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Réginald Groux « Il faut ramener l’Art Africain en Afrique » !

Ajouté par , Le avril 9, 2012 , dans Art Expo, Ethical Planet

Exposition Masques et Marionnettes du Mali

Dr réservés United Fashion for Peace

Au Mali, le théâtre de Marionnettes Sogobo est l’héritier d’une très ancienne coutume, il exprime la permanence des valeurs traditionnelles tout en gardant un regard ouvert sur les réalités du monde contemporain. Art populaire dans sa plus pure noblesse il se manifeste par le conte, la musique, le chant, le mime, les arts plastiques, la chorégraphie. Mais c’est surtout la dextérité du maniement des marionnettes qui capte notre attention. Le catalogue Marionnettes du Mali, aux éditions au Fil du Fleuve, regroupe cent soixante dix masques et marionnettes et nous informe sur leur rôle et leur utilisation. Traditions communes aux peuples Banama et Bozo, les Masques et de marionnettes sont le reflet de toute une culture qui a su s’imposer à travers les âges favorisant la transmission du savoir et de la préservation de l’imaginaire de ces peuples. UFFP a rencontré l’Expert en art Africain, Réginald Groux. Aujourd’hui, Reginald Groux s’est définitivement installé en Afrique.

Entretien avec Réginald Groux :


Vous exposez des Marionnettes du Mali, parlez-nous de cet Art ancestral ? Quelle est la vision des « africains » par rapport à cet art populaire ? C’est l’Art le plus ancien ou la coutume la plus ancienne mais qui n’a jamais été répertorié. Un voyageur arabe du nom de Ibn Batouta qui était à la cour du Mali en 1352 très exactement, avait décrit très précisément le spectacle de marionnettes en précisant qu’il s’agissait d’une tradition qui datait de bien avant l’islamisation. Cette tradition a plus de mille ans.
Qu’est ce qui est à retenir et quel message à travers cette exposition ? Ce sont des objets qui ont longtemps été méprisés et négligés par les collectionneurs d’art africain. On pensait que c’était des objets un peu décadents, car ils étaient peints. Or ce sont des objets en réalité, d’une tradition très ancienne. Le rôle de ces marionnettes est très important car elles assurent le lien social, elles transmettent la coutume, font le lien entre les générations. Ces objets pourraient être de vrais modèles pour l’Occident. Les africains et notamment dans les villages du Mali, on les utilise ces marionnettes à de nombreuses occasions : Fêtes, baptêmes, célébration de l’indépendance etc En dehors des frontières du Mali ; c’est vrai qu’il arrive qu’on les perçoive comme des objets un peu curieux, et il arrive qu’on les ignore.

On a toujours pensé que ces marionnettes étaient des « guignols » des objets de diversion et cela donne un côté dévalorisant à quelque chose qui au contraire, avait une fonction sociale bien distincte. C’est aussi les stéréotypes renvoyés par les occidentaux sur les Africains, qui font que certains africains ont quelque peu « honte » par rapport à cet art. Etre gêné par rapport à leur art traditionnel, est souvent le cas et c’est dommage. L’illusion de revivre l’époque des « zoos humains » où les Africains étaient perçus comme des indigènes.

Autant l’Occident a joué un rôle négatif pour l’Afrique, autant aujourd’hui l’Occident devrait essayer de corriger les erreurs et les errements passés ! La promotion de la culture africaine, serait un pas vers cela. Il y a un grand déficit moral à réparer.
Parlez nous de votre collection  ?  j’ai une petite collection de marionnettes Bambara. Mon souci est de faire découvrir aux personnes qui viennent me voir , la richesse de ces objets. Artistiquement c’est plein d’invention et j’irai plus loin encore en disant que c’est une véritable culture !
Les messages sont très présents dans ces marionnettes et au Mali, les marionnettes ont un rôle très important. Bien que ma démarche soit aussi marchande, je reste avant tout un amoureux et un fervent défenseur de la culture africaine.
Parlez-nous de votre amour pour l’Afrique et l’Art africain en particulier ? Cet amour date de plus de quarante ans. Mon premier job à 19 ans cela a été de voyager pour un collectionneur d’Art africain qui était américain. La maison Vilnus à New York m’a pris immédiatement. Je suis rentrée et immédiatement mon contact avec les objets africains m’ont conforté dans ma voie : Je savais alors que j’allais en faire mon métier ! Et j’en ai fait mon métier. J’ai contracté le virus africain immédiatement. A travers l’art africain, j’ai voyagé, découvert des pays, des peuples, des coutumes.

