie conforme de l’homme? N’est ce pas là une autre forme de soumission à un concept masculin qui est assez souvent malsain?
 L’égalité se doit dans la réussite, dans l’entraide entre les femmes elles-mêmes car il faut admettre qu’elles sont parfois plus « nocives »  envers leurs semblables qu’un homme.
Certaines femmes sont aussi plus conservatrices que l’homme lui-même et se complaisent dans ce rôle second, transmettant cette « injustice » à leurs filles et élevant leurs fils comme étant le nombril du monde, le roi tout puissant pour lequel la femme-épouse doit soumission et gratitude.
 L’homme serait stupide de ne pas profiter de ces lacunes féminines alors il ne faut pas tout le temps le blâmer. Nous sommes aussi responsables de notre situation.
Vous avez plusieurs associations dont celle de LUBNAN parlez moi de vos activités?
En 2014, j’ai crée Lubnan avec une amie pour subvenir aux besoins des plus démunis au Liban, en aidant des petites associations n’ayant pas droit aux subventions des grandes organisations internationales qui s’intéressent surtout aux réfugiés , oubliant que l’économie du pays est dans le rouge suite aux guerres, la corruption, etc. On a inclus aussi dans les statuts d’autres projets dont la prévention de la dépendance à la drogue, le développement durable et culturel, le tourisme solidaire, etc.
Par la suite, on a rajouté la section « Union pour la femme libanaise » qui travaille sur le « Women Empowerment » .
Depuis un an, j’ai crée avec des amis le Conseil Mondial Libanais qui a pour but la protection du patrimoine historique du Liban à travers ces immigrés. Nous avons lancé un premier projet qui s’appelle « ARMIL » ( Archivage et récupération de la mémoire des immigrés libanais) , une sorte de musée itinérant et travaillons aussi sur le développement d’autres concepts culturels  à appliquer au Liban.
En 2017, j’ai sorti la revue  961Entrepreneurs.Liban  pour promouvoir  l’entrepreneuriat libanais dans différents domaines: le tourisme, l’art, l’artisanat, la mode, etc.
 
Le travail associatif est dur mais fort intéressant et j’espère, en y allant doucement et professionnellement, que je vais atteindre les objectifs, bien sûr avec l’aide des autres personnes impliquées dans ces aventures.
 
 Qu’ auriez vous envie de dire à vos sœurs marocaines?
 Les Marocaines que j’ai rencontrées lors de cette conférence m’ont séduite par leur ténacité,  leur créativité, leur implication dans le domaine associatif et surtout par leur réussite. Franchement je ne m’attendais pas à une telle richesse car l’image que certaines de leurs compatriotes véhiculent en France est différente et « égratigne » la réalité. Je pense que la communauté rencontrée à Essaouira , doit œuvrer à communiquer plus sur cette richesse afin que les français découvrent, comme je l’ai fait, ce réel « vivre ensemble » qui existe dans leur beau pays .
 Mais également de l’ exemple féminin tunisien ?
 Avec la Tunisie, le Liban a un lien viscéral et les femmes tunisiennes sont pionnières dans différents domaines, peut être inspirées par la reine phénicienne Elissa,  partie de Tyr dans le sud du Liban pour fonder Carthage (« la ville neuve » en phénicien).
Merci Mireille Joujou !

 

 


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