Est ce facile de se séparer de ses objets d’Arts ?
Quand on achète ou on possède un objet d’art africain, c’est beaucoup plus qu’une possession, c’est une ouverture formidable sur le Monde, sur la tolérance, le regard sur les autres et la culture en générale. Il est vrai que je ne suis pas un collectionneur et quand je vends je n’ai pas une démarche de thésaurisation à tout prix. Et il est vrai qu’on s’attache à ces objets et je suis un peu peiné quand je dois m’en séparer. Car je n’achète que les objets que j’aime. Tous ces objets qui sont dans ma galerie, je vis avec.
De marchand d’Art à enseignant quelle est la transition ? ça à démarré il y a une huitaine d’années, en devenant professeur à l’institut supérieur des carrières artistiques. En préparant mes cours, j’ai rassemblé un tas de connaissance. L’enseignement suppose un peu de rigueur et suppose aussi que les autres comprennent. Je suis tombé de plus en plus amoureux de toutes ces cultures africaines. Cela m’a donné e nvie de partager, car le commerce c’est assez ingrat, l’intérêt des clients n’est pas toujours le mien. Moi je suis de plus en plus dans une démarche de partage.
Parlez-nous de l’association culturelle Au Fil du Fleuve. Ses objectifs, ses réalisations ? Elle a été crée en 2003 à Montreuil, elle est destinée aux africains issus de l’immigration. Mon objectif est de dynamiser la culture africaine en tout cas sa perception dans ses populations. Aujourd’hui quand vous allez dans les grands musées comme le Quai Branly, je trouve la que la culture africaine est mal représentée, cela manque d’information de cartel, d’explication et finalement c’est destiné à ceux qui vivent dans les beaux quartiers parisiens. Cela reste inaccessible et élitiste. En faisant une enquête dans les écoles montreloises à l’époque, j’ai constaté le gap. Je pense qu’il faut ramener l’Art africain dans les banlieues ; là où les communautés africaines sont importantes. C’est tout un travail pédagogique à faire, pour faire en sorte que le petit africain en France, soit fière de sa culture d’origine !
Il faut créer une image positive de leur passé, pour se projeter dans le futur. L’association a une mission pédagogique avant tout.
Quel est ce projet de musée au Sénégal ?
J’aurai envie à l’âge de ma retraite de faire un recul sur ma vie. L’Afrique m’a beaucoup apporté, et enrichi intellectuellement. J’ai eu quarante ans de bonheur en tant que marchand d’Art africain. C’est par pure hasard que je me suis trouvé dans le village natal de Sédar Senghor. Par ailleurs, la bas on va pas m’accuser de pillage car il y a belle lurette, qu’il n’y a plus rien à piller. Le Sénégal est un pays ouvert et neutre, il a fait parti de l’ancien royaume mandingue et donc cela m’a semblé logique. J’ai décidé de créer le Musée des Arts et des cultures d’Afrique de l’Ouest. C’est un Musée ou les objets vont servir l’Histoire de l’Afrique en respect de la culture et des traditions africaines!Les Musées crées dans tous les pays d’Afrique de l’Ouest ont été sous l’empire colonial dans le but uniquement de mieux connaître les tribus pour mieux les dominer. La dynastie Almoravide est partie de Saint Louis du Sénégal ! Qui sait aujourd’hui que l’Empire du Mali au 14es était le premier partenaire de l’Europe du Sud ? C’est à dire que la fameuse route de la soie qui devait partir de Venise et de Gênes, démarrait en fait du Sénégal, ancien pays faisant parti de l’Empire du Mali ! C’est l’or du Mali qui assurait tout le financement des marchandises de la route de la soie ! La Chine n’avait pas d’or elle a uniquement instauré la monnaie en papier.
Ressentez-vous une culpabilité par rapport aux objets qui ont quitté l’Afrique ? A vrai dire non ! Car la problématique du pillage est un faux débat ( et je vais faire dresser les cheveux de certaines personnes) mais le mal était fait depuis plus longtemps ! Ca a commencé par les missionnaires qui ont brûlé les fétiches, ensuite le pouvoir colonial qui s’est opposé ses sociétés secrètes, ensuite le pouvoir national est les indépendances qui a renforcé l interdiction des sociétés secrètes qui représentaient un contre pouvoir important. Par dessus tout cela, il y a eu la montée de l’islam qui a convaincu de se débarrasser des fétiches. Aujourd’hui, il n’y a plus grand chose à piller ! Mais les collectionneurs en vérité font plus œuvre de sauvegarde que de pillage, on a sauvé les œuvres des termites, des pillages et des incendies. Le vrai problème de l’Afrique c’est de rendre à l’Afrique ! C’est sur cela qu’il faut se concentrer. Des Musées comme le mien peuvent servir à changer la donne. C’est un projet tout neuf, le Ministre de la Culture du Sénégal recevra bientôt le dossier durant mon prochain séjour. En France et en Afrique et en Europe, les réactions sont très encourageantes, d’ailleurs le Musée d’Art Muller en Suisse nous a fais don de 16 objets pour le Futur Musée et alors ça, c’est formidable ! Au Sénégal, les gens sont très enthousiastes et j’ai la chance d’être beaucoup soutenu par la famille Senghor, les petits neveux et les petites nièces notamment. Dans les projets du Musée : on parlera de plusieurs thématiques : il faut gommer tous les arguments qui parlent de l’époque coloniale. Des sujets comme la route de la Soie, des liens culturels de l’Afrique moyenâgeuses à l’époque des Abassides, la ville de Djenne était reliée à Bagdad par des caravanes qui n’arrêtaient pas. On va parler de l’Empire du Mali premier partenaire économique de l’Europe du Sud ; des conséquences calamiteuses de la chasse aux esclaves sur le développement économique et social du continent africain. Il faut parler de la traite négrière et on oublie qu’il faut en parler, car cela a été présent pendant 350 ans !!! de la même sorte qu’il faut rappeler que ce phénomène a enrichi considérablement l’Occident ! Il faut parler de la participation des africains durant les deux conflits mondiaux et il y a un volet historique que je vais évoquer dans m on musée : l’histoire du sergent Malamine tirailleur sénégalais qui montait les couleurs sur le fort de Franceville. Le massacre de Thiaroye au Sénégal etc
Il y a des pans entiers de l’Histoire qu’il faut rétablir car l’Occident a la mémoire courte !

Réginald Groux Biographie Express :

Reginald GROUX est membre de la Compagnie Nationale des Experts. Il a réalisé des ventes aux enchères avec l’étude Piasa et l’étude Cornette de Saint-Cyr à Paris. Auteur de catalogue et de nombreux articles, il enseigne l’art africain à l’Institut Supérieur des Carrières Artistiques.
Reginald GROUX a crée en 2005 l’association culturelle Au Fil du Fleuve, qui à pour objet d’aider les enfants nés de l’immigration africaine à renouer avec les valeurs culturelles de l’Afrique Noire. L’association organise des expositions d’art africain à caractère pédagogique, en privilégiant les villes ou les banlieues où l’art est difficilement accessible.
En 2008, Reginald GROUX a décidé de créer un musée d’art et d’histoire au Sénégal, (MAHICAO pour Musée d’Art et d’Histoire des Cultures d’Afrique de l’Ouest) Il sera implanté à Djilor Djidiak au Sénégal, dans la région du Sine Saloum. C’est le village natal du poète Président L. S. Senghor.


